‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 4)Chapitre 94 sur 106 · JI. BOLTHILLIER AU MARECHAL DE LA FORCE · texte numérisé non relu

JI. BOLTHILLIER AU MARECHAL DE LA FORCE

Dépari (lu Roi el du Goniie de Soifsons pour Sainl Mihiel. — Arrivée de doute mille Suisses.

22septembre. Monsieur, le Vicomte de Roussille partit avant-hier matin de Yitry pour vous porter l'original de la dépêche du Roi, dont maintenant je vous envoie le duplicata. S. M. attendra avec grande impatience de vos nouvelles sur le contenu en ladite dépêche ; c'est pourquoi le plus tôt que vous pourrez lui en donner, sera le meilleur. M. le Comte de Soissons part demain d'ici avec une partie de l'armée de S. M. pour aller assiéger Saint Mihiel, où l'on ne croit pas trouver grande résistance. S. M. se mettra en chemin avec le reste de ses troupes dans trois ou quatre jours pour avancer du même côté de Saint-Mihiel, et nettoyer entièrement d'ennemis ces quartiers-là de Lorraine.

Nos douze mille Suisses de la nouvelle levée sont à quatre ou cinq journées d'ici. Le Roi a envoyé le sieur de Croisille au-devant pour les recevoir et les amener en cette ville. J'ai pris cette occasion , Monsieur, de vous donner de nos nouvelles; je n'en perdrai aucune de celles qui se présenteront, vous suppliant de me faire savoir souvent des vôtres, et de croire, etc. Bouthillier. A Saint-Dizier, ce 22'' septembre.

Approches de Saint-Mihiel. - Combat de Vaudrevangc. — Défense aux gentils hommes de quitter l'armée. — Méprise du Comte de Brulon.

29septembre, Monsieur, cette lettre sera peu d'affaires, le Roi remettant après laprisf Saint-Mihiel à vous faire savoir ses intentions sur le mémoire que le Vicomte de Roussille lui a apporté de votre part, lequel je vous assure qu'elle a fort estimé.

' Cet espoir ne se réalisa pas : M. de Boisse mourut peu après des suites de sa blessure.

M. BOUTHILLIER AU MARÉCHAL DE LA FORCE. 633

M. le Comte (de Soissons) fit dès avant-hier les approches «63^. de Saint-Mihiel , et reconnut que la place n'est pas fortifiée 29^'*r««nit)pc comme l'on disoit. Le Roi faisoit état d'aller ce soir prendre son quartier à Cœurs, à demi-lieue de Saint-Mihiel ; mais M. le Comte en étant parti avec quinze cents chevaux et douze cents mousquetaires, pour aller combattre Leymont, qui attendoit le canon de Verdun au passage, S. M. a dilïéré de partir jusques à son retour.

Les troupes qu'a Leymont vont environ à deux mille chevaux tant bons que mauvais; celles qui sont dans Saint-^Iihiel sous la charge de Lenoncourt, consistent en.... hommes de guerre : l'on ne sauroit croire qu'ils attendent l'effet du canon qui doit être ce soir devant la place.

M. le Cardinal de la Yallette nous a mandé que revenant lui et Wcimar en deçà, ils ont été attaqués par quatre mille chevaux ennemis, qui vouloicnt s'opposer à leur passage; ils les ont défaits, et de plus leur ont pris treize pièces de canon. Le Roi a été extrêmement aise d'apprendre cette nouvelle; et pour donner moyen à mondit sieur le Cardinal de la A'allette de mieux faire, lui envoie demain, sous la conduite de M. de Vaubecourt, deux mille chevaux et deux régiments de renfort; ce secours, avec celui que M. de Bcllefonds lui a déjà mené de Metz des troupes qu'il a pu ramasser dans le pays, fortifiera beaucoup les desseins de mondit sieur le Cardinal de la Yallette. Après cela, l'armée du Roi aura encore quinze mille hommes de pied et près de quatre mille chevaux pour s'employer à nettoyer ce pays-ci d'ennemis, et ensuite penser à de plus grandes choses.

Nous avons appris que Gallas côtoie l'armée de M. le Cardinal de la Yallette; mais aussi espérons-nous que la nécessité, qui est grande dans son armée, et l'exemple de ses gens qui ont été battus , le retiendront de rien entreprendre sur les nôtres. Il sera toujours bien à propos que vous envoyiez aux nouvelles pour en apprendre de la marche de Gallas, et les faire savoir au Roi.

S. M. ayant été avertie que plusieurs de sa Noblesse quittent l'armée pour se retirer, m'a commandé de vous écrire qu'elle n'entend point que vous donniez aucun passe-port sur ce sujet; mais que vous les exhortiez à prendre patience, et

Û3a CORRESPONDANCES.

***5- à demeurer dans le service : ceux qui refuseront de le faire, 3»iT|Mmke. g ^,j (i(\gjre que vous les fassiez arrêter, si ce n'est que l'indisposition de quelques-uns fût telle que vous jugeassiez leur être nécessaire de changer d'air pour recouvrer leur santé.

