‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 4)Chapitre 95 sur 106 · LE DUC D ANGOULEME ET LE MARECHAL DE LA FORCE AU ROI · texte numérisé non relu

LE DUC D ANGOULEME ET LE MARECHAL DE LA FORCE AU ROI

Compte rendu de leurs opérations. — Les ennemis refusent la bataille. — Incommodités causées par le manque de moyens de transport.

21 octobre. Sire, lorsque M. le Premier et M. le Grand-Maître de l'artillerie sont arrivés en cette armée avec les belles et gaillardes forces qu'ils ont menées, l'on a cru qu'il étoit à propos d'avancer vers les ennemis, même sur l'avis qui nous fut donné que le Duc Charles étoit parti de Rambervillers avec toute son armée pour aller joindre Gallas , croyant que nous aurions moyen de le combattre avant qu'il l'eût pu joindre ; mais comme nous avons appris depuis par les troupes que le Duc Bernard deWeimar avoit à Yic, et les parties que nous avions envoyées de ce côté-là , que le Gallas s'étoit avancé de son côté, et passé à Dieuze la rivière de Seille, de sorte que leurs deux armées étant jointes ensemble, nous a fait changer notre dessein et arrêter en ce lieu de Champigneulle. Ce matin des batteurs d'estrade du Duc de Weimar ont rencontré un de ses officiers qui venoit du côté des ennemis, qui a assuré que toute leur armée marchoit, cavalerie, infanterie et artillerie, qui n'étoit qu'à une lieue de nous , de sorte que soudaine-

LE DUC D'ANGOLLÊME ET LE MAR. DE LA FORCE AU ROI. hZl

ment nous avons mis toute l'armée de votre Majesté en ba- '^^^ taille, qu'il faisoit extrêmement bon voir, et tous témoignant " "'^'° '^' une si belle résolution qu'ils avoient de l'impatience à voir lesdits ennemis, lesquels sans doute nous eussions bien battus. Nous avons demeuré en cet état jusque prés de midi que plusieurs parties que nous avions envoyées à la guerre, ont fait quelques prisonniers, et avons su au vrai que ce n'étoit que des parties que les ennemis avoient envoyées en çà, comme hier ils vinrent aussi tàter le quartier où le Duc de "N\ eimar avoit laissé son bagage et son artillerie avec quatre cents mousquetaires pour nous venir joindre avec plus de diligence, lesquels tirèrent cinq ou six volées de canon : soudain nous fîmes monter à cheval plusieurs corps de cavalerie qui leur fit quitter leur dessein.

M. le Comte de Guiche vint hier nous trouver de la part de M. le Cardinal de la Yallette, qui nous mandoit qu'il se rendroit cejourd'hui à Amance, qui n'est qu'à une petite lieue d'ici, ce qu'il nous a encore confirmé à ce soir, de sorte que nous espérons pouvoir demain conférer ensemble, et croyons que notre résolution sera de marcher droit aux ennemis, qui sont à Marimont, près de Dieuze, et osons espérer qu'ils ne nous attendront pas s'ils n'ont une assiette si avantageuse et retranchée qui leur puisse donner un avantage éminent; mais nous ne croyons pas qu'ils y puissent beaucoup subsister. A la vérité, le manquement que nous avons de charrois nous apporte de grandes incommodités; car nous ne pouvons faire suivre notre pain qu'avec de continuels convois, qu'il nous faut renouveler de deux ou de trois en trois jours avec de fortes escortes, ce qui fatigue grandement notre cavalerie. Nous tâcherons de nous y conduire en sorte qu'avec l'aide de Dieu nous y servirons dignement votre Majesté, et espérons d'y bien maintenir la réputation de ses armes, comme ceux qui n'épargneront jamais leur vie pour lui rendre le service très-humble que lui doivent. Sire, etc. Charles DE Yalois. Caumoist LA FoRCE. Au camp de Champigneulle, ce 21 « octobre.

12 novembre.

LE ROI AU BIARÉCHAL DE LA FORCE

Regret de ne pouvoir lui accorder son congé. — Rappel du duc d'Angoulême.

