‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 4)Chapitre 73 sur 106 · III · texte numérisé non relu

III

1629. le voyoient ne le conr.oissoient pas, parce qu'il étoit un peu 20 janTier. triste, délicat et craintif, à cause du respect qu'il portoitàson père et à sa mère; mais il avoit le jugement d'un homme de trente ans , parloit très-bien de tout ce qu'on lui demandoit, et étoit fort craignant Dieu, et témoignoit avoir un grand zèle pour sa religion, et avoit un grand ressentiment de l'état en quoi il se voyoit. On l'a trouvé souvent en sa chambre pleurant pour cela; de plus il avoit été reconnu par les Bohémiens pour Prince de Bohème, et pour successeur après son père; la consolation qui leur reste, c'est qu'ils en ont force d'autres , et tous bien nés et bien gentils , mais ils en sont fort affligés. Je n'ai pu voir encore LL. MM. A'^oilà d'étranges accidents et qui nous doivent bien obliger à prier Dieu, et nous remettre en sa providence et sage conduite. M. le Maréchal nous donne toujours quelque espérance de la paix et de la délivrance de MM. les Comtes de Roucy et de la Suze; mais madame de Bouillon mande à son fils qu'elle venoit de recevoir une lettre de la Comtesse de la Suze, par laquelle elle lui mande avoir perdu toute espérance d'obtenir leur délivrance. Je crois qu'avant que ne receviez celle-ci , vous en saurez le fait ou le failli , car le Roi doit partir pour aller en Dauphiné dans ce mois, et si on ne les fait sortir avant son parlement, il n'y a plus d'espérance. Je vous manderai bientôt plus particulièrement de mes nouvelles, qui me fera finir en priant Dieu de vous tenir en sa sainte garde , etc. A. DE Caujiont. a la Haye, ce samedi 20'' janvier.

Faux bruits accrédités par les ennemie de la France. — .Vrmpmonl pour le Canada. — M. de Bouillon à Sedan. — Mort du grand-Prieur de Vendôme.

3mar«. «^e ne sais comment vous aurez su sitôt ce bruit qui court d'Orange; il y a dix ou douze jours qu'il est public ici. Ceux qui n'aiment pas le servicedu Roi, disent qu'ils en sont bien aises, parce que cela pique fort, se croient-ils, M. le Prince d'Orange, et croient que MM. des Etats en sont aussi ofîensés, et mèmcment depuis le retour de France de leurs Ambassadeurs, lesquels, ils disent, ne leur ont apporté nul contentement, et croient que cela les obligera à favoriser plutôt le Roi d'Angleterre que le Roi, et font courre mille autres

3 mars.

LE MARQUIS DE LA FORCE A Là MARQUISE DE LA FORCE. 307 mauvais discours , et disent que le Roi est d'accord avec le *^29. Roi d'Espagne, quelque mine qu'il fasse ; et que s'il en vouloit à Ion escient à l'Espagnol, il n'eût pas voulu désobliger M. le Prince d'Orange, ni donner si peu de contentement à MM. des Etats, (qui sont ceux de tous les alliés de la France qui peuvent donner le plus d'affaires au Roi d'Espagne), et qu'ils se sont accordés pour détruire la Religion, et que pour preuve de cela, on verra bientôt Genève assiégé et les villes de Languedoc, au lieu de la guerre d'Italie. Je serois bien marri que cette nouvelle d'Orange fût véritable, si cela nuisoit au service du Roi; une bonne paix seroit bien meilleure que tout cela. M. de Yalençay est à Paris pour l'accommodement de son affaire. On dit ici que cet armement que le Roi fait pour la mer, est pour aller reprendre Canada, qu'on dit que les Anglois ont pris. ÎS'ayant pu faire leurs affaires en France, ils ont voulu avoir leur raison sur les François qui sont en Canada. Madame la Maréchale me mande que M. et madame de Chàtillon sont arrivés à Paris, et qu'il s'est résolu de s'en venir de deçà. Je n'ai point trouvé ici le temps rude, et me semble que l'air est plus rude à Sedan qu'ici; au moins cet hiver n'a pas été plus grand ici que le passé l'étoit en nos quartiers , mais il y fait assez cher vivre : il est vrai qu'étant tous deux ensemble, la dépense que je fais ne s'augmenteroit pas de beaucoup. A. de Caumont. A la Haye, ce samedi 3"= mars.

P. S. Depuis trois ou quatre jours , M. de Bouillon s'en est allé à Sedan ; je ne sais pas le sujet de son voyage, il n'y doit être que trois semaines. J'ai reçu une lettre de madame de Chàtillon et de M. le Yeilleux ; elle me mande que mon séjour de delà donna fort l'alarme , et que bientôt après que je fus parti, un lieutenant des Gardes vint en ces quarlierslà avec commission de me prendre. Je ne sais pourquoi , et ne puis croire que cela soit. MM. les Comtes de Roucy et de la Suze n'ont pu encore avoir la liberté, et M. le grand Prieur de Vendôme n'est plus en état de l'avoir, car le bruit est qu'il est mort en prison Le mariage de mon frère d'Eymet ne s'avance point ; on croit que la veuve ne veut point ouïr parler de cela qu'après son second deuil.

