‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 4)Chapitre 93 sur 106 · ET DE BRÉZÉ · texte numérisé non relu

ET DE BRÉZÉ

Il leur donne avis de ses mouvements pour faciliter leur jonction. — Bruit de la mort de M. de Lorraine.

Messieurs, ayant appris qu'il étoit passé deux mille chevaux dans l'Evêché de Basle et vers le Montbéliard , je me suis résolu d'aller droit à eux pour les empêcher de s'y fortifier. M. Marquis delà Force part présentement avec vingtsix cornettes de cavalerie pour tâcher aies surprendre, et je le suis avec le reste de l'armée. J'espère par ce moyen de les empêcher de vivre en un pays qui n'est point ruiné, de leur ôter la communication avec la Eourgogne, et de me maintenir jusques à ce que tous ensemble puissions faire un plus grand effort.

30 mari

1x20 CORRESPONDANCES.

"35. J'espère, Messieurs, que vous aurez bientôt pris Spire , et

qu'après cela vous songerez à notre conjonction, que le Roi témoigne désirer, afin de nous opposer à toutes les forces ennemies qui voudroient tenter de passer en Lorraine. Mon avis donc seroit que laissant M. le Duc Bernard avec des forces bastantesi pour maintenir le quartier où vous êtes, vous veniez rafraîchir votre armée vers Ribauviller, d'où vous pourriez garder les principaux passages de la Lorraine , en tirer facilement des vivres pour la subsistance de votre infanterie, faire vivre votre cavalerie derrière vous dans la Lorraine, et me donner moyen de me joindre avec vous lorsque l'occasion le requerroit. Jo soumets néanmoins mon avis au vôtre, et vous supplierai bien humblement de me mander au plus tôt vos intentions là-dessus. Je dépèche au Roi présentement et lui mande la même chose , afin de recevoir ses commandements sur ce que dessus.

Pour nouvelles , l'on nous fait le Duc Charles malade à l'extrémité à Fribourg en Brisgau, encore y en a-t-il qui assurent sa mort. Je vous baise bien humblement les mains, Hemiy de RoiïAiv. Du camp de Cohnar, ce 20*^ mars.

M. SERVIEN AU MARÉCHAL DE LA FORCE

Efrc'l produit par l'allaque de Spire. — Rcddiiiun du château de Sirck.

28 mars. Monsieur, nous avons appris ici par diverses relations la belle action qui s'est passée en l'attaque des dehors de Spire : elle est véritablement fort glorieuse et fort avantageuse au service du Roi, et elle a rabattu un peu de l'insolence où les Allemands selaissoient déjà emporter pour avoir surpris une place. Vous verrez assez les intentions de S. M. dans l'instruction qu'elle vous fait, conjointement à vous et à M. le Maréchal de Brézé : c'est pourquoi vous trouverez bon que je m'y remette. Yous aurez déjà su comme le ciiàtcau de Sirck s'est rendu; nous attendons ici b^ si' ur des Chapelles pour en savoir les particularités et en rendre compte à S. M. Je ne manquerai pas de servir en loul ce qui me sera possible M. le Baron de Civr^c, comme de vous rendre tous les

' Suflisantes.

28 mars

LE MARQUIS DE LA FORCE A LA MARQUISE DE LA FORCE. Uli services dont vous me jugerez capable, aux occasions qui se *^5. pourront présenter ici; ceux que j'ai essayé de vous rendre ne méritent pas les remercîments qu'il vous plaît me faire , puisqu'il y a si longtemps que je fais profession d'être , etc. Servien. a la Morlaye, le 28" mars.

LE ROI AU 3IARECHAL DE LA FORCE

Satisfaclion de sa conduite.

Mon Cousin, ce porteur vous témoignera la satisfaction que ^3 mai. j'ai de votre bonne conduite , et vous rendra compte des choses dont je l'ai chargé; vous ajouterez entière croyance à tout ce qu'il vous dira de ma part. Et la présente n'étant pour autre sujet, je prie Dieu, etc. Ecrit à Château-Thierry, le 13'' jour de mai. Signé : Louis. Et plus bas : Seryiex.

LE MARQUIS DE LA FORCE A LA MARQUISE DE lA FORCE.

