‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 4)Chapitre 68 sur 106 · M. DE BIONTPOUILLAN AU MARQUIS DE LA FORCE · texte numérisé non relu

M. DE BIONTPOUILLAN AU MARQUIS DE LA FORCE

Détresse de ses troupes. — Achat d'armes.

Monsieur mon très-cher frère, c'est chose étrange de voir ce quartier; il n'y a pas six hommes pour pouvoir monter à cheval ; véritablement M. de Saint-Maurice s'y devroit trouver. Monsieur me mande de faire monter à cheval quelqu'un pour apprendre des nouvelles, je ne sais presque personne à qui je me puisse adresser; j'ai prêté mon cheval au capitaine Baudry afm d'y aller; M. de Lorxe y va. Pour la Roquette, je ne sais où il est, et crois qu'il ne vaut guère grand' chose et force autres de cette cabale ; et faudroit témoigner à ces genslà le peu de cas qu'on fait d'eux. Je vous supplie de faire en sorte que j'aie ces cent piques ; Yidal me dit qu'elles étoient belles, et que si Monsieur en disoit un mot aux Consuls qu'ils les donneroient au prix qu'il leur coûtoit, et que ce pourroit être demi-écu; j'en ai grand besoin; ma sœur donnera de quoi. Je prie le bon Dieu nous vouloir tenir en sa sainte gardç et vouloir permettre que tous les traîtres soient découverts. Vous me pourrez mander par M. de la Philolie ce qu'il nous faudra faire pour demain ; on ne trouve rien plus ici, tellement qu'il faut permettre aux soldats d'aller loin, et cela pourroit être dangereux; tous ces messieurs crient à la faim. J. DE Caumoxt. De Saint-Maurice, ce 18* févTÏer.

18 février.

Entreprise manquée sur Aiguillon. — Attaque nocturne. — Arrestation d'un espion à la Rochelle.

J'ai reçu les lettres que m'avez envoyées de la Rochelle, gs mu*. mais vous les deviez avoir déchiffrées, car vous avez le chiffre, ou il est dans le cabinet. Avant-hier on avoit eu quel-

'5^2. que dessein sur Aiguillon, mais il n'y eut moyen de rien

28 mars, j^jj.^ . ^^ jg yQy^QJ^ prendre par escalade, à quoi il n'y a

point d'apparence. La nuit passée, nous avons monté à cheval avec quelque infanterie et avons fait attaquer quelques barricades des ennemis, et ceux de dedans aussi ont fait une sortie ; je ne sais ce qu'ils auront fait, mais nous n'avons pas fait grand'chose, et ne sais ce qu'on a tué des ennemis ; des nôtres, il en est mort sept ou huit et autant de blessés. La Commère, béarnois, est un des premiers qui donna et est blessé un peu à une cuisse. Les ennemis laissent fort en patience ceux de dedans, et ne tirent point le canon ; il y a huit jours qu'ils n'ont pas tiré vingt coups. J'ai bien reçu une lettre de vous par le laquais de la Guionie, mais non par celui de M. de Saint-Maurice, lequel je n'ai point vu. Je suis bien aise qu'on aie arrêté à la Rochelle ce Rivière qui est de Duras ; vous savez que delà on me donna avis qu'il trahissoit, et que lorsqu'il me porta une lettre de M. de Soubise, on me manda qu'il l'avoit fait voir à Bordeaux, et de fait, elle étoit ouverte, et qu'il avoit vu le Roi, et que même on lui avoit donné force pistoles, et étoit tout couvert de clinquant ; il n'y a point de doute qu'il a eu intelligence avec les gens que mande M. de Lescun, et ce fut eux qui l'adressèrent pour l'envoyer à Montauban. Ces gens-là font tout ce qu'ils peuvent contre nous en faveur de votre grand ami, et cette chattemite de femme de l'un d'eux qui vous fait bonne mine, et cependant vous voyez ce que M. de Lescun m'en mande. Je vous renvoie ce billet tronqué dont une partie est de M. Levines et l'autre de M. de Lescun ; vous verrez si avec le chiffre vous en pourrez tirer quelque chose, et leur répondrez avec le chiffre ce que jugerez à propos. Monsieur a tant d'affaires qu'il n'a pu faire la réponse aux lettres de la Rochelle ni de hier, ni d'aujourd'hui.

29 mar», J'avois écrit dès hier tout ce que dessus, j'espérois que

nous ferions quelque chose à nuit, mais il n'y a pas moyen.

* Je vous enverrai Monravel dès que Pelautier^ aura écrit à la

vieille; je ne sais si ce pourra être demain ou dès qu'il s'y

sera passé quelque chose. Je vous donne le bonsoir et prie

' Ce nom semble désigner M. de la Force. -

LE MARQUIS DE LA FORCE A LA MARQUISE DE LA FORCE. 2/l5 l'Éternel vous tenir en sa sainte et digne garde. A. de 1^22. Caumont. a Clairac, ce mardi soir 29^ mars. 29 mars.

jP. s. Je fermerai cette lettre de ma bague. M. de Parsac commence à se porter mieux et est prêt à sortir dehors. Louis est gaillard et est dans Tonneins.

Secours envoyé à Tonneins par eau. — Maladie de M. de Thémines. — Blessures des Comtes de Lauzun et de Gurson. — Détresse de l'armée royale.

