‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 4)Chapitre 77 sur 106 · LE ROI AU COMTE DE SAINT-PAUL · texte numérisé non relu

LE ROI AU COMTE DE SAINT-PAUL

Détails sur ia retraite de Monsieur. — JusiiOcalion de la conduite de S. M. — Exil de la Reine-Mère.

1631. Mon Cousin, comme je croyois avoir sujet d'espérer que

23fé?rier. ^gjjj (jg travaux que j'ai depuis quelques années continuellement supportés pour le bien de cet Etat qne Dieu a soumis à ma conduite, seroient approuvés et secondés par tons ceuï qui sont auprès de moi, j'ai été bien étonné lorsqu'après avoir abattu la rébellion delà Rochelle et de toutes les villes qui lui adhéroient, rétabli la Religion catholique en toutes les provinces de mon Royaume, secouru par deux fois mes alliés en Italie, et remporté des avantages qui me mettent en état de ne devoir porter envie à mes prédécesseurs, quelques divisions domestiques qui ont été méditées par de mauvais esprits et quelques particuliers, pendant que j'étoisdu tout occupé aux grandes affaires dont on a vu le succès, m'ont empêché de jouir de la tranquillité que je me devois promettre avec raison, et de procurer dans icelle le soulagement que je désirois à mes sujets. !\econnoissant ce mal, qui m'a été d'autant plus sensible qu'il m'a privé pour le présent du fruit de mes soins et de mes peines, qui n'ont autre fin que la décharge de mon peuple, que j'ai toujours eue en l'esprit comme le but de toutes mes actions, je n'ai rien oublié de tout ce qui m'a été possible pour y apporter remède; et parce qu'on avoit aigri la Reine, madame ma mère, contre mon cousin le Cardinal de Richelieu, il n'y a instance que je n'aie faite, prière ni siq^plicationciue je n'aie employées, ni considérations publiques et particulières que je n'aie mises en avant pouraiioucir son esprit. Mondit cousin reconnoissant ce qu'il Ini doit par toutes sortes de considérations, a fait tout ce qu'il a pu poiir sa satisfaction, se soumettant, avec toute l'humilité possible et tous les respects imaginables, à telles lois qu'elle auroit agréable de lui prescrire ; ce que je lui ai offert plusieurs fois de ma i)ropre bouche. La révérence qu'il a pour elle, l'a même porté jusques à ce point de me supplier et presser diverses fois de trouver bon qu'il se retirât du maniement de mes affaires ; ce que l'utilité de ses services passés et l'intérêt de mon autorité, ne m'a pas seulement per-

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mis de penser à lui accorder. Je n'ai d'autre part rien omis lesu pour contenter l'esprit de mon frère, le Duc d'Orléans, jusques à donner à ceux qui ont le principal pouvoir auprès de lui, selon son désir, plus de biens que l'état de mes finances ne pouvoit porter, et des honneurs au delà de ce qu'ils dévoient raisonnablement se promettre; mais tout cela n'a pas emi èclié qu'ils ne l'aient fait sortir de la Cour, estimant qu'une pi rsonne de sa naissance étant éloignée de moi, au même temps que madite dame et mère y demeuroit témoignant du mécontentement, il seroit difficile que je pusse, que'que adresse qu'on y pût apporter, conduire mes affaires aux l-oiines fins que je me propose pour la prospérité de ce Royaume, sa grandeur, et le bien de mes sujets, vu principalement les affaires que j'ai encore au dehors. Pour cette raison, étant après une longue patience venu en cette ville de Compiègne, afin que la Reine bien intentionnée de soimême, éloignée par ce moyen de beaucoup de mauvais esprit'^, cons|)iràt plus facilement avec moi aux moyens justes et raisonnables pour arrêter le cours des factions qui se formoicnt en mon État, ce dont je l'ai fait supplier par de mes principaux Ministres sans qu'elle ait voulu y entendre; j'ai enfin, à mon grand regret, étécontraint de tenter un remède plus puissant à ce mal, que j'ai jusques à présent éprouvé si rebelle aux plus bénins que j'y ai apportés ; et reconnoissant qu'aucuns des auteurs de ces divisions continuoient à les entretenir, je n'ai pu éviter d'en éloigner quelques-uns de ma Cour, ni nièiue, quoique avec une indicible peine, de me séparer pour quelque temps d'elle, pendant lequel son esprit puisse s'adoucir et se remettre en état de concourir, avec la sincérité qu'elle a faite par le passé, aux conseils que j'aurai à prendre à l'avenir pour garantir ce Royaume des maux qui le menacent, lorsqu'il devroit recueillir le fruit de mes labeurs. J'espère que la bonté de son naturel ramènera son esprit et la réunira bientôt à moi; je le demande à Dieu de tout mon cœur, et qu'il bénisse les bonnes intentions que j'ai pour cet État, ainsi qu'il a fait par le passé. Cependant je désire que vous informiez de cette nouvelle mes principaux serviteurs, et ceux dans l'étendue de votre charge auxquels vous jugerez à propos d'en donner connoissance. Sur

"31. ce, je prie Dieu qu'il vous ait, mon Cousin, etc. Écrit à Compiègne, le 23^ jour de février. Signé : Louis. Et plus bas : Phélypeaux.

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