‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 4)Chapitre 74 sur 106 · LE C. DE RICHELIEU AUX LIEUX. GÉN. DE L' ARMÉE DU ROI · texte numérisé non relu

LE C. DE RICHELIEU AUX LIEUX. GÉN. DE L' ARMÉE DU ROI

occasion a été véritablement gaillarde et fort glorieuse, les i^soennemis s'étant campés avec toute leur armée au delà du pont de Carignan, et retranchés à la tète de deçà d'un fort beau travail de huit ou neuf pieds de hauteur et bon fossé devant. Nous voyant aller à eux , ils se mirent en bataille et prirent leur ordre pour leur défense, et bien que notre résolution ne fût que de faire nos approches et prendre un logement commode pour l'artillerie, ils sortirent pour venir au-devant de nous. Les Gardes de votre Majesté, qui étoient à la droite, Picardie à la main gauche , les uns et les autres soutenus d'autres régiments, dont il n'y avoit que deux cents hommes de chacun et de la cavalerie que nous y avions ordonnée, ils commencèrent d'aller à eux, et coururent si furieusement qu'ils ne les quittèrent jamais qu'ils ne fussent dans leurs retranchements , dans lesquels ils entrèrent pêle-mêle, et les poussèrent si vertement qu'ils les menèrent battant jusque delà la rivière, dont plusieurs se précipitèrent du pont en bas. Les nôtres se logèrent de delà et y demeurèrent plus de deux heures ; ayant jeté toute leur armée en si grand désordre, que la déroute en eût été toute entière sans la difficulté du pont qui empêchoit d'y aller en ordre. L'attaque se fît à soleil couché, \otre Majesté verra la liste des morts et prisonniers que l'on a pu découvrir pour encore; la persuasion de les vaincre et la créance qu'en ont conçue tous ceux de l'armée de votre Majesté, est telle, qu'ils ne demandent à toutes occasions que d'aller à eux , et les ennemis sont en telle appréhension qu'ils ne nous attendent point s'ils ne sont fort à couvert. Votre Majesté se peut assurer que nous ne perdrons point les occasions d'en retirer tous les avantages qu'elle en peut désirer pour le bien de son service. Dieu nous fasse la grâce de lui en donner contentement, et veuille de plus en plus, Sire, etc. Au camp de Carignan, ceS^août.

LE CARDINAL DE RICHELIEU AUX LIEUTENANTS GÉNÉRALTi ' DE l'aR-^ÉE du roi en PIÉMONT.

FélicilatioDs de la prise de Carignan. — Promesse de renfort.

Messieurs , je ne doute point que le Roi ne soit très-aise o aoûi

' MM. de Montmorency, d'Effiat et de la Force.

9aoùU

1630. (lu progrès que font ses armes sous votre conduite. Pour moi, j'en ai un contentement si particulier qu'il m'est impossible de l'exprimer. La prise de Carignan étoit en vérité de trèsgrande importance , le dessein en a été fort bon et l'exécution encore meilleure. J'espère que les armes du Roi étant en si bonne main, auront toujours pareil succès. Je contribuerai tout ce qu'il me sera possible pour vous aider à acquérir de plus en plus de la gloire à l'avantage du service de S. M. J'attends les troupes qu'elle a destinées pour l'Italie en grand nombre, afin de vous en secourir; je vous assure qu'on ne perd pas de temps aux diligences qui se peuvent faire, et que je n'épargnerai jamais aucune chose qui dépende de moi pour l'avancement du service du Roi et votre contentement particulier; vous assurant que je suis véritablement. Messieurs, etc. Le Cardinal de Richelieu. A Saint-Jean de Maurienne, ce 9 août.

Même sujet que la précédente.

10 août. Messieurs, depuis ma lettre écrite, j'ai appris en gros ce qui s'est passé en l'attaque du pont de Carignan , sur quoi je vous dirai qu'il est impossible de pouvoir souhaiter les armes du Roi être plus glorieuses qu'elles sont, comme aussi de louer votre conduite autant qu'elle mérite. J'attendrai avec impatience de vos nouvelles sur le sujet d'un si heureux succès, que je me promets devoir être suivi d'autres. Cependant je n'ai pas pu m'empècherde vous témoigner par avance la joie que j'en ai, tant pour la gloire des armes de S. i\I. que pour la vôtre propre, dont je souhaiterai toujours l'accroissement , comme étant véritablement , Messieurs , etc. Le Cardinal de Richelieu. A Saint-Jean de Maurienne , ce 10 août.