J'ai reçu à ce soir deux ou trois dépêches de vous tout à 2 avril. la fois, je crois que la dernière écrite est par M. de Bergues ; je n'ai pas eu loisir de les lire toutes, car nous montions à cheval pour escorter un convoi que nous envoyons à Tonneins, bien qu'il fût par eau, lequel, encore qu'il fût nuit, nous avons bien jugé être arrivé assurément. C'étoit dans un des grands et bons bateaux qui soient sur Garonne, et l'avions si bien armé et accommodé que, nonobstant une patache que les ennemis avoient, et cinq galiotes qui lui ont tiré deux ou trois coups de canon et force coups de mousquet, il a passé à travers eux, et lui ont fait large, car il étoit si fort que s'il les eût rencontrés de front, il les eût mis à fond et brisés. Us ont reçu par ce convoi force poudres et farines, et grande quantité de fèves qu'ils ont, et bled, et ont fait quelques moulins à bras, et en font toujours, tellement que je crois que les ennemis auront de l'exercice pour longtemps, et se morfondront pour le moins trois mois, et espère, avec l'aide de Dieu, qu'ils ne le prendront jamais puisqu'il nous a fait la grâce d'y jeter ce secours ; son saint nom en soit béni 1 Nous avons su par un trompette des ennemis que M. de Thémines est malade, et on l'a porté à Marmandc ; qu'on a aussi emporté le Comte de Lauzun blessé à une cuisse, et le Comte de Gurson d'un coup de mousquet à travers l'épaule gauche, lequel on a emporté dans un brancard. Je crois que la maladie de M. de Thémines fera fort écarter ses gens, mêmement toute leur cavalerie mourant de faim comme elle fait ; la nôtre a aussi un peu pâti. Je vous prie, obligez force gens qui s'en sont retournés, de revenir bientôt ; il y en a plusieurs à Lambert qui s'en sont retour-

9 a^ril.

2ÏÏ6 CORRESPONDANCES.

^6'ï''' nés. Si M. de Saint-Maurice vouloit, je serois bien aise que son jeune fils fît une compagnie de mousquetaires à cheval, et il pourroit prendre ceux qui étoient audit Lambert (car il ne veut plus avoir de commandement), et qu'il choisît quelque bon lieutenant, et que tous eussent de bons mousquets, et qu'il s'en vînt nous trouver le plus tôt qu'il pourroit. Je vous écrirai demain par vos messagers ; cependant je prie Dieu, etc. A. de Caumont. A Clairac, ce samedi à minuit, 2« avril.

M. de Montpouillan annonce l'entrée du convoi à Tonneins. — MM. de la Force vont rejoindre le Comte d'Orval. — Bruit de la mort de M. de Thémines.

4 avril. Je vous ai écrit dès avant-hier au soir comme nous avions fait entrer un grand rafraîchissement dans Tonneins par la rivière, et jugions cela du lieu où nous étions ; cette nuit nous avons reçu lettre de mon frère de Montpouillan qui nous mande comme tout s'est conduit fort heureusement à la grande honte de nos ennemis, lesquels en sont fort étonnés et les nôtres grandement encouragés, puisqu'ils se voient munis pour longtemps de toutes choses nécessaires. Nous délogeons bientôt d'ici pour nous avancer vers le Comte d'Orval, et pour ramasser encore des forces de tous côtés, à quoi nous travaillons. Le bruit court de la mort du Maréchal de Thémines, nous ne savons pas si elle est assurée. Monsieur écrit à MM. les Consuls de Sainte-Foi. Nous n'avons pu rien découvrir de l'homme masqué ni de l'ivrogne. Je vous prie me mander tout ce que jugerez le mériter, et ce que deviendront ces troupes que vous dites ramasser de delà la Dordogne, et si vous jugez l'affaire dont nous parlions avant mon départ, faisable, et en quel état il est. M . de Théobon est toujours au lit de sa blessure, laquelle est astheure en bon état ; je le suis allé voir quatre ou cinq fois. S'il se passe quelque chose de deçà, je vous le ferai savoir incontinent, avec l'aide de Dieu, lequel je prie, etc. A. de Caumont. Ce 4* avril.

LE MARQUIS DE LA FORCE A LA MARQUISE DE LA FORCE. 247 M. DE LA FORCE A LA MARQUISE DE LA FORCE.

Nouvelles du siège de Tonneins. — La ville suffisamment approvisionnée. — Alterne du Comte d'Orvai.

Ma chère fille, je vous fais ce mot pour vous prier d'aviser leas. avec MM. les Consuls de Sainte-Foi, que l'on puisse sûre- 8 avril, ment faire tenir à M. de Favas celle que je lui écris; je crois qu'il la faut adresser à M. de Lescnn à Royan. Quant à nos nouvelles, les choses sont ici au même état. J'ai tous les jours des lettres de votre frère de Montpouillan : les ennemis n'entreprennent rien, ils sont rebutés d'assauts et laissent les nôtres fort en repos; ils n'espèrent plus d'en venir à bout que par famine, mais, avec l'aide de Dieu, ils y seront trompés ; car, outre ce que les nôtres ont force bleds, fèves, lards, huiles et vins, et qu'ils ont fait faire des moulins à bras, qui est tout le défaut qu'ils avoient, je leur fais souvent tenir de la farine et des chairs : le dernier convoi il y avoit près de trois cents sacs de farine, et force poudre. Nous avons tenu cinq ou six jours nos troupes de delà la rivière du Lot pour les faire vivre, à présent elles repassent deçà ; votre mari y est, et doit cejourd'hui aller couchera Castelmoron, où je fais état de l'aller trouver demain. Nous attendons M. le Comte d'Orvai avec ses forces. Je ne sais si vous avez encore nouvelles de M. le Baron de Savignac, je voudrois biei qu'il s'en vînt à nous, et si vous avez moyen de le solliciter, ce sera bien fait, et à M. de Longa. 11 y a aussi plusieurs qui se sont retirés vers Sainte-Foi; je vous prie les faire solliciter qu'ils nous viennent rejoindre, nous serons vers Monflanquin. Donnez-nous souvent de vos nouvelles, nous ferons de même. Je prie Dieu, etc. Ce 8^ avril, à Clairac.

Maladie du Baron de Beynac. — Ralliement de troupes à Monflanquin. — Ceux de Touneins font sortir toutes les bouches inutiles. — Éclat d'i-ne mine des ennemis. — Maladies et désertions dans l'armée royale. — Succès de M. de Soubise.

Nous nous portons tous bien. Dieu merci, hors M. le Ba- a «vrii. ron de Beynac qui est malade à Clairac. Il y a déjà quelques jours que je ne vous ai écrit, parce que nous sommes à la

11 avril

2ù8 CORRESPONDANCES.