Il arrive à Amsterdam. — Description de cette ville.

1629. J'arrivai à soir en ce lieu. Je vous ai voulu faire ce mot , 9 avril. gj|j^ ^^ ^ous assurcr que je me suis heureusement conduit ici. Je m'en vais demain, s'il plaît à Dieu , à la Haye, par terre, pour éviter les rencontres que fit le Roi de Bohème, 'l)ien que ce soit un miracle. Je veux aussi passer par Harlem , qui est une belle ville ; je me suis bien promené par celle-ci, c'est la plus belle chose que je puisse voir. Il y a plusieurs rues avec un canal au milieu, trois fois aussi larges que la rue Saint-Antoine, de quoi le canal en fait la moitié de la largeur, et des deux côtés une rangée d'arbres comme des allées, et presque toutes les maisons pavées de marbre ; plût à Dieu que vous y fussiez pour la voir, et moi avec vous. Ce sera quand il plaira à Dieu, lequel je supplie vous vouloir bien conduire, et nous adresser à tous par son esprit, afin aussi que nous le louions toute notre vie, et que nous le glorifions éternellement. A. de Caumont. A Amsterdam, ce 9^ avril.

Prise de Privas et du Marquis de Montbrun.

31 mai Mon fils , dcpuis notre paquet fermé et délivré à la poste,

nous avons reçu des lettres de Hollande par trois diverses dépêches tout à la fois; je vous envoie celles qui s'adressent à vous , et vous dirai comme à ce soir la Reine-Mère a reçu nouvelles de la prise de Privas. M de Montbrun, qui y coramandoit, n'a su bien assurer sa condition, tant y a qu'il est entre les mains du Roi, qui l'a envoyé prisonnier à Valence , et S. M. a fait pendre plusieurs de ceux qui étoient des habitants ou avec lui. Je crois qu'il y a eu de la confusion parmi eux; car la plupart se sont retirés dans un fort qui est sur une route à un coin de la ville, qui s'appelle le fort de Toulon : l'on dit qu'il est bien fort de son assiette, mais l'on croit qu'ils n'y ont pas de vivres. La perte qui s'est faite devant cette ville, est grande ; on ne sait encore ce que fera S. M. Ce mot est à la hâte, et ne vous saurois mander autre chose. Dieu vous tienne en sa garde. Votre bon père, Caumont. Ce dernier de mai. A Paris.

Capitulation de Bois-le-Duc.

Vous me mandez comme aviez appris la nouvelle de la 1629. prise de Wcsel; vous l'aurez bientôt sue aussi par mes lettres, i^septembre. lesquelles vous eussiez aussitôt reçues si M. de Loudon eût parti au temps qu'il avoit dit. Vous apprendrez par celle-ci la prise de Bois-le-Duc ; au moins ils capitulent, comme je l'écris plus particulièrement à M. le ^laréchal. Vous vous plaignez d'être bougée de Périgord, et cependant me mandez que la peste y est partout, hormis à Castelnaut, lequel, s'il s'en sauve, ce sera merveille. Et qu'y voudricz-vous faire environnée de tant de mal pour y voir tant de misère, puisque le peuple y meurt de faim? Je ne voudrois pour rien que vous y fussiez. Il me tardera bien que je n'apprenne l'arrivée de M. le Cardinal et la délivrance do MM. les Comtes de Roucy et de la Suze; je ne sais si je dois attendre cela avant bouger d'ici ; je me résoudrai et me conduirai selon les choses que j'apprendrai par vos lettres et par celles de M. le Maréchal. Le Marquis de Duras partira d'ici au premier jour; il y a longtemps qu'il s'ennuie. Le chinu'gien que me mandez m'envoyer, n'est point encore arrivé ; je le trouve étrange, car le vent est bon il y a longtemps; j'ai' peur qu'il lui soit ar- ^

rivé quelque accident. Tous les blessés se portent assez bien, hormis M. d'Avance, qui est mort; aussi avoit-il un coup de canon qui lui emportoit toute la jambe. Il y a aussi un coq^ >

sîn de feu M. de Mauves, qui s'appelle M. d'Avaugour, qui a été presque tout crevé d'un coup de canon par la terre qui se trouva devant; on ne sait s'il en mourra. Le frère de M. delà Rivière n'est pas encore guéri et a la cuisse plus courte de trois doigts que l'autre ; il m'a emprunté de l'argent pour payer ses chirurgiens et pour s'en aller à la Haye; je lui en ai fait donner, je crois que ça a été cinquante écus! Vous me dites d'avoir une montre pour notre aînée ; il n'y en a point ici ; les bonnes sont à Harlem, qui sont fort chères, et les maîtres ne peuvent fournir à en faire tant on leur en demande, et n'en ont presque jamais de faites, et demandent SIX mois de temps. J'en voudrois bien avoir, carje

1629, n'en ai point; il y a longtemps que le trompette a perdu «septembre, jg mienne. Pour la fin, je vous dirai que nous nous portons tous bien, Dieu merci, lequel je supplie vous tenir en sa sainte garde. A. dk Caumont. Au camp devant Bois-lc-Duc, ce mardi soir, 11" septembre.

