‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 4)Chapitre 79 sur 106 · III · texte numérisé non relu

III

t63i. le Duc de Bouillon, que pour ce qui regarde la ville, château tmoTembrc. gj Principauté de Sedan ; et d'autant qu'ensuite de ce devoir je désire mettre les choses aux termes de la confiance qu'il est nécessaire que j'aie en leur obéissance et en leur service, et la leur donner semblable de ma bonne volonté et protection , tant pour leurs personnes que pour la place et Principauté de Sedan , je vous envoie un mémoire semblable à celui que j'ai fait bailler au secrétaire Justel lorsque je l'ai renvoyé vers madite cousine, par lequel vous verrez ce que je désire d'elle et du Duc, son fils, qui sont conditions si raisonnables et si nécessaires en la conjoncture présente, que madite cousine jugera sans doute ne pouvoir désirer en moi une meilleure disposition que celle qui s'y rencontre; et pour en donner une preuve toute assurée, mon intention est, et je vous donne par cette lettre ordre exprès saris que vous soyez obligé d'attendre un nouveau commandement, qu'au même temps que ma cousine la Duchesse douairière de Bouillon vous aura donné assurance valable de faire accomplir et exécuter de point en point le contenu audit mémoire, vous ayez à faire déloger les troupes qui sont à présent dans ladite Principauté, et les retirer en mon Txoyaume. Je vous envoie une Commission scellée de mon grand sceau, pour, suivant les conditions de la protection de l'an mil six cent six, entrer dans la place avec tel nombre de gens de guerre que vous aviserez, et pour y recevoir de madite cousine, du Gouverneur de Sedan, des officiers et gens de guerre, le renouvellement du serment qu'ils me doivent à cause de la protection. Vous aurez à faire cet office en la forme que vous verrez être plus convenable pour mon autorité et dignité, et retirerez actes desdits serments, que vous m'enverrez ; donnant aussi en mon nom à madite cousine, aux habitants et gens de guerre, toutes assurances de la continuation de ma protection, et que je leur en ferai jouir comme par le passé. Sur ce, je prie Dieu, etc. Écrit à Château-Thierry, le 11« jour de novembre. Signé : Louis. F:t pins bas : Bol'thillier.

LE MARÉCHAL DE LA FORCH AL" ROL 355 MADAME DE BOUILLON AU MARÉCHAL DE LA FORCE.

Proteslations d'obéissance et de fidélilc au Roi.

Monsieur, il me fut impossible de satisfaire dès hier à ce » *••!

-.1 11 I • 1 II ' I I s novembre.

qu il VOUS avoit plu m ordonner par le sieur de lîeal, qui vous porte aujourd'hui copie de la protection du feu Koi, que vous m'avez demandée. Je vous envoie aus?i celle du Roi, et attendrai les commanilemcnts qu'il vous plaira me faire après les avoir vues, m'assurant, Monsieur, qu'ils seront conformes à ladite protection, à laquelle je n'ai garde de contrevenir, y avant longtemps que j'en demande l'exécution ; et permettez-moi de me plaindre de la voir entièrement enfreinte. Je vous supplie donc très-humblement. Monsieur, d'y pourvoir et de croire que je satisferai à toutes les choses du mémoire que m'a fait voir le sieur Justel, qui sont conformes à ladite protection , et qui dépendent de moi qui suis portée d'une telle affection au très-humble service de S. M. que je ne respirerai jamais que la fidélité et l'obéissance que je lui dois ; et vous en avez telle connoissance, Monsieur, que je m'ose promettre que vous me ferez l'honneur d'en répondre. J'ai encore à vous faire cette supplication de me faire savoir par ledit sieur de Real quel traitement l'on veut faire à mon fils, afin que je lui puisse mander; je m'assure. Monsieur, que vous lui procurerez tel qii'il aura sujet de ne plus croire que l'on le veut perdre , et que vous nous faites l'honneur de nous aimer, aussi est-il votre très-humble serviteur, et moi, Monsieur, etc. Elisabeth de îSassau. A Sedan, ce 15* novembre.

LE MARÉCHAL DE LA FORCE AU ROI. Renouvelleoient de la protection accordée à madame de Bouillon.

