‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 4)Chapitre 54 sur 106 · LIVRE m, CHAPITRE XXTE · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE XXTE

nombre. Ledit Maréchal s'avance toujours avec le ic38. gros, sans s'émouvoir, jugeant bien qu'à la fin il en auroit raison. En effet, comme ils approchent de leur retraite, il falloit qu'ils se retirassent en défilant ; la quantité de charges qu'il leur avoit fait faire, les avoient amorcés et donné temps à son infanterie de les joindre, et de même à son artillerie d'arriver; il fit jouer tout cela si à propos, que tout fut mis en déroute, et s'embarrassèrent tellement sur leur passage à cause des marais et des grands fossés, que ce fut un furieux carnage : il v eut plus de deux mille hommes et chevaux de tués ou pris. Colloredo ' entre autres y fut tué. L'on en amena plus de huit à neuf cents chevaux fort bons; les cavaliers étoient contraints de les abandonner pour se sauver à pied dans les marais où les nôtres les alloient tuer, les trouvant embourbés. Cette victoire^

1 Le même qui avait déjà été défait et pris au combat de Raon par le Marquis de la Force.

'^ Le Président Hénault dit : « Le Maréchal de Chàtillon lève le sié^e de Saint-Omer le lo juillet ; le Maréchal de la Force, qui étoit venu le joindre, avoit été battu le 8 par le Prince Thomas. » Ceci est une erreur grossière, et ce n'est pas la seule de l'Abrégé chronologique, malgré l'estime accordée généralement à cet ouvrage. Indépendamment du témoignage du Maréchal, nous citerons cette phrase du Mercure François, qui termine le récit de ce combat oublié par un grand nombre d'historiens qui se sont tous copiés les uns les autres: « La principale gloire de ce combat et de la victoire est due à l'ordre et à la bonne conduite du Maréchal de la Force, lequel nonobstant

1638. fut fort glorieuse et de réputation aux armes du Roi. Le Comte de Nassau se sauva à pied; mais peu de jours après, il en mourut de déplaisir. Il s'y perdit des nôtres, trois capitaines de chevaulégers, deux lieutenants, deux cornettes, fort peu de cavaliers.

A la même heure, sur la fin du combat et dans le même champ, arriva un officier avec des lettres du Maréchal de Chàtillon*, conjurant le Maréchal de la Force de l'assister encore de trois mille mousquetaires; que la nuit auparavant, l'infanterie du Prince Thomas avoit forcé un de ses corps de garde au delà du marais de Saint-Omer, et avoit jeté par le moyen d'un canal avec des bateaux, du secours dans la ville. Ledit Maréchal ne se contente pas d'y envoyer ledit secours, car il y alla lui-même avec toute son armée; arrivant à son quartier, il commande que l'on charge tout le bagage en diligence, qu'il veut partir dans deux heures. En effet, il arriva à six et partit à huit, marche toute la nuit et arrive le matin au siège de Saint-Omer, où il trouve les affaires en mauvais état. Les ennemis s'étoient

son âge de quatre-vingts ans, fut tout le jour armé de toutes pièces, assisté du Marquis de Castelnaut, son fils, Maréchal de camp. » (Tome XXII, page 19 i.) Voir {correspondances. Id juillet 1638) une lettre du Roi qui félicite le Maréchal sur ce succès. 1 Correspondances, 1 et S juillet 1638.

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rendus maîtres du travail que l'on a voit fait à l'em- leas. bouchure du canal, d'où il étoit fort difficile de les déloger à cause que la rivière étoit entre deux et un grand marais. La plus grande part de leur armée y étoit retranchée; il restoit au delà du marais sur un haut, un grand fort ' que le Maréchal de Ghâtillon y avoit fait faire, gardé par mille ou douze cents mousquetaires, qui est tout ce qu'il tenoit au delà dudit marais, où l'on ne pou voit passer pour la défense d'icelui, à cause que les ennemis s'étoient saisis de la digue et des ponts que l'on avoit faits sur le marais pour aller et venir audit fort, de sorte que les ennemis se voyant libres, attaquèrent ledit fort avec dix ou douze canons. Les deux Généraux, le Prince Thomas et le Comte Piccolomini, s'y rendent tous deux avec toutes leurs deux armées, et ayant le passage libre pour aller à la ville de Saint-Omer, ils s'y en venoient tous les jours pour faire trophée de leurs aA^antages.

Le Maréchal de Ghâtillon qui voit ce fort au delà du marais, attaqué et battu vivement, et force honnêtes gens qu'il avoit jetés dedans en danger imminent, propose de les aller secourir avec les deux armées en faisant le tour au delà du marais,

1 Le fort du Bac que le Maréchal de Châlillon avait fait élever à Saint-Momelin et qui dominait toute la position.

1633. entreprise fort périlleuse, car il y avoit cinq lieues de tour à faire, le pays fâcheux, couvert de bois, traversé de grandes ravines, et outre ce, ceux qui l'étoient allés reconnoître, rapportoient que les paysans a voient coupé de grands arbres et retranché les passages; l'on ajoutoit à cela que les ennemis en l'attaque dudit fort n'avoient pas manqué de se retrancher et mettre en bon état de défense, et que quand bien même on auroit surmonté toutes ces difficultés et contraint les ennemis de lâcher le pied, l'on n'en pouvoit tirer d'autre utilité que de retirer les hommes qui étoient dans ledit fort, car il étoit constant qu'il falloit toujours l'abandonner, ne le pouvant secourir ; et les ennemis étant maîtres du côté de delà, il n'y avoit plus d'apparence pour le succès du siège. D'ailleurs à ces desseins il s'y rencontroit encore des difficultés : c'est que ladite armée ne pouvoit aller et revenir de cette entreprise qu'elle n'y employât au moins six ou sept jours, et l'on n'avoit pas de pain pour deux ; ma'is ce qui étoit encore plus important, c'est que l'on ne voyoit pas le moyen que l'armée partant du camp, on le pût assurer, car étant éloigné, si les ennemis qui avoient le chemin libre par dedans la ville où ils pourroient faire passer leurs armées, venoient attaquer le camp, nous y laissions en proie toute l'ar-

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