CHAPITRE IL
présmt à la disposition da BaiUif . Ledit sieur de Pa- m3i. nissault se servoit de tous ces moyens pour persuader à ceux de Bergerac le mauvais état auquel ils se trouvoient pour pouvoir résister^ et que s'ils ne songeoient promptement à eux, qu'ils éCoient tous perdus , et que le Roi ne venoit là que pour attraper monsieur de la Force , ce qui seroit cause de leur ruine; souvent même il parloit trop librement devant les habitants^ mais à dessein, représentant à monsieur de la Force la foiblesse de la ville , le peu de gens qu'il avoit pour la défendre, et l'impossibilité à pouvoir résister, et avec cela ledit Panissault faisant toujours bonne mine et se. montrant bien résolu à bien faire.
Nous dirons encore auparavant ceci qui est considérable j c'est que le Baillif de Bergerac homme violent qui avoit paru tant échauffé (en qui le sieur de Castelnaut avoit une particulière confiance , et qu'il avoit toujours maintenu et soutenu contre ses ennemis, ne faisant rien sans le lui communiquer,) voyant le Roi approcher et le peu de résistance qu'il avoit trouvée aux places qu'il avoit voulu attaquer, et que presque toutes cdles de la province étoient disposées à lui rendre obéissance, et avant ce tempsla le sieur de Bourdeille, Sénéchal et Gouverneur de Périgord, l'ayant fait solliciter, enfin je ne sais
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tm. par quelle lâcheté et perfidie, et pour la crainte de perdre sa charge, la paix venant à se faire, sachant bien d'ailleurs que le lieutenant-général Charon ne s'y épargneroit pas, bref ledit Baillif prêta roreîlle aux propositions qu'on lui faisoit, et souvent depuis il donna rendez-vous à une sienne métairie, qu'il a voit près de Bergerac, à celui que monsieur de Bourdeille envoyoit vers lui, et on ne soupçonna jamais ses allées et venues, car on se fioit trop à lui, et c'étoit durant les moissons.
Mais comme ledit Bailiif ne s'assuroit pas bien aux promesses que le sieur de Bourdeille lui faisoit foire, il retira des seings du Maire, son cousin, nommé Tireguan (jeune homme qui avoit été mis là par lui pour en mieux disposer à sa volonté), et de quelque autre des Consuls, et envoya un certain Lafargue, marchand, vers le Roi, pour l'assurer de sa fidélité et affection et des moyens qu'il avoit de lui rendre service à cause du grand pou— voir et crédit qu'il avoit dans Bergerac, à l'aide duquel il obligeroit les habitants à recevoir sa Ma-^ jesté. Et il eut ce bonheur qu'il ne fut jamais dé* couvert, ni même soupçonné.
Ainsi tous contribuent à leur malheur et travers sent les bons desseins du sieur de la Force, et dé'* tournent les volontés des bien affactioiméi. Le
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siettr de Panissault représente à monsieur de la ^^^ Force qu'il ne se doit pas fier aux habitants de.qui dépendoit la principale force ^ et que tandis qu'il •'amusera à défendre les bastions qui sont hors Ten» ceinte des murailles de la ville » que les habitants pour faire leur paix , lui fermeront la porte et le laisseront perdre avec toute sa famille. £t comme il étoit bien rusé et plein d'inventions , ce li^'étoit que pour l'obliger à se retirer^ et sous l'espérance qu'il eH seroit après le maître et que toutes choses ^ dépendroient de lui» En outre il fait en sorte de porter les habitants à donner une montre aux sol* dats étrangers, faisant semblant de les vouloir cou* vier par ce moyen à mieux faire leur devoir, et travailler aux réparations et parachèvement deft fortifications. Mais il faut croire que son dessein étoit d'en faire voir plutôt le petit nombre , car il ne s'en trouva d'étrangers qu'environ huit cents^ tous du r^iment du sieur de Gastelnaut, et trots compagnies qui étoient du régiment du sietur de Montpeuillan, car on n'y comprenoit pas ceux qui éloient de Bergerac ou du voisinage»
Nous oublions à dire que souvent monsieur de la Force avoit assemblé les habitants en Jurade à la Maison de Ville et même dans le temple, parce ^'iU ae vouloient assurer qu'il ne les abandoo-
IftO MÉMOIRES DU MA&QtlS DE GASTELHACT.