Retraite des Lorrains. — Combat de Melisey. — Blessure de M. des Coutures.

Je suis bien en peine de demeurer si longtemps sans 25 mai; savoir de vos nouvelles, de madame la Maréchale et de mon frère de Tonneins ; le Seigneur m'en veuille donner de bonnes, s'il lui plaît. Je ne doute point que ne soyez en peine de savoir des nôtres, nous sachant proche de l'armée des ennemis. La dernière lettre que je vous ai écrite étoit d'Héricourt, par laquelle je vous mandois que nous avions poussé les ennemis jusques auprès de Béfort; nous demeurâmes là quelques jours audit Héricourt, et nous étions résolus d'aller droit aux ennemis pour les attaquer, lorsque nous apprîmes qu'ils étoient délogés pour aller prendre un campement plus avantageux. Nous partîmes le jour même. Le lendemain que j'avois l'avant-garde , je rencontrai douze ou quinze cents chevaux des ennemis, je les poussai avec cinq ou six cents que j'avois, près d'une lieue , et en tuâmes et prîmes quelques-uns, et m'arrêtai voyant toute leur armée qui se mettoit en bataille en un lieu que je jugeai avantageux pour nous, attendant le reste de la nôtre, qui arriva au bout d'une heure et demie. Les ennemis firent grand semblant de venir

Zi22 CORRESPONDANCES.

163S. à nous, et y avoit grande apparence de bataille; mais ils ne ^ *"**• bougèrent de leur avantage, qui est la plus grande plaine qui soit en ce pays ici, au milieu de laquelle il y avoit une hauteur qui la traversoit et commandoit toute. Le lieu où je m'élois arrêté étoit aussi fort avantageux pour nous , où la plaine ctoit resserrée par un ruisseau, et un village d'un côté et un bois de l'autre. Dans chacun de ces lieux je mis quatre ou cinq cents mousquetaires, qui flanquoient toute notre armée. M. le Maréchal approuva l'assiette que j'avois choisie et l'ordre que j'avois pris. Toute la journée se passa à escarmoucher ; et la nuit venant, nous nous campâmes au même ordre où j'avois mis l'armée en bataille, et commençâmes à nous retrancher. INous avons demeuré comme cela deux autres jours en présence en escarmouches et coups de canon, chacun ne voulant bouger de son avantage. Le grand nombre qu'ils avoient de cavalerie par-dessus nous , nous obligeoit à le faire, et que nous voyions qu'ils y étoient encore plus incommodés que nous, n'ayant point de pain, et nous en avions quelque peu, nos munilionnaires ayant fort mal fait leur devoir et nous ayant fait perdre de belles occasions, manque de pain. Enfin, les ennemis délogèrent l'autre nuit avant la passée, sans trompette; à la pointe du jour, nous eûmes connoissance de leur partement. Je vous assurerai de notre bonne santé; Dieu veuille que j'en apprenne autant de vous et de tous vos proches. A. de Cau- MOXT. Du camp de la Neuvelle, ce vendredi soir, 25^ mai. P. S. En la journée de hier en mon attaque, le pauvre la ' Roquette, major de Navarre, y fut tué, et cinq ou six soldats, et le lieutenant de Ménillet blessé ; du côté de M. Hebron il y a eu un gentilhomme de M. le Cardinal de la Valette de tué, et quelques chevau-légers. Le pauvre M. des Coutures fort blessé; Nogues pourtant n'en a pas mauvaise espérance. Mondoucet est aussi blessé, et un autre gentilhomme de mcndit sieur le Cardinal et quelques chevau-légers; mais leurs blessures ne sont pas dangereuses. M. des Coutures a un coup de pistolet dans le bras, un coup d'épée sur la tête et un dans le côté.

LOUIS Xiri AU MARÉCHAL DE LA FORCE. 423

Même sujet.

