BOUTHILLIER
2 février.
Motifs du dùi>arl de Mo>sieur. — Maladie de la Maréchale de Chàlillon.
Madame, j'ai reçu ici des lettres de M. le Maréchal, que je vous envoie. Elles sont fort fraîches; c'est par M. desMarets, réservant votre laquais pour vous rapporter la réponse de M. (Jiilant. Je ne sais si vous aurez su ce qui est arrivé ici, je l'appris dés hier au soir par M. de Charny : c'est le partcmeiit de Monsieur, frère du Roi. Il s'en alla vendredi à Orléans, lui trentième, durant que le Roi étoit à la chasse, sans prendre congé de S. M., et vit seulement M. le Cardinal. Le bruit des discours qu'il lui tint, sont dilTérents; mais on en revient toujours à cela, qu'il lui parla fort brusquement, et lui dit: qu'il lui avoit promis de l'amitié , mais qu'il retiroit sa ■parole, et lui protestoit d'être son ennemi et de lui nuire en tout ce qu'il pot(rroit, puisqu'il l'avoit trompé. Quelquesuns disent qu'il se plaint que M. le Cardinal ne tenoit pas ce qu'il avoit promis pour la Reine-Mère et pour M. de Lorraine; mais on croit bien aussi que c'est parce qu'on n'a pas
Loras xni AU maréchal de la force. 339
tenu à M. de Puylaurens et au Président le Coigneux ce qu'on *^** leur avoit promis. Depuis son parlement, on a tenu de grands Conseils. Encore cejourd'hui le Roi a vu MM. du Parlement; cela met un peu la Cour en trouble. Ma femme est allée voir madame la Maréchale de Châtillon et en est revenue ; elle a été fort mal et l'est bien encore, mais il y a espérance qu'elle en réchappera. Le pourpre lui est sorti, et a eu aujourd'hui une grande crise d'une sueur, qui fait croire sa guérison; Dieu le veuille par sa grâce et la conserve, s'il lui plaît! ce seroit une grande perte, mais principalement pour sa famille. Elle a eu un grand contentement de voir ma femme. Voilà tout ce que je a ous puis mander pour astheure, priant Dieu, etc. Votre très-humble et très-obéissant fils A. DE Caumotst. a Paris, ce dimanche soir 2* février.
Prolongation de la trêve. — Départ de Mazarin et de Seivien pour tuilcr de la
paix.
Mon Cousin, j'ai vu par votre lettre du premier de ce mois 13 février. comme le Duc de Savoie, qui s'étoit ci-devant montré si froid et éloigné sur la proposition de prolonger la trêve, vous en avoit par après envoyé rechercher par le Président Bonfils, qui vous avoit laissé l'écrit que vous m'avez envoyé, portant promesse dudit Duc de la continuation de ladite trêve pour tout le mois où nous sommes. Vous me faites aussi savoir comme vous aviez envoyé le sieur d'Etampes vers ledit Duc pour retirer par écrit une assurance de ladite prolongation. Ce que vous avez fait en ce sujet étant conforme aux ordres que je vous ai donnés par mes dépèches précédentes, je ne puis que je ne l'approuve, et serai bien aise que non-seulement ladite trêve soit continuée pour le présent moi^, mais encore au delà, et jusqu'à ce que la paix put être entièrement établie. Quant au sieur Mazarini, qui semble être attendu pour les autres choses qui restent à faire de delà, il partit hier di' Paris, de sorte que j'estime qu'il arrivera vers vous auparavant celle-ci. Le sieur Servien, qui doit être à présent bien avancé, s'y rendra sans doute peu de jours après. Tellement que l'on pourra travailler à bon escient à l'exécution de la
3/i0 CORRESPONDANCES.
1631. paix, à laquelle j'entends toujours qu'il soit procédé de ma isrévrier. pg^t avcc toute franchise et sincérité, n'ayant rien plus à cœur que de contribuer ce qui dépendra de moi pour le repos public. Sur ce, je prie Dieu, etc. Ecrit à Paris, le 13'= jour de février. Signé : Louis. Et plus bas : Bouthillier.
Dépari de Monsieur. — Négociations avec le Duc de Savoie.
