LE ROI AUX MARECHAUX DE LA FORCE ET DE CHATILLOX
Représailles à exercer contre l'ennemi.
Mes Cousins , voyant que de tous côtés les ennemis sont ^^ i"'"*'devenus plus insolents depuis ce qui s'est passé à Saint- Omer, et qu'ils ne veulent plus de quartier, je vous fais cette lettre pour vous dire que vous en usiez de votre côté de la même sorte, et que si vous rencontrez des paysans dans des forts qui tiennent contre apparence de raison, vous les châtiez selon que leur témérité méritera; et au surplus, fassiez tout le dégât et dommage que vous verrez possibles dans le pays ennemi, à la réserve des lieux saints. Sur ce, je prie Dieu, etc. Ecrit à Abbeville , le 28^ juillet. Signé : Louis Et plus bas : Sublet.
3 aeùt.
Approches de Renly.
Sire, samedi à dix heures du soir, nous reçûmes parM.de Varennes le commandement que votre Majesté nous faisoit de BOUS en venir en ce lieu de Renty. Nous partîmes le lendemain pour cet effet, et nonobstant le mauvais temps qu'il fit et que nous avions quatre grandes lieues à faire, ne laissâmes d'y arriver le mC'me jour. M. le Maréchal de Châtillon s'est logé au-dessous, à Fouquembergue, avec son armée, et moi au-dessus, à Fasques et sur la grande avenue par laquelle les ennemis pourroicnt venir plus facilement, et qui se rencontre entre nos deux armées. Nous y plaçons mille chevaux etdeux mille hommes de pied avec quelque retranchement que nous y ferons, qui est une éminence où nous pourrions faire notre jonction. Notre infanterie s'est déjà logée à la portée du pistolet dudit Renty , et allons travailler puissamment à dresser nos batteries, pendant que les canons qui sont à Montreuil s'achemineront ici. Je ne doute point que votre Majesté ne sache en quoi consiste cette place. Elle est quarrée avec quatre bastions, un à chaque coin , le tout assez petit, mais à la vérité bien construit; ce qui est de meilleur sont les fossés, qui sont très-beaux et pleins d'eau, et ont force artillerie. Nous n'avons pas eu encore des nouvelles de M. de Yiliequier. Votre Majesté se peut assurer que nous userons de toute la diligence qui se pourra, et tâcherons de lui donner toute la satisfaction qu'elle s'en promet, comme je l'espère avec l'aide de Dieu, lequel je supplie, etc. Au camp devant Renty, ce 3* août.
LE MARÉCHAL DE LA FORCE AU CARDINAL DE RICHELIEU
Il lui dépêche le Baron d'Eymel pour recevoir ses coramandemenis.
5 août. Monseigneur, il est certain que sur l'indisposition à laquelle je me trouvai lors du départ de M. d'Auxerre, craignant que je ne puisse satisfaire au service que l'on pouvoit attendre de moi, je le suppliai de représenter à votre Eminence l'état auquel j'étois. J'eus depuis la fièvre trois nuits durant, non
M. DES NOYERS AU MARÉCHAL DE LA FORCE. /|53 que j'aie laissé de sortir tous les jours, et rends très-humbles 's^». grâces à votre Eminence de l'honneur qu'il lui plaît me faire ^ ^^^' de prendre ce soin si particulier de moi. Je lui dépèche présentement mon fils d'Eymet, pour recevoir ses commandements sur ce que j'ai à faire, ne voulant pour chose du monde me rendre sujet à aucun blâme , si je i)uis. 11 est certain qu'outre les maladies ordinaires auxquelles tous hommes sont sujets, j'ai celle de la vieillesse accompagnée de force défauts, ne doutant point que beaucoup ne se puissent mieux acquitter de cet emploi ; mais j'aimerois mieux aussi mourir mille fois, que S. M. et votre Eminence crussent que tant que Dieu me donnera de force, que je puisse jamais manquer d'affection. Il semble amsi par celle que votre Eminence me fait l'honneur de m'écrire, que S. M. ait quelque volonté que je l'aille trouver pour avoir quelques avis de moi. Ainsi, pour ne manquer à suivre ce qui me sera ordonné, je me tiendrai prêt à exécuter les commandements dont il plaira à votre Eminence de m'honorer , et demeurerai tant que je vivrai votre très-humble, etc. Au camp devant Renty, ce 5'' août
M. DES NOYERS AU MARECHAL DE LA FORCE
Ordre au Maréchal de commander l'armée en l'absence duMaréchal deChàtillon. — Joie du Cardinal à la prise de Renty.
