TROISIEME PARTIE
Accueil qu'il reçoit à la Cour. — Difficultés pour le maintien de la paix avec les Protestants. — Mort de M. de Caumartin. — Disgrâce de Schomberg. — Arrivée de MM. de Lorraine. — Froideur du Comte dOrval. — Mort de madame de Saint Germain. — Licence des garnisons de Guyenne. — Caioninies répandues contre M. de la Force. — Affaire de Caumont.— Changements dans le Conseil.
Nous avons, Dieu merci, parachevé notre voyage heureu- 1523. sèment, et vous puis assurer que j'ai eu l'honneur d'être 23 janvier. très-bien reçu du Roi, avec beaucoup de témoignages de bienveillance, et de même des Reines. Je n'eusse osé me promettre la centième partie du contentement que j'ai reçu généralement de toute la Cour et des principaux Ministres de l'Etat. Quant au général des affaires, et pour ce qui regarde la paix, je vous avertirai que ce qui concerne Montpellier et le fort de la Rochelle, que cela n'est pas encore bien et donne sujet à plusieurs d'appréhender encore du mal; néanmoins, à ce que j'ai pu recueillir des plus clairvoyants et même de ceux qui ont part aux affaires, ils tiennent la paix être de durée, et assurent que la volonté de S. M- y est entièrement portée. A ma venue, j'ai vu arriver deux coups bien notables : l'un, la mort de M. de Caumartin, le Garde des sceaux, et l'autre, la disgrâce de M. le Comte de Schomberg, auquel le Roi fit commandement de se retirer chez lui, et sortit le même soir que j'arrivai, à une heure de nuit. Tout cela a fort donné sujet à toute la Cour de discourir, comme de deux grands changements arrivés fort inopinément. Le bruit commun est que l'on n'agréoit pas ses conseils violents, tendants au trouble, et que tout ce qui a le plus de part à la conduite des affaires, désirent le repos. A ce que je puis apprendre, les Reines s'y portent du tout. L'on donne aussi cette louange à MM. le Chancelier et de Puysieux, et hors les ecclésiastiques, on ne remarque aucun des Princes et Grands de la Cour, qui n'aient cette même inclination. Jamais le Roi
1623. ne rendit plus d'honneur à la Reine, sa mère, qu'à présent :
23 janvier, jg jjg j'aj encorc pu voif qu'une fois, mais j'en demeure gran-
dement satisfait. Je n'ai pu encore faire la moitié de mes visites. La Cour est fort grande; tous les Princes y sont, hormis M. de Vendôme. M. de Yaudémont et le Prince de Lorraine y sont arrivés cejourd'hui. Leurs Majestés ont tous les soirs les comédiens ; mais hier. Monsieur dansa un ballet fort beau, à ce que l'on dit, car je n'y fus point; je m'en remets à nos enfants. Je ne sors point l'après-soupée ; mais nous soupons fort tard : aussi l'on dîne à une heure après midi. M. le Duc d'Elbœuf a voulu que j'aille dîner chez lui ; il m'a fait l'honneur, et madame sa femme, de me donner tous les témoignages d'amitié qui se peuvent dire au monde : elle prenoitun grand plaisir de m'entretenir du passé et du temps du feu Roi. Le Comte d'Orval ne m'a aucunement fait savoir de ses nouvelles; au contraire, notre fille, sa femme, a fait prier son frère d'Eymet, qui la vouloit aller voir, de n'y aller pas. Je l'ai vu deux ou trois fois chez le Roi; mais il n'a jamais fait semblant de me regarder, et voyoit force gens d'honneur me caresser : je lui trouve la façon tout étonnée. Notre fils d'Eymet a vu sa sœur à Charenton; mais elle témoigne que le changement de son mari ne la sauroit ébranler.
24 janvier. J'écrivis hier soir ce-dessus. J'ai reçu vos lettres par Col-
linet, et vu l'affliction que notre fille la Marquise a reçue de la perte de sa mère, j'avois grande appréhension que cela lui nuisît, et loue Dieu de ce que me mandez qu'elle se porte bien. Elle a toujours témoigné avoir tant la crainte de Dieu, qu'il faut qu'à cette occasion elle le fasse paroître plus que jamais, et qu'elle considère l'offense qu'elle feroit de se préjudicier en l'état qu'elle est, et le regret perpétuel qui lui en resteroit, et à nous tous. Je suis bien aise qu'elle envoie Lavallade en ses maisons pour remédier à ses affaires autant qu'il se pourra; possible retirera-t-elle quelque chose de bon de celui qui lui veut faire entendre quelque chose d'important. J'ai ici la promesse faite à feu madame de Saint-Germain. Je suis bien marri des grands désordres qui continuent vers la Garonne, même parla garnison de Clairac, ainsi que M. de Gaillart vous a rapporté; M. le Connétable m'a dit de son mouvement que le Roi avoit eu de grandes
JW3.
