‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 4)Chapitre 90 sur 106 · MÉMOIRE POUR LE MARÉCHAL DE LA FORCE. Û · texte numérisé non relu

MÉMOIRE POUR LE MARÉCHAL DE LA FORCE. Û

et de Donawert, l'entrée qu'elles ont faite dans la Franco- i634. Die, et les avis qu'on lui donne de tous côtés du dessein ^"^ ^°'" qu'a le Cardinal Infant de passer en Flandre par l'Alsace ou par Cologne, comme aussi la foiblesse des armées commandées par le Maréchal Horn et le Duc de Weimar pour s'opposer aux desseins de leurs ennemis, et le mauvaris état où se rencontreroient ses alliés si sadite Majesté ne témoignoit vouloir prendre soin de leurs affaires, elle a jugé à propos de donner ordre audit sieur Maréchal de la Force d'assembler son armée en diligence suivant le projet qui lui en est envoyé, laissant l'autre partie dans les lieux les plus commodes de la Lorraine, sous la conduite du sieur Marquis de la Force, à qui le Roi a commandé de partir dans deux jours. Le sieur Maréchal saura que le dessein du Roi est qu'il se tienne prêt pour s'opposer au passage du Cardinal Infant selon les ordres qu'il en recevra plus précis, et cependant qu'il avance ladite armée à deux ou trois petites journées du Rhin, au lieu qu'il jugera le plus commode pour la faire subsister entre Brisach et Coblentz, s'approchant de l'une ou de l'autre ville, selon les avis qui lui viendront de la route que prendra l'armée du Cardinal Infant, dont il aura soin d'être bien informé, et mandera souvent des nouvelles à S. M. de tout ce qui viendra de plus important à sa connoissance pour recevoir ses ordres selon les occurrences.

Ledit sieur Maréchal peut bien juger que celui que le Roi lui donne d'assembler son armée, est pour donner chaleur à nos alliés et jalousie aux Impériaux et Espagnols, de sorte qu'il ne se déclarera point de la charge que S. M. lui donne, mais il laissera à penser qu'il n'est pas là inutilement; que si les Suédois envoient devers lui pour savoir ce que S. M. lui a commandé de faire, il leur répondra généralement qu'ils doivent s'assurer de sa bonne volonté et du désir qu'elle a de procurer, en tout ce qu'il lui sera possible, l'avantage de ses alliés; que sa marche vers ces quartiers-là n'est que pour cet effet, et que de jour en jour il attend les commandements de S. M. plus précis, laquelle attend des nouvelles du sieur de Feuquiére sur les résolutions qui se prendront par delà.

Cependant dès cette heure on mande audit sieur Mare-

30 août.

chai que si le Cardinal Infant passe dans l'Alsace, et que les Suédois lui envoient trois mille chevaux et trois mille hommes, de pied, il prenne un poste avantageux pour les combattre et le fasse actuellement si l'occasion s'en présente. Si les Suédois refusent ce secours, ce dont ledit sieur de Feuquière lui donnera avis, ledit sieur Maréchal en avertira promptement S. M. pour savoir ce qu'il aura à faire.

Pour faire connoître audit sieur Maréchal la confiance qu'on a en lui, et plus particulièrement les intentions de S. M., on lui envoie la copie du Mémoire qui a été dressé à M. de Feuquière sur les occasions présentes, ce qu'il tiendra fort secret.

S'il arrivoit que le Cardinal Infant, ou autre chef de sa part, envoie lui demander passage, il ne répondra autre chose, sinon qu'il n'a point d'ordre pour cela, et qu'il se faut adresser au Roi, et cependant tiendra ses troupes en bon état pour ne se laisser surprendre, et être plus prompt pour exécuter ce que S. M. lui commandera. Fait à Chantilly, le 30^ jour d'août. Signé: Louis. Et plus bas: Bouthillier.

BIEiMOIRE POUR M. LE MARECHAL DE LA FORCE.

25sepiembre. Sur l'avis qu'on a reçu que le Cardinal Infant vient passer à Brisach avec dix-huit mille hommes, tant d'infanterie que de cavalerie, le Roi fait savoir audit sieur Maréchal que le dessein qu'il doit avoir en cette occasion est de s'opposer au passage dudit Cardinal autant qu'il le pourra faire avec siireté; mais parce que si en l'état où sont les Allemands maintenant, la France avoit perdu un grand combat, les alTaires seroient en mauvais état, l'intention du Roi est qu'au cas que ledit sieur ^laréchal apprenne que ledit Cardinal passe à Brisach, il prenne un poste avantageux où les vivres lui soient assurés, et où il ne puisse être contraint à combattre si bon ne lui semble, et qu'il ne vît une évidence manifeste d'avantage ; en quoi le but dudit sieur Maréchal doit aussi être de conserver tout ce qui est en la protection du Roi, et empêcher le passage de la INIoselle sans s'exposer à une notable perte. Que si, en ce faisant, ledit sieur Maréchal peut

LOUIS Xin AU MARÉCHAL DE LA FORCE. /4II

prendre quelque avantage sur les ennemis et leur donner un *^'*échec, ce seroit beaucoup pour la gloire des armes du Roi ^^ "P*™ "' et pour l'état présent des affaires.