Je VOUS ai écrit il y a deux ou trois jours , par un garde isss. que M. le Maréchal envoya avec M. le Marquis de Gesvre, 28 mai. ce qui s'est passé en ces dernières occasions. On a envoyé pour voir le nombre des morts des ennemis qui étoient dans cette montagne de bois que je fis attaquer; il s'y en est trouvé cinq cent soixante-et-douze, sans ceux qui ont été tués dans les bois et les montagnes aux environs. Nous avons pris des ennemis depuis , qui disent avoir perdu deux mille hommes. Leur armée est astheure auprès de Porentruy, et nous avons été retenus manque de pain de munition, qui nous a fait perdre de belles occasions : ces munitionnaires mériteroient tous d'être pendus, car ils ont fait de grands préjudices au service du Pioi. Je ne crois pas que nous soyons pour retourner sitôt de delà , tellement que je n'espère pas de vous voir encore de quelque temps, dont je suis bien marri ; ce sera quand il plaira à Dieu. Je le supplie, etc. A. de Caumont. Du camp de Lioffans, ce lundi 28^ mai.

Déclaration de guerte à 1 Espagne. — Bataille d'Avin.

Mon Cousin, vous avez été informé par les dernières dé- 31 maL pêches que l'on vous a faites, que j'ai été enfin obligé, pour plusieurs justes raisons, de rompre avec les Espagnols et de leur faire déclarer la guerre. Mon armée a marché ensuite dans le Luxembourg , sous la conduite de mes cousins les Maréchaux de Châtillon et de Brézé, lesquels s'étant avancés dans ledit pays, ont rencontré sur les confins d'icelui et du Comté deîNamur, lesdits Espagnols qui se vouloient opposer à leur passage, de sorte que mesdits cousins leur ont donné bataille le vingtième de ce mois, dont le succès a été, grâces à Dieu, tel que je le pouvois souhaiter. Il a plu à la divine bonté favoriser la justice de mes armes en cette occasion si importante, et me continuer les grâces et bénédictions dont elle a en agréable de combler mon règne si abondamment, que j'ai sujet de lui en donner d'éternelles louanges, et de publier de tous côtés que j'attribue cette dernière victoire à l'auteur

31 mai

U2ll CORRESPONDANCE?.

1835. (\q toutes les autres prospérités cjne j'ai eues ci-devant; elle est d'autant plus remarquable que le nombre des ennemis n'éloit pas moindre que de six-vingts enseignes d'infanterie et de quarante-cinq cornettes de cavalerie, le tout choisi des vieilles bandes des Pays-Bas, sous le commandement du Prince Thomas, avec seize canons. Six mille hommes des leurs sont demeurés morts sur le champ de bataille; et dans la fuite, quinze cents blessés, sept à huit cents prisonniers, entre lesquels se sont trouvés le Comte de Feira , Gouverneur de la citadelle d'Anvers, faisant la charge de Lieutenant-Général de l'armée ennemie sous ledit Prince Thomas ; Dom Alonse Ladron, colonel du premier régiment espagnol; Sfondrate, colonel italien; le Comte de Yuiliernat, lieutenant-colonel du régiment de cavalerie du Comte de Luquoy, et plusieurs autres officiers ; lesdits seize canons, leur attirail et le bagage ont été pris par mes gens. Pour un tel exploit et une victoire si avantageuse , le nombre des morts et des blessés de mon armée ne s'est pas trouvé grand : cent soldats seulement ont été blessés ou tués; un capitaine d'infanterie du régiment de la Meilleraye et un lieutenant de celui de Champagne , sont les seuls oiïiciers qui se soient trouvés morts. J'ai voulu vous donner avis de ce que dessus, dont v^ous donnerez part à tous mes bons serviteurs dans mon armée que vous commandez ; Dieu, s'il lui plaît, lui donnera de semblables succès sous votre bonne conduite, au moins suis-je bien certain que vous contribuerez à cet efTet tout ce qui dépendra do votre soin, valeur et prudence , et de l'affection que vous avez au bien de mon service. Je prie Dieu , etc. Ecrit à Château- Thierry, le dernier jour de mai. Signé : Louis. Et plus bas :

BOUTKILLIER.

LE CARDINAL DE RICHELIEU AU MARÉCHAL DE LA FORCE

Mission de labbé de Coursan. — Félicilaiions du combat de Melisey.

