BREVET DE MARÉCHAL DE CAMP POUR LE MARQUIS DE CASTELTSAUT
Aujourd'hui quinzième du mois de mars mil six cent >63s. trente-huit, le Roi étant à Saint-Germain en Laye, désirant *' °*"*'
hhh CORRESPONDANCES.
i63«. reconnoître les fidèles et agréables services qui lui ont été 15 mars j-endus par le sieur Henry de Caumont, Marquis de Castelnaut, en plusieurs occasions où il a donné preuve de son courage, expérience au fait des armes, vigilance et bonne conduite, et lui témoigner l'estime qu'elle fait de sa personne et la confiance qu'elle prend en sa fidélité et affection à son service, se promettant même qu'il y secondera dignement le sieur Duc delà Force, Pair et Maréchal de France, son père: Sa Majesté a retenu, ordonné et établi ledit sieur Marquis de Castelnaut en la charge de Maréchal de ses camps et armées pour dores en avant en jouir et en faire les fonctions aux honneurs, autorités, prérogatives, prééminences et appointements qui y appartiennent, tels et semblables dont jouissent ceux qui sont retenus en pareilles charges. M'ayant sadite Majesté commandé lui en expédier le présent brevet, qu'elle a signé de sa main et fait contresigner par moi son Conseiller, Secrétaire d'Etat et de ses commandements et finances. Signé : Louis. Et plus bas : Sublet.
5 mai.
LE CARDINAL DE RICHELIEU AU MARÉCHAL DE LA FORCE
Il lui dépêche un gentilhomme de sa Maison pour l'informer de la situation de l'armée.
Monsieur, j'envoie ce gentilhomme, qui est à moi, expressément pour savoir l'état auquel est votre armée ; quelles troupes sont déjà arrivées et celles qui vous manquent, et ensuite ce que vous estimez pouvoir entreprendre pour le service du Roi. Si je pouvois moi-même faciliter les desseins que vous pouvez avoir , je n'épargnerois pas ma personne , et m'offrirois de vous aller servir de chasse-avant. Vous savez bien, Monsieur, que le service de S. M. m'est si cher, qu'il n'y a rien au monde que je ne voulusse faire pour l'avancer; comme aussi pour procurer votre contentement, et augmenter votre réputation qui ne m'est pas en petite considération. Ce gentilhomme ne va pas pour vous donner du feu , sachant bien que vous en avez assez , mais seulement pour savoir comme vous le voulez employer. En attendant que je puisse apprendre vos sentiments par son retour, je vous conjurerai de faire un état certain de mon affection et
M. DES NOYERS AU MARÉCHAL DE LA FORGE. Zi45
de mon service, et de croire, etc. Le Cardinal de Riche- *^^ LIEU. De Ruel, ce 5® mai. * °'^'
P. S. Si auparavant que Piccolomini ait joint le Cardinal Infant vous pouvez entreprendre et exécuter quelque chose, ce seroit un grand avantage aux affaires du Roi , et qui ne donneroit pas peu de réputation à ses armes.
Ordre de couvrir l'armée du Maréchal de Chàlilion pendant le siège de Saint-
Omer.
Mon Cousin, désirant faciliter par tous moyens le succès * J"'" du siège de Saint-Omer, comme la plus importante entreprise à laquelle mes armes puissent être attachées présentement, je vous dépêche ce courrier exprès pour vous dire que mon intention est que vous marchiez le plus diligemment que vous pourrez avec mon armée que vous commandez, vers ladite place de Saint-Omer, et vous avancer jusques à Thérouanne pour y agir de concert avec mon cousin le Maréchal de Châtillon, en tout ce qui pourra assurer l'effet dudit siège, et y entreprendre ce que vous estimerez tous deux être avantageux pour cette fin , et pour divertir les ennemis des desseins qu'ils pourroient avoir de l'empêcher. Et afin de soulager mes sujets, je désire qu'autant que vous pourrez, vous preniez votre chemin par le pays des ennemis , et que vous y établissiez les logements de madite armée , essayant de surprendre quelques places sur eux, et de prendre les avantages que les occasions vous pourront offrir. De quoi me remettant sur vous , je prie Dieu , etc. Ecrit à Saint- Germain en Laye, le 8^ jour de juin. Signé : Louis. Et plus bas : SuBLET.
M. DES NOYERS AU MARECHAL DE LA FORCE
Ordre d'arrêter le sieur d'Uucourt.
Monsieur, le Roi m'a commandé de vous écrire qu'il vou- 13 juin loit que vous fissiez arrêter adroitement le sieur d'Hucourt*,
' Sans doute M. de Ilencourt , exécuté à Amiens en 1C38 pour une entreprise contre la Picardie. (Vie de Richelieu, par le Clerc, tome IV, p . 464.)
tlU6 CORRESPONDANCES.