Visite à IJois-ie-Diic.

«septembre. J^ SUIS en peine de ce que me mandez que M. le Maréchal se trouvoit mal et étoit tourmenté de mal de dents ot de tête; le Seigneur le veuille soulager et remettre en santé, et y maintenir madame la iVlaréchale et vous, et tonte la Maison. Le Roi et la Reine de RohOme, M. et madame la Princesse d'Orange ont été aujourd'hui dans Bois-le-Duc et sont revenus coucher dans ce quartier, et force autres dames; tout le monde a été empressé de les accommoder. Pour moi, j'ai prêté à une belle-fille qui est à madame la Princesse, un de mes matelas et des linceuls, n'ayant pas voulu accepter la moitié de mon lit, ayant été si mal gracieux de ne lui vouloir pas donner tout entier; vous n'en serez pas jalouse. Faut avouer que Bois-le-Duc est une jolie ville et d'une merveilleuse assiette; j'ai fait partie avec M. d'Hauterive d'aller demain la voir encore plus particulièrement; on la rendra une place imprenable à tous les Rois delà Chrétienté. M. le Marquis de Duras s'en rêva et partira dans cinq ou six jours. Il passe par Sedan, mais n'y demeurera que deux jours. Je fais état d'envoyerdans sept ouhuitjoursdemander un passe-port àBruxelles ; je crois qu'avant que je ne le puisse avoir, vous verrez mes cousins délivrés ou hors d'espérance de l'être sitôt, auquel cas je trouverois fort à propos ce que me mandez de vous rendre à Sedan, car autrement je serai aussitôt à Paris que là. Voilà pourquoi je ne vous puis résoudre sur cela ; c'est à vous à me résoudre à moi et me mander ce que je dois faire, car il me tarde assez de vous voir. Dieu veuille que ce soit bientôt et en bonne santé. Au camp devant Boisle-Duc, ce mardi soir, 18" septembre.

Il annonce son retour.

Soctobre. J© partirai demain, s'il plaît à Dieu, et irai attendre mon

LE MARÉCHAL DE LA FORCE AU CARDINAL DE RICHEULl. 311

passe-port à la Haye, qui, je crois, y sera dans cinq ou six i«w. jours, faisant état de m'en aller par terre, trouvant le plan- »«*•»*«• cher aux vaches plus assuré que la mer et les vents. M. de Vardecarville, son frère et plusieurs autres gentilshommes, ont failli à s'y perdre, et enfin en ont été quittes pour payer le navire, car ils obligèrent le pilote à relâcher et à se venir échouer, et contribuèrent et se cotisèrent tous pour lui payer son vaisseau. Je serois bien aise d'acheter quelque tapisserie de Bruxelles; mais cela ne se peut faire sans y séjourner, et me fâche de m'arrèter par les chemins, mèmement où l'Infante est. J'ai bien un cabinet approchant comme vous le demandez, mais je l'avois destiné pour notre aînée ; mais si je n'en porte d'autres, vous serez préférée. Je crois que suivant ce (jueme témoignez désirer, je mènerai avec moi M. de Choisy. Je ne puis encore vous faire réponse pour ce fils de madame Garnaut. 11 ne faut point mentir qu'il me fâchera fort s'il faut que je vous quitte pour aller en ctite guerre d'Italie ; ce sera toujours le plus tard que je pourrai, et vous proteste qu'à cette condition, cet emploi ne m'est pas agréable, car j'espérois astheurc ne vous éloigner plus. Si mon cheval Lagarde est eu état de pouvoir servir, je serai bien aise que mandiez qu'on l'amène à Paris, mais qu'on le mène en main et qu'on le commette à une personne qui en ait soin. Si je puis, je vous porterai avec l'original une copie; mais s'il me faut encore attendre, je ferai ce que me mandez, car ce maître est tellement occupé, qu'il n'a pas toujours le loisir ; ii a fait un portraitdu Marquis de Duras qui étoit parfaitement bien. Si je trouve quelque montre faite de ces bons maîtres, j'en achèterai une, car je n'en ai point et re m'en puis passer; mais je crains de n'en trouver. C'est être trop long, puisque je vous verrai, s'il plaît à Dieu, presque aussitôt que vous celle-ci. Le Seigneur veuille que ce soit en bonne santé. A. DE Caumont. Ce mardi soir, 9^ octobre, à l'armée.

LE MARÉCHAL DE LA FORCE AU CARDINAL DE RICHELIEU

Mission secrète du sieur Diodaty.