Monsieur, le Pioi ayant su la reddition de Renty par l'ar- ^aoûi rivée du Marquis de Courtenvaut, que vous lui avez dépêché, S. M. m'a commandé de .vous écrire qu'elle estime votre présence nécessaire pour maintenir l'armée, M. le Maréchal de Châtillon venant près d'elle pour conférer de ce qui sera maintenant à faire, ainsi que je lui mande.
Je ne vous dirai point la joie que son Eminence a eue d'apprendre cette bonne nouvelle de la prise de Renty, puisque vous la pouvez bien juger. Je me contenterai donc, ]Monsieur, etc. des Noyers. D'Abbeville, ce 9" août.
P. S. M. le Maréchal de Châtillon venant trouver le Roi, ce sera à vous à donner ordre au comblement de vos tranchées et réparations des brèches les plus importantes, M. du Hallier faisant le môme de son côté en l'absence de M. de
Châtillon. Yous ferez aussi, s'il vous plaît, l'impossible pour tenir l'armée en bon état et en disposition de faire à l'avenir quelque chose de plus important.
Réponse au Mémoire envoyé par le Roi.
Monsieur, suivant le commandement réitéré quej'avois reçu du Roi de me rendre près de S. M. 'après la prise de Renty, je m'étois acheminé cejourd'hui ; mais étant près de Velier% j'ai rencontré ce courrier, par la dépèche duquel il m'est commandé de demeurer en l'armée et que M. le Maréchal de Châtillon ira trouver S. M. pour conférer de ce qui sera maintenant à faire. J'ai soudain rebroussé pour ne manquer à l'obéissance que je dois. Par une autre dépêche, vous nous avez envoyé un Mémoire contenant les raisons qui peuvent obliger le Roi à faire entreprendre quelque chose d'important, soit pour le bien et réputation de ses affaires ou pour y convier aussi les alliés, sans s'engager néanmoins à un dessein mal à propos ; et nous est commandé d'y répondre et donner nos avis sur cela. Je désirerois être plus capable pour en matière de telle conséquence, pouvoir m'ien acquitter plus dignement que je reconnois bien ne pouvoir faire, c'est-à-dire particulariser sur l'individu de ces propositions; mais je n'ai jamais vu aucune de ces places et ne puis savoir que douteusement en quoi elles consistent, joint qu'il est nécessaire d'être éclairci si le Prince d'Orange fera des diversions de son côté, suffisantes pour nous décharger de ce qui pourroit venir de ce côté-là, et de même du côté d'Allemagne. Je ne fais point de difficultés que ces trois armées ne soient trop capables d'investir Hesdin et de faire la circonvallation de la place sans contredit, ce que les armées ennemies ne sauroient empêcher ; après, douze mille hommes de pied et deux mille chevaux peuvent continuer le siège, et le reste s'opposer aux ennemis. Il est à considérer que si les ennemis nous voient tous occupés en un lieu, s'ils ne fai-
' Sans doute Viflers.