plaintes de ce côté-là, et des licences de ces garnisons, et qu'il y vouloit pourvoir. Je ne puis à mon arrivée que me J'"'^'®''conduire pour encore à ces affaires que fort retenûment; mais je prendrai le temps et les occasions pour y servir le plus utilement qu'il me sera possible. Je suis offensé que ceux de Tonneins ne se veulent autrement aider, et qu'ils n'ont eu recours à la Chambre. J'ai appris ici que l'on a été si malicieux de par delà, que de mander ici tous les mauvais bruits que l'on y faisoit courre de moi, et que je faisois toujours le factieux. Je vous assure que je tiens à grande assistance de Dieu d'être venu ici pour remédier à tous ces méchants artifices. J'ai peu parlé de l'affaire de Caumont , mais j'espère qu'il ira bien ; c'est un grand point s'il est en l'état que me mandez. J'avoisenvoyéM.du FraisseversM. le Comte de Saint-Paul, savoir s'il avoit agréable que je l'allasse voir. Il lui a dit qu'il en seroit fort aise, et témoigne force bonne volonté, toujours les larmes aux yeux sur la souvenance de son (ils. Depuis cette après-dînée, M. de Longueville m'a envoyé un gentilhomme pour me parler de cet affaire; sur quoi je le suis allé trouver, et m'a dit mille belles paroles, et que M. le Comte de Saint-Paul avoit la même affection pour moi qu'il avoit toujours eue, et désiroit que madame la Comtesse en fît de môme ; à quoi il vouloit travailler, et jusques alors il seroit bien aise que je n'allasse point chez lui, mais qu'il me verroit au Louvre et m'en entretiendroit là. On tient que M. et madame de Sully se sont faits catholiques, et doivent arriver en cette ville dans deux ou trois jours. On parloit de lui remettre les finances; l'on en avoit quelque opinion; mais cejourd'hui elles ont été baillées, à ce qu'on m'a assuré, à M. de la Yieuville, Capitaine des Gardes. Il aura un bon aide que M. de Beaumarchais, son beau-père. L'on ôte aussi le contrôle à M. de Castille, gendre de M. le Président Jeannin, et le baille-t-on à M. de Champigny, Conseiller d'Etat. Les sceaux ont été remis entre les mains de M. le Chancelier. Je vous assure que ce changement fait dire à tout le monde que la paix demeurera ferme, et vous assure que c'est le jugement que j'en fais. J'apprends bien que la haine dure toujours contre nous ; mais l'on trouve plus de difficultés et d'inconvénients à nous ruiner par les armes que non pas
1623. à nous souffrir, et véritablement je trouve les cœurs gran-
24 janvier, jg^i^çj^t adoucis et ciésireux delà paix. Je prie Dieu qu'il vous
tienne en sa sainte garde et à toute votre compagnie avec la
continuation de ses saintes bénédictions. Ce 24." janvier, à
Paris.
P. S. J'ai été averti que M. de Théobon étoit résolu de faire parler à notre fils le Marquis, et qu'il disoit n'attendre que mon partement des Millandes; il y faut prendre garde et en avertir notre fils. J'aurois grand déplaisir que, sans sujet et par un caprice, cet homme nous allât faire une boutade mal à propos : nous ne devons pas rentrer en de nouveaux malheurs.
Nouvelles de la Cour. — Nomination des Commissaires pour l'exécution de la paix. —Menaces du Roi d'Espagne. — Conversation avec la Duchesse de Rohan.— Achat t'un carrosse. — La Force présente au Roi le Comte de Roucy. — S. M. lui fait présent d'un faucon.