Monseigneur, je vous ai ces jours ici envoyé une lettre que edécemtao. le sieur Diodaty m'écrivoit; maintenant il vous va trouver

1629. Im-même pour un autre sujet, dont il m'a donné quelque «décembre, connoissance, et m'a requis de vous supplier très-humblement de lui donner le temps et le moyen de vous représenter l'importance des propositions qu'il a à vous faire pour le bien du service du Roi, auquel il proteste être attaché d'une fidélité et affection si entière, que nulle autre considération ne l'émeut auprès de celle-là; et si vous jugez, Monseigneur, qu'aux choses qu'il vous doit représenter, il s'y puisse trouver de l'avantage au service de S. M., il se promet de n'y être pas inutile, et tiendroit à grand honneur d'y recevoir vos commandements. J'avoue que ce sont matières qui doivent être considérées de plus loin et prendre leurs fondements sur la disposition générale des affaires, dont il faudroit avoir plus de connoissance que je n'en ai pour en parler; mais à ce qui paroît au public et que le sens commun nous peut suggérer, je dirai que la Maison d'Autriche se rend si puissante et sa grandeur si dommageable à tout le reste de la Chrétienté, que je crois qu'il n'y a aucun qui ne contribuât de tout son pouvoir pour la ra^aler, mêmement s'il se eroyoit aidé de la France. Encore dirai-je librement, Monseigneur, sur l'occurrence des affaires et la particulière nécessité où l'on tient que se trouve réduit M. de Mantoue, à la pr(Ttection duquel la France est engagée, qu'il est difficile de le garantir de ruine que par une puissante diversion, étant impossible de secourir la ville de Mantoue en l'assiette où elle est, et j'estime qu'en la conjoncture ou se trouvent les affaires, que toutes choses favoriseront grandement cette entreprise, et dans son heureux progrès, je ne doute nullement que ne remissiez toujours la paix dans le temps et avec les avantages qu'il vous plairoit. Tous me ferez l'honneur, s'il vous plaît, de prendre en bonne part ma franchise qui n'a pour but que l'honneur du Roi et l'augmentation de sa gloire, et que je sois si heureux d'y porter ma vie, et particulièrement à l'exécution de vos commandements en qualité. Monseigneur, etc. A Bourg, ce 6* décembre.

LE CARDINAL DE RICHELIEU AU MARÉCHAL DE LA FORCE. 313 LE ROI AU MARÉCHAL DE LA FORCE.

Voyage du sieur de Sainle-Colombe au camp du Maréchal de la Force. — Défense de laisser passer les troupes du Duc de Savoie par le territoire françois.

Mon Cousin, votre lettre du vingtième du présent mois est »m9. fondée sur le voyage que le sieur de Sainte-Colombe a fait ^° "^^^embre. auprès de vous de la part du Prince Thomas, que je vois bien n'être à autre dessein que pourreconnoître toujours en quel état sont mes troupes, dont je vous ai baillé le commandement. Mais comme vous m'avez déjà ci-devant écrit en semblable occasion, je m'assure que vous donnez si bon ordre à toutes choses, qu'il n'y trouvera rien qui lui plaise. Quant à l'instance qu'il vous a faite de la part du Duc de Savoie, que tous ceux qu'il fera venir de la Franche-Comté, du Liège et des "Wallons, puissent avoir libre passage par les terres de mon obéissance, dont vous demandez quelle sera ma volonté, je vous dirai que tant s'en faut que je trouve bon qu'il passe aucunes forces pour qui ce puisse être; que vous me ferez service très-agréable s'il y en a quelques-uns qui se présentent pour entreprendre de passer et entrer tant soit peu dans mon Royaume, de leur faire courir sus, et si vous en attrapez quelques-uns, de les mettre entre les mains de la justice pour les faire exécuter comme ennemis, qui ne peuvent prendre la hardiesse de mettre le pied sur mes terres, en armes, qu'avec l'intention d'y mal faire, ce que vous saurez bien empêcher selon la parfaite confiance que j'ai en vous, qui continuerez à être soigneux de me tenir averti de tout ce que vous apprendrez important au bien de mon service. Et je prierai Dieu, etc. Ecrit à Paris, le 30' jour de décembre. Signé : Louis. Et plus bas : le Beauclerc.

AIN.\ËE 1630.

LE CARDINAL DE RICHELIEU AU MARÉCHAL DE LA FORCE

Il lui demande le conlrôle des troupes qui sont en Savoie. — Le Prince de Piémont négocie avec Mazarin.

Monsieur, je ne vous puis encore donner avis d'aucune ,^3^ chose certaine; les inégalités de M. de Savoie sont si grandes 4 février.

1630 qu'il est impossible de prendre ses mesures justes avec lui.

'éTrier. f)ans quatre jours vous saurez de mes nouvelles. Cependant je vous prie de n'envoyer le contrôle des troupes qui sont en Savoie, et les lieux où elles sont logées; M. le Maréchal de Schomberg m'a assuré que vous en avez entière connoissance par l'exacte perquisition que vous en avez faite pendant le temps que vous avez demeuré à Bourg. M. le Prince de Piémont est allé à Turin avec le sieur Mazarini. Je dépêche le sieur d'Hemery vers les Princes pour arrêter, par l'ordre de M. le Maréchal de Créqny, toutes choses avec eux; je crois qu'ils donneront satisfaction à S. M. Cependant vous me ferez plaisir de me mander ce que vous pensez qu'il faudroit faire en Savoie, au cas qu'ils nous contraignent de venir à une rupture, ce à quoi sans doute ils ne vien Iront pas. Celte lettre demeurera, s'il vous plaît, entre vous et moi, comme aussi la réponse que vous m'y ferez. Je vous tiendrai averti de temps en temps de ce qui se passera et de ce qu'il faudra faire. Cependant je vous conjure de croire que je suis, etc. Le Cardinal de FiICHElieu. De Grenoble, ce h' février.