2 juin. Monsieur, le Roi vous envoie le sieur abbé de Coursan sur le sujet qu'il vous fera entendre particulièrement; vous prendrez, s'il vous plaît, créance en lui. Cependant je ne puis que je ne vous témoigne encore par lui, comme j'ai déjà fait depuis deux jours par le sieur de Chalucet, l'entière satisfac-

tion que S. M. a de vous. En mon particulier, je vous conjure '635. de croire qu'il ne s'oiïrira aucune occas^ion de vous servir que '"""■ je ne m'y porte avec toute la promptitude et aflcction que vous sauriez attendre d'une personne «jui vous estime à l'égal des bonnes qualités qui sont en vous, et qui est véritablement, etc. Lk Cardinal de IViculliku. De Condé , ce 2* juin.

P. S. Je ne saurois assez vous louer de ce ([uo vous avez conservé l'armée du Koi saine et entière dans la foiblesse où elle étoit, contre les ennemis qui étoient beaucoup plus forts au moins en cavalerie, et avez si bien pris votre temps qu'enfin vous avez remporté un avantage sur eux. Si vous êtes assez heureux pour les chasser au delà du Rhin ou les battre encore , on ne sauroit rien ajouter à votre gloire. Vous saurez bien conduire le tout avec autant de chaleur qu'il en faut, et votre prudence accoutumée. M. le Cardinal de la Valette m'a écrit avec tant d'estime de votre conduite, qu'il ne s'y peut rien ajouter. Je vous supplie d'avoir égard à la sienne, et empêcher (ju'il ne hasarde sa personne comme il a fait jus(ju'à présent; vous ferez très-grand plaisir au Roi, et m'obligerez autant (jue si vous aviez soin de moi-même.

S'il vous plaît m'adresser ceux qui font vos alïaires, je leur ferai donner une bonne assignation des cent raille francs que le Roi vous a donnés, payables cette année.

Défaile du Duc de Lorraine. — Prise du régiment de Sainl-HalmoHl dans le château de Montjoie. — Maladie de la Maréchale.

J'ai pris résolution de vous envoyer ce soldat de mes gardes exprès, avec l'occasion d'une escorte qui se présente, afin de vous faire savoir notre bon état, et comme, Dieu merci, tous les alTaires ont le plus heureusement réussi qu'il est possible. INous avons chassé le Duc Charles de Lorraine avec son armée jusques au delà du Rhin , battu souvent de ses troupes, et l'avons jeté en tel désordre que plusieurs prisonniers et d'autres qui se sont venus rendre, nous ont assuré que nous lui avons causé la perte de plus de quatre à cinq mille hommes. Encore cejourd'hui nous sommes venus à

0 juia.

1635. bout d'un do ses régiments avec le colonel, nommé Saint- ^j"'" Balmont, faisant i)icn de cinq à six cents hommes, et tous ses ofllciers que nous pensions emporter à un village où ils étoient logés; mais en ayant été avertis, ils délogèrent de bonne heure, et se vinrent jeter dans un château nommé Montjoye, sur un rocher dans les montagnes , fort bonne place que nous avons tenu assiégée quatre jours, et tiré plus de deux cents coups de canon ; enlîn, nous les avons tellement pressés, qu'ils se sont rendus cejourd'hui sans autre capitulation que tous prisonniers de guerre. J'espère que nous prendrons bientôt notre retour vers Remiremont, ce que je désire fort pour avoir ce contentement de vous voir ; car je suis en peine de votre indisposition, ayant vu une lettre que notre fille la Marquise écrit à son mari, qui lui mande que vous êtes toujours travaillée de votre defluxion, et qu'il vous étoit survenu une colique avec fièvre, qui me jette en grande appréhension à cause de votre foiblesse. Je vous envoie ce garde en diligence, que je vous prie me redépêcher au plus tôt. Je mande à notre fille qu'elle m'écrive bien particulièrement l'état de votre santé ; car je ne désire pas que vous vous donniez la peine de m'écrire. Je prie le Tout- Puissant qu'il vous veuille conserver, vous fortifier et remettre en bonne santé, avec la continuation de ses plus singulières bénédictions. Ce 6" juin, au camp de Vaufrey, près Montjoye.

P. S. J'ai mandé à notre fils de Tonneins qu'il m'attendît à Lure, car il n'est i)as encore bien remis, et j'espère d'aller bientôt passer là et le prendre en passant.