2 février. Par ccUe que je vous écrivois par le trompette, je vous donnois connoissance bien au long de ce que j'avois pu recueillir de la disposition des affaires, et comme je jugeois toutes choses portées à la paix : depuis cela, ce que j'ai pu voir et apprendre m'y confirme bien davantage. Je vous puis dire qu'il m'a été grandement assuré par tous ceux qui ont le plus de part aux affaires, et qui gouvernent. Et en effet , tous les Commissaires pour toutes les provinces sont nommés pour faire exécuter la Déclaration du Roi sur la paix et recevoir les plaintes d'un chacun pour la Guyenne. Ont été nommés : M. Dobry, Maître des Requêtes, qui a épousé une sœur de la femme de M. de Pompadour, et le Vicomte de Pardaillan-Droze; mais sur le bruit qu'il s'est fait catholique, on y pourroit bien mettre M. de Yivans. L'on retranche fort de toutes les garnisons. Je n'apprends rien qui ne me fortifie en la créance de la paix , qui est la meilleure nouvelle que je vous puisse mander. Toute la Cour a été ces jours ici tous réjouis et échauffés sur ce que l'on tient que le Roi d'Espagne ne veut rien faire pour la Yalteline, au contraire qu'il est résolu, si le Roi s'en mêle, de s'y rendre lui-même avec qua-
LE MARÉC. DE LA FORCE A LA MARÉC. DE LA FORCE. 273 rante mille hommes, et en envoyer autant sur la frontière pour nous attaquer par la Picardie. Il y a plus de six jours que M. le Connétable m'a dit cela lui-même, et cejourd'hui, un de mes amis m'a assuré que la délibération avoit été prise d'envoyer visiter toutes les places de Picardie pour y apporter l'ordre qu'il faut. J'ai aussi appris que l'on fournit des sommes notables à MM. des Etats sur les entretencments que S. M. leur a toujours baillés; ce qui témoigne aussi qu'il y a quelque chose qui s'aigrit contre l'Espagnol. Je crois que toute la Noblesse de France accourt ici, car je n'ai jamais vu la Cour si grande. L'on parle de M. le Prince diversement : aucuns croient qu'il viendra; d'autres, qu'il ne viendra point; ce que j'en écrivois à notre fils est véritable. Je n'ai point vu M. le Comte de Saint-Paul chez lui, mais souvent au Louvre, et me fait toujours bon visage. Le Comte d'Orval se gouverne à l'accoutumée, plusieurs le trouvent mauvais et le blâment. J'entretins un de ces soirs assez longtemps la Duchesse de Rohan chez la Reine-Mère; je la trouvai fort aigrie au commencement, mais à la fin fort adoucie. On parle diversement de M. de Sully, et l'on dit aslheure qu'il ne vient point. J'attends toujours s'il entreprendra quelque poursuite; plusieurs de qualité m'ont dit qu'ils le vouloient presser de s'accommoder, et même d'en parler au Roi pour lui en faire commandement; je verrai ce qui Se passera. Plus je vais en avant, plus je reçois de contentement de l'honneur et bon visage que je reçois de Leurs Majestés et de toute la Cour. L'exercice est aussi libre àCharenton que jamais; j'y vis dimanche une fort belle assemblée , et ouïs un gentil personnage que le jeune ministre. J'ai acheté un carrosse de velours cramoisi en broderie fort beau, qui ne me coiîte que six cent cinquante livres. Je vous assure que je crois que nous ne saurions mieux faire,aprè3 les couches de notre fille, de nous remuer tousdedeçà, et nos principaux amis me le conseillent fort. Il semble que l'affaire de Caumont pour la démolition, demeure là. J'allai trouver madame la Princesse de Conty pour prendre son avis sur le deuil de notre fille; elle se chargea d'en parler à la Reine ; depuis, madame la Duchesse de Chevreuse m'envoya ici le mémoire que j'ai baillé à notre fils d'Eymet pour lui faire tenir. 11 faut qu'elle mande ce qu'elle m. 18
2 Kvrier.
27/l CORRESPONDANCES.
M23. voudra d'ici; j'en ai retenu un double. M. le Comte de Roucy 2 février, j^j-^jy^ hier : il est fort grand et fort gentil ; je l'ai présenté cejourd'hui au Roi pour lui faire la révérence. Je vous écris à bâtons rompus et à la hâte, et celle-ci servira pour tous, faisant prière à Dieu, etc. Ce 2* de février, à Paris.
P. S. Dites à notre fils qu'à unecagée de faucons de passage qu'on a portée au Roi, il n'y avoit que deux laniers de passage. S. M. m'a fait l'honneur de m'en donner un, et M. d'Arambure m'a promis de m'en faire recouvrer un autre; je les y enverrai, si je trouve le moyen de les y faire porter.
M. le Grand est arrivé cejourd'hui, qui m'a fait un monde de caresses.
Visite à M. d Epernon. — Affaire de Caumont et de Fronsac. — Inquiétudes sur la durée de la paix. — Crédit de la Reine Mère et du Chancelier. — Lettre de Spinoia interceptée par le Prince d'Orange.