Résultat de la prise de Carignan. — Conférences pour la paix.

u »oûu Depuis ma dernière, il ne s'est rien passé de nouveau digne de vous être mandé. Par la défaite que nous fîmes l'autre jour, tout le Conseil d'Espagne, qui étoit ici, fut tout pris ou

11 aoftt.

LE CARDINAL DE RICHELIEU AU MARÉCHAL DE LA FORCE. 325

tué. Entre les prisonniers il y a don Martin d'Aragon et un *®^' de la Maison Cardone, et plusieurs officiers. Il y eut de tué un autre Mestre de camp. Le fils du Marquis de Spinola faillit à y être embarrassé; mais il se retira de bonne heure de ce combat. Ils trouvent à dire quinze cents hommes ou tués, ou noyés, ou prisonniers, ou qui se sont dérobés. J'écrivois par ma dernière dépèche du septième de ce mois, fort particulièrement à mon frère d'Eymet de tout ce qui s'est passé; mandez lui que les retranchements que nous avons forcés, étoient beaucoup meilleurs et plus grands que ceux que les ennemis avoient faits l'année passée, après avoir passé l'Yssel, et que le Comte de Styrnm ne put forcer, mais, au contraire , y fut battu. Je le sais par le rapport de M. d'Estiaux et de plusieurs autres qui ont vu celui de l'Yssel et celui-ci; et si toute l'armée des ennemis étoit derrière eux avec du canon, et qui les favorisoit fort de leur mousqueterie, n'en étant pas le plus loin à cinquante toises et le plus près à vingt-cinq. Le Mazarini traite encore, et le bruit est ici que tous les chefs ennemis sont ici auprès en conférence avec lui. Il a promis d'être de retour auprès du Roi jeudi prochain. Dieu nous veuille envoyer ce qu'il croit nous être nécessaire, et me fasse la grâce de vous revoir bientôt en bonne santé , il m'en tarde bien fort. Je le supplie, etc. A. DE Gaumont. Au camp de Carignan, ce il* août.

LE CARDINAL DE RICHELIEU AU MARÉCHAL DE LA FORCE

Éloge de la conduite du Maréchal.

Monsieur, il m'est impossible de vous témoigner la joie iiaottu que j'ai des heureux succès des armes du Roi, et de la réputation que vous avez acquise en ces occasions dernières, y ayant fait tout ce qu'une personne de votre expérience pou- Yoit faire, et plus que votre âge sembloit ne permettre. Je me promets que Dieu continuera de plus en plus à épandre ses bénédictions sur les justes desseins de S. M., et par conséquent vous donnera lieu d'augmenter votre gloire à l'égal que souhaite. Monsieur, etc. Le Cardinal de Richelieu. A Saint-Jean de Maurienne, ce 12 août.

18 aobt.

22 août.

Même sujet que la précédenle.

Mon Cousin, je vous ai fait savoir par ma précédente le contentement que j'avois du succès de la prise de la ville et château de Carignan, ensuite de celle du Vigon, Villefranche et Pancalier. Maintenant je vous témoignerai la satisfaction encoïc plus grande que j'ai de l'avantage signalé que mes armes ont remporté sur les Espagnols en l'attaque qui a été faite des retranchements qu'ils avoient faits au bout du pont de Carignan, le sixième de ce mois, dont j'ai eu à plaisir de voir les particularités par votre lettre du septième. Et comme je reconnoisque vous m'avez continué en cette action les preuves de votre valeur, expérience et bonne conduite accoutumée, j'ai voulu aussi vous assurer que de cellelà comme des autres, je conserverai un perpétuel ressentiment. Je désire que vous donniez la même assurance aux officiers et gentilshommes volontaires qui se sont signalés en ce combat, afin que chacun d'eux soit tant plus excité à bien faire dans la suite de mes desseins, que je veux me promettre heureuse par la justice de ma cause et bonne conduite de vous et des autres chefs de mon armée, vous recommandant d'y apporter, comme vous avez fait jusques ici, tout ce que je me promets de vous ; priant Dieu, mon Cousin, etc. Écrit à Lyon, le 18^ août. Signé: Loiis. Et plus bas ; Bouthillier.