LE MARÉCHAL DE LA FORCE AU CARDINAL DE RICHELIEU. /i55 soient point de diversion, d'entreprendre cela aussi foible- »638ment il y auroit du péril, le nombre des gens de guerre '"août, n'étant tel que a'ous le représentez. M. le Maréchal de Châtillon m'a dit qu'il ne croit pas qu'en son arméeily ait guère plus de cinq mille hommes de pied et deux mille cinq cents chevaux. L'état qu'a porté M. de la Madeleine de celle-ci est un peu flatté: il n'y en a pas tant; les maladies, qui sont grandes, augmentent tous les jours, et les gens de guerre se dérobent incessamment; de sorte qu'il est bien du tout nécessaire, si l'on veut entreprendre quelque chose, de faire de nouvelles recrues qui puissent rafraîchir les armées. Il est aussi à considérer que l'armée a fort avancé, et qu'il importe bien que pensant à rhabiller le mal passé, que l'on ne tombe en un pire. 11 est certain que les desseins du Roi n'ont pas réussi comme il eût été à désirer; néanmoins l'on ne peut désavouer que cette campagne ne soit toujours à l'avantage des affaires du Roi et au détriment de celles des ennemis. Vous avez toujours vécu dans leur pays, apporté des ruines incroyables tant par les vôtres que par les leurs, qui ont fait encore pis; la prise de ce lieu de Renty, encore qu'elle ne soit de grande importance, est de réputation d'avoir été faite à la barbe de deux années puissantes. De donner mon avis plus spécifiquement, ce seroit imprudence à moi, n'ayant la connoissance de toutes choses si particulièrement qu'il faudroit; mais ce que je puis dire de plus certain, est que je satisferai à tout ce qui me sera commandé, si Dieu m'en donne la force et le moyen, protestant que je finirai mes jours avec cette ferme résolution, bien marri que mon âge ne me le peut permettre selon mon désir. Si j'avois eu l'honneur de voir le Roi et son Eminence, je me serois possible mieux expliqué; néanmoins j'aime toujours mieux faire que dire. Fait ce lO*" août, au camp devant Renty.
P. S. J'aurai soin de faire pourvoir à toutes les réparations qui se peuvent faire.
LE MARÉCHAL DE LA FORCE AU CARDIXAL DE RICHELIEU
Félicitations sur la naissance du Dauphin.
Monseigneur, les témoignages si utiles et si avantageux 'septembre.
i63f. que votre Eminence rend tous les jours à la France de son Tscpiembre. gjjjQ^P cnvcrs Ic l\oi et au bien de son Etat, les peines et les soins qu'elle y contribue incessamment, doivent convier tous ses bons sujets et très-bumi)Ies serviteurs à appuyer ses bonnes intentions. Je suis des moindres en pouvoir, mais en alîectidn qui ne me voudrois laisser devancer. J'ai cru que votre Eminence auroit agréable que sur le contentement qu'elle aura reçu de l'bcureuse naissance de M. le Dauphin, qu'un chacun s'en conjouisse avec elle, et qu'elle prendra en bonne part que je joigne mes vœux aux siens, avec trèshumbles prières à Dieu, qu'il lui plaise remplir S, M. de ses plus singulières bénédictions, et qu'après avoir longuement et heureusement régné, elle laisse à sa postérité la gloire de son sceptre, et à vous. Monseigneur, vous combler de ses plus saintes faveurs, et faire que la reconnoissance due à vos émincntes vertus et sage conduite, vous soit généralement rendue selon l'obligation que nous y avons tous. Ce bont les souhaits de celui, etc. Au camp de Yauchelles, ce 7* septembre.
Fourniture el distribulion du pain à l'armée. — Fraudes et vols des munition -
naircs.