«''22- campagne pour rafraîchir nos troupes, et astheure nous sommes avancés vers Monflanquin pour rallier les troupes qui nous viennent, tant du Comte d'Orval que de MM. de Bourzolles, Yivans, Savignac, d'Oradour, Prunget, Arambures. Je voudrois bien qu'ils se hâtassent un peu, car j'espérerois, qu'avec l'aide de Dieu, que nous ferions quelque chose de bon. Il ne faut point que vous soyez en peine de ceux de Tonneins, car ils sont si bien retranchés qu'on ne les sauroit forcer; aussi les ennemis ne prétendent pas l'avoir par là, mais espéroient l'avoir manque de vivres et munitions, à quoi nous avons pourvu, leur ayant jeté dedans grande quantité de farines et poudres, et envoyé des meules de moulin, tellement qu'ils en ont fait deux qui, je crois, sont achevés astheure, et ils ont dedans grande quantité de bleds. Ils ont fait sortir plus de cent chevaux et force personnes inutiles qu'ils avoient, qui se sont tous conduits à sauveté. Il y a quelques jours qu'une mine que les ennemis faisoient, se fondit sur eux et en assomma plus de quatre-vingts; je crois qu'ils ne songent plus à en faire, aussi n'y gagneroient-ils rien. Ils ne tirent aussi guère leur canon, ce qui témoigne qu'ils n'espèrent pas l'avoir par force ; mais ils se fortifient eux pour se garder des sorties et surprises soit de ceux de dedans, soit de nous. M. de ïhémines est fort malade, d'autres disent mort. Ils ont force maladies parmi eux, et force de burs gens s'en vont, et de la cavalerie et de l'infanterie; ils retiennent les autres par artifice. Ils leur persuadoient que quand ces chevaux sortirent, que mon frère et M. le Yicomte de Castets étoient sortis, et tous les principaux, et qu'ils se rendroient bientôt; ils menacent ceux de dedans de la venue de quatre mille hommes, et en assurent les leurs, et que le Roi viendra bientôt: mais je crois qu'il aura bien à faire ailleurs, vu ce que lui mande M. d'Esdiguières, et puis M. de Soubise se rend grandement puissant, car mon frère de Castelnaut me mande qu'il a vu une lettre que M. de Biron écrit à un de ses amis, et lui mande que M. d'Epernon a refusé d'assister le Comte de la Rochefoucauld, lequel a été contraint de se mettre en garnison et laisser la campagne libre à M. de Soubise, tellement que le Roi sera occupé là. Je prie le bon Dieu, etc. A.DECAUitfONT. AuLédat, ce lundi matin 11' atriK

U avril.

M. de la Force jette des muniiions dans Tonneins. — Assaut repoussé. — Pertes nombreuses des ennemis. — Leur cavalerie se relire devant celle des Protestants.

J'ai reçu deux billels de vous par la voie de Cugnac, et à isaz ce soir un par Monsieur, qui est arrivé en ce lieu deux heures avant moi. Depuis mon départ d'avec lui, il a jeté plusieurs fois des munitions dans Tonneins, et même le jour avant qu'il ne partît de Clairac, qui étoit avant-hier. Ce même jour, les ennemis ayant fait passer deux canons du côté de Clairac, les mirent en batterie contre une maison que les nôtres tiennent sur le bord du fossé, qui s'appelle la maison de Tripet, et tirèrent tant à la maison qu'aux barricades qui sont devant, et après y avoir fait brèche, après soleil couché y donnèrent un assaut : l'attaque dura deux heures. Les ennemis avoient une fois gagné la barricade et se vouloient loger dans la maison, mais enfin les nôtres les rechassèrent et menèrent battant bien avant; ils ne savent pas le nombre de gens qu'ils ont tués, à cause de la nuit, et n'attendirent pas le jour à mander cette nouvelle, car mon frère de Montpouillan l'écrivit à Monsieur dès les dix heures du soir. Pour eux, ils n'y ont perdu que deux soldats et sept ou huit blessés. Mais quand les ennemis eussent gagné cela, ce n'étoit pas grand'chose, car nos gens ont de très-bons retranchements derrière, et n'ont point à craindre de mine, et moins du côté que me mandez, que de nul autre, car ils sont fort éloignés du côté du château ; assurez-vous qu'il est du tout impossible de les forcer. On croit que ceux qui firent cette attaque étoit le régiment de Ribérac qui étoit nouvellement venu, et qui est de huit drapeaux ; mais il a été, si c'est lui, si bien mouché qu'il n'aura pas envie d'y retourner. Encore qu'il arrive aux ennemis des gens de tous côtés, leur armée n'est pas de beaucoup si forte qu'au commencement, car ils en ont perdu force ou par maladie, ou tués, ou qui s'en sont allés, même de la cavalerie, à cause que leurs chevaux y meurent de faim, et même les hommes. Force gens croient qu'ils lèveront le siège. Une partie de la cavalerie des ennemis nous suivoit hier; nos gens qui faisoient la retraite, les ayant aperçus, nous nous mîmes en ordre; mais dès que nous tournâmes tête à

1622. eux, ils s'arrêtèrent, et bientôt après prirent le chemin de 14 avril. J2^ retraite droit à Casseneuil, d'où ils étoient près, ce qui nous obligea à les laisser aller et juger qu'ils n'avoient pas envie de nous attaquer, mais oui bien quelque troupe s'ils en eussent trouvé d'écartée. M. le Baron de Beynac se porte mieux. Il y a quelques jours que n'ai point vu M. de Parsac, je lui donnai quelques pistoles. MM. de la Nouaille et de Janicon sont dans Tonneins; le premier a été un peu blessé, mais ce n'est rien. Je vous ferai savoir le plus souvent que je pourrai de nos nouvelles. Je prie Dieu, etc. A. de Caumont. A Monflauquin, ce jeudi soir 14* avril.