24 février.

Passage du Mont-Cenis.

Depuis vous avoir écrit et être parti de Lyon , j'ai reçu deux de vos lettres, l'une du huitième et l'autre du douzième du courant. La première, je la reçus en Savoie, et la dernière aujourd'hui en ce lieu, où M. le Maréchal s'est rendu en bonne santé , Dieu merci. J'ajjpréhendois fort pour lui le passage du Mont-Cenis; car il est impossible de croire qu'il soit tel qu'il est, qui ne l'a vu. 11 a eu le temps beaucoup meilleur que nous, et ce qui trompe en ce passage, c'est que vous verrez le temps le plus beau et le plus clair qu'on sauroit désirer, étant dans la vallée, et dés que vous montez cette montagne, vous y trouvez un froid et une tempête incroyable. Le premier jour que je voulus passer, il fut impossible de le pouvoir faire, et le temps en un moment se rendit si mauvais que si nous eussions entrepris de le passer, là

24 février.

moitié se fussent perdus; car do deux ou trois cents des ««o premiers qui passèrent durant que le temps n'iHoit pas si mauvais, il y en eut dix ou douze de morts et plus de cent cinquante qui eurent les pieds et les mains gelées. Le lendemain nous passâmes et n'eûmes pas du tout le temps si mauvais ; toutefois il y eut encore plusiturs (]ui curent et les pieds et les mains gelées, et sept ou huit i:arr«»ns qui moururent de froid ; les chiens mêmes en moururent, et des chapons et des poules qu'on portoit en vie sur du bagage, moururent. Tout mon équipage pasfa assez heureusement ; j'eus grand'peur pour le petit Villeneuve; Dubois eut un doigt presque gelé et s'en sentira encore un mois. Pour moi, je me fourrai si bien que je ressentis fort peu d'incommodité : j'avois ma hongreline fourrée, un capuchon sous le chapeau, doublé de pane, des gants fourrés, et un manchon de loutre, et une peau d'agneau qui me fit grand bien, et trois bas de laine ; je n'eus incommodité qu'au visage, car le vent lève la neige en sorte qu'elle vous aveugle presque, et le vent est si tranchant qu'il vous coupe le visage. Et pour vous faire voir la violence de cet air, je vis un pauvTe garçon qui étoit fort mal vêtu et à qui le froid avoit fait crever la peau du ventre et des cuisses, et saignoit de tous côtés, et fût mort dans un moment sans que Jacques Pomaréde lui donna un bonnet qu'il avoit dans la poche, parce qu'il étoit nu-tête ; le valet de mon frère de Tonneins le jeta sur son cheval et lui mit son manteau dessus, et le mena jusqu'au haut de la montagne, où il y a une maison où on le laissa ; je crois qu'il n'en sera pas mort, mais il en sera incommodé longtemps. Pour moi, mon cheval me tomba deux fois, mais sans mal , Dieu merci ; je pouvois encore moins me tenir à pied qu'à cheval, car la montagne est si droite et si glissante que quand on pensoit avancer un pas, on en reculoit deux, ce qui vous met incontinent hors d'haleine, et si vous vous arrêtez , vous êtes incontinent gelé, et plusieurs ce jour-là eurent aussi les pieds et les mains gelées. J'en vis quelquesunes : elles viennent blanches de même comme quand on s'est bien fort brûlé, et me firent souvenir de celui qui lira, comme il est dit dans l'Écriture, sa main de dedans son sein, blanche de lèpre. Chourre roula plus de cent pas, mais

1630. se sauva. Je vous conte toutes nos fortunes. M. le Cardinal 24 février. ^^^ ^ Oulx , à quatre lieues d'ici; M. le Maréchal y envoie demain M. de Saint- Orse. Nous attendons ici dans deux ou trois jours mondit sieur le Cardinal. Je ne sais que vous dire de paix ou de guerre. Je n'ai vu que cejourd'hui M. le Maréchal depuis que je le laissai à Grenoble. Dieu soit loué de ce qu'êtes en bonne santé et nos petites. A. de Caumont. A Suze, ce dimanche 24-^ février.

Capitulation de Pignerol.

5 avril. Je n'eus loisir dimanche dernier que de vous écrire trois lignes dans la lettre de M. le Maréchal, qu'il fit dans la bassecour de la citadelle de Pignerol, à cause que comme je vous ai, ce me semble, déjà mandé par un petit mot que je vous ai écrit depuis, j'étois ordonné pour la conduite du Comte Urbain, Gouverneur de ladite place. Nous sommes astheure ici occupés à munir et fortifier cette place, qui nous retiendra ici quelque temps. Une partie de l'armée est allée à Briqueras, à une lieue et demie d'ici, pour y camper, et retrancher, et fortifier de vieilles ruines qui y sont, et pour nous élargir davantage et avoir plus de moyen de faire vivre notre cavalerie, et aussi pour s'avancer du côté des ennemis qui sont à Carmagnolle, à cinq ou six lieues d'ici, mais au delà du Pô; au moins Colalto y est arrivé avec leur avant-garde ; cependant nous verrons ce qu'ils feront, et selon cela nous gouvernerons. Faut avouer que le Gouverneur de cette place nous a fort obligés de la rendre , car elle pouvoit tenir encore longtemps, et il a fait tant de pluies depuis que je ne sais si nous en fussions aisément venus à bout, et déjà nous étions dans nos tranchées jusqu'à mi-jambe dans l'eau. Il n'y avoit que deux attaques : celle de M. le Maréchal de Créquy et celle de M. le Maréchal (de la Force). On commença le siège durant la semaine du premier, et la place fut rendue en celle de l'autre ; la ville ne tint que deux jours, et le château neuf. On me mit en l'attaque de M. le Maréchal, parce que M. de Schomberg n'en avoit point. C'est la plus importante place que nous pouvions prendre en Italie , parce qu'elle nous en donne l'entrée libre et le derrière aussi pour