loseptembre Mousieuf, si j'ai ci-dcvaut fait des plaintes contre les munitionnaires, j'ai plus de sujet d'en faire à présent que jamais, car il semble qu'ils ont rejeté leurs désordres sur moi. Je puis vous assurer que j'y ai apporté tous les soins que je pouvois, et qu'incessamment je criois après cela : ce n'est pas que les soldats ni autres de cette armée aient entrepris de voler le pain comme ils disent ; lorsqu'on m'en est venu parler, j'ai commis le Prévôt pour informer avec résolution d'en faire faire une justice exemplaire, mais il ne s'est jamais trouvé que le mal fût advenu, le service que je dois à S. M. et mon honneur m'y obligeoient assez. L'abus et le prétexte des voleries que font lesdits munitionnaires ou leurs commis, consiste en ce qu'ils disent qu'on leur rompt les caissons en chemin et qu'on les pille de jour et de nuit; mais il
ne s'est jamais trouvé que cela fût. Ils s'excusent aussi sur ^»ce que lesdits caissons ne sont pas assurés, les serrures étant **^^'*'*'' '" faciles à être enlevées. J'ajouterai que leurs charretiers, à ce qu'ils me rapportent, vendent le pain; et néanmoins (juand je leur commando de faire arrêter les coupables, il ne s'en trouve pas. Voilà, Monsieur, ce quej'avois à vous représenter sur ce qui est du passé, et me promets que vous jugerez par là de la bonne foi desdits munilionnaires et commis, desquels je vous dirai encore (ju'ils n'ont jamais fait de voiture qu'il n'y ait manqué tantôt quatre, tantôt cini} mille pains, de quoi je parlai plusieurs fois à M. d'Orgeval, qui me mandoit fort soigneusement la ipiantité qu'il en avoit fait charger; mais en la distribution, le déchet susdit ne manquoit jamais de se rencontrer. Au reste, dés le commencement je leur ai fait donner un lieu commode pour leur magasin; que s'ils y sont volés c'est par eux-mêmes ou par le peu de vigilance qu'ils apportent à s'acquitter de leurs charges; mais plutôt à cause qu'ils ne veulent se servir dudit magasin, aimant mieux se tenir écartés à la campagne pour couvrir leurs fri[)onnories. Je vous promets que dorénavant je les tiendrai de plus prés que je n'ai fait, comme j'en ai déjà averti le sieur de Launay, que j'ai chargé de me venir dire le jour que le pain arrivera, pour en ordonner la délivrance ainsi qu'il sera à propos, et pareillement de me rapporter un état des délivrances aussitôt qu'il les aura faites , espérant par ce moyen d'éviter les plaintes et les abus. J'observerai l'ordre qui m'est prescrit d'envoyer quatre archers des meilleurs avec un Commissaire pour accompagner les caissons, et commanderai que les ^lajors des régiments ou leurs Sergents en cas d'absence ou de maladie, aillent prendre eux-mêmes le pain de leur corps, avec défense d'en bailler à d'autres personnes, qui sont des remèdes fort bons.
Mais je vous supplie, ^lonsieur, d'agréer que je vous représente que le retranchement que vous avez fait, met tout le monde au désespoir. L'extrait de la revue sur lequel vous vous êtes arrêté, n'est que des eflectifs qui peuvent se mettre sous les armes : les malades , valets, sergents, tambours et autres petits officiers n'y sont point compris. Je me sens obligé de vous dire que s'il falloit se tenir à l'état de la dis-
1638. tribution que vous avez envoyé, cela causeroit un grand 10 septembre, jésordre en toute l'armée ; et pour l'éviter, j'ai jugé à propos de faire distribuer pour aujourd'hui seulement la quantité ordinaire, qui n'est pas de vingt-quatre mille rations, ainsi qu'on a voulu vous faire entendre, mais de vingt et un mille seulement. Je m'en vais travailler à faire tout le rabais qui se pourra, et vous le manderai aussitôt pour exécuter ce qui me sera ordonné, désirant en toutes façons de contenter son Eminenco et de m'acquitter du service et de la bonne conduite que je dois. Ce 10"= septembre.
P. S. Je vous supplie, Monsieur, de ne douter point que je ne retranche tout ce qui se pourra. Je n'ai autre considération que celle du service de S. M. et de l'avantage de ses affaires. Depuis ce dessus écrit, j'ai fait faire par estimation, le plus exactement que j'ai pu, le retranchement ci-joint, et vous proteste qu'on n'en sauroit faire davantage, tellement que je vous supplie de m'envoyer un état là-dessus.