Siège de Tonneins. — Nouvel assaut repoussé. — Blessure de M. de Montpouillan.

jo avril. Je vous ai voulu renvoyer votre laquais pour vous mander de nos nouvelles, lesquelles sont bonnes, Dieu merci; vous en saurez bientôt plus [articulièrement, moi-même en serois le porteur, sans que j'ai peur que cela obligeroit force gens à en faire de même. Il est venu nouvelles de Tonneins qui disent que dimanche dernier il s'y donna un assaut où il demeura des morts de ceux qui les attaquoient, sept cents sur la place, et fallut qu'ils se retirassent avec leur courte honte ; ceux de dedans ne perdirent que quatre ou cinq et sept ou huit de blessés. Il y a cinq ou six jours que le frère * du capitaine Olivier fut blessé à la tète ; on avoit envoyé demander des ferrements pour le trépaner, mais par cette dernière nouvelle on mande que ce n'est rien et qu'il n'a rien d'offensé comme on croyoit au commencement. Cela m'avoit mis en peine, le sachant galant homme, et n'en suis pas tout à fait dehors, parce que je vous ai ouï dire qu'on ne peut connoître les coups de la tête pour en juger, qu'au bout de quarante jours. Ils ne m'ont point mandé de quoi il a été blessé, ou d'éclat de canon, ou d'autre chose On pourvoiera au lieu où vous faites votre demeure, nous aviserons à cela cette nuit. Dieu vous conserve, etc. A. de Cau- MONT. Ce mercredi 20' avril à midi.

' 31. de MontpouillaD; le Marquis de la Force se désignant lui- aiêmo parle OOtQ i'Olifier,

Lellre de M. de la Force aux Consuls de Sainte-Foi. — Nécessité <îe les obliger à recevoir garnison dans leur ville. — Arrivée de MM. de Noafllac et de Peyrac.

Monsieur écrit à MM. de Sainte-Foi pour les obliger à mettre ordre pour leur sûreté , et empêcher toutes ces menées et pratiques qui se font parmi eux. Je crois ([Xi'il faudroit faire lire la lettre devant tout le monde, en pleine Jurade, et s'ils ne font ce qu'ils doivent, peut-être faisant semblant de les quitter, cela les y obligera. Yous avez M. de Monlong qui y peut aider, et qui, en cas de besoin, si la femme ' du capitaine Olivier vouloit sortir de là, lui pourroit faire escorte jusqu'à la garnison, et delà vers sa belle-sœur-. Il faut obliger ceux de Sainte-Foi à recevoir deux compagnies pour le moins de cinquante ou soixante hommes ctiacune; je crois que Monsieur y renverra M. de Saint-Maurice pour y donner ordre. Nous partons pour aller joindre ^IM le Comte d'Orval et de Bourzolies. MM. de INoaillac et de Peyrac arrivèrent à soir avec soixante chevaux. Je prie Dieu qu'il vous assiste et conduise, n'ayant point égard à tant de péchés qui régnent parmi nous, mais aie pitié de son peuple par sa grande miséricorde. A. de Cadmont. A Faux, ce jeCidi matin 21^ avril.

P. S. Je vous prie de m'envoyer à la première commodité du sucre rosat, car nous avons force personnes enrhtunées.

21 awil.

Nouvelles du siège de Tonneins. — Arrivée de M. de Bourzolies avec des troupes. — Maladie de M. de Sainl-Maurice.

J'adresse ce mot à la sœur de Ca?tclnaiit pour vous le faire ^^ *"'^tenir. Nous avons encore hier reçu des nouvelles de 'jTonneins : mon frère de Montpouillan écrit deux lignes à Monsieur de sa main et mande que dans deux jours il pourroit montera cheval. C'est une grande perte que du pauvre Jassi^s ; il n'en a voit point fait de remarquable que celle-là. Les ennemis sont logés sur le bord du fossé des deux demi-bcstions, mais non dedans, car les nôtres y ont fait des coffres cpii

' La Marquise de la Force.

' La Marquise de Casteinaut,

1622. les incommodent fort. Ils ont tâché à les brûler par des arti- 23 aTrii. fj^gg ^ fg^. ^lais, Dieu merci, ils n'ont pu ; les nôtres ont fort travaillé dedans et ont fait trois bons retranchements. Le capitaine Pelautier part à ce matin pour aller à Monflanquin et de là s'approcher d'eux. Nous demeurons encore à nuit en ce lieu pour attendre le Comte d'Orval ; on croit que s'il n'est point arrivé, c'est que mon frère d'Eymet, qui le devoit joindre, l'a fait attendre, et aussi qu'ils mènent des gens de pied. M. de Bourzollcs nous a joints avec cinquante maîtres, soixante mousquetaires à cheval et cent hommes de pied, et MM. de Peyrac etNoaillac avec quelque cinquante chevaux; MM. de Limousin aussi nous doiventjoindre bientôt, à savoir : MM. de Prungct, d'Arambure et les enfants de M. d'Oradour. Mon cousin de Saint-Michel est fort malade à Monflanquin. Il faut que M. de Saint-Maurice et tous ces messieurs se rendent lundi soir vers Monflanquin ; il faut voir si on peut avoir des gens de pied de M. de Savignac. Je prie Dieu qu'il vous assiste de toute sorte de biens, qui est là ce que j'avois à vous dire, etc. A. de Caumont. Ce 23' avril.

Arrivée du B.iron d'Eymet à Monflanquin. — Annonce des troupes du Comte

dOrval.

24 avril. Je ne sais si je dois croire ce que me mandez de M. d'Epernon, il y faut avoir l'œil. Nous partons d'ici tout présentement pour aller loger auprès de Monflanquin. Je ne crois pas que la cavalerie de cet homme que mandez, puisse être assez forte pour nous oser attaquer, et ne crois pas qu'il se voulût joindre avec les autres ; je ne sais pas comme ils pourroient compatir ensemble. Si vous en apprenez quelqu'autre chose, faites nous-le savoir. Je viens tout présentement de recevoir deux lettres que Monsieur écrit à MM do Sain'i-Maurice et Savignac, je vous les laisse ouvertes : vous y verrez comme mon frère d'Eymet est arrivé à Monflanquin ; cela veut dire (juc le Comte d'Orval ne viendra point. Cei»endant un gentilhomme nommé Boussac, qui vient de Boussac, dit que son père l'envoyoit tout exprès pour porter nouvelles qu'il avoit vu les troupes de M. le Comte d'Orval, et qij'elles arrivèrent hier à trois heures après-midi à Saint-

24 avril.