Départ du Marf|iiis de la Force. — Certiiude de la paix.

Ma chère fille, je vous fais ce mot à la hâte pour vous dire comme votre mari partit hier pour vous aller voir, en fort bonne santé et fort gaillard. Dieu merci. Je tâcherai de le suivre de près, car je vous assure qu'il me tarde bien aussi que je puisse jouir de ce conlent(>ment de me voir avec toute la famille. Je tiens la paix pour faite; Miizarini a fait vers nous trois ou quatre voyages, et ne vois pas qu'il y ait rien qui la puisse retarder. Je vous adresse celle-ci par la voie de la poste, afin (ju'ayez ce contentement d'espérer bientôt l'arrivée de votre mari ; mais comme il va à ses journées, je

LE MARÉCHAL DE LA FORCE AU CARDINAL DE RICHELIEU. 327 crois que vous recevrez celte-ci beaucoup plus tôt qu'il ne i63o. sera à vous. Dieu vous veuille accompagner à tous de ses saintes bénédictions. Au camp de la Yolvère, ce 22^ août.

22 août.

LE MARÉCHAL DE LA FORCE AU CARDINAL DE RICHELIEU

Trêve avec les Espagnols. — Demande de troupes pour secourir Casai. — Le Maréchal se recommande à la bienveillance de Richelieu.

Monseigneur, je loue Dieu de ce qu'il vous plaît par toutes 5 septembre, les vôtres témoigner avoir contentement de mes services. Si mon pouvoir égaloit ma volonté, vous en auriez davantage. Vous verrez, Monseigneur, les conditions de la trêve générale qui ont été envoyées par le Mazarini, que nous avons acceptées ; nous verrons par le retour de M. le Marquis de Brézé, qui va à Casai avec ledit Mazarini, si elles seront reçues par le Marquis d'Espinola. Si dans les six semaines, qui est le terme de ladite trêve, la paix ne se conclut, et que le Roi veuille que Casai soit secouru, je ne doute point. Monseigneur, que n'y fassiez apporter la diligence nécessaire. Aussi estimé-je qu'en ce cas il ne s'y doit rien épargner, car s'il s'entreprend, il en faut venir à bout. C'est un coup d'importance à la réputation du Roi et de ses armes, et je tiens absolument qu'il se peut y réussir avec de gaillardes forces; le préparatif en est nécessaire, même pour les obliger à la paix, et vous choisirez lors ce qui vous sera le plus avantageux. Monseigneur, j'ai bien des incommodités à cause de mon âge et du mauvais état de mes petits affaires ; néanmoins, tant que vous jugerez que je puis être utile au service que je dois au Roi, je ne me lasserai jamais, et de satisfaire à tout ce que vous me commanderez ; mais je vous supplie très-humblement. Monseigneur, avoir quelque égard à moi, et me faire ressentir delà continuation de votre bienyeillance, assuré que je n'aurai jamais volonté que les vôtres, heureux que me reconnoissiez pour votre créature, et pour tant que je vive, Monseigneur, etc. A Nons, ce 5* septembre.

LE CARDINAL DE RICHELIEU AU MARÉCHAL DE LA FORCE

Envoi du sieur de Cahuzac. — Le Roi se remet entièrement aux avis des Maréchaux pour le secours de Casai.

1630. Monsieur, le sieur de Cahuzac vous fera savoir si particu-

«Mptcmbre. Hèrement les intentions du Roi touchant le secours de Casai, que j'estimerois superflu de vous en dire aucune chose par cette lettre. Ce sera à vous autres, messieurs, à voir tous ensemble par la connoissance que vous avez de l'état où sont les ennemis maintenant, à juger ce qui s'y pourra faire et à exécuter promptement la résolution que vous aurez prise sur ce sujet, en quoi S. M. se remet entièrement à vous tous. J'ai beaucoup de déplaisir de la maladie de M. votre fils, et prie Dieu de tout mon cœur qu'il lui renvoie bientôt la santé, et vous conserve la vôtre aussi entière que vous sauriez désirer vous-même, comme étant, etc. Le Cardinal de Richelieu. A Lyon, ce 6 septembre.

le MARECHAL DE LA FORCE AU ROI.