16 février. Je vicns d'arrivcr de mon voyage que nous avons fait, Dieu merci, fort heureusement. J'ai été assez bien reçu de M. d'Epernon; il n'est pas homme de fort grande caresse. Je vous écrivis dès que je fus arrivé à Bordeaux, et vous mandois ce que j'avois appris de l'affaire de Caumont et Fronsac, et que le fissiez savoir à Monsieur en diligence. Je lui en ai écrit trois lettres; je crois qu'il en recevra quelqu'une, et lui mandois fort au long ce que j'avois appris de cet affaire, et les moyens d'y remédier; et quand il n'y auroit que celui-là qui est de s'opposer à ce que madame la Comtesse de Saint-Paul ne touche point cet argent, et demander qu'il soit mis en main tierce, cela est capable de l'arrêter, car elle n'y consentiroit point (et c'est elle qui presse tout cet affaire), qu'en touchant l'argent. Selon ce quej'ai pu apprendre, on est résolu de ne démolir point le fort de la Rochelle , et crois qu'il n'y a que cela qui nous puisse troubler la paix; et peut-être çhangerat-on d'avis, car nous avons appris fort assurément que la Reine-Mère gouverne fort, et que le Roi a une grande créance à M. le Chancelier et suit ses avis, et croit-on qu'il est gran-
dément porté à maintenir la paix dans le Royaume. De plus, '62«. le Prince d'Orange a pris une dépèche que Espinola écrivoit '^ février. au Uoi d'Espagne, et lui demandoit permission d'entrer en France, lui promettant y faire plus de fruit en trcis mois qu'en six ans en Hollande, et que l'occasion y étoit belle. Un gentilhomme, qui ne fait que d'arriver de la Cour, nous a dit que M. d'Arambure, le borgne, qui est à la Cour, l'avoit assuré cela être véritable. Voilà ce que j'ai pu apprendre. II y a force choses à dire que je remets à notre première vue; je prie à Dieu que ce soit bientôt et en bonne santé, et sans incommoder le gros ventre et ce qui est dedans, que je prie Dieu vouloir amener à bon port. A. de Caumoxt, A la Force, ce 16® février.
Leur traité n'est pas exécuté. — Ils se plaignent de nouveaux impôts et de l'érection de nouvelles forteresses autour de leur ville. — Ilsréclamen! 1 appui de M. de la Force.
Monseigneur, le rang éminent que vous tenez entre ceux <625. qui par la grâce du Seigneur font même profession de lleli- '^ ""^• gionquenousen ce Royaume, nous oblige en ces occurrences de vous représenter au vrai ce qui a été de nos comportements et du traitement qu'avons reçu, notamment depuis la Déclaration de la paix faite devant Montpellier. Vous savez, Monseigneur, que S. M. nous fit entendre, même par article formel, portant qu'après qu'aurions reçu et fait publier la paix en cette ville, envoyé des députés vers Mgr le Ccmte de Soissons pour lui faire les soumissions requises , fait retirer l'armée navale de cette ville , licencié les gens de guerre qui étoient parmi nous, démoli les fortifications des îles de Rhé et d'Oleron, rendu les vaisseaux de M . de Nevers ( sans y être précisément obligés par le traité), et député vers S. M. pour lui renouveler le serment de fidélité, subjection et obéissance; que les forts de l'Aiguillon et celui qui est proche de cette ville , seroient rasés. Tout ce que dessus a été , long -
1625. temps y a, exécuté de notre part; néanmoins le rasement 18 mars, ^esdits forts nous a été jusqu'ici non-seulement dénié, quelque sollicitation assiduelle que nous en ayons faite par nos députés qui ont toujours été depuis aux pieds du Roi, pour le supplier très-humblement nous faire jouir promptement et sans remise de l'effet de ses royales promesses, mais , au contraire , on a parachevé lesdits forts depuis la paix, quelques plaintes et remontrances que nous en ayons pu faire à S. M. par nos députés ; on a même depuis un an établi nombre de Maltôleries en ce Gouvernement, et levé de grands et inouïs impôts sur le bled, vin et autres denrées qu'on apporte en cette ville, même sur les fruits qui croissent dans les borderies et métairies des habitants d'icelle, au préjudice de nos anciens et très-exprès privilèges ; et quelque plainte qu'en ayons de jour en jour réitérée par nos députés à la suite de la Cour, nous n'avons pourtant pu obtenir justice, non pas même une surséance pendant procès , combien que nous ayons exhibé nos privilèges au Conseil de