M. DES NOYERS AU MARÉCHAL DE LA FORCE
Victoire remportée près de Gèacs par M. de Pont-Courlay sur les galères d'Espagne.
isgeptembre. Monsieur, étant venu visiter cette place et n'ayant pas assez de temps pour aller jusqu'en votre quartier, comme j'eusse bien désiré pour avoir l'honneur de vous y voir, je vous écris ce mot pour vous donner avis que les galères du Roi ont gagné une bataille contre celles du Roi d'Espagne, dans les mers du Levant, à la vue de Gênes, où nos galères ont pris la patrone et la capitane d'Espagne, la patrone de Sicile et trois autres. 11 y est demeuré plus de deux mille cinq cents Espagnols naturels qui étoient déjà descendus desdites galères pour entrer dans l'Italie, et qu'ils avoient rechargés sur leurs galères pour le combat; que M. le Général des galères a su de Gênes, qu'il n'y est retourné que cinq de celles des ennemis qui en avoient quinze, toutes ces cinq étoient sans chiourme, sans soldats et absolument hors d'état de servir : de sorte que notre avantage a été bien plus grand que M. le Général des galères ne l'a pu mander, s'étant réservé d'en dire les particularités à la première occasion. U
VOUS plaira, Monsieur, faire tirer le canon pour témoigner la ^^^' réjouissance convenable d'une si bonne nouvelle, et que ce ^*^ ^ '*' soit séparément d'avec ce que vous aurez déjà fait ou pu faire pour la prise du Castclct. Je vous haise très-humblement les mains, et suis, etc. des Noyers. Au Castelet, ce 15^ septembre.
LE CARDINAL DE RICHELIEU AU MARQUIS DE LA FORCE
Il rend justice à sa conduite lors de la levée du siège de Fonlarabie.
Monsieur, je crois aisément le déplaisir que vous me té- 25septeinbre. moigncz avoir du malheur arrivé à Fontarabie, par celui que j'en ressens en mon particulier. Si chacun eût agi avec le même soin et affection que vous avez fait en cette occasion, assurément nous n'y serions pas tombés. Le Roi en est plus vivement touché que je ne saurois vous le représenter. M. des Noyers vous fait savoir comme S. M. ne trouvera pas mauvais que vous fassiez un tour en voire maison, ainsi que vous témoignez le désirer. Pour moi, je vous conjure de croire qu'en quelque lieu que vous soyez, etc. Le Cardinal DE Richelieu. De Magny, ce 25*= septembre.
LE JIARECnAL DE LA FORCE AU ROI.
Molifs qui l'onl décidé à quitter Hannape. — Licence et indiscipline de l'armée.
Sire, je suis très-marri que votre ^lajesté ait trouvé mau- i8 octobre, vais que je sois parti de Hannape, et qu'après lui avoir rendu compte des nécessités qui m'y ont contraint , elle ne laisse de m'en donner du blâme. C'est beaucoup de malheur à moi ; il faut que ce soit une trop grande imprudence à moi ou manque en la fidélité et affection que je dois à son service si je lui ai mandé les choses autrement qu'elles ne sont. Je n'ai pas jamais reçu de commandement d'y demeurer, bien à la vérité sur la frontière le plus que je pourrois : si je l'eusse pu faire avec le maintien et la subsistance de l'armée, je supplie très-humblement votre Majesté de croire que j'y eusse plutôt demeuré que de venir ici, où il n'y a que deux lieues de chemin ; mais il étoit hors de ma puissance d'y retenir les troupes , n'y pouvant avoir aucun fourrage que
•638 celui qu'ils venoient chercher en France, ayant même, en 18 octobre quinze jours que nous y avons demeuré, épuisé tout le voisinage; d'ailleurs, ils qiiittoient leurs quartiers pour venir ch.Tcher du couvert. Ainsi, les obéissants et plus considérés qui demeuroient dans leur devoir, outre qu'ils pâtissoient beauc()ui>,eteux et moi courions fortune d'être enlevés parles ennemis. Avant partir de Ilannape, j'avois donné un rendezvous général à toute l'armée à la commodité de tous les quartiers , il ne s'y trouva un seul corps de cavalerie Françoise qui est un manquement très-grand, et dont je blâme fort les officiers et INI. le Marquis de Praslin, qui m'avoua avec tous les autres qu'il en étoit au désespoir, et que tous les régiments de cavalerie