LIVRE m, CHAPITRE XXUI
OU quatre lieues de lui avec leurs armées , le cô- i638. toyant toujours. Néanmoins il s'avance vers la rivière de Selle, qui va de Cateau-Cambresis à Valenciennes, mais à de méchants villages où il falloit camper, et la saison ne le permettoit plus, les froids et la pluie augmentoient les malades; de plus la stérilité du fourrage telle que toute la cavalerie périssoit; il n'y put arrêter que trois ou quatre jours, et fut contraint de se rapprocher de la frontière, à un village nommé Hannape, à cause aussi qu'il avoit grand'peine à retirer le pain de munition qui leur venoit de loin.
Le Maréchal séjourna à Hannape quinze jours avec toujours force incommodités de fourrages, et étpit contraint de l'envoyer chercher bien avant dans la France, car du côté des ennemis il n'y en avoit plus du tout.
JEtant là, le Maréchal de Chaulnes et le grand- Maitre * de l'artillerie le vinrent trouver de la part du Roi avec plusieurs instructions, et pour conférer avec lui sur le tout, et pour la disposition de l'armée et des quartiers d'hiver où on les pourroit mettre, et qu'on pût la tenir encore ensemble le plus longtemps qu'il se pourroit, pour fatiguer les °^"''''^ennemis et soulager d'autant les sujets du Roi.
» La Meilleraye, cousin germain de Richelieu.
Oclobre,
1638. Ce qu'il fit tout autant qu'il y put maintenir l'armée et que sa santé lui put permettre; il fut toujours mal disposé tant qu'il fut en ce lieu d'Hannape; il s'en vint à Guise' et plaça l'armée aux environs; étant là, il reçut une dépêche du Roi qui lui mande qu'il avoit ordonné au sieur du Hallier, qui commandoit l'armée du Maréchal de Brézé, qu'ayant achevé les réparations nécessaires au Catelet, il le vint joindre. Ledit sieur du Hallier lui mande qu'il le verroit le lendemain, et avoit donné rendez-vous à toutes ses troupes à une demi-lieue de Guise; ils résolurent qu'en attendant le commandement de sa Majesté, il iroit joindre son quartier à Vervins, et toutes les troupes de ladite armée aux environs ; durant ce jour, il fit faire plusieurs convois de bleds et de munitions de guerre au Cateau-Cambresis et à Landrecy. Les ennemis s'étoient placés : le Prince Thomas au Quesnoy, et le Comte Piccolomini à Avesnes ; ils firent souvent des parties sur les troupes du Roi, mais en vain. Le séjour de Guise fut bien encore d'environ trois semaines et étant déjà dans le mois de novembre.
* Le Roi blâma le Maréchal d'avoir quitté Hannape. Voir [correspondances, 18 octobre 1638) la lettre dans laquelle M. de la Force se justifie.
UVRE m, CHAPITRE XXUI. 223
Le Maréchal de la Force reçut une dépêche du iflss. Roi, par laquelle sa Majesté lui mandoit que, voulant ménager ses armées, elle avoit résolu d'envoyer chaque troupe à son quartier d'hiver, et qu'elle lui adressoit les lieux de leur garnison, et leurs routes sur lesquelles elle avoit pourvu que les étapes se trouveroient, afin qu'elles vécussent doucement et sans désordre* pour éviter la foule de ses sujets, et pour cet efFet, qu'il établit des capitaines de conduite pour les contenir en bon devoir; elle vouloit aussi que ledit du Hallier demeurât quelques jours après, pour ne dégarnir tout à coup la frontière. Tout cela ayant été observé, le Maréchal s'achemina de Guise à Laon, et sur les avis qu'il eut que les armées des ennemis s'étoient retirées à leur quartier d'hiver, il continua son chemin vers le Roi.