‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 4)Chapitre 8 sur 106 · LIVRE m, CHAPITRE XVII. Ù · texte numérisé non relu

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lues de s'en sortir la nuit. A la même heure, il ^632. donne au Comte de Noailles', Maréchal de camp en ladite armée, une troupe de cavalerie pour aller audit Montfrin et essayer de rencontrer ces trois cornettes, ce qu'il fit deux heures avant jour, mais ce fut si prés de ladite ville qu'ayant rencontré ses coureurs, ils rebroussèrent chemin pour regagner Montfrin ; ils furent poussés, mais sans effet. Ledit Comte de Noailles fit sommer au point du jour la place; ils entrent en capitulation sans toutefois ouvrir leurs portes; il mande au Maréchal qu'il étoit nécessaire qu'il s'avançât avec l'armée; en ce temps, arriva le Marquis de la Force avec deux cornettes de cavalerie qui avoient marché la nuit, le régiment de Tonneins de même, et faisoient tous jugement que si l'on alloit droit aux troupes du Duc d'Elbœuf, qu'il n'étoit pas si reculé que dans ce jour-là, ou le lendemain, on ne pût faire quelque effet ; mais y ayant à cela de l'incertitude et pressé par le sieur de Noailles d'aller à lui , l'on tourna de ce côté-là. Comme la ville de Montfrin sut que l'armée marchoit, ils se rendirent; ces trois compagnies sortirent bagnes sauves.

' François, Seigneur de Noailles, Comte d'Ayen; il avait été nommé Maréchal de camp en 1628; il mourut en 16i6. C'est le grand-pèro du Maréchal de Noailles qui devait être si funeste à cette même province du Languedoc par les dragonnades.

i«32. Monsieur d'Elbœuf se voyant hors d'espérance de pouvoir secourir le château de Beaucaire, prie le sieur de Saint-Privas , chez lequel il passa, d'aller parler à ceux dudit château , qu'ils ne dévoient point s'opiniàlrer et qu'ils fissent leur capitulation. Le sieur de Saint-Privas vint trouver le Maréchal de la Force et encore un autre gentilhomme, auquel monsieur d'Elbœuf avoit donné la même charge. Le INIaréchal les mena tous deux audit Beaucaire, là où étoit monsieur de Vitry ; il fut résolu qu'il iroit parler à ceux de la garnison, lesquels consentirent de sortir avec la vie et bagnes esepiembre. sauvcs. Le Maréchal de la Force laissa parachever cette afiiiire au INIaréchal de Yitry, et pour ne perdre temps, s'en va avec l'armée vers la ville de Baignols, mande au Pont-Saint-Esprit qu'on lui mène les quatre canons qu'il avoit fait venir de Lyon , arrive le lendemain audit lieu, fait faire les approches, et à la même heure les fait investir; ceux de dedans, qui avoient environ de sept à huit cents étrangers, lesquels jugent bien que s'ils attendent l'extrémité, qu'ils étoient sans ressource; on les fait sommer, ils consentent à traiter, ce qui fut arrêté dès la même nuit, et promettent de remettre la place le lendemain à huit heures.

Le INIaréchal de la Force, qui voit combien il

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importe de presser les affaires pendant que l'épou- 1632. vante est parmi eux, diligente tant qu'il peut et fait marcher promptement vers Alais ; il a avis que l'étonnement y est, il y envoie le Marquis de la Force avec cinq ou six cornettes de cavalerie; dès qu'il s'approche, des entremetteurs le viennent trouver qui offrent de les faire entrer en capitulation, laquelle fut soudain résolue et la place remise; après cela il s'en alla joindre son père à Nismes, qui faisoit toujours marcher l'armée pour s'approcher de Lunel, et sans perdre temps les attaquer, lequel n'est pas sitôt arrivé audit Nismes, qu'il se présente des députés de la garnison de Lunel pour traiter. Le Maréchal de Vitry le vint joindre là; tous deux les oyent, la capitulation est d'abord arrêtée, et eux demeurent en otage pour l'assurance qu'ils donnent de remettre la place le lendemain , ce qvii fut fait ainsi ; Alais et Lunel se rendirent presque le même jour. Sa Majesté étoit lors à Valence, qui s'avançoit vers le Pont-Saint-Esprit; elle leur mande d'aller attaquer Pézenas. L'armée marche toujours et cependant ils s'en vont à MontpelHer; le lendemain, le Gouverneur de Pézenas envoie vers eux et offre de rendre toute obéissance ; lesdits Maréchaux y arrivent deux jours après. Quelques jours auparavant le Maréchal de Schomberg, qui comman-

1632, doit une armée en haut Languedoc et avoit assiégé le château de Saint-Félix', Monsieur s'étant approché avec son armée pour les secourir, ledit Maréchal s'en alla au-devant'^, et ayant disposé ses troupes, monsieur de Montmorency s'étant avancé pour les reconnoitre, se trouva tellement engagé qu'il voulut faire une charge où il fut fort hlessé et pris; le Comte de Moret ^ et huit ou dix personnes de qualité y furent tués.