On donne avis au sieur de Feuquière de ce qu'on mande présentement audit sieur Maréchal, avec ordre d'avertir les Confédérés de l'approche que les forces du Roi font du Rhin. Ce sera au sieur de Feuquière et aux Confédérés de faire la guerre à l'œil et voir si les troupes du Roi de Hongrie ou de Bavière se joignent si fortement à celles du Cardinal Infant, que les Confédérés n'aient rien à craindre au delà du Rhin, auquel cas ils pourroient envoyer quelque cavalerie audit sieur Maréchal de la Force s'il jugeoit en avoir besoin, ce dont il en avertira de son côté le sieur de Feuquière. Fait à Monceaux, le 25'' jour de septembre. Signé : Louis. Et plus

bas : BOUTBILLIER.

Ordre de correspondre avec le Marquis de la Force pour agir de concert.

Mon Cousin, j'envoie présentement ordre au Marquis de 28 septembre. la Force, votre lils, de faire acheminer dans la Lorraine les troupes qu'il commande sur les frontières de Champagne, sans attendre plus longtemps les deux régiments liégeois qui restent à lever, au cas que dans huit jours il n'ait pas de leurs nouvelles, et ne se soient pas mis en état de le joindre au lieu où il avoit eu ordre de s'avancer pour favoriser leur passage. Je lui ai ordonné en môme temps de tenir toutes les troupes en corps et de choisir pour les loger quelques lieux dans la Lorraine qu'il estimera les plus commodes pour les faire facilement subsister, en sorte néanmoins qu'il ne soit pas éloigné du lieu où vous serez de plus de trois journées, afin qu'au premier avis qui vous arriveroit que l'armée du Cardinal d'Espagne, ou quelque autre, s'avance vers vous ou vers lui, vous ayez le loisir de vous joindre ensemble quelque temps aAant qu'elle se puisse approcher ni de l'un ni de l'autre. Ce sera à vous à le tenir averti des nouvelles que vous recevrez et de lui faire savoir comme il aura à se conduire. Cela étant, je ne fais point de doute que vous ne soyez en état de combattre quelque puissance qui se présente à

1634. VOUS, ayant sous votre commandement plus de vingt-cinq îSêeptembre. ^jjlg j^Qjjj^j^gg ^q pjed effectifs et plus de quatre mille chevaux. Je me repose aussi entièrement sur votre prudence et bonne conduite accoutumée, et me promets que vous ne hasarderez rien mal à propos et que vous ne voyiez un avantage apparent, en sorte que vous soyez assuré que l'honneur de ce que vous pourrez entreprendre, en demeure à mes armes. Sur ce, je prie Dieu, etc. Écrit au Plessis-les-Bois, le 28^jour de septembre. Signé : Louis. Et plus bas : Seryien.

Mouvements de Monsieur el des armées impériales.

Fin de sept. Votre courrier m'a déjà trouvé bien avant ; il arriva hier matin à Montfaucon comme je voulois partir pour venir en cette ville, où je séjourne cejourd'hui pour laisser rafraîchir les troupes, mais principalement pour attendre des nouvelles, afin de satisfaire à ce qui m'est commandé et ne rien faire maladroitement, ayant envoyé pour ce sujet pour reconnoître tant la ville de "Virton que les gens qui sont dedans et èsvillagcs voisins; j'ai mandé au sieur Marion de me venir trouver, qui, n'en étant qu'à trois lieues, sera informé de ce qui est sur sa frontière, et saurai, tant par lui que par ceux que j'ai envoyés, quelles troupes il y a' dans le Luxembourg. Par les avis que j'ai, les plus avancées sont celles du Mansfeld que je n'ai point apprises être deoàBastoigne, mais celles-là ne sont pas plus fortes que nous et leurs hommes beaucoup moindres. Je crois que à ce soir ou au moins demain à Estain, où je fais état d'aller coucher, je serai bien informé de tout; s'il y a desgensàLonguyonetauxenvirons, je crois que par le chemin que je prends, ils auront moins le vent de nous que si je fusse allé par le côté de Sedan, ou par Stenay, ou par Montfaucon, car de ces lieux-là il falloit presque toujours aller par leur pays et même y loger, qui leur eût bien donné l'alarme ; car dès qu'ils voient une troupe, ils font des feux partout. M. de Villette, à qui M. de Coussy a donné une des Commissions pour faire une compagnie de carabins, m'a envoyé un homme qu'il avoit envoyé à Bruxelles, qui en partit le î^, pour apprendre des nouvelles et débaucher des personnes

