CHAPITRE n
de longue main, l'avoient oblige à tout quitter et «««• abandonner à leur prière ppur les venir assister, et que cela les devoit d'autant plus obliger à ne lui manquer de parole, et qu'il y en avoit là qu'il sa- ▼oit bien, qui ne se soucioient guère de ce qui pourroit arriver, se confiant que par l'assistance et entremise de monsieur de Pardaillan ' et de Charon, lieutenant général de Bergerac, et d'autres leurs parents et amis, qui étoient hors la ville, qu'ils feroient conserver leurs personnes et leurs biens ; que si telle étoit leur intention ou confiance, que ce seroit grandement tromper monsieur de la Force, et qu'ils ne