LE PRINCE DE CONDE AU MARECHAL DE LA FORCE

Succès des armées du Roi. — Délivrance de la Lorraine.

12 juin. Monsieur, je vous envoie ce porteur, qui vous rendra des lettres de MM. de la Uépublique de Strasbourg et une autre de MM. les Duc de M irtemberg etMarquisde Lade ; vous verrez les nouvelles qu'ils vous portent; j'ai reçu la vôtredu septième juin ; je me réjouis de vos prospérités et de la défaite qu'avez faite àMontjoie. M. du Rallier a repris Bruyères etWuissen-

LE MARÉCHAL DE LA FORCE A LA MARQUISE DE LA FORCE. Ull

hacli, ainsi le chemin de Nancy à Colmar est libre. M. le Mar- >635. qnis de Sourdis a repris Clu\tillon; M. de Bellefonds a pris ^^J"'"- Darncy,Foiilenoy, Veuilly, Monthuroiix,la Marche et Cliastenoy : ainsi tout le passage est libre de vous à Chaumont, car les enneniis ne tiennent plus rien du tout ; nous allons les nettoyer autour de Metz; j'ai mandé et commandé absolument à M. de lîellefonds de vous allez joindre. Je vous supplie lui commander a(in qu'il n'ait nulle excuse, car M. d'An- <lilly le {gouverne; il ne tiendra qu'à M. Kerrieret à MM. les munilionnaires que n'ayez vivres et munitions, car ils ont escorte, soit parles chemins de Nancy, soit par celui de Chaumont, à cette heure que toutes les places sont prises; mandez au sieur Ferrier vos volontés et commandez aux munitionnaires. Je n'ai vu aucun de ces colonels allemands dont m'écrivez; s'il vous plaît, vous leur donnerez quartier. Le Roi vous mande que ce soit en Alsace. Vous en userez pourtant comme il vous plaira, car, pour moi, je vais bientôt trouver le lloi ; je vous supplie me faire part de ce qu'aurez fait à Porentruy, IjéfortetVildenstein, et m'adressez vos dépèches à Metz. Je vous supplie me faire l'honneur de me croire, etc. Du camp de Vie, ce 12* juin. Hknrv de Bourbon.

Morl de la Maréchale de la Force. — Douleur qnil éprouve.

Ma chère fille, j'ai le cœur trop serré de ce coup de la main *3 juin, de Dieu appesantie sur moi pour vous pouvoir représenter ma douleur. Je gémis sous le fardeau de mes péchés, et crie merci à celui dont les miséricordes sont sans fin, à ce qu'il soit apaisé contre nous. Cette heureuse conjonction, avec laquelle j'avois passé une vie si douce presque depuis le temps que j'étois au monde, me persuadoit que je n'en devois jamais être privé, et c'étoit la ressource de mes travaux, et qui me faisoit espérer quelque repos et consolation sur la fin de mes jours; mais bien lom de là, puisque ce qui me devoit donner consolation m'en prive pour jamais dans le monde , aussi n'en veux-je plus espérer que du ciel, et me tiendrai bien heureux quand il plaira à Dieu m'y appeler. Je puis bien dire

1635. que je vivrai ici-bas comme n'y vivant point, et que, s'il m'est 13 juin, possible, je m'éloignerai du monde pour parachever mes ans à une vie privée auprès de vous, où je désire infiniment être, et que vous me donniez ce contentement, comme je vous en prie de toute mon affection, que ce soit le plus inséparablement qui se pourra, afin que nous puissions ensemble avec la famille servir à Dieu, duquel procèdent les vraies consolations : je le supplie qu'il nous en veuille munir à tous et vous remplir de ses plus spéciales grâces et bénédictions. Je te recommande notre petite ; elle a le cœur fort tendre et sensible. J'ai vu votre lettre à votre mari, qui m'a grandement touché le cœur, et avec cela beaucoup fortifié et amoindri ma douleur. L'Eternel soit avec nous tous ! J'espère que nous prendrons bientôt notre retour vers vous. Ce 13* juin, au camp près de Porentruy.

LE iMARÉCHAL DE LA FORCE A M. SERYIEN.