S. M., portant exemption entière de tous subsides et impositions, notamment sur les fruits dudit Gouvernement. On fait aussi valoir sur nous les lettres de représailles comme au plus fort de la guerre, et nous recherche-t-on, et nos circonvoisins, des choses couvertes par l'Édit, tant civiles que criminelles. Mgr de Soubise nous ayant écrit du treizième de janvier de la présente année, que les manifestes contraventions au traité de ladite paix avec plusieurs apparents présages de desseins formés à la ruine de ceux de notre Religion , l'avoient obligé à se mettre en état de faire que le Roi fût obéi en l'exécution de ses royales promesses, et spécialement en celles qui regardent la démolition du fort près la Rochelle, de quoi si nous pouvions tirer des assurances si certaines que l'on n'en pût douter, et lui et ceux qui se trouvoient joints en si juste et nécessaire parti, se retireroient là par où l'on Youdroit. Cette déclaration , quelque nécessaire qu'elle nous pût sembler pour notre bien et repos , ne fut pourtant par nous embrassée ni ne l'a été depuis, quoiqu'il fût assez manifeste que les navires pris par ledit Seigneur, ensemble le grand nombre de pâlies, tranchées, pieds et hottes, étoient pour exécuter le dessein de bâtir encore d'autres forts près
18 mars.
de cette ville; ains nous envoyâmes aussitôt des députés en 1625 Cour pour protester à S. M. de notre fidélité, subjection et obéissance , la suppliant très-humblement nous octroyer par sa justice, en exécutant ses promesses, ladite démolition. Le Roi nous dit par celle qu'il lui plut nous écrire le vingtdeuxième dudit mois , qu'il veut et enten* que nous soyons traités comme ses bons et loyaux sujets ; mais c'est lorsqu'on publie par affiches es bourgs de ce Gouvernement, défenses d'apporter bleds ni farines en cette ville, qui ne sont point levées quelque instance que nous en ayons faite, et quoiqu'on veuille dire, c'est à même temps qu'on travaille à grand' puissance de construire tout autour dudit fort de nouvelles fortifications; c'est encore alors qu'on triple la garnison d'icelui, qu'on le remplit de quantité d'armes et munitions de guerre suffisantes pour un siège; bref, c'est alors qu'on grossit tous les jours des troupes de sens de pied et de cheval. Nous envoyons courriers sur courriers pour nous plaindre à S. M. de telles procédures , nous nous contentons de presser par nos très-humbles supplications la démolition dudit fort; on pense nous fermer la bouche en disant que le Roi ne peut nous l'accorder en ce temps, d'autant que ce seroit contre sa dignité; comme si c'étoit contre sa dignité que d'accomplir ses promesses; comme si les exécuter lorsque Mgr de Soubise proteste qu'il n'est armé que pour faire obéir le Roi contre ceux qui empêchent l'exécution de ce qu'il a si solennellement et si souvent promis, étoit contre la dignité royale; comme si rendre justice à ses sujets prosternés en toute humilité à ses pieds, ne requérant autre chose que l'exécution de ses promesses, c'étoit contre sa dignité que de les en faire jouir. C'est pourtant jusque-là où la malice artificieuse de nos ennemis se porte , et ainsi nous sommés réduits en grande perplexité, vu même que les accommodements naguère proposés par M. de Montmartin , Député général, nous éloignent la démolition du fort et la jouissance de nos privilèges , et généralement la sûreté des autres Eglises. Yoilà pourquoi, vu ceque dessus, nous sommes assurés, Monseigneur, que puisque nous sommes nécessités d'apporter tout ce qui est de nous et de nos amis pour résister vigoureusement à telles gens qui machinent notre ruine , vous
1625. avouerez nos procédures, et même nous vous supplions très- »»mars. humblement de les appuj er et soutenir puissamment , selon les grands moyens que Dieu vous en a donnés. Cependant nous supplions ardemment le Tout-Puissant qu'il vous comble de ses plus rares faveurs et bénédictions, et tâcherons à vous témoigner en toutes occurrences que nous sommes véritablement, Monseigneur, vos très-humbles et très-affectionnés serviteurs, les bourgeois et habitants de la ville de la Rochelle, et au nom de tous les Syndics d'icelle, T. Goyer; M. d'Harriette ; Pierre d'Auriette ; Begaud. A la Rochelle , ce 18'' mars.