1638. beau-frère de M. de Feuquière , et un nommé Begas qui est 13 juin. g^yQQ ]yi Lorsque vous les aurez, vous les enverrez sûrement à M. le Duc de Chaulnes, à Amiens. Il importe de ne les pas faillir, car ils machinent du mal contre la France, et des trahisons qui infâment notre nation. C'est, Monsieur, etc. DES Noyers. A Ruel, ce 13" juin.
21 juin-
Il l'approuve d'avoir refusé de se joindre à Châlilioa pour assiéger Sainl-Omer.
Mon Cousin, ayant su comme vous avez différé de vous joindre au siège de Saint-Omer à mon cousin le Maréchal de Châtillon , et d'y entreprendre une attaque comme il vous avoit été proposé, je vous fais cette lettre pour vous témoigner que j'ai entièrement approuvé les raisons que vous avez eues de n'y pas donner les mains, et vous avez bien pu connoître par les lettres que je vous ai écrites pour vous ordonner de vous avancer vers ce siège, que je n'ai pas entendu cette jonction , ni que vous vous engageassiez aucunement avec mon armée que vous commandez, à cette entreprise. Au contraire j'ai toujours désiré, comme je fais à présent, que vous demeuriez libre de vous porter partout où il sera besoin, pour empêcher les ennemis de tenter de secourir Saint- Omer une seconde fois, et les combattre, et pour prendre sur eux les avantages que vous estimerez à propos , sans rien entreprendre qui puisse vous divertir ni empêcher d'aller à eux quand la nécessité s'en offrira ; mais je veux bien que pour assurer et avancer en toute manière ce siège, vous assistiez mondit cousin le Maréchal de Châtillon, de quelque infanterie pour achever les travaux de la circonvallation , entendant aussi que mondit cousin le Maréchal de Châtillon vous envoie telle partie de sa cavalerie dont il se pourra passer, aux occasions où vous aurez à combattre les ennemis, ou à exécuter quelque dessein contre eux. Surquoi lui écrivant, ainsi qu'à vous, tout ce qui est de ma volonté, je m'assure que vous ne manquerez pas d'agir sur ce fondement ; priant Dieu, etc. Ecrit à Saint-Germain en Laye, le 21'' juin. Signé : Louis. Et plus bas : Sublet.
LE MARÉC. DE CHATILLON AU MARÉC. DE LA FORCE. Zi47 LE 3IARÉCHAL DE CHATILLON AU MARECHAL DE LA FORCE.
Arrivée d'un courrier de S. M. — Travaux du si-^ge de Sainl-Omer. — Il prendra celle place si le Maréchal de la Force tient tële aux ennemis de sou côté.
Monsieur, je reçus hier une dépêche du Roi par ce courrier qui vous en porte une sur même sujet ; c'est la réponse du premier courrier que vous avez dépêché. Sa INIajesté demeure dans l'intention que vous m'avez fait voir d'abord, et qui est que votre principal corps demeure détaché et séparé pour empêcher que les ennemis ne coupent nos vivres. Je me contente de l'infanterie que vous m'avez baillée, n'étant pas juste de vous affoiblir davantage. Il faut donc, s'il vous plaît, demeurer dans la résolution que nous prîmes hier , qui est de vous bien retrancher. Jusqu'à ce que vous le soyez , je vous laisserai ce que vous avez de cavalerie de cette armée-ci pour soulager vos gardes et favoriser nos convois. Lorsque vous serez retranché, vous m'en renverrez, s'il vous plaît, la moitié , dont j'ai nécessairement besoin pour l'ouverture de mes tranchées que je différerai jusques à lundi prochain, dans lequel temps la plus grande partie de ma circonvallation et lignes sera entièrement achevée.
Monsieur, pour le présent, je vous trouve assez fort pour vous opposer à ce que le Prince Thomas a de forces; mais si celles que le Cardinal Infant a près de lui avec celles de Piccolomini, après qu'ils auront fait un effort contre l'armée de MM. des États, venoient à vous, il est nécessaire que le Roi vous renforce de cavalerie et d'infanterie pour être en état de leur résister. L'on vit l'année passée la hardiesse qu'ils eurent de venir attaquer une armée retranchée à la faveur d'une ville, à savoir Maubeuge, M. de Caudale étant beaucoup plus fort que vous n'êtes, surtout en cavalerie. Yoilà pourquoi il est bon de prévoir de bonne heure alin de pourvoir. Pour ce qui est de moi , je puis répondre absolument au Roi de ce siège ; quelque puissance qui me vienne sur les bras , je suis en état de maintenir mes lignes et mes quartiers , et de continuer mes approches quand elles seront une fois commencées, ce que je ferai sans plus différer dans trois jours; pourvu aussi, Monsieur, que vous soyez assez puissant pour maintetenir le poste que vous avez maintenant, je ne doute que le
24 juin.