1635. Mon Cousin, je vous témoignerai par cette lettre le déplai-

sir que j'ai que le bien de mes affaires ne me permette pas de vous accorder encore la permission que vous m'avez fait demander, de vous retirer pour quelque temps. Le voyage que j'envoie ordre à mon cousin le Duc d'Angoulême de faire par deçà, pour des raisons importantes que vous saurez dans le temps qu'il faut pour son retour, vous fera bien juger le besoin qu'aura cependant l'armée de votre présence, et que vous ne pouvez abandonner sans que mes affaires courent danger d'en recevoir un extrême préjudice. Vous y avez toujours trop témoigné d'affection et m'avez rendu, et à l'Etat, de trop signalés services pour douter qu'en ces occasions, qui ne furent jamais si pressantes, vous ne soyez bien aise de contribuer encore tous vos soins, votre générosité et grande expérience que vous vous êtes acquise, à rendre mes armées victorieuses de mes ennemis, et à soutenir leur réputation dans l'état présent des affaires. C'est ce que je me promets de votre prudence et de votre zèle, vous assurant cependant que j'en conserverai à jamais le souvenir, pour m'en ressentir en votre endroit ou pour l'avantage des vôtres lorsqu'il s'en offrira occasion. Priant, sur ce, Dieu vous avoir, etc. Ecrit à Saint-Germain-en-Laye , le 12"= jour de novembre. Signé : Louis. Et plus 6as :Servien.

LE CARDINAL DE RICHELIEU AU MARÉCHAL DE LA FORCE

Le Roi lui accorde son congé et remet le commandennent de l'armée au Marquis de la Force.

13 décembre. Monsieur, vous verrez par la lettre que le Pvoi vous écrit comme S. M. a eu agréable de vous accorder le congé que vous lui avez demandé, de venir prendre du repos et mettre ordre à vos affaires, laissant le soin des troupes que vous commandez à M. le Marquis de la Force, votre fils ; c'est ce qui fait qu'il ne me reste qu'à vous assurer, comme je fais par celle-ci , de la continuation de mon affection et de mon service, et que je suis véritablement, etc. Le Cardinal de Richelieu. De Ruel, ce 13' décembre.

LOUIS Xm AU MARÉCHAL DE LA FORCE. Z»39 LE ROI AU MARÉCHAL DE LA FORCE.

Même sujet. — Inslruclions pour l'armée.

Mon Cousin , je vous renvoie votre secrétaire pour vous «sk. faire savoir qu'après les fatigues et les travaux que vous avez •* <!*»■*«supportés depuis deux ans en la conduite de mon armée, je trouve très-raisonnable que vous veniez prendre un peu de repos, suivant le désir que vous en avez. J'aurai beaucoup de contentement de vous voir et de vous témoigner la satisfaction que j'ai de vos longs et fidèles services. Je désire que vous laissiez en partant le commandement de mon armée au Marquis de la Force, votre fils, et je ne doute point qu'avant que vous partiezvous nelaissiez toutcschoses en si bon état que votre absence n'apportera point de préjudice à mon service. Surtoutil est nécessaire de pourvoir à trois choses : la première, de mettre toutes les troupes dans des garnisons où elles se puissent un peu rafraîchir, ce que je remets entièrement à votre discrétion , m'assurant que vous ne logerez dans les extrémités de la Champagne et du Bassigny que celles que vous ne pourrez pas loger ailleurs , dont vous n'oublierez pas de donner avis aussitôt à mon cousin le Comte de Soissons; la deuxième, de donner ordre aux recrues des vieilles troupes et au licenciement ou réduction des nouvelles qui ge trouvent défectueuses, suivant ce que je vous ai mandé par le sieur de Mayolas ; la troisième, de considérer les moyens qu'on pourroit avoir de faire quelques logements dans la Franche-Comté, pour jeter plutôt l'incommodité des gens de guerre dans les pays de mes ennemis que dans le mien. Ce que je désire que vous teniez extrêmement secret jusqu'à l'exécution , et n'en fassiez part à personne qu'au Marquis de la Force, votre fils, et à mon cousin le Comte de Soissons, auquel j'ai écrit qu'il s'avance, avec l'armée qu'il commande, du côté de Langres pour ce dessein, jugeant du tout nécessaire que vous le voyiez en vous en revenant pour en conférer avec lui , en sorte, néanmoins , qu'il ne puisse être connu de personne que de lui et de vous. Vous n'oublierez pas avant votre départ, de donner route aux compagnies de mes Gardes qui sont dans votre armée pour s'en revenir ici , donnant avis à mondit cousin le Comte de Soissons de leur retour, afin qu'il les fasse

llUO CORRESPONDANCES.