Laurens, qui est près de Castelnaut, où ledit sieur étoit allé ; *^'^'^mais je n'y vois pas grande apparence, ce pourroit être ceux qui viennent de Limousin. Je vous écrivis dès hier comme mon frère de Montpouillan se portoit bien et qu'il avoit môme écrit deux lignes de sa main ; le reste étoit en chiffres. Le porteur de la lettre de Monsieur dit que mon cousin de Saint-Michel se porte mieux ; j'espère que ce ne sera rien. M. le Baron deBeynac est aussi guéri. Je vous envoie la lettre que Monsieur m'a écrit, afin que voyez ce qu'il me mande : il ne faut encore divulguer ce qu'il me mande touchant la paix. Je prie Dieu, etc. A. de Caumot. A Larche, ce dimanche 24' avril, à six heures du matin.

M. de la Force attaque les ennemis sous les murs de Tonneins. — Sa cavalerie s'amuse à piller. — Sortie des assiégés. — Ils s'emparent du canon et incendient les magasins de l'ennemi. — Mort de M. de Mesnie. — Blessures de MM. de Saint-Maurice. — Panique des assiégeants qui se noient au nombre de cinq cents.;

Je vous ai voulu , incontinent après notre combat , faire so sTrii. savoir de nos nouvelles, afin que n'en fussiez en peine et qu'on ne vous déguisât la vérité ; je vous dirai comme nous nous sommes bien frottés, et que, Dieu merci, tout ce qui est de la Maison n'y a reçu nul mal. Il y a eu de la perte d'un côté et d'autre, je crois beaucoup plus grande du côté des ennemis ; mais la leur ne guérit pas la nôtre. Nous ne savons pas ni le nombre ni les personnes de qualité, mais nous y avons perdu de braves gens, ou ils sont prisonniers, qui sont MM. de Campagnac, Grand-Castaing, qui étoient dans la troupe où j'étois, et MM. d'Auripech, Richomme, Solmignac, le neveu de celui qui a été à moi; Boudou et un ou deux capitaines de M. de Lusignan ; Vernète, lieutenant de feu la Mothe-Gaschon et quelques cinquante soldats. Cela a été sur notre retraite que quelques-uns se sont effrayés, que cela a été fait, car jusque-là nous les avions toujours battus, et avions déjà défait deux compagnies de cavalerie; et nos gens se sont trop amusés les uns au pillage, les autres à courre deçà et delà, à tuer du monde, s'écartant au lieu de se tenir ensemble. C'étoit du côté de Tonneinsdessous; j'ai mené battant un gros de cavalerie jusque dans

25/i CORRESPONDANCES.

1622. les fossés de la ville: c'est là que M. de Grand-Castaing a été 30 avril, tué, et M. de Campagnac l'a été par deux hommes qui lui ont donné deux coups de pistolet ; mais ils ne l'ont pas porté bien loin : Belsunce a donné à l'un un coUp de pistolet par la tête, lequel est tombé roide mort. G'étoit une personne de commandement, car il avoit une mandille toute couverte de passements d'or. On en a pris plusieurs comme cela et plusieurs chevaux : je crois que nous saurons bientôt les personnes de condition qu'ils y ont perdues. J'ai eu mon cheval blessé d'un coup de pistolet; j'en ai eu un autre sur les doigts, qui n'a pu percer mon gantelet , et ne m'a fait de mal que comme qui m'eût donné une taloche. M. de Saint-Maurice est un peu blessé à un bras; son fils a un coup de pistolet à la jambe, et le fils de M. de Campagnac à la tète; mais tout cela n'est rien. Ceux de dedans ont fait sortie de leur côté, mais un peu trop tard, car je crois qu'ils ne s'attendoient plus que nous dussions donner, à cause que le jour nous avoit surpris, et étoit déjà soleil levé; que si nous fussions arrivés un peu plus tôt, nous les taillions en pièces; et comme cela même, si on ne se fût amusé à ce que je vous ai dit, et qu'on eût toujours poussé sans leur donner loisir de se reconnoUre et se rallier. Je vous dirai donc que ceux de dedans se sont rendus maîtres de tout le bourg qui est entre les deux villes, et du canon, ont tout brûlé et maisons et barricades, et, je crois, le magasin des ennemis. Nous ne pouvons pas savoir s'ils ont mené le canon dans leurs fossés, ou ce qu'ils ont fait : je crois que nous en aurons demain des nouvelles. Je m'assure bien qu'ils ont tué plus de deux ou trois cents hommes. Chaudru en est sorti cette nuit, qui assure que mon frère de Montpouillan étoit guéri de sa blessure, mais depuis avoit été un peu malade. Nous leur avons fait jeter un convoi cette nuit. M. de Mesnie est mort dedans de maladie. Il y en a force qui assurent, en ce combat, avoir vu tomber M. d'Elbœuf ; il y en a qui croient qu'il est mort. Je m'assure qu'ils ont perdu plus de soixante gentilshommes; mais je plains grandement les braves gens qui, je crois, y sont morts, que je vous ai mandés. Le Seigneur n'a point voulu nous bailler la victoire entière. Sa sainte volonté soit faite! Si d'abord une partie des troupes eussent donné avec moi vers la ville de Tonneins-dessous,

nous nous en fussions rendus maîtres, à ce que je crois, et '**^de MM. d'Elbœuf et de Thémines ; mais le bon Dieu ne l'a ^^ *""'' point voulu; ce sera quand il lui plaira qu'il nous assistera plus puissamment ; je l'en supplie de tout mon cœur, et qu'il lui plaise de délivrer nos Eglises de l'oppression en quoi elles sont, et qu'il fasse reconnoître à toute la terre qu'il est notre protecteur et préservateur, et que nous lui en puissions rendre louanges et actions de grâces. Je le supplie qu'il vous tienne en sa garde , et vous préserve de mal et tout ce que nous aimons. A. deCaumont. A Clairac, ce samedi 30^ avril, cinq heures du soir.