Les ennemis consentent au ravitaillement de Casai.

Octobre. Sire, bien que plusieurs considérations m'eussent obligé de supplier très-humblement votre Majesté de me permettre d'aller un peu me rafraîchir et pourvoir à mes petits affaires, néanmoins je répute à tant de bonheur que votre Majesté m'estime digne de son service, que je ne manquerai jamais de rendre toute l'obéissance que je dois à l'honneur de ses commandements, suivant lesquels je demeurerai et tâcherai de satisfaire à tout ce qui sera de ses volontés avec une trèsparfaite fidélité.

Yotre Majesté saura par cette dépêche le travail que les ennemis ont fait, et la disposition en quoi ils s'étoient mis pour empêcher le convoi du bled que nous avons mené pour jeter dans Casai ; mais quand ils ont appris nos préparatifs et notre résolution, ils se sont mis à la raison et ont condescendu à satisfaire au traité que nous avions fait devant Casai. Le sieur Mazarini nous en a cejourd'hui porté la résolution de leur part, et le tout se doit exécuter le trentième, après quoi M. le Maréchal de Schomberg fait état de s'acheminer

LOUIS Xin AU MARÉCHAL DE LA FORCE. 329

vers votre Majesté. Nous sommes après à dresser l'état des i63o. troupes qui doivent passer en France et de celles qui doivent 0*='°'''® ■ demeurer de deçà, avec l'ordre qu'il faudra tenir pour leur subsistance, attendant que je reçoive les commandements dont il plaira à votre Majesté de m'honorer, pour laquelle je fais incessamment prière à Dieu, etc.

Il lui accorde son congé et le charge de remeltre l'armée au Maréchal de

Marillac.

Mon Cousin, encore que les bons services que vous m'avez u novembre. rendus en mon armée d'Italie, même en cette signalée et importante occasion de la délivrance de Casai, dont je conserverai toute ma vie le souvenir, me fissent désirer que vous eussiez continué votre demeure par delà pour le commandement de mon armée, néanmoins, ayant égard au long temps que vous m'y avez servi sans aucune intermission, je vous accorde le congé que vous m'avez demandé pour votre retour; mon intention étant que vous remettiez avant que partir tout le commandement et les troupes de l'armée es mains de mon cousin le ^laréchal de Marillac, que j'ai ordonné pour y commander, et que vous vous en reveniez près de moi, avec assurance que vous y recevrez tout le bon accueil et traitement que peut mériter de son maître un serviteur de votre qualité, qui l'a très-dignement servi; ce que vous connoîtrez par les effets en toutes les occasions qui se présenteront. Cependant je prie Dieu , mon Cousin , etc. Écrit à Paris, le 11'= jour de novembre. Signé: Louis. Et plus bas : Bouthillier.

Rélraclalion de la précédente.

Mon Cousin , par une lettre que je vous écrivis, y a trois a aoveœbre. jours , je vous avois donné permission de revenir près de moi ; depuis ayant considéré qu'il reste encore par delà des affaires de grande conséquence et importance au bien de mon service et de cet État , dans lesquelles votre présence

1630. <^st du tout nécessaire , je vous fais celle-ci pour vous dire tloovembrc que VOUS ayez encore à vous arrêter en mon armée, et même y retourner si vous en étiez parti ; et comme je me promets que vous me continuerez en ce sujet les preuves que je dois attendre de votre fidélité et affection à mon service, aussi devez-vous croire et vous assurer que je prendrai soin de deçà de vos affaires et intéièts, et que vous recevrez tel traitement de moi que vous aurez occasion d'en demeurer content. Sur ce, je prie Dieu, etc. Écrit à Versailles, le H'^ jour de novembre. Signé : Louis. Et plus bas : Bouthillier.

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