LES MARÉCHAUX DE LA FORCE ET DE BRÉZÉ
nous venons de renvoyer présentement l'agent du Chancelier, i634. par lequel il nous avoit écrit, pour le convier à une aiïaire où d<^'^«^"''^''«le bien commun est si apparent; et ce qui nous a fait avoir davantage de hâte, outre la crainte que la place pendant leurs longues remises ne se perde, est que la campagne des environs d'ici est tellement ruinée , qu'il est impossible que la cavalerie de votre Majesté, que nous avons rapprochée pour ce secours, puisse rester ici longtemps sans y périr, ce qu'il faut tâcher d'éviter par tous moyens.
Les difficultés que messieurs de l'Assemblée ont apportées, soit à la ratification du traité, soit à toutes les autres choses que M. de Feuquière a désirées de votre part, sont cause que nous ne leur avons pas délivré plus tôt les six mille hommes, M. de Feuquière espérant par la nécessité qu'ils en ont, les porter à se diligenter davantage aux choses qui regardent votre Majesté.
Ne pouvant plus subsister de ce côté ici , nous supplions très-humblement votre Majesté de nous commander lequel elle a agréable que nous prenions, et s'il seroit bien nécessaire en cas de rupture que votre Majesté choisît une place au deçà du Rhin qu'elle s'assureroit, dont la grandeur seroit considérable, tant pour donner assistance à Philippsbourg et Manheim, que pour pouvoir contribuer à maintenir un corps d'armée.
Landau, Haguenau et Worms seroient fort à propos, mais Spire surtout à cause que sa situation est entre ces deux belles places que votre Majesté tient au delà du Rhin. Quant à ce qui est de Manheim, on travaille autant qu'il se peut à la réparer; mais en cela, on ne fait pas tout ce qu'on voudroit bien; nous avons envoyé pour cet effet jusqu'en Lorraine couper des bleds.
Pour ce qui est du rapport des places auxquelles votre Majesté nous fait l'honneur de demander nos avis, nous lui dirons que dès à présent Schélestadt et Saverne lui sont entièrement inutiles; Colmar le seroit si nous avions Benfeld, et Haguenau le deviendroit si votre Majesté tenoit plus près du Rhin de deçà quelque autre place considérable.
hlS CORRESPONDANCES.
Siège de Spire. — Prise du fauliourg par le Duc de Wt'imar. — Mort de M. Dauty.
«635. Mon fils , je ne doute point que Mgr le Cardinal n'ait pu
«mars, recevoif quelque déplaisir de me voir en ces termes; mais j'ai ce contentement qu'ayant son Eminence assez de connoissance comment j'ai toujours vécu jusques ici, et tous ces messieurs , qu'ils croiront bien que je n'en suis point venu jusque-là sans beaucoup de sujet , et certes il est cent fois plus grand que je ne l'ose dire.
Je n'ai passion au monde que de voir le Roi bien servi, et pour mon particulier, d'y vouer le r( ste de mes jours , fort résolu de faire entièrement tout ce qu'il plaira au Roi de me commander et à son Eminence , vous protestant que quelle condition qui me doive arriver, soit en continuant d'agir ou à me permettre d'aller prendre quelque repos , pourvu que ce soit avec leur agréa lion , je me disposerai à le recevoir avec une entière satisfaction ; car je vous assure que je suis dépouillé de toute ambition et de toute vanité, aussi n'est-ii plus temps en mon âge d'y songer.
Nous arrivâmes ici le onzième de ce mois pour le siège de Spire, où toutes choses nous ont, Dieu merci, jusques ici fort heureusement réussi. Toute notre infanterie fit ses approches, et se placèrent sans perdre un seul homme. Un de nos principaux desseins étoit d'empêcher le pont qu'ils faisoient sur le Rhin, qui étoit déjà fait de quatre parties les trois. A même que le corps d'infanterie et cavalerie, que nous fîmes avancer du côté du Rhin pour faire un logement entre la ville et la rivière , commencèrent d'approcher, la crainte qu'ils eurent de leurs bateaux leur firent rompre ledit pont en diligence. Nous avions ordonné à Miche avec ses six compagnies de carabins, et le Vicomte de Corval avec la sienne et six-vingts mousquetaires , que je mandai à votre frère de Tonneins de leur bailler , d'aller toute la nuit delà le Rhin pour attaquer le fort que les ennemis avoient fait à la tète de leur pont; mais ils le quittèrent de bonne heure. Les nôtres
M. DE ROHAN A MM. LES MAR. DE LA FORCE ET DE BRÉZÊ. hl9
ne perdirent pas temps : ils démolirent soudain leur fort, et Jsss. tout ce qui éloit fait de leur pont du côté de delà, ils le rom- '^ "*"" pirent et envoyèrent tout le bois qu'ils purent dans le Rhin; tant y a que les voilà privés du pont dont ils espéroient tirer du secours de leurs armées qu'ils ont de delà.
Il y a une petite rivière qui passe dans la ville et va tomber dans le Rhin, dans lequel ils tiennent leurs bateaux, desquels ils se pouvoient aider pour faire passer et repasser du monde; mais le Duc de AVeimar étant arrivé de l'autre côté de Spire pour bloquer les quartiers du côté de Manheim que nous lui avions laissés pour faire ses attaques, la nuit passée, pendant que de notre côté le Colonel Ilebron a gagné un fort qu'ils avoient fait au bout de leur canal de notre côté entre la ville et la rivière, le Duc de Weimar a gagné l'autre côté du canal et s'est saisi du faubourg, et par ce moyen, ceux dedans ont perdu leur porte de derrière et sont sans ressource.
Cette action a été fort belle et a réussi fort heureusement; et sans la perte de 31. Dauty, capitaine au régiment de Normandie , et d'un lieutenant de Navailles, elle ne seroit pas fort grande. Les ennemis y ont perdu trois ou quatre cents hommes et quelques prisonniers, parmi lesquels est le Sergentmajor qui commandoit dans la ville. Du camp devant Spire, ce 15" mars.