de sa connoissance, et a déjà près de quarante hommes; ce- 1634. lui-ci assure que Monsieur y est, qu'il a Commission pour F'idesept. faire dix compagnies de cavalerie et six mille hommes de pied françois, mais qu'il n'a point encore d'argent ni d'hommes ; que M. de Fargis avoit acheté vingt-cinq ou trente chevaux ; que M. de Fontaine a douze ou quinze maîtres ; il dit môme que Monsieur étoit allé jusqu'à Anvers pour recouvrer l'argent qu'on lui a promis, mais n'en avoit su avoir; et que le Marquis d'Aylonne est toujours à Namur, et ses troupes entre la Sambre et la Meuse. Ceux qui viennent du Liège, m'ont porté une lettre de M. de Mousson que je vous envoie ; M. de Bandevilleme l'a faite tenir et a appris d'eux que les troupes du Mansfeld , qui étoient és-environs de Marche en Famène et de Bastoigne, semblent vouloir tirer du côté de Trêves, et qu'on tenoit qu'on tiroit de la cavalerie de l'armée espagnole pour se joindre à eux avec les nouvelles levées faites dans le Luxembourg. Il me mande qu'il a vu un marchand de Liège, qui venoitde Bruxelles, qui lui a dit devoir fournir à Monsieur des armes pour six mille hommes de pied et douze cents chevaux. Comme j'étois en cet endroit, le sieur Marion est arrivé, lequel assure n'y avoir plus dans Yirton qu'une compagnie ou deux du régiment de Brons, et que le reste est fort écarté dans le Luxembourg, et qu'ils n'ont point logé dans Longuyon ni autres villages de la Lorraine, mais une compagnie 'd'un côté et une de l'autre, et la plupart vers Bastoigne. Il s'en y retourne pour en être mieux informé. J'ai vu le sieur Chalandre, un des capitaines de M. de Turenne, qui a sa maison assez près de Damville, qui m'a dit que l'on donne au Mansfeld de l'armée espagnole quatre régiments d'infanterie et douze ou quinze cents chevaux, et que Mark tourne tète vers Trêves, où il attendra que ses troupes l'aient joint, et doit aller vers le Rhin, et, diton, que c'est pour aller au-devant de l'Infant Cardinal. Il m'a donné un mémoire d'une innovation qui se fait par les Espagnols sur les terres de neutralité, rompant l'accord qui en avoit été fait par la feue Archiduchesse et M. de Lorraine. M. de la Luzerne, qui a logé à Yillone, dit avoir appris par les paysans qu'il a repassé sur leur pont, depuis peu, plus de cent cinquante soldats qui s'en revenoient du Luxembourg.

ÙU

18 octobre.

G ALLAS AU MARÉCHAL DE LA FORCE

II lui demande le motif de sa marche vers les terres de l'Empire.

Je suis commandé de par sa Majesté Impériale de ne rien du tout entreprendre contre les gens ou les pays du Roi €e France, pour ne vous donner ombrage d'aucune mauvaise pensée, comme juscpies astheure j'ai toujours suivi cet ordre en due obéissance et dorénavant continuerai ; mais combien que j'entends que votre Excellence , avec l'armée du Roi , s'avance sur les terres de l'Empire, j'ai jugé être de mon devoir d'entendre do votre Excellence de quoi j'aurai à me garder, demeurant au reste, etc. Mathias Gallas. D'Elbrun, ce 18*^ octobre.

Il s'est avancé pour appuyer les Princes qui se sont mis sous !a protection du

Roi.

24 octobre. Monsicur, sur la connoissance que m'avez voulu donner par votre lettre, de la bonne intention de sa Majesté Impériale , je vous dirai aussi que jusques à présent je n'ai pas reconnu que celle du Roi mon maître fût éloignée de là; que si son armée s'est avancée de deçà, c'a été pour appuyer ceux qui se sont mis sous la protection de sa Majesté. Et n'étant en moi de vous en donner autre éclaircissement, je me contenterai de vous dire que je suis, etc. Caumont la Force. De Landau, ce 2i* d'octobre.

Il lui défend de se conformer au traité signé par le sieur de 1 Isle.

le. novemir. ^^^" Cousin , ayant trouvé mauvais et très-désavantageux le traité que de l'Isle a fait touchant les places de Colmar, Schélestadt et autres avec le sieur Mockel , Résident de la Couronne de Suède à Strasbourg, comme ne lui en ayant jamais donné aucun ordre, j'ai fait entendre aux Ambassadeurs extraordinaires des Etats confédérés d'Allemagne qui sont ici, que mon intention n'étoit point d'accepter ledit traité, et • que je désirois tirer des susdites places les garnisons que vous

ACCORD DE MM. DE 'BKJSSY ET DE SENECTERRE. h\ 5

y aviez mises. Sur quoi je vous ordonne qu'incontinent que '^5^lesdits Confédérés auront donné ordre à leurs gens pour les '" "o'™*"reprendre, vous les leur remettiez entre mains, et en fassiez sortir mes gens de guerre que vous y avez établis en garnison ; à quoi m'assurant que vous satisferez, je prie Dieu, etc. Ecrit à Saint-Germain en Laye, le l"jour de novembre. Signé: Loris. Et plus bas : Bouthillier.

Page 1