‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 4)Chapitre 91 sur 106 · ACCORD DE MM. DE BUSSY ET DE SENECTERRE · texte numérisé non relu

ACCORD DE MM. DE BUSSY ET DE SENECTERRE

Messieurs, je vous ai fait venir ici sur le différend qui est survenu entre vous ; et ayant appris de vos bouches ce qui s'est passé, j'entends que :

Tous, Monsieur de Bussy, ayant rencontré un cavalier de la compagnie de M. le Chevalier de Senecterre, qui vous devoit vingt-huit pistoles , l'aviez arrêté à la vue , lui demandant pourquoi il dilayoit tant à vous payer ; que vous alléguant encore quelque excuse, l'auriez fait mettre pied à terre et fait amener son cheval; que peu à près IM. le Chevalier de Senecterre vous rencontrant vous demanda ce que c'étoit, lors vous, Monsieur de Cussy, lui dites qu'aviez pris le cheval de ce cavalier, d'autant qu'il ne tenoit compte de vous payer ce qu'il vous dcvoit.

A quoi M. le Chevalier de Senecterre vous répondit que si ledit cavalier vous dcvoit quelque chose , qu'il étoit raisonnable qu'il vous payât; mais qu'il ne falloit pas lui retenir son bon cheval, et le conviâtes de venir ici pour m'en faire juge.

Sur quoi ledit sieur de Bussy continuant ses raisons, vous ne prîtes pas bien son dire , ce qui vous convia de lui dire : Ne faites point de fanfaronncries. Sur quoi son action vous obHgea encore de lui avancer un coup sur le visage, dont vous. Monsieur le Chevalier, vous avez témoigné un si sensible déplaisir que nous avez protesté que voudriez qu'il vous eût coûté de votre sang que cela ne fût pas advenu ; confessant l'avoir frappé mal à propos en lieu de respect, et •que vous priiez ledit sieur de Bussy ne s'en point ressentir et le vous vouloir pardonner, que si pareille chose vous étoit arrivée, vous vous contenteriez de cette satisfaction.

1er Dovembr.

Sur quoi, Monsieur de Bussy, nous vous déclarons que votre courage étant reconnu d'un chacun, nous ne doutons point que sans le lieu de respect où c'étoit, et le nombre de gentilshommes qui se mirent entre deux, que ne vous fussiez mis en devoir d'en tirer raison sur l'heure, comme depuis vous y avez rapporté tout ce qui se pouvoit. Ainsi, nous jugeons que vous devez demeurer content et recevoir la satisfaction que vous fait M. le Chevalier de Senecterre, comme nous vous le commandons expressément, et à l'un et à l'autre, de n'en parler plus, et que la chose demeure comme non avenue, et de vous embrasser. Cau3iont la Force.

Siège de Heidelberg. — Difficultés apportées par la Diète de Francfort.

Décembre: Sire , les Impériaux piqués de la mauvaise grâce dont ils avoient levé le siège d'Heidelberg , ou attirés par la, conséquence de cette place , la sont venus rassiéger et commencent à la battre depuis trois jours ; ce qui en fait craindre l'événement, est que le colonel Abelmodo et son lieutenant, qui en étoient sortis trop tôt, n'ont pu se rejeter dedans. Le Duc de Lorraine y est en personne, logé néanmoins de l'autre côté du Neker, avec la plupart de sa cavalerie et beaucoup de son infanterie; Jean de Verth est avec lui et Metternich devant le château avec sept canons de batterie, six mille gens , de pied et deux mille chevaux; de sorte que la rivière les séparant, laquelle ils ne sauroient passer que par un gué fort malaisé ou sur le pont d'Heidelberg qui est fort étroit, votre Majesté jugera bien qu'il ne nous seroit pas difficile d'enlever laquelle des deux brigades de cette armée nous voudrions entreprendre; mais la crainte d'apporter du préjudice au bien de votre service nous lie les bras , si ce n'est que le Duc Bernard se portant à venir à ce secours en lui donnant les six mille hommes , nous l'appuyons du reste de votre armée pour cette œuvre dans laquelle en ce cas l'avantage que votre Majesté en retireroit, seroit si grand et si clair, que ce seroit la trahir que de n'y pas entendre. M. de Feuquière presse de son côté pour y porter le Duc Bernard, et

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