UbS CORRESPONDANCES.
1633. succès de ce siège ne soit tel que le Roi et son Eminence le 24 juin, désirent. Il me semble qu'il est à propos que nous fassions une dépêche ensemble au Roi, qui se rapporte au sens des raisons que je vous marque pour obliger S. M. à vous renforcer de cavalerie et d'infanterie, s'il vous plaît de la faire par ce même courrier , et qu'il parte demain pour la porter en diligence ; car le plus tût que le Roi pourra donner l'ordre pour vous renforcer, sera le meilleur.
Je n'ai rien appris de nouveau de l'état des ennemis depuis que je vous vis hier. J'ai envoyé à la guerre du côté d'Ayre et de Renty. Lorsque ces partis seront de retour, je vous donnerai avis de ce qu'ils me rapporteront. Ce que vous apprendrez aussi, Monsieur, de votre côté, il est nécessaire que vous m'en fassiez part, s'il vous plaît, afin d'entretenir la correspondance qui doit être entre nous, dans laquelle je vous rendrai toujours la déférence et le respect que je vous dois, vous témoignant que je suis, etc. Ciiatillon. Au camp devant Saint-Omer, 2i" juin, à dix heures du matin.
M. DES NOYERS AU MARECHAL DE LA FORCE
Le Roi persiste dans sa résolution contre la jonction des deux armées. —Ordre d'envoyer du renfort à M. de Chàlillon en cas de besoin.
27 juin. Monsieur, vous aurez su par tant de mes précédentes dépêches l'intention du Roi sur la proposition de la jonction des deux armées, que je vois peu à y ajouter. Toutefois, pour ne pas laisser retourner ce gentilhomme à vide, je vous dirai encore que le Uoi persiste dans sa première résolution, et estime que ce seroit la ruine de deux armées de les faire agir toutes deux ensemble au siège de Saint-Omer, et croit qu'il est plus sûr pour le bien de ses affaires et pour M. de Châtillon aussi, que votre armée s'occupe à le garantir des efforts des ennemis au dehors, et lui donne moyen de continuer et achever son siège en repos, que si vous vous chargiez d'une attaque. Si toutefois INI. de Chàtillon juge que deux ou trois mille hommes d'augmentation doivent beaucoup avancer le temps de la prise de la ville, S. M. trouve bon que vous les lui bailliez.
LE MARÉC. DE CHATHLON AU MARÉC. DE LA FORCE. /iÛ9
Je VOUS prierai de trouver bon que je vous dise que le Roi '^8. attend de votre bonne conduite et valeur les bons effets '^'J"'" qu'elle a toujours produits, et qu'en mon parliculior je vous soubaite toutes les occasions de gloise et tous les avantages que désire, etc. des Noyers. De Ruel, ce 27*" juin.
AriiBce des ennemis déjoué par la conduite du Maréchal.
Monsieur, je ne puis que je n'estime infiniment la conduite 3 juillet, que vous avez tenue dans l'artifice dont les ennemis ont voulu user pour semer de la division entre nos cbefs; cbacun l'a louée par dcrà et vous en a donné bien de la louante. Ils verront bien. Dieu aidant, un de ces jours combien vous êtes étroitement uni avec M. le Maréchal de CbAtillon lorsqu'ils sentiront l'efl'ort de vos troupes; et je vous dois dire qu'il est certain que je vous puis montrer une iniinité de lettres de M. de Chàtillon, pleines d'honneur, d'estime et de singulière affection envers vous. Je prie Dieu qu'il vous conserve tous deux à la ruine des ennemis, et que par vos bons conseils et valeur , vous les réduisiez en état de nous demander une bonne paix. Ce sont les vœux, etc. des Noyers. De Ruel, ce 3'' juillet.
LE MARECHAL DE CnATILLOX AU MARECHAL DE LA FORCE.
Demande de troupes pour le secourir.
Monsieur, sur l'avis réitéré que vous m'avez donné que Tjuiiiei les ennemis repassent la rivière pour s'en venir à Watten, je juge qu'ils ont dessein d'attaquer le Bac' ou quelques-unes de nos redoutes dans le marais, à quoi je me mets en devoir, autant que je peux, de résister puissamment; mais comme mes quartiers sont fort divisés, et que les gardes qui s'y font, et aux tranchées, m'empêchent d'envoyer audit Bac tout le nombre d'hommes qui seroit bien nécessaire pour le renforcer comme il se devroit, je vous supplie, Monsieur, me vouloir assister de deux mille hommes de pied, et me renvoyer les
' Fort que le Maréchal de Cbàlillon avait établi.