Sire, il est malaisé que les bons serviteurs de votre Majesté ne reçoivent très-grand déplaisir de ce que Monsieur, son frère, se laisse emporter aux mauvais conseils qui lui sont donnés, et qu'il se prive lui-même du plus grand honneur qu'il pourroit souhaiter que d'être prés de votre Majesté, et des avantages qu'il recevoit tous les jours de sa bienveillance. La bonté et la prudence de votre Majesté saura dignement prendre les moyens de le ramener à soi; et comme elle a ressenti jusqu'ici en toutes occurrences si abondamment l'amour singulier de notre Dieu et ses plus particulières bénédictions, je ne doute point qu'il n'appuie toujours sa justice et son équité; c'est de quoi je ferai incessamment prière au Tout-Puissant et qu'il fasse prospérer de plus en plus le règne de votre Majesté.
Le même jour que ce courrier est arrivé, j'avois dépêché le sieur de Belsunce pour donner avis à votre Majesté de tout ce que j'estimois le mériter; particulièrement de ce que je voyois de deçà une grande impatience et méfiance de ce que M. Servien ne venoit point. Je n'ai manqué soudain que j'ai reçu la lettre de votre Majesté, d'écrire à M. le Nonce Pausirollo et au grand Chancelier de Casai, Guiscardi, comme ledit sieur de Servien devoit arriver ici au premier jour, et que ce courrier l'avoit laissé à Lyon. J'ai mandé la môme chose à M. de Savoie; cela, à mon avis, rassurera un peu les esprits. Hier arriva en ce lieu le Président Bonfils de la part de mondit sieur de Savoie, pour s'informer de M. de Servien et du temps qu'il devoit venir, que le sieur Gallas lui faisoit une grande presse pour entrer en l'exécution des choses arrêtées à Ralisbonne, et que ledit sieur Gallas lui mandoit que
si ledit sieur de Servien n'étoit arrivé, qu'il ne laisseroit ^^^
d'exécuter. 13 fénier.
J'avois envoyé un peu auparavant le sieur de Yignoles devers ^I. de Savoie, qui me rapporte de sa part qu'il voudroit qu'en attendant la venue dudil sieur de Servien, je donnasse, s'il étoit possible, pouvoir à quelque autre pour commencer; qui est la même chose que m'avoit proposé le Président Bonfils, auquel j'ai fait réponse que ledit sieur de Servien étant envoyé de la part de votre Majesté, instruit de ses volontés avec tout pouvoir, et son Ambassadeur extraordinaire, qu'étant sur le point d'arriver, je ne croyois pas que l'on voulût rien entreprendre sans lui,commejen'estime pas qu'ils fassent, quoiqu'ils disent. Il m'a envoyé la copie d'une lettre de son Ambassadeur qui est àParis, par laquellevotreMajesté verra que ledit sieur Gallas devoit arriver le seize ou le dix-sept de ce mois à Queyrasque. Ils se promettent que le grand Chancelier de Casai, Guiscardi, s'y trouvera, mais je ne le cuide pas, car il m'a |)rié de lui donner avis lorsque ledit sieur de Servien seroit arrivé, ne désirant partir plus tôt.
J'avois chargé le sieur de Yignoles de représenter à M. de Savoie que voyant expirer bientôt le temps de la trêve, je me sentois obligé de pourvoir à la si!ireté de Casai, et pour cet effet, de jeter dedans mille ou douze cents hommes, et ainsi que je suppliois S. A. de me donner le moyen, par eau ou par terre, de les y conduire sûrement, comme il me l'avoit toujours promis; mais il a fort éludé cela, disant qu'il n'en étoit pas besoin puisque l'on dcvoil bientôt en traiter, et outre ce, qu'il me donnoit assurance que de dix ni de douze jours au delà de la trêve, il nes'entreprendroitrien, et que cependant l'on prendroit les moyens d'une prolongation. Je renverrai encore devers lui pour presser ou le moyen de mettre des hommes dans Casai, ou d'avoir une prulongation, et aussi pour représenter à M. Gallas que je n'attends que l'heure de l'arrivée dudit sieur de Servien, afin qu'ils ne prennent aucun prétexte de passer outre sans lui. S'il survient aucune chose qui mérite d'en informer votre Majesté, je n'y manquerai pas, et de rapporter, attendant la venue de M- le Maréchal deToiras, tout ce que je dois au bien de son service, et de demeurer toute ma vie en la résolution, Sire, etc. De RivoUe, ce 13« février.