Même sujet que la précédente.

Hjuin. Monsieur, je ne saurois m'empèchcrde vous faire part de la visite que j'ai reçue du ciel, ayant une heure après l'arrivée de M. l'abbé de Coursan, reçu la triste nouvelle pour moi comme Dieu m'avoit privé de la compagnie de ma femme , en laquelle j'avois demeuré plus de cinquante et huit ans ; douleur plus sensible que si je l'eusse reçue à l'âge de vingtcinq ! J'y espérois trouver ma consolation en mes vieux ans; mais Dieu ne l'a pas permis. Je crois que vous avez su aussi la misère en laquelle est réduit mon fils de Tonneins ; pour celui de Castelmoron, je ne sais encore qu'en espérer. Ce sont de rudes attaques en mon âge : ils sont en la main de Dieu. Nous serons tous heureux de finir nos jours en rendant le service que nous devons à notre Roi. Ce Ik" juin.

P. S. J'écris à monseigneur le Cardinal ce qui se passe aux affaires de deçà. A quoi me remettant et à M. l'abbé de Coursan, qui en est bien particulièrement instruit, je ne vous retiendrai de plus longue lettre, vous suppliant de m'excuser sur mon affliction.

Condoléances sur la mort de madame de la Force. Mon Cousin, l'affection que j'ai pour vous, selon que vous *®^^"

, •.,-,,• , 2 juillet.

m y avez convie par les importants services que vous m avez rendus continuellement depuis quelques années , me fait prendre part à l'affliction que vous avez dans la perte que vous avez faite de ma cousine votre femme , je vous prie de le croire et que je vous souhaite toute la consolation qui vous est nécessaire dans une douleur si sensible ; Dieu vous l'enverra, s'il lui plaît. Et cependant, si les assurances de la continuation de ma bonne volonté très-particulière envers vous et vos enfants vous peut donner quelque soulagement, je vous les réitère par cette lettre, désirant que vous croyiez certainement que je vous les ferai connoître par les effets en toutes les occasions qui s'en offriront. Sur ce, je prie Dieu, etc. Ecrit à Fontainebleau, le 2^ jour de juillet. Signé :Lovis. Et plus bas : Bouthillier.

Il la remercie de la part qu'e'le prend à ses chagrins.

Je VOUS suis très-sensiblement obligé de la part que vous Jo'Heiavez agréable de prendre à ma perte et à mes déplaisirs, et je puis dire que si quelque chose étoit capable de contribuer à ma consolation, que j'en devrois attendre de la bonté avec laquelle vous m'avez fait l'honneur de m'écrire ; mais je vous avoue, ?iladame, que je suis si touché de ma douleur, que je n'en dois espérer que de Dieu seul : il a fait la plaie, et comme il en sait le fond, il y apportera le remède nécessaire et la grâce de me soumettre à sa volonté. Cependant, Madame, je vous supplie très-humblement de me conserver toujours l'honneur de votre bienveillance, et de croire que s'il a encore agréable de me conserver la vie, je lui demanderai qu'elle vous puisse être utile, afin que par ce moyen je vous puisse donner de véritables marques du respect avec lequel je suis, etc.

ZiSO CORRESPONDANCES.

Echange delà Chapelle-Magny.

1635. j^Jqjj Cousin, i'ai su que vous aviez encore quelques pri-

20 juillet. . ni 1" 1 1 1 1' 1

(Autoeraphe) sonniers allemands, par 1 échange tiesquels 1 on peutmoyenner la liberté de la Chapelle-Magny. Si cela se peut, je le vous recommande bien particulièrement comme personne dont je fais cas, pour connoître ce qu'il vaut, l'ayant nourri dans mes mousquetaires; partant vous en souviendrez et serez assuré de mon aiïection, priant Dieu, etc. Ecrit à Saint- Germain-en-Laye, ce 20^ jour de juillet.

Poursuite de M. de Lorraine. — Blessure du Baron de Boisse.