P. S. M. de Saint-Maurice vous supplie d'écrire à sa femme, et lui faire savoir comme il n'est qu'un peu blessé, et que ce n'est rien. Mon trompette a eu aussi unemousquetade à l'épaule , mais ce n'est rien. J'oubliois à vous dire aussi que Gast, l'avocat, et Dangounet sont à dire ; je ne sais s'ils sont morts ou prisonniers. Force gens assurent qu'il s'est noyé quatre ou cinq cents hommes des ennemis, d'un grand effroi qu'ils ont eu de notre attaque et de la sortie de ceux du dedans. Nous avons bien vu tous les bateaux chargés de gens, et gagner de delà la rivière. Je voulois vous envoyer Larquai , mais ayant trouvé ces autres porteurs , je le réserve pour vous mander plus particulièrement toutes choses.

Même sujet que la précédente. —Maladie de M. de MoDtpoaillan.

Je VOUS écrivis dès le jour même de notre combat ; je vous 2 mai. puis mander avec plus de certitude la sortie des nôtres qui sont dans Tonneins, et la perte des ennemis , qu'on assure avoir été de prés de deux mille hommes ou tués, ou noyés, ou qui s'en sont fuis. A leur sortie, ils tuèrent cinq ou six cents hommes, se rendirent maîtres de toutes les tranchées, barricades et logements des ennemis jusqu'à celui de M. d'Elbœuf . Enfin ils brûlèrent et mirent presque tout à feu, emmenèrent deux canons et une couleuvrine qu'ils allèrent quérir à plus de cinq cents pas, et les menèrent dans la \ille, et les ont déjà mis en batterie contre les ennemis. Ils n'y perdirent que cinq ou six soldats, le capitaine Lentillac , blessé à un

16W. bras, mais ce n'est rien. Mon frère de Montpouillan a la fièvre '"*'• tierce; Fraische est malade, aussi Janicon et Saint-Orsc. J'oubliois à vous dire qu'ils prirent aux ennemis cinq cents corselets et autant de mousquets, et force autre butin. Nous ne savons pas au vrai les personnes de condition que les ennemis y ont perdues, mais il y a plus de soixante gentilshommes. On assure que MM. de Cornuson, de Sevèse et le maréchal des logis de la compagnie de M. de Thémines, y sont demeurés, et que ledit sieur de Thémines quiétoit déjà malade, s'efforça tellement qu'il est grandement mal, et l'a-t-on porté au Màs. Des nôtres , nous ne savons pas si ceux que je vous avois mandés, sont morts ou prisonniers, si n'est ceux de M. de Lusignan, qui ne sont que prisonniers et lui ont écrit; pour MM. de Campagnac et de Grand-Castaing, ils sont morts, et ai-je peur que MM d'Auripech et Richomme le soient. Ces braves gens sont grandement à plaindre , et même s'étant perdus par la faute des nôtres, par la pillerie des uns qui s'amusoient à prendre des chevaux dans des granges, et même à fouiller et dépouiller les morts par la campagne, et par le désordre et poltronnerie des autres; car sans cela, nous avions une victoire entière des ennemis ; et si toute la cavalerie eût poussé conmie ma troupe, nonobstant tout cela, ils étoient tous défaits; car je rompis deux troupes de cavalerie, et n'y eut que la mienne qui combattit, et vous puis assurer que le capitaine Olivier^ en porta trois ou quatre par terre de sa main. Les pauvres MM. de Grand-Castaing et Campagnac étoient avec moi ; je crois encore que j'y ai perdu Dangounct et Gast, l'avocat, s'ils ne sont prisonniers, mais il n'y en a point encore de nouvelles. Nous envoyâmes hier un trompette, le(iuel n'est point encore revenu : je ne sais pourquoi les ennemis l'ont retenu. Cela a grandement effrayé les ennemis, et crois qu'avec l'aide du bon Dieu, nous les obligerons à lever le siège, si les nouvelles que l'on a portées de la Rocbelle , de ce qui est arrivé à M. de Soubise, et que l'approche du Roi ne les assurent; ces nouvelles m'ont grandement affligé et m'ont mis

' Le Marquis de la Force lui-m6me. Voir les notes précédentes au nom d'Olifier.

2 mai.

LE MARQUIS DE LA FORCE A LA MARQUISE DE LA FORCE. 257 en peine, n'y voyant nulles nouvelles de vous; je vous prie 1622. qu'il y ait toujours un mot de votre main. Je ne crois pas que M. de Soubise ait fait une fort grande perte; au moins les ennemis mêmes ne la font pas si grande, ni un imprimé qui en court. L'Éternel ne nous veut pas encore tout à fait délivrer, et nous donne parmi de la prospérité de rudes coups de fouet. Il faut tout feccvoir de sa main, et nous conformer à sa sainte volonté : il le fera quand il connoîtra être expédient pour sa gloire et notre salut. Je plains grandement aussi le pauvre M. de Lescun et ces ministres; j'ai grande peur qu'ils ne sortiront jamais; l'Éternel les fortifie et les console, et veuille être apaisé envers nous, et veuille avoir pitié de sa pauvre Église ! La lettre que M. d'Hespérien vous écrit, me met grandement en peine. Je vous supplie, songez à cela et à la sùrelé de la belle-fille de Pelautier, qui est en lieu dangereux; il ne faut pas qu'elle attende l'extrémité : celui qui veut suivre son conseil, la pourroit escorter jusqu'à son Gouvernement, et de là chez sa belle-sœur, et après plus avant. Je vous prie, mandez-moi promptement des nouvelles. Je prie Dieu qu'il lui plaise nous garder et préserver de tout mal, et nous conseiller par son Saint-Esprit. A lui soit honneur et gloire à jamais! A. de Caumont. A Clairac , ce lundi soir, 2^ mai.