LE MARECHAL DE LA FORCE AUX HABITANTS DE LA ROCHELLE
Réponse à la précédente. — II leur recommande la modération.
it avril. Messieurs , j'ai reçu la lettre que m'avez fait ce bien de m'écrire, et vu par icelle vos plaintes, lesquelles j'avois aussi apprises bien particulièrement par vos députés, qui vous auront pu dire qu'aux poursuites dont les aviez chargés, je n'ai point épargné ce peu qui est en moi, et leur ai rendu toute l'assistance qu'il m'a été possible; aussi les avois-je fort expressément priés de vous représenter (comme je fais encore par celle-ci), qu'en l'état où se trouvent aujourd'hui les affaires, il importe grandement pour le bien général de nos Eglises , de vous ménager en sorte qu'évitiez les extrémités pour ne tomber au précipice où infailliblement cela nous attireroit , étant bien nécessaire que puissiez prendre le moyen de parvenir à quelque bon accommodement, sans vous affermir à tout ce que pourriez justement requérir en une antre saison : aussi ne cuide-je pas que puissiez pour le présent en retirer tout ce que désireriez, coMime je puis reconnoître par la disposition en quoi je les vois ici, et pour les raisons dont avez eu connoissance. M. le Baron de Coppet, qui est envoyé exi)rès par delà, vous pourra mieux représenter le tout. Je crois que ce qui vous pourroit causer le plus de doute, est de ne voir effectivement l'exécution de vos dites demandes; mais néanmoins j'estime que n'en devez avoir d'appréhension et qu'en aurez tout contentement, car outre
11 arrit.
l'assurance et les témoignages que S. M. donne que c'est sa '^^^ volonté, vous jugez assez que les grands affaires qui se présentent au dehors , si vous ne les divertissez , affermiront entièrement le repos au ded ^ns : Dieu nous en fasse la grâce ! Je vous supplie me faire Ci tte faveur de prendre une entière assurance de mon affection en tout ce que je vous pourrai servir, et que je suis, etc. A Paris, ce 11* avril.
Bs adressent un mémoire au Roi pour la démolilion des forts. — Commission dont ils chargent le Baron de Coppet.
Monseigneur, nous apprenons par vos lettres et par ce qui n mai. nous a été représenté j-ar M. le Baron de Coppet, votre soin et affection pour porter les affaires à un bon accommodement, pour lequel ledit sieur Baron de Coppet nous a fait quelques ouvertures, dans lesquelles M. de Soubiseet nous n'y voyons ni sûreté, ni guère de contentement; et ce qui accroît nos défiances en cela, c'est la longueur que nous remarquons en l'ordre de l'exécution et de la démolition du fort, qui semble être le même qui a été gardé et observé à la dernière paix, des fruits de laquelle nous avons demeuré privés; outre que par le moyen de l'échange des cinq vaisseaux, on retarde et ruine entièrement le secours d'Italie, en telle sorte qu'il sera impossible, si on n'y apporte plus de diligence, que ni les vingt navires hollandois , ni les dix que S. M. accorde à mondit sieur de Soubise, puissent passer cette année en la mer du Levant. C'est pourquoi, pour ne reiarder point le service de S. M. et l'intérêt des alliés, nous avons prié ledit sieur Baron de Coppet de faire en sorte qu'on ne s'attache pas tellement à la restitution des cinq vaisseaux de M. de Nevers, que cela perde tous les affaires du dedans et du dehors ; et pour la démolition du fort, que nous en puissions voir l'effet après que M. de Soubise aura fait les soumissions. Nous aurions bien sujet de presser d^autres griefs qui sont faits à nos Egli-es; mais pour montrer que nous n'avons autre but que de contribuer à la gloire de cet Etat et au bien du service du Roi, que la considération du général de nos
16». Eglises nous est en singulière recommandation , et que nous «mai. recevons vos sages conseils avec respect , nous avons donné audit sieur Baron de Coppet un mémoire duquel obtenant l'efTet, M. de Soubise et nous, sommes toujours prêts et disposés de rendre à S. M. les vœux de notre fidélité, subjection et obéissance, et de vous témoigner le ressentiment que nous avons du soin que vous avez daigné prendre de cet accommodement, qui nous obligera en particulier à demeurer, Monseigneur, vos très-humbles et très-obéissants serviteurs, les Maires, Echevins, Pairs, bourgeois et habitants de la ville de la Rochelle. De la Rochelle, ce 11' mai.