LE MARQUIS DE LA FORCE A LA MARQUISE DE LA FORCE. 317 pouvoir faire venir de France, par le Dauphiné, nos vivres et leso. nos munitions, ce que ne faisoit pas Suze, qui est encore 5*'^"'* dans les montagnes et qui a au-devant Yeillane , sans laquelle on ne peut passer ; celle-ci est du Marquisat de Saluées et au pied des montagnes, et au-devant, la plaine est fort large. INous avons pris aussi dans la montagne la Pérouse, qui est un fort par où il faut que l'on passe pour aller en Dauphiné, lequel nous fortifions aussi. Ce qui nous a obligés d'attaquer le Duc de Savoie , c'est qu'on a vu qu'assurément il nous trompoit et nous vouloit perdre, ne cherchant qu'à nous engager avec l'Espagnol pour après nous fermer le derrière et ruiner à la longue notre armée par les nécessités que nous eussions eues; mais je crois qu'à la fin il ne s'en trouvera pas bon marchand, et courra fortune de jouer au Duc dépouillé, aussi bien que le Gouverneur d'ici au col coupé , nonobstant sa belle capitulation , laquelle on n'avoit garde de lui refuser, car on lui eût bien même donné de l'argent, et en quantité, s'il en eût demandé. Elle porte qu'ils sortiront tambour battant, enseignes déployées, mèches allumées, balle en bouche, armes et bagages, avec deux canons au choix de M. le Cardinal, qui leur a donné deux petites pièces. Il avoit dedans la citadelle quinze canons et six cents hommes de guerre et toutes sortes de provisions, hormis de bois, dequoiils manquoient; et pour bien défendre ladite citadelle, il falloit bien mille hommes. J'en écris la prise à M. le Prince d'Orange et lui en envoie le plan.

M. le Maréchal me vient de mander qu'il vient de parler à M. le Cardinal pour ses affaires, et qu'il lui a promis d'en écrire à M. d'Effiat, mais principalement pour les soixante et quatorze mille francs que M. Galant lui avoit écrit qu'il ne se falloit point attendre aux assignations qu'il en avoit , et que cela étoit diverti ailleurs. Il m'a mandé que M. le Cardinal envoyoit demain un courrier, tellement que je ne sais si nous lui donnons nos lettres. Mondit sieur m'a mandé aussi de vous écrire que vous fassiez tous vos efforts de pouvoir vendre. Je lui dirai ce que vous m'en mandez par le mémoire qu'a M. de Saint-Orse, et que vous y faites ce qui vous est possible. A. de Cau.mo't. Au camp do Pignerol, ce vendredi S*" avril.

LE CARDINAL DE RICHELIEU AU MARÉCHAL DE LA FORCE

Mission du sieur Desodeille.

1630. Monsieur, le sieur Desodeille s'en va de delà pour vous

lojuin. ayertir ^l^ dessein que le Roi a de faire passer l'armée qu'il a ici, en Italie pour secourir Casai. Tous nous donnerez, s'il vous plaît, vos avis sur ce que vous jugerez nécessaire en cette occasion pour le service de S. M. Cependant je vous conjure de faire toujours état de mon aiïection, et que je suis, etc. Le Cardinal de Richelieu. De Moutiers, ce 10^ juin.

Reddition de la ville et du château de Villcrranche. — Prise de Pancalior parle Marquis de la Force. — (Combat de Carignan. — Blessure de M. de la Trémouille. — Mort du Duc de Savoie. — La peste à l'armée.

4 août. Il y 31 déjà quelques jours que je ne vous ai écrit, ayant toujours été occupé à la campagne, aussi n'ai-je point reçu de vos lettres depuis ma dernière, qui, je crois, étoit écrite dcRevel, duquel lieu nous allàniesàAillefranche, qui o-t une grande traite pour toute une armée; aussi l'artillerie cti'arrièrc-garde ne purent arriver ce jour-là et campèrent à la campagne. D'abord la ville se rendit avec peu de résistance; le château tint encore deux jours et se fit tirer quelques coups de canon. Pour moi, dès que nous fûmes arrivés à Villefranche, qui fut un peu avant la nuit, pour me rafraîchir j'eus commandement de partir à la mi-nuit avec cinq régiments et dix cornettes de cavalerie pour aller attaquer Pancalier, qui est sur le Pô. C'est un lieu que les ennemis avoient choisi comme le plus important pour empêcher nos desseins, et y faire leur tète, et l'avoient retranché puissamment tout autour, et leur retranchement flanqué de redoutes, demilunes et forts de quatre bastions. Cependant notre diligence lut si grande que leur armée, qui étoit à Savillan et es environs, qui est du côté de Saluées, et qu'ils avoient mise là pour nous empêcher d'aller plus avant et la mettre en lieu (le sûreté, n'eut loisir de pourvoir assez promplemcnt audit Pancalier, tellement que les surprenant, je m'en rendis maître fort aisément; le château aussi se rendit. Je trouvai le