Désertion dans l'armée ennemie. — M. île Bourdeille se relire avec ses troupes.

Je vous dirai comme l'armée de l'ennemi depuis notre at- 3 mai. taque, se dissipe fort : j\L de liourdeille s'est retiré avec sa cavalerie et infanterie. Il faudra prendre garde au lieu où vous êtes, et qu'ils fassent bonne garde, car il y pourroit avoir quelque dessein contre eux, comme déjà m'avez mandé qu'on vous en a donné plusieurs avis, et ledit sieur de Bourdeille y pourroit servir. Je le trouve toutefois très-difficile. Ce présent porteur vous dira plus particulièrement de nos nouvelles, et comme nous allons donner encore quelque venue aux ennemis, mais non périlleuse comme celle de l'autre jour. Le Seigneur Dieu nous veuille bien conduire et adresser, nous gardant de tout mal et conduisant toutes m. 17

3 mai

1622. choses pour sa gloire et le bien de son Église, nous faisant la grâce que nous nous puissions re\ oir en bonne santé avec tout sujet de joie et contentement, afin que nous lui en puissions rendre louanges et actions de grâces, A. de Caumont. A Clairac, ce mardi soir 3^ mai.

Capitulation de Tonneins. — Les ennemis violent le traité. — Ils massacrent les malades et pillent le bagage. — Élal dangereux de M. de Montpouillan. — M. de Caslelnau de Chalosse s'empare de Monl-de-Marsan.

6 mai. Vous apprendrez par le porteur comme la capitulation de Tonneins fut faite hier, et comme tous ceux qui étoient dedans, sont ici ; il sont sortis avec leurs armes et bagage, tambour battant, mèche alluinée ; à la vérité on leur avoit fait promettre de ne porter les armes de six mois, mais les ennemis ont contrevenu les premiers à la capitulation, tellement que les nôtres ne sont plus obligés à leur promesse ; car, contre la capitulation, les ennemis ont désarmé presque tout le régiment de M. de Théobon et partie de celui de M. de Lusignan et de M. de Castets, mais fort peu de celui de mon frère de Montpouillan. Ils avoient promis aussi de faire conduire jusqu'ici trois bateaux où on avoit mis les personnes les plus malades, mais les ennemis les ont, presque tous ceux qui étoient dedans, pillés, poignardés, même des femmes de quatre-vingts ans, et jetés dans la rivière, et la plupart aussi du bagage qui étoit venu par terre, pillé. Voilà comme il n'y a nulle assurance en leurs paroles; c'est pourtant un grand coup qu'on a sauvé tous les honunes et femmes qui sont venus par terre ; à tous le moins je ne crois pas qu'en en ait tué deux, et une partie des armes sauvées. Mon frère de Montpouillan vous auroit fait pitié, tant il est défait; il a la fièvre double tierce. 11 désire fort de vous voir et croiroit être bientôt guéri s'il étoit auprès vous , et à cause de cela vouloit aller à Sainte-Foi ; mais Monsieur veut qu'on le porte à Castelnaut, et avons envoyé chercher une litière à Calonges. M. Janicon est malade, et M. de Saint-Orse, et Fraischo l'aîné, et la Nouaille, et plusieurs autres. Je crois que la plupart ne pourront bouger de qu(;l(iue temps d'ici. Le sieur de Pclauticr ' et le capitaine Olivier partiront demain matin ' M. de la Force et le Marquis de la Force. Voir les notes précédentes.

LE MARQUIS DE LA FORCE A LA MARQUISE DE LA FORCE. 259 pour s'en aller vers vous. On nous a assuré que M. le Marquis '622. de Castelnau (de Chalosse) s'est rendu le maître dans le Mont- ^ '"^'• de-Marsan, et qu'il a douze ou quinze cents hommes de pied et quatre cents chevaux. Dieu nous veuille assister et vous tenir en sa sainte garde ! A de Caumont. A Clairac, ce vendredi soir 6* mai.

Allenle des nouvelles de M. de la Force. — Les halilants de Capdenac, exaspérés conlre Sully et le Comle d'Orval, choisissent le Marquis de la Force pour les commander.

Je vous ai déjà fait trois dépèches dont il y en avoit deux ler juin, semblables ; mais on m'a assuré qu'on avoit assommé les porteurs. Je crois que si cela est, vous n'êtes pas en petite peine, sinon que vous ayez su par bruit commun ce qui s'est passé ici. Je ne le suis pas moins, n'ayant eu nulles nouvelles de vous ni de Monsieur, sinon qu'on assure qu'il a fait sa paix et pour toute la Basse-Guyenne; Dieu veuille qu'elle soit bonne et bien observée ! Pour moi, je suis en bonne santé, Dieu merci, m'étant rendu en ce lieu avec force périls, où arrivant, les habitants qui étoient au désespoir d'être vendus par M. de Sully, s'émurent tellement que j'eus de la peine à empêcher qu'ils ne lui méfissent et au Comte d'Orval ; tellement que s'étant rendus les maîtres, ils me prièrent de vouloir demeurer avec eux, et qu'ils se fioient et se donnoient à moi ; j'ai cru ne les devoir abandonner, et que j'y étois obligé par honneur et encore plus par conscience. Je vous supplie que je sache promptement de vos nouvelles et de celles de Monsieur, étant merveilleusement en peine. Dieu vous conserve et tout ce que nous aimons, et aie pitié de nous, pauvres pécheurs, nous faisant la grâce que nous puissions tous servir à sa gloire pour mourir en sa grâce! A. de Caumont. A Capdenac, ce mercredi l"" de juin.

P. S. J'envoie Foulonge vers Monsieur pour apprendre de ses nouvelles, M. de Sully m'a promis obtenir un passe-port pour cela ; je ne sais si on lui permettra de passer où vous êtes ; je le désirerois bien.