Nous venons d'avoir nouvelles que M. le Comte (de Soissons) est de retour, et qu'il n'a point rencontré vos ennemis. M. le Comte de Brulon arriva hier, qui nous rendit votre dépèche avec le duplicata du mémoire que le Vicomte de lloussilic avoit apporté. Avant qu'elle fût déchiiïrér, ledit sieur Comte de Brulon dit au Roi qu'elle lui apprendroit que le Duc Charles avoit détaché trois mille chevaux de son armée pour agir contre les troupes de S. M., en quelque endroit que vous ne pouviez pas bien juger ; mais depuis, ayant va votre déchiflrement, nous avons appris que c'étoit tout le contraire, et que ledit Duc avoit reçu trois mille chevaux de renfort. Nous avons eu avis que cette cavalerie avoit été conduite par Clinchamp ; mais il n'y a pas deux mille chevaux, tant bons que mauvais. Ledit sieur Comte de Brulon est au désespoir de s'être mépris de la sorte.

Monsieur, je vous remercie très-humblement de la joie que vous me témoignez avoir de ce que je suis auprès du Roi, et de l'honneur que vous me faites, etc. Bouthillier- A Bar, ce 29^ septembre.

LE CARDINAL DE LA VALLETTE AU MARECHAL DE LA FORCE-

Délails sur le combat de Vaudrevange.

aaepteittLre. MoDsicur, étant arrivé en ce lieu avec l'armée du Roi et celle de M. le Duc de Weimar, j'ai cru ne devoir pas demeurer davantage sans vous en donner avis. Les ennemis nous ont toujours suivis depuis Mayence jusqu'à la rivière de la Nide, et j'apprends que Gallas est encore vers ces quartierslà. Il voulut une fois s'opposer à notre passage avec quatre mille chevaux, partie de cavalerie armée et partie de dragons; et à l'une de nos dernières journées, il fit attaquer notre arrière-garde par toute son avant-garde. Dieu nous a fait la grâce que nous l'avons battu à ces deux rencontres, et lui avons pris treize pièces de petit canon et neuf cornettes de cavalerie. Je fais rafraîchir l'armée pour quel-

LE MARÉCHAL DE LA FORCE A LA MARQUISE DE LA FORCE. U'à5

ques jours ici autour, en attendant des nouvelles du Roi, à i635. qui j'ai dépêché. Vous m'obligerez extrêmement s'il vous 3<'s<^pi«n»bre. plaît me faire savoir des vôtres, et si vous me donnez moyen de vous témoigner par quelque service que je suis, etc. Le Cardinal de la Valletïe. Au camp de Magny, près de Metz, ce 30" septembre.

P. S. Kos troupes ont été fort fatiguées, et je crois que celles des ennemis en sont de même. Leur armée est forte, et je crains qu'ils n'envoient quelque secours au Duc Charles; c'est pourquoi je vous en donne avis, afin (jue vous soyiez sur vos gardes et me fassiez savoir en quoi je vous pourrois assister. Nous pensons nous reposer quelques jours pour délasser nos chevaux, et soulager nos soldats, et refaire nos équijiages. MM. de Mouy, de Cahusac et de Londigny, officiers des compagnies de M. le Cardinal, furent tués à notre dernier combat; ils y firent des merveilles.

le maréchal de la force a la marquise de la force.

Il la prie de lui continuer ses bons avis. — Délrcsse de l'armée ennemie.

INIa chère fille, vous nous avez donné des avis bien importants, et est bien nécessaire de savoir si Gallas avec Sun armée s'est tant approché que ce que me mandez, et à quoi se disposent MM. le Cardinal de la Yallette et le Duc Bernard; je crois que s'ils sont là où vous me mandez, qu'ils nous feront savoir de leurs nouvelles. Mais surtout, je vous prie, ne vous reposez sur personne, et avec votre soin accoutumé que puissiez éclaircir, sur les avis qui en viennent, ce qui aura le plus d'apparence de vérité, et aussi de l'état des armées de mondit sieur le Cardinal de la Yallette et de celle du Duc Lernard, et ce qu'ils font état de devenir, afin que sur tout cela nous puissions prendre nos mesures. J'envoie aussi pour cet effet à Bouquenom et à Bitche. Nous arrivâmes hier en ce lieu de Baccarat, d'où nous pouvons fort incommoder les ennemis , car leurs vivres et fourrages, ils les retiroient tous de ces côtés de deçà. Les soldats qui se retirent de Rambervillers nous assurent qu'ils pâtissent fort. C'est ce que je vous dirai pour astheure. Ce dimanche 30*^ septembre, au camp de Baccarat.

Môme sujet. — Conférence des Généraux.

1635. Ma chère fille, votre soin et bonne vigilance par l'envoi de s octobre, jyj^ (jg ja Nadallye nous a donné plus de connoissance et des éclaircissements du retour de M. le Cardinal de la Yalletteet du passage de l'armée de Gallas que tout ce que nous en avons appris d'ailleurs. Avant notre parlement de Baccarat, nous vous écrivîmes par un messager qu'aviez envoyé. Nous sommes venus en ce lieu pour recevoir les commandements de S. M. Vous ne pouvez manquer d'avoir souvent des nouvelles du côté de la Cour et de même de nous ; je m'assure aussi que vous ne manquerez pas de nous départir des vôtres à toutes occasions, et de nous faire savoir tout ce qu'apprendrez que jugerez le mériter, comme je vous en prie fort. Dieu veuille en parfaite santé, etc. Ce mercredi matin 3* octobre, au camp de Lunéville.

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