pont qu'ils avoient sur le Pô, rompu; mais la rivière se passe leso astheure fort aisément à gué. Deux de nos Généraux, MM. de * '***''■ Montmorency et d'Effiat, s'y en vinrent dès que je leur en mandai la nouvelle. M. le Maréchal demeura pour prendre le château de Villefranche, ce qu'il a fait. Le lendemain on envoya M. de laTrimouille avec quelque cavalerie en ce lieu de Carignan, où il ne trouva que quelques carabins qui se retirèrent par le pontet tirèrent quelques coups de delà la ri- "sière, de l'un desquels malheureusement M. de la Trimouille fut blessé au genou, mais fort peu; il se retira après, parce qu'il ne le pouvoit garder avec la cavalerie, et laissa quelques carabins dans le château. Cependant l'armée de l'ennemi, qui marchoit en grande diligence, vint la nuit même se saidr dudit pont de ce lieu, et voyant qu'il n'y avoit personne dans cette ville, qui n'est point fermée, et qu'il n'y avoit que trente hommes dans le château, le Prince (de Piémont), qui est astheure Duc, fit passer sur le pont presque toute son armée et se saisit de ce logement, assiégea, ou en fit semblant, ceux du château, qui n'est pas fort, les somma de se rendre, mais ils n'en voulurent rien faire. Sur cela, ce jour-là même, je lus commandé par MM. de Montmorency et d'Effiat, ^l. le Maréchal étant encore à Villefranche, de prendre deux régiments et deux cornettes de cavalerie pour tâcher à me saisir de ce lieu; mais comme je vous ai déjà dit, les ennemis s'en étoient rendus maîtres; je les trouvai à une demi-lieue de la ville, qui étoient venus au devant de moi. Je fus si heureux, que je les rechassai jusque dans la barrière de la place, et sachant par un qui se vint rendre, qu'ils étoient si forts, je m'arrêtai auprès d'un ruisseau sur lequel y avoit un pont, d'où ils ne pouvoient venir à moi sans désavantage; il est vrai que s'ils eussent su le peu de gens que j'avois et qu'ils eussent voulu aller passer ailleurs le ruisseau, ils me pouvoient venir attaquer par le flanc et par derrière, et ne les eusse su empêcher, à cause du petit nombre que j'avois, de me défaire entièrement. Mais le bon Dieu les empêcha, et cependant je demeurai là sans qu'il me vînt secours plus de (■uatre heures; que si je me fusse voulu retirer, comme plusieurs me conseilloient, assurément j'étois perdu, car cela leur eût donné cœur et m'eussent suivi, et eusse couru fortune

4 août.

1630. d'être défait; mais la bonne mine que nous fîmes là, leur fit croire que toute l'armée nous suivoit, bien que près de la moitié étoit à Villefranche, qui est à quatre lieues, et l'autre partie à Pancalier, qui en est à deux. Enfin il m' arriva quelques compagnies de cavalerie et quelques régiments de secours, mais tout cela n'étoit point suffisant pour les en chasser, puisqu'ils y avoient pour le moins huit ou dix mille hommes de pied et trente cornettes de cavalerie. Néanmoins comme je désespérois de pouvoir rien faire, eux craignant que toute notre armée fût là, et d'être engagés à la bataille, se retirèrent et nous quittèrent la place, et étois déjà dedans avec mes troupes lorsque M. d'Effiat arriva, qui amenoit encore quelque secours, de quoi je fus fort aise, car s'ils ne se fussent retirés, il nous étoit impossible de les forcer, car le logement est fort avantageux pour une armée. Il y a eu en ceci plus de bonheur que de sagesse. Dieu soit loué que tout est bien allé, et veuille continuer à nous départir ses assistances. Nous voilà maîtres astheure de la montagne et de la plaine, depuis Turin jusqu'à Saluées, et source du Pô jusqu'à Suze, hors les châteaux de Cahors, de Revel et Veillane ; l'armée des ennemis étant réduite delà le Pô, et n'oseroit plus passer de deçà que sur Je pont de Turin. Je crois que nous serons ici quelques jours pour y faire magasins de bleds, de quoi il y a grande abondance dans la plaine, encore qu'ils aient emporté ce qu'ils ont pu. M. de Gondin qui étoit un de nos Mestres de camp de la Religion, est mort de maladie à Saluées. Je crois vous avoir mandé la mort du Duc de Savoie, car nous l'avions apprise dès Revel. Il arriva hier aux ennemis de renfort quatre régiments d'Allemands et huit ou neuf cents chevaux; je voudrois bien qu'il nous en fût venu autant. Ils en avoient bien besoin, car leur armée s'étoit bien aflbiblie, et la peste y est bien fort; nous n'en sommes pas exempts dans la nôtre. Dieu nous en préserve. Je me porte fort bien. Dieu merci, je le supplie, etc. A. de Caumont. Au camp de Carignan, ce k août.