Monsieur, qui depuis ce combat s'étoit retiré à Béziers, dépêche vers lesdits Maréchaux le Comte de Brion avec de ses lettres. Ils lui déclarent qu'ils ne les pou voient ouvrir et qu'ils les alloient envoyer à sa Majesté en diligence ; ledit Comte de Brion les en pressa, et que le sujet étoit pour les prier de ne s'avancer davantage, attendu que mondit Seigneur avoit envoyé vers le Roi le sieur de Chaudebonne*,

1 Saint-Félix de Caraman, à cinq lieues de Villefranche.

2 Cette échauffourée, que plusieurs historiens ont décorée du nom de bataille, à cause de la prise de Montmorency et de la dispersion du parti de Monsieur, eut lieu près de Castelnaudary, le l^"" septembre 1632.

3 Antoine de Bourbon, fils naturel de Henri IV et de Jacqueline du Beuil, Comtesse de Moret ; il combattait pour la première fois et commandait une troupe de Polonais. On a élevé quelques doutes sur sa mort. On a prétendu que, secrètement guéri de ses blessures, il serait allé en Italie, et cette fable est devenue le sujet de plusieurs romans.

4 11 était de la Maison du Puits-Saint-Martin de Dauphiné et frère

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et qu'il étoit résolu de se porter à tout ce que sa 1532. Majesté voudroit ; lesdits Maréchaux avoient commandement de marcher toujours , et d'aller droit à Béziers, dont le Gouverneur avoit traité avec eux.

Étant le lendemain avec toute l'armée à deux lieues dudit Béziers, ils apprennent que Monsieur en étoit parti la nuit avec tous les siens, et, continuant leur chemin , ledit sieur de Chaudebonne arrive , qui étoit allé de sa part trouver le Roi; il revient avec un courrier de sa INIajesté porter commandement auxdits Maréchaux de laisser Béziers à jNIonsiEUR, où il lui avoit permis de demeurer, et qu'il envoyoit monsieur de Bullion le trouver là pour traiter avec lui; que pour eux ils demeurassent avec l'armée aux environs de Pézenas, sans rien attenter contre les troupes de Mosieur.

Le Maréchal de Yitry fut mandé d'aller trouver le Roi , le Maréchal de la Force demeura avec l'armée à Pézenas, où le lendemain ledit sieur de Bullion le vint trouver, s'en allant à Béziers, où mondit Seigneur étoit revenu pour traiter de la pars, laquelle fut résolue dans deux jours; ledit

cadet de M. d'Aiguebonne. « C'étoit, dit Tallemant des Réauï, le meilleur des amis de madame de Rambouillet ; ce fut lui qui mit Voiture daus le grand monde et qui l'introduisit cbcz 3Io.\sieir. » III. k

1633. sieur de BiiUion envoya audit Maréchal les articles qui en avoient été signés.

Celte guerre, qui avoit eu grand éclat au commencement, et laquelle donnoit sujet d'en craindre de pornicieuses suites à l'État, fut terminée en bien peu de temps. L'accord fait, Monsieur qui devoit se retirer a Cliampigny, demanda permission à sa Majesté que ce fût à Blois j elle consentît qu'il allât à Tours, et ayant besoin d'argent lui en envoya; sa Majesté, quis'étoit avancée jusqu'à Montpellier, et qui avoit convoqué les États de la province à Béziers, s'y achemina, où étant, elle ordonna ce qui étoit de ses volontés , et établit des Commissaires pour faire le procès à ceux qui s'étoient départis de son obéissance et s'étoient bandés contre son service.

De là sa Majesté continuant son chemin à Nar- Ijonne , Carcassone et Castelnaudary , se rendit à Toulouse, où étant, envoya chercher le sieur de Montmorency, qui avoit été mené à Lectoure*, voulant que messieurs du Parlement lui fissent le procès et qu'il fut jugé par eux, ce qui fut fait et exécuté dans la place du Palais.

Le Roi prit de là son cliemin par le Limousin

' Voir une Icltrc de Scliomberg, {Correspondances, 17 septembre 1G32.)

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