'635 passer dans son Gouvernement, et donne ordre qu'elles trou- 14 decanbre. ^^^^ j^g yjypgg ^ux lieux OÙ elles logeront. C'est toute la réponse que je ferai présentement à votre dépêche du quatrième de ce mois, priant Dieu, etc. Ecrit à Saint-Germainen-Laye, le 14-* jour de décembre. Signé : Louis. Et plus bas : Servien.

LE CARDINAL DE RICHELIEU AU MARÉCHAL DE LA FORCE

Félicilalions à l'occasion du combat de Raon et de la prise de CoUoredo.

1636. Monsieur, je ne saurois assez me réjouir avec vous de l'a-

25 mare vantago que M. votre fds a remporté sur les ennemis du Roi dans la rencontre qu'il a eue avec eux, et de l'honneur qu'il a acquis en cette occasion, où en vérité il s'est conduit avec toute la prudence qu'il se pouvoit désirer. Aussitôt que M. des Noyers, que j'attends ce soir ou demain au matin, sera arrivé, je ferai pourvoir aux choses qui seront nécessaires à M. le Marquis de la Force pour nettoyer ,tous les lieux que les ennemis occupent du côté où il est, et aurai soin que les ordres y soient envoyés afin de ne point perdre de temps Cependant assurez-vous. Monsieur, que je ne souhaite pas moins votre contentement et de tous ceux qui vous touchent que vous pouvez faire vous-même, et que je suis véritablement, etc. Le Cardinal de Richelieu. De Ruel, ce 25^ mars.

P. S. J'ai retenu votre lettre pour la faire voir à M. des Noyers.

M. DES NOYERS AU MARQUIS DE LA FORCE

Même sujet. — Exempt des Gardes dépêché pour amener à Paris Colloredo elles principaux officiers pris avec lui.

25 mars. Monsieur, si ceux mêmes qui n'ont point l'honneur d'être connus de vous ont pris part à la gloire que cette heureuse victoire vous a acquise, jugez quelle a été la joie de vos amis et serviteurs particuliers, et la mienne sur tous les autres, puisque je prétends être vôtre plus que aucun de ceux qui

25 mars.

LE CARDINAL DE RICHELIEU AU MARQOS DE LA FORCE, /iil

VOUS servent. Le Roi et son Eminence ont rendu tant de '^36 témoignages publics et particuliers de l'estime qu'ils font de votre valeur et nîérite, que vous en devez avoir bien du contentement. S. M. envoie le sieur de Boisions, exempt des Gardes de son corps, pour amener ici le sieur CoUoredo et les principaux prisonniers qui se sont trouvés pris avec lui, afin que l'on les mette en lieu si sûr qu'il n'en arrive pas comme de ceux de Maëstricht. S. M. vous mande de lui faire donner si bonne escorte qu'il n'en mésarrive, soit dehors soit dans le Royaume. Ceux qui auront pris les prisonniers, seront si bien considérés par S. M., qu'ils auront tout sujet de contentement. Ledit sieur de Boisions a Commission du Roi pour commander les gens de guerre qui l'escorteront; vous leur donnerez, s'il vous plaît, ordre de lui obéir et de faire ce qu'il leur dira pour le service du Roi. Je crois qu'il lui faudra grande escorte tant qu'il sera sur la frontière, et une bonne compagnie de chevau-légers dans le Royaume, afin qu'il vienne en sûreté. Vous remarquerez bien les officiers qui mériteront d'être envoyés avec lui ; je dis des prisonniers, car des gens du commun ne méritent pas que l'on s'en donne la peine. L'on lui a donné un carrosse à six chevaux, tant pour la commodité que sûreté du prisonnier. Le Roi a commandé que l'on vous donne deux pièces de canon avec le train et suite nécessaire pour s'en servir. Je" ne doute pas que cela ne s'exécute diligemment, les officiers de l'artillerie l'ayant ainsi promis à son Eminence. Vous n'oublierez, s'il vous plaît, de nous envoyer l'état du pain qui a manqué à votre armée, le Roi ayant résolu d'en faire faire réparation. A présent la fourniture du pain sera difficile, mais il faut que la vigilance de MM. vosintendants y supplée, et ayant des bleds à suffisance, il ne seroit pas tolérable que l'armée vînt à en manquer. Vous y joindrez, s'il vous plaît. Monsieur, votre autorité et votre bonté pour m'aimer et me croire, etc. DES Noyers. De Ruel, ce 25'^ mars.