8 août. Ma chère fille, nous partîmes lundi dernier d'Epinal, sur l'avis que le Duc Charles avoit pris Fontenoy et alloit attaquer Darney. Je crois qu'il eut avis de noire marche; tant y a qu'il rompit son dessein, et en fit ramener promptement son artillerie et son infanterie à Remireinont. Nous arrivâmes ce jour-là à Yille-sur-Illon. Nos batteurs d'estrade, qui marchoient devant nous à droite et gauche, firent rencontre de leurs troupes, et en prirent ou tuèrent plus de cent ou sixvingts, et force de leurs chevaux , et encore le lendemain ; mais comme ce métier ne se pratique pas sans accident , M. de la Noue voulut aller à un méchant château où on lui avoit dit qu'il s'étoit retiré cinquante ou soixante chevaux des ennemis, et mena votre neveu de Boisse avec lui. Comme ils furent auprès, ils l'envoyèrent sommer par un trompette. Ils lui firent réponse que l'on pouvoit approcher pour leur dire ce qu'ils demandoient. Votredit neveu fut trop prompt: dès qu'il fut devant, ils lui firent une décharge, là où il fut blessé au bras et au corps. Je vous assure que nous en eûmes bien tous l'alarme; mais, avec l'aide de Dieu, nous espérons que ce ne sera rien, et lui-même le croit bien aussi. Il a la parole aussi forte que s'il n'avoit point de mal, et les chirurgiens tiennent que le coup n'est pas en lieu dangereux. Nous le fîmes [lorter hieràMirecourt. Tous aviserez de ménager la connoissance que vous en donnerez à ses sœurs.

Votre frère de Castelnaut, son père, ne le laisse point. Cugnac i635. a fait une partie du chemin avec lui ; il m'a assuré qu'il al- ^ *°"^'loit fort bien, et se portoit beaucoup mieux que le premier jour, a fort peu de fièvre, même aucune inflammation à son bras. iVous ne hâterons point d'en donner la nouvelle chez lui, car nous espérons de leur mander aussitôt la guérison que la blessure.

J'avois écrit celte lettre depuis hier. Cejourd'hui , nous 9 août. sommes venus en ce lieu de Charmes pour joindre M. le Duc d'Angoulème , que nous croyons pourra être joint demain ou après-demain. J'ai bien de l'impatience qu'il y soit, espérant que j'en aurai plus de repos et mon esprit plus soulagé. J'attends aussi le retour de Casaux ou de Domec, et par eux avoir plus particulièrement connoissance des volontés du Roi sur ce que j'aurai à faire, dont je vous donnerai avis, ne pouvant résoudre de rien jusques alors. Nous venons de recevoir nouvelles que le Duc Charles est avec son armée aux environs de llambervillers : je ne sais s'il l'attaquera. J'attends mondit sieur d'Angoulème, ne voulant rien entreprendre sans lui; nous aviserons étant ensemble : aussi a-t-il de nos troupes pour son escorte. C'est ce que je puis vous dire pour astheure. Ce 9^ août, au camp de Charmes.

P. S. Je m'en vais au-devant de M. d'Angoulème jusques àBayon.

Attente du Duc d'Angoulème. — Espoir de la guérison de M. de Boisse.

Ma chère fdle, je vous écrivis hier de Charmes. Nous sommes arrivés cejourd'hui en ce lieu de Bayon pour nous approcher de M. d'Angoulème, qui s'y doit rendre demain. J'ai reçu ici une lettre de Domec, qui est à Nancy ; je la vous envoie, afin que vous voyez ce qu'il me mande. Je vous assure que j'ai été fort aise de cette nouvelle ; nous verrons si les lettres qu'il me porte chantent même langage. Je vois bien que l'on n'a pas voulu crûment dire que l'on m'accordoit mon congé; mais puisque l'on me permet de m'aller reposer lorsque les afiaires auront un peu changé de face et qu'elles seront en meilleur état, je vous assure que je n'y perdrai pas temps, et que j'en prendrai l'occasion le plus tôt qu'il me sera possible. Un cavalier de ma compagnie est

1635. venu cejourd'hui de Mirecourt : il m'assure que le Baron de 11 août. j^Qisse va de mieux en mieux, et qu'il n'y a nulle partie noble d'offensée : ainsi j'espère, avec l'aide de Dieu, que nous le verrons bientôt relevé' ; je l'en supplie, etc. Ce 11* août, au camp deBayon, samedi au soir.

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