i«u« neroit pas et demeureroit avec eux, et vouloient qu'il leur en donnât sa foi et sa parole, à cause qu'on les avoit voulu persuader qu'il les quitteroit et ne s'engageroit pas dans un siége^ ce que le sieur de la Force leur promit absolument et par même moyen aussi il vouloit être assuré de leurs intentions et volontés, afin de les disposer à se pourvoir des choses nécessaires pour leur défense et c<mservation. Et quoique souvent il leur eut promis de demeurer avec eux^ à diverses fois encore^ ils le lui firent jurer et promettre, témoignant aussi de leur côté et l'assurant avec une grande résolution que pourvu qu'il demeurât avec eux, qu'ils se feroient tous ensevelir sous leurs bastions plutôt que de se rendre et l'abandonner. En ce temps, la nouvelle arrive que le Roi est à Centras; soudain plusieurs des habitants et des plus affectionnés prient le sieur de Gastelnaut, leur Gouverneur, de vouloir bien faire assembler la Jurade et qu'ib désirent encore parler à monsieur de la Force ayant à lui représenter des choses qu'ils jugent nécessah^es pour leur conservation. Le sieur de la Force s'en va à la Jurade, les assure encore de nouveau que s*ils continuent dans leur résolution de se vouloir bien défendre, qu'il mourra avec eux et qu'il ne faut pas douter que si le Roi
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apprend qu'ils sont bien résolus, qu'il ne viendra tm. pas à Bergerac, n'y ayant pas d'apparence qu'avec une armée fatiguée et venant d'un siège qui a beaucoup coûté, on aille en entreprendre un autre bien plus difficile; se promettant par la connoissance qu'il a aux affaires, que quand on l'entreprendroit, qu'on n'en sauroit même venir à bout, et que quoique leurs fortifications soient imparfaites, elles sont néanmoins ^capables pour se bien défendre ; qu'il ne faut point aussi qu'ils appréhendent sur le petit nombre de soldats ; que chacun faisant bien son devoir, qu'ils sont assez, et qu'il ne falloit pas douter qu'il s'y en jetât bon nombre encore. Tous d'une voix crient qu'ils sont résolus à se bien défendre et pour cet effet qu'ils ne veulent rien épargner, et que plutôt que de se rendre qu'ils périront tous; qu'ils supplient seulement monsieur de la Force de vouloir pourvoir à ce que les bleds nouvellement amassés et qui sont encore à la campagne et dans les métairies, soient portés dans la ville ; qu'il y a aussi quantité de vin, de bestial et autres choses; qu'ib le supplient d'ordonner des gens à ce que tout cela soit conduit dans la ville, tant pour empêcher que les ennemis ne s'en pré- / vaillent qu'à cause de la commodité que cela leur apportera.
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^•w. Monsieur de la Force trouve cela très à propos. Âpres cette supplication, ils lui en firent une au* tre, le priant que ce qu'on ne pourra faire con-< duire, de vouloir bien en faire faire le d^t et sui^ tout de faire rompre certains moulins qui éloient es environs de la ville, de vouloir aussi contraindre et faire venir plusieurs paysans pour leur servir de pionniers et faire leur travail durant le siège, et d'apporter les ferrements qu'ils trouveroient.
Pour le dégât, le sieur de la Force n'approuva pas qu'on y dût encore mettre la main^ cela se pouvant même faire à la vue de l'ennemi, et qu'il y auroit assez de temps si l'on savoit que le Roi s'approchoit. A toutes ces résolutions pas un bourgeois ne fut contredisant; monsieur de la Force commanda à son (ils de Castelnaut d'ordonner tant de la cavalerie que des gens de pied pour mettre à exécution ce qui avoit été résolu. Il fait préparer quatre troupes pour sortir à la pointe du jour. Voilà que sur la mi-^nuit quelques sentinelles et ensuite le corps de garde tirèrent quelques mousque^ tades, ce qui donna une très-grande alarme, tellement que monsieur de Castelnaut y accourut, et avant que tout fût apaisé, voyant le jour s'approcher, et pour ne pas se détourner de certains af-^ faires nécessaires à quoi il s'occupoit, il envoie les