étoient si foibles qu'ils n'avoient osé se présenter, étant hors de leur puissance de pouvoir retenir leurs cavalier», tant à cause de leur maladie, ruine de leurs chevaux, que pour chercher du couvert. Yotre Majesté saura , s'il lui plaît , combien de fois j'ai mandé à M. des Noyers les extrémités où je me trouvois ; et si après cela il me fût arrivé quelque échec , votre Majesté m'auroit encore plus blâmé, et proteste avec vérité qu'en quelque extrémité que je me sois jamais trouvé, je n'en ai eu jamais tant d'appréhension. Votre Majesté me fera l'honneur de croire, s'il lui plaît, que cette licence qui est parmi eux et cette désobéissance est violentée par la nécessité, et que j'ai apporté tout ce qui m'a été possible pour contenir toutes choses en bon devoir : je fais informer contre la plupart des officiers, tant de la cavalerie que de l'infanterie, qui ont quitté sans congé. 1! est certain qu'il se commet de grands désordres à plus de dix lieues d'ici, car ils courent de tous les côtés, et est impossible d'y apporter remède si les Prévôts n'y font mieux leur devoir. Quant au mal qui peut arriver du côté des ennemis , j'espère que nous les empêcherons bien ; pourvu que Landrccies et Catteau-Cambrésis se gardent de surprise, nous les garantirons bien de siège. Ils avaient un dessein sur Catteau , et s'en étoient approchés ; mais ils ont vu qu'ils étoient découverts, de sorte qu'ils s'en sont retournés, ainsi que M. de Vantoux m'a mandé, à qui j'avois, il y a déjà plusieurs jours, envoyé cent hommes que M. du Hallicr a depuis fait relever par cinq cents, et de plus lui fit tenir la
LES CONSULS DE MONTAUBAN AU MARÉC. DE LA FORCE. /jGl
poudre, mèches et plomb qu'il m'avoit demandés, tcllenieut 'ss?. qu'il n'y avoit rien à craindrc-de ce côté-là, mais seulement •^°<='<'^'«pour l'armée, ainsi que je représente par les raisons ci-dessus qui enfin nous contraignirent de partir de Ilannape, iiouvant assurer votre Majesté que cette délibération n'est pas venue de moi seul, et que cela a été avec l'avis de tous les principaux officiers, qui peuvent tous témoigner combien j'en ai été pressé à l'impossibilité qu'il y avoit d'y demeurer plus longtemps, ce que j'eusse bien souhaité, comme n'ayant point de plus forte passion que de donner par mes très-humbles et fidèles services toute satisfaction à votre Majesté, et de lui rendre de véritables preuves de l'obéissance que je lui dois, Sire, etc. A Guise, ce 18" octobre.
LES CONSULS DE MONTAUBAN AU MARECHAL DE LA FORCE. Ils dcclareni lui devoir leur salut.
Monseigneur, nous n'avons point de plus grand intérêt i639 que de conserver chèrement la mémoire des biens que nous Janvier. avons reçus de vous, et de l'honneur qu'il vous a plu nous faire de vous souvenir de cette communauté; il est vrai , Monseigneur, que vous en avez quelque sujet, car tenant notre salut de vous, il ne seroit pas juste que nous vous fussions indifférents, et osons encore bien espérer que, nous ayant retirés des occasions qui nous faisoicnt évidemment voir notre perte, vous achèverez votre œuvre en nous protégeant de votre faveur, et comblerez par ce moyen la mesure des obligations qui nous attachent très-ètroitement à votre service, vous suppliant très-humblement. Monseigneur, de croire que nous ne nous éloignerons jamais du respect et de l'obéissance, et que nous continuerons les prières que nous avons toujours faites à Dieu pour la durée de vos jours, pour la conservation de votre santé et pour la prospérité de votre Maison. Ce sont aujourd'hui les vœux de toute la France, lesquels nous multiplierons avec ardeur, comme jilus particulièrement obligés à consacrer nos vies pour vous faire
!l62 CORRESPONDANCES.
t639. connoître que nous sommes par inclination et par devoir.
Janvier. Monseigneur, vos très-humbles, très-fidèles et très-obéissants
serviteurs, les Consuls de la ville de Montauban, Thierry
Sabo>">'ières, Consul; de Fraxces, Consul. A Montauban,
ce... janvier.
16 mars.