LE CARDINAL DE RICHELIEU AU MARQUIS DE LA FORCE. Salisfaclion du Roi de sa victoire sur les Impériaux.

Monsieur, je ne saurois assez vous témoigner ni la satis- ^ a^iu.

3 avril

*636- faction que le Roi a reçue de l'action que vous avez faite de^ puis peu, ni la joie que j'en ai ressentie en mon particulier pour l'honneur que vous y avez acquis, l'une et l'autre étant indicible. M. de Belsunce, qui s'en retourne vous trouver, saura mieux vous les représenter de vive voix que je ne pourrois vous faire par cette lettre, laquelle je n'allongerai que pour vous assurer de la continuation de mon affection en votre endroit, qui est et sera toujours telle que vous la sauriez désirer d'une personne qui est véritablement comme je suis, etc. Le Cardinal de Richelieu. A Gharonne, ce 2* avril.

Négociations avec Mossiei'r.

1637. Nous sommes en cette ville depuis vendredi au soir, où

2 février, tout s'cst passé OU allées et venues vers Monsieur. MM. de Chavigny et de Bautru y sont allés deux fois de la part du Roi, et y sont retournés ce matin pour la troisième. Le Comte de Brion est venu aussi ici deux fois de la part de Monsieur. Il y a apparence que tout s'accommodera et qu'on n'ira pas plus avant. La seule difficulté est la venue de Monsieur ici, à quoi il ne veut point entendre, et S. M. eîit désiré qu'ils se fussent vus. A la vérité cela eût été de plus grand éclat, principalement parmi les étrangers. On parle d'ici d'aller à Dourdan. Mandez-moi si vous me viendrez voir là ou si je vous irai voir à Paris. Si M. le Maréchal se trouvoit encore mal, dont Dieu l'en garde, il faudroitbien que ce fiit le dernier. Le Seigneur vous tienne en sa garde. A. de Caumont. a Orléans, ce 2 février lundi matin.

Entrevue du Roi et de Monsieur.

9 février. J'ai retenu un jour ce porteur pour vous mander l'entrevue du Roi et de Monsieur, qui se fit hier avec force témoignages d'affection et de contentement. Nous croyions qu'il suivroit le Roi, mais on dit qu'il s'en rêva à Blois. Pour nous.

BREVET DE MAR. DE CAMP P. LE MARQ. DE CASTELNAUT. 443 nous partons ce matin pour aller coucher à Toury, et de- i637. main à Dourdan, s'il plaît à Dieu. Je ne sais s'il n'y avoit ® '^®'"*' point ce matin quelque chose que tout le monde n'entend pas, car le Roi devoit partir à huit heures et il ne part qu'à dix ou onze, et M. le Cardinal le doit voir au sortir de sa messe, là où il est. Je crois que nous serons trois ou quatre jours à Dourdan, de là on ira à Saint-Germain. Je vous verrai le plus tôt que je pourrai. Je loue Dieu de l'amendement de M. le Maréchal, et le supplie, etc. A, de Caumot. Ce lundi matin, 9 février, à Orléans.

M. DE ROHAN AU MARÉCHAL DE LA FORCE

Félicilations sur sa Ducbé-Pairie.

TMonsieur, les qualités que votre naissance vous a données et qui vous sont acquises par votre valeur, méritoient, il y a longtemps, d'être accompagnées de celle dont il a plu au Roi honorer la grandeur des services que vous avez rendus à l'Etat. S. M. en cette occasion a fait paroître qu'elle sait dignement dispenser ses faveurs; et tout en même temps, elle a consolé ceux qui vous désignoient cet accroissement de gloire avant que vous l'eussiez reçu. En ce concours de conjouissance, bien que je ne me trouve pas des premiers, je sais néanmoins que vous tenez pour assuré qu'il n'y a personne qui en ressente plus de joie que moi; et sur la confiance certaine que j'en ai, je ne m'étendrai pas davantage sur ce sujet, sachant que les paroles sont surperflues où les vrais sentiments du cœur sont connus. Dieu me fasse la grâce de vous les faire paroître avec autant de passion que je vous supplie de me croire à jamais, etc. Hexry de RoHA]y. De Genève, ce 12* août,.

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