Sire, j'envoie à votre Majesté le renouvellement de la pro- le novembre, tection qui a été passée cejourd'hui avec madame de Bouillon, à quoi il n'a été rien changé de ce qui est porté par les actes précédents ; et puis assurer votre Majesté qu'il a paru en madame de Bouillon une très-grande disposition de satisfaire à tout ce qui est des volontés de votre ;Majesté. Le Gouverneur, tous les officiers et habitants de la ville ont

^631. témoigné aussi tous un très-grand contentement de cette acte novembre ^j^^^ ^ gj. certainement tout ce peuple ne respire que l'obéissance qu'ils doivent à votre Majesté. M. le Marquis de Praslin,qui a été présent à tout, pourra mieux lui en représenter les particularités. A Sedan, ce 16^ novembre.

Le Roi ordonne au Maréchal d'assiéger Moyenvic. — S. M. s'achemine à Verdun. — Siège de Mayence par Gustave-Adolphe. — Mauvais élat ^des affaires de l'Empereur.

10 décembre. Vous aurcz appris tant par M. de Belsunce que par mes lettres, et de nos nouvelles, et de l'état des affaires de deçà. Maintenant je vous dirai qu'elles ont encore changé de face, car M. le Maréchal vient de recevoir par un courrier du R.oi, des lettres de S. M., par lesquelles il lui commande d'assiéger Moyenvic, et qu'il ne s'en veut pas tenir là, et ne veut plus feindre à attaquer l'Empereur; tellement que je vois bien que nous ne sommes pas pour nous voir de longtemps, et serois d'avis que Madame (la Maréchale de la Force) et vous tous vous en vinssiez en cette ville de Metz qui vaut quatre Châlons. C'est une des plus belles et agréables villes de France, et où on seroit parfaitement bien logé. C'est une des plus belles Églises de France , et presque tous les plus apparents de la ville sont de la Religion. Il y a quatre ministres ; nous en avons ouï à ce matin un excellent, et n'étant qu'un jour par semaine, il y avoit plus de deux mille personnes au prêche. Si vous y veniez, peut-être vous pourroit-on voir, au moins saurions-nous souvent des nouvelles les uns des autres, Moyenvic n'étant qu'à sept lieues d'ici. Je vois bien que nous allons nous engager en une grande guerre, et qui n'est pas pour trois jours; je crois qu'il faudra songer à nous y pourvoir des choses nécessaires. Dieu veuille conduire toutes choses pour sa gloire. Je ne sais si M. le Maréchal mandera rien de ce que je vous mande, à madame la Maréchale , mais ce seroit mon avis : il fait bien aussi bon vivre ici qu'à Chàlons, et encore à meilleur marché. Le Roi mande à M. le Maréchal qu'il sera le onze de ce mois, qui est demain, à Châlons, et qu'il s'en vient àYerdun. On tient

ici que depuis la prise de Francfort, que le Roi de Suède assiège Mayence, qui est sur le Rhin et du côté de deçà, et qu'il la battoit, la rivière entre deux ; il y a apparence que depuis il a fait un pont pour passer la rivière. En effet , les affaires de l'Empereur vont toujours empirant. Nous partons demain une heure avant jour. Je prie à Dieu , etc. A. de Cau3iont. a Metz, ce mercredi soir 10"= décembre.

10 décembre.

LE UARECHâL de LA FORCE AU ROI.

Siège de Sloyenvic.

Sire, sans perdre de temps, à la même heure que j'ai lO décembre, reçu le commandement de votre Majesté, nous avons fait les ordres pour faire avancer les troupes qui ont déjà leur logement vers Moyenvic. M. de Paquerri part à minuit avec six cornettes de cavalerie et cinq de carabins qu'il prendra en chemin, et s'ira loger au delà dudit Moyenvic. Je partirai demain au point du jour et irai prendre mon logement à Château-Salins, à sept grandes lieues d'ici, et n'y en a que douze jusqu'à Yic , lequel je ferai sommer. Il importe de l'avoir ; car c'est un logement fort à propos, n'étant qu'à une lieue de IMoyenvic ; j'ai employé quelques-uns de leurs voisins pour savoir de leurs nouvelles, il y a deux jours; ils m'ont promis de me rendre compte bien particulièrement de leur état. J'apprends que si les gelées viennent fortes, qu'il y aura moyen de les fort presser ; je plains fort les trois jours que nous avons perdus , que mon avis étoit que nous fissions la même chose, comme votre Majesté l'aura pu savoir par le sieur de Belsunce que je lui dépèchois dès devant-hier, et qui aura fait entendre à votre Majesté l'état de toutes choses ; je ne manquerai à toutes occurrences de lui faire savoir tout ce qui surviendra d'important , et espère qu'il ne sera rien omis de tout ce qui se pourra faire pour l'avancement du service de votre Majesté, pour laquelle je fais prière à Dieu, etc. A Metz, ce 10* décembre.