Attaque du Pont de Carignan. — Défaite des ennemis. — Prise de Mantoue par Colalto. — Secours envoyé d'Allemagne. — Licence de larmée.

Je VOUS écrivis avant-hier, et vous mandois fort particu- i63o. lièrement tout ce qui s'étoit passé depuis le parlement de ' ^^'''' Revel, en ces occasions de Yillefranche , Pancalier et Carignan , et ne vous avois pas mandé comme les ennemis s'étoient retranchés au bout du pont dudit Carignan, qui est loin de la ville une volée de canon , et s'y fortifioient tous les jours. ISous tînmes conseil, et jugeâmes que cela nous étoit honteux de les laisser fortifier deçà la rivière en notre présence; nous résok'imes donc hier de les attaquer et chasser à quel prix que ce fût. Ils avoient fait une grande demi-lune au bout du pont, et avoient aussi retranché deux îles qui étoient vis-à-vis du milieu du pont, et y avoient quinze cents ou deux mille hommes. M. le'Maréchal eut la main droite, car on les attaquoit par la droite et par la gauche; je conduisois devant lui les régiments des Gardes, de Champagne et de Piémont. M. de Montmorency donna par la gauche. Nous les attaquâmes si heureusement que nous les emportâmes , et la demi-lune et les îles, et les tenons encore contre toute leur armée qui est delà la rivière. Nous y perdîmes fort peu de gens , et y tuâmes bien cinq ou six cents hommes des leurs, sans ceux qui se noyèrent. Nous les attaquâmes un peu avant la nuit, ne le voulant de plein jour, parce qu'ils nous eussent tué force gens, à cause qu'ils avoient neuf canons sur le bord de la rivière, laquelle n'étant pas fort large, leur mousqueterie qu'ils avoient logée à couvert derrière des parapets, nous eût fait force mal. Dieu merci , nous n'y avons perdu personne des nôtres, qu'un laquais de mon frère de Castelmoron, qui fut tué, et un de mes carabins blessé. Nous n'y avons perdu presque personne de considération; de blessés , il y a Bouteville , Navailles, Argencourt, Carnet, sergent - major de Champagne , et fort peu d'autres de considération, et ceux-là assez légèrement blessés, n'ayant pas de blessures dangereuses. Le pauvre M. d'Eschans ne nous achètera ni le Rétail ni la Barre, car le pauvre homme est mort de peste, il a suivi son enseigne, le fils de M. de Bassac, j'en suis bien marri. Nous craignons bien plus ce mal que les III. 21

322 CORRESPONDANCliS.

1630. ennemis, et en effet il nous a fait bien plus de mal ; Dieu nous 7 août, en préservera, s'il lui plaît, entre les mains duquel nous sommes tous. Le pauvre Suisse de M. le Maréchal en est mort. J'ai vu le Tritri, quia grande envie de s'en retourner et vous portera de mes nouvelles , et crois que pour avoir congé et excuse, il fera semblant d'être malade. Je crois qu'il ne fera pas mal , car je crois que nous ne pouvons meshuy faire que ce que nous avons fait, car de secourir Casai, je le tiens presque impossible, car puisque le Colalto a pris Mantoue, il se joindra avec Espinola; et outre cela, nous sommes assurés qu'il leur vient encore secours d'Allemagne, et qu'ils sont déjà dans la Yalteline. Les gens que nous avons attaqués et défaits au bout de ce pont, étoicnt Espagnols naturels et quelques Napolitains. Pour ce que me mandez de ma pension, je m'assure que M. d'Effiat nous la fera bien payer, et celle de cette année, car il ma témoigne force bonne volonté. Je ne puis pas croire que Segallas ait tant gagné que me mandez. Je ne doute pas qu'il n'ait brigandé et fait ses affaires, et que ses gardes n'aient fait des méchancetés, et que le capitaine n'ait aussi profité ; car jamais on n'a vu armée plus licencieuse, ni où il s'y fit plus de méchancetés, et où on ouït plus de blaspbèmes, et cela me feroit désirer à moi , d'en être hors. J'écris à M. d'Amboise et lui demande ce qu'il me doit, ainsi que me mandez. Nous avons bien besoin de toutes nos pièces, car j'ai bien dépendu ici et perdu mon argent au jeu contre M. de Montmorency et la Bergerie ; Dieu me le veuille pardonner, et tous les blasphèmes que j'y ai ouï dire et que j'ai soufferts , ne les réprimant pas comme je devois, et nous veuille départir ses assistances, et nous augmenter les dons et les grâces de son Saint-Esprit, afin que nous l'honorions et le servions mieux à l'avenir, que nous n'avons fait parle passé, etc. A. de Caumoîst. Au camp de Carignan, ce mercredi 7* août.

Même sujet que la précédente.

8 août. Sire, je loue Dieu qu'il nous donne moyen de pouvoir maintenir la réputation des armes de votre Majesté; cette dernière

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