260 COURESl'ONDANCES.

Chagrin qu'il a de sa maladie. — Serment et promesse écrite qu'exigent de lui les habitants de Capdenac. — Difficultés de sa position. — Il demande conseil au Maréchal. — Si le Roi prend confiance en lui, il espère remettre la ville en son obéissance.

1622. Monsieur, c'est avec un extrême déplaisir que j'ai appris ^j"'"" -votre indisposition et que je me vois si malheureux que ce que je croyois avoir fait pour votre assistance et assurance, semble être tout le contraire, puisque vous croyant assiégé et en péril, j'eusse, s'il m'eût été possible, remué ciel et terre en votre faveur ; cela m'obligea de venir en ce lieu, non sans grand péril, oîi je trouvai ce peuple prêt, encore que je n'y eusse pas été, de faire ce qu'ils ont fait, et m'ayant appelé, et fait jurer, et donner promesse par écrit de ne les abandonner ni livrer entre les mains du Roi, ni de M. de Sully, ni du Comte d'Orval. Je vous demande, au nom de Dieu, Monsieur, parce que je sais que vous nous aimez comme doit un vrai père qui aime non-seulement la vie de ses enfants, mais aussi leur honneur, leur corps, mais aussi leur âme, que vous me donniez quelque moyen et fassiez en sorte que je conserve principalement ma conscience et mon honneur; que si pour votre conservation et contentement vous désirez que je me mette entre les mains du Roi pour faire ce qu'il lui plaira de ma vie, j'obéirai à vos commandements : aussi n'ai-je pas la puissance pour pouvoir faire davantage, puisque je suis aussi bien que M. de Sully et le Comte d'Orval entre les mains de ce peuple. Vous savez que je n'ai que sept ou huit gentilshommes, et que je ne puis avec cela contraindre plus de trois cents soldats à faire contre leur volonté. A la vérité ils me reconnoissent pour leur chef, mais pour leur commander conformément à mes promesses, car s'ils avoient connoissance que j'eusse autre dessein, je crois que ma vie et de tous ceux qui les voudroient porter au contraire, courroit grande fortune. Vous considérerez donc cela, s'il vous plaît. Monsieur, et que tout ce que je pourrai faire, sera de les abandonner; que si S. M. vouloit prendre fiance en vous et en ceux qui vous appartiennent, et se fier en moi de cette place, je pourrois porter les habitants à se remettre

6 juia.

LE MARQLIS DE LA FORCE A LA MARQUISE DE LA FORCE. 261 SOUS son obéissance et à ne faire point la guerre; autrement ^^^î^* il n'y a sorte d'extrémité à quoi ils ne se portent. Jugez si on pourroit obtenir cela, et quittez plutôt quelque chose de la récompense que le Roi vous a promise. Je remets cela à votre volonté et prudence. J'attendrai vos commandements et prierai le Tout-Puissant, qui est le conseiller et le père de toute miséricorde, qu'il ait pitié de nous, qu'il nous conduise et conseille et garde ceux qui espèrent en lui, nous faisant la grâce à tous de nous conformer à sa sainte volonté, et conduire tellement nos actions qu'elles lui soient agréables et qu'elles réussissent à sa gloire et au bien de son Église. Votre très-humble et très-obéissant fils. A, de Caumot. A Capdenac, ce lundi 6^ juin .

Il n'a pu abandonner Capdenac pour aller voirM.de laForce. — M. d'Eymet va trouver le Roi. — Résolution de la garnison de Saint-Antonin.

Je loue Dieu qu'il y a de l'amendement à la maladie 12 juin, de Monsieur, et le supplie de tout mon cœur le vouloir encore conserver et le remettre en santé , afin qu'il puisse servir à sa gloire , au bien de son Église , et au soulagement de sa pauvre famille , qui recevroit un terrible échec en sa perte. J'envoie ce porteur pour en apprendre des nouvelles ; l'Eternel fasse que j'en reçoive de bonnes, et qu'encore tous ensemble nous le puissions remercier et louer son saint nom des biens qu'aurons reçus de sa bénigne main. C'est avec un déplaisir extrême que je n'ai pu lui aller rendre ce que je lui dois ; mais je ne pouvois abandonner ces places, M. le Duc de Sully et Comte d'Orval y étant, sans courre fortune de les perdre, ou à eux. Vous aurez vu mon frère de Tonneins, et ce que j'ai mandé à Monsieur et à vous. Mon frère d'Eymet est retourné vers le Pvoi, lequel on tient être vers ISégrepelisse , et qu'il avoit envoyé M. de Thémines pour faire les approches de Saint-Antonin, là où ils sont tellement résolus à se défendre, à ce ({u'on dit, qu'ils veulent, plutôt que se rendre jamais, mourir les uns sur les autres en défendant la brèche. Les uns disent que

'622. S. M. doit revenir de deçà; les autres qu'elle veut aller droit 12 juin. ^ Castres , et n'attaquera point Montauban : la vue en découvrira Teffet, et faut attendre ce qu'il plaira à Dieu d'envoyer à son peuple. Je le supplie qu'il nous traite en sa pitié et non selon nos démérites, et qu'il vous tienne en sa sainte garde. A. de Caumont. A Capdenac, ce dimanche 12* juin.

Rétablissement de M. de la Force. — Mouvements de MM. de Rohan, de Montbrun et de Malause.

30 juin. Je suis grandement aise que Monsieur se porte de mieux en mieux : je prie le bon Dieu de lui augmenter sa santé de plus en plus. Tous ne devez point être en peine de moi; je me porte bien , Dieu merci . J'attends avec impatience mon frère d'Eymet, qui est allé vers le Roi, lequel est à Toulouse; et M. de Rohan est, à ce qu'on m'a assuré, à Milhaud, avec sept ou huit mille hommes, et M. de Montbrun dans Montauban, et le Marquis de Malause à Castres. Dieu nous veuille donner une bonne paix, et ait pitié de son peuple. Je prie l'Eternel, etc. A. de Caumont. A Capdenac, ce dernier de juin.

Page 1