LE MARÉCHAL DE LA FORCE AU CARDINAL DE RICHELIEU

Même sujet. — Den/ande des charrois nécessaires pour avancer le siège. — Pourparlers avec le Gouverneur de la place.

1631. Monseigneur, vous pourrez savoir bien particulièrement

17 décembre, pg^j, i^j j^ Cuzac l'état des affaires d'ici, et ose vous dire que pour le peu de moyens que nous avons eus jusqu'ici , qu'il me semble qu'il a été fait tout ce qu'il se pouvoit. La place est bien bloquée de tous côtés, la situation est telle que rien ne peut favoriser les approches, et ne pouvons aller à eux qu'avec le pic et la pelle. Il n'y a que trois nuits que nous avons commencé d'ouvrir les tranchées ; j'espère que cette nuit nous serons à cinquante pas de la contrescarpe du fossé. Je faisois dresser deux batteries en divers endroits, qui pouvoient néanmoins faire mêmes effets, croyant, sur l'assurance que m'en avoit donnée M. de Bourbonne , que nous aurions quatre canons ; il étoit allé lui-môme à Metz pour cet effet. Il revint au soir me dire qu'il n'y avoit point eu d'équi[)age pour cela, et que l'on ne menoit que trois bâtardes. J'en fus au désespoir; car assurément, Monseigneur, le même jour que j'eusse eu les quatre canons en batterie , j'eusse été maître du fort, les bastions en sont fort petits, et défendus par de fort mauvais soldats ; que s'il y avoit moyen de pouvoir aller à eux, ils ne résisteroient pas, mais cela est si bien entouré de fraises partout que des femmes pourroient défendre cela. Puisque sans canons nous ne pouvons faire de batterie guère utile, nous tâcherons par tranchées de nous loger au pied du bastion. J'ai écrit à M. de la Valette et le sui)plie, s'il y a à Metz quelques gens entendus aux mines , qu'il me les envoie. Au reste, Monseigneur, ce maître Gille, qui a travaillé à Moyenvic, qu'il y a plus de dix jours que je travaille à recouvrer, comme je l'avois écrit au Roi, vient d'arriver. J'ai commencé à l'entretenir. Il est certain qu'il sait très-bien en quoi consiste cette place et qu'il nous peut fort aider. Il promet de faire quelque sorte de bateaux qui nous donneront grand moyen de faire une attaque par la rivière, et aussi des mantelets que l'on fera couler facilement sur la glace, où nombre de soldats pourront aller à couvert ; mais à cela, il faudra du temps. Nous ne mépriserons rien,

LE MARQUIS DE LA FORCE A LA MARQUISE DE LA FORCE. 359 et tâcherons de faire valoir tout ; tant y a que si je puis avec i63i. ces trois pièces bâtardes emporter seulement deux ou trois ^'°^™^"' toises de ces fraises, je m'assure de les forcer. Nous tâcherons aussi de venir à la sape au plus tôt.

Yous savez , Monseigneur, qu'à ces grandes entreprises il faut être pourvus de grands équipages , et nous sommes dépourvus de tout, même point d'officiers. M. de Cuzac vous dira que je n'ai équipage que pour quatre charrettes, et avons continuellement à faire de grands voyages, car il nous faut prendre bien loin toutes choses. Je vous supplie très-humblement de croire que nous ne perdrons point de temps, et que toute la diligence qui se pourra, y sera apportée, ayant un grand désir que S. M. en demeure satisfaite, et vous. Monseigneur, etc. Devant Moyenvic, ce 17* décembre.

P. S. Monseigneur, M. de Cuzac vous dira comme la Bloquerie a été par deux fois dans la place parler au Gouverneur, duquel il avoit quelque connoissance : c'a été de luimême, sans charge, m'en ayant demandé permission.il reconnoît qu'ils auroient grande envie de traiter, mais il est sur la considération de son honneur, et qu'il a sa femme et ses enfants sous la puissance de l'Empereur, et que l'on lui feroit trancher la tête. Néanmoins, il demande que l'on lui permette d'envoyer vers le Commissaire général Ossats qui l'a mis dans la place. Je l'en ai refusé tout à fait, sinon qu'il voulût limiter le temps de cinq ou six jours, au bout duquel temps il promettroit de livrer la place, et pour cet effet, donner des otages. C'est de son premier voyage. Au second, il a persisté et demandé trois semaines , et prie de lui faire réponse. J'ai voulu laisser passer un jour ou deux , après lesquels je lui permettrai et l'instruirai comme il faut. Je ne manquerai , s'il s'y passe rien qui le mérite , de vous en informer soudain.

CapitulatioQ de Moyenvic.

Je fermai dès hier au soir mon autre lettre; maintenant je 2tdâcembre. vous dirai par celle-ci que, Dieu merci, nous avons arrêté la capitulation, qui est un grand bonheur , car c'est une très-

21 décembre

1631. bonne place et qui nous eût donné de l'exercice pour longtemps, s'ils y ont les choses nécessaires pour la défendre. Elle est dans le milieu d'un marais qui est astheure tout couvert d'eau. Ils doivent rendre le fort présentement, et la place dans huit jours, s'il ne leur vient dans ce temps un secours si puissant qu'il nous contraigne à lever le siège, à quoi ils ne s'attendent pas; aussi n'y a-t-il point d'apparence. J'espère astheure avoir un peu plus de loisir, et vous envoyer les lettres que demandez pour M. de Gondy. Mon frère de Castelmoron va porter cette nouvelle au Roi. Dieu soit loué de tout! Je le supplie, etc. A. deCaumont. Au camp deYic, ce dimanche, à une heure après-midi, 21^ décembre.

LE CAKDINAL DE RICHELIEU AU MARÉCHAL DE LA FORCE

Satisfaction du Roi des résultats du siège de Moyenvic. — Départ de Schomberg pour empêcher le secours des ennemis.

21 décembre. Monsieur, je ne saurois vous exprimer la satisfaction que le Roi a de la façon avec laquelle vous avez conduit l'affaire de Moyenvic, pour la réduire au point où elle est. M. le Maréchal de Schomberg part demain matin pour vous aller aider à empêcher le secours qui voudroit tenter de venir en cette place, quoiqu'il n'y ait pas lieu de croire qu'il s'en présente aucun. Il vous informera particulièrement des intentions de S. M. ; c'est ce qui fait que je me contenterai de vous assurer de mon affection, et que je suis, etc. Le Cardinal de Richelieu. De Metz, ce 21* décembre.

LE roi au maréchal DE LA FORCE.

Même sujet que la précédente.

23 décembre. ^^^'^ Cousin , j'ai UH trés-grand contentement de ce^qui Auiogr9phe) s'cst passé à Moycnvic , reconnoissant qu'il étoit impossible de faire autre chose pour mon service que ce que vous avez fait. J'envoie mon cousin le Maréchal de Schomberg, avec mes troupes, pour s'opposer avec vous au secours qui voudroit s'y présenter, ce que je n'estime pas qu'on ose tenter. Quand la ville sera réduite en mon obéissance, comme vous y avez réduit le fort, je vous ferai connoître ma volonté sur ce sujet. Cependant je prie Dieu vous avoir, mon Cousin, etc. Ecrit à Metz, ce 23'= jour de décembre.

M. DE FELQUIÈRE AU MARÉCHAL DE LA FORCE. 361

LE CARDINAL DE RICHELIEU AU 3IARÉCIIAL DE LA FORCE

S. M. approuve le plan de balaille du Maréchal.

Monsieur, j'ai fait voir au Roi le plan du champ de ba- 'S^'-

i -Il 1 • • • 27 décembre.

taule que vous avez choisi pour ranger son armée, au cas qu'il se fût présenté du secours pour Moyenvic; S. M. a une très-grande satisfaction du soin et de la vigilance que vous apportez à votre conduite, qui est telle qu'il ne s'y peut rien ajouter pour son service et pour Aotre honneur. En mon particulier, je vous conjure de croire que je n'aurai point de plus grand contentement que quand les occasions me donneront lieu de vous faire paroître que je suis , etc. Le Cardinal DE Richelieu. Do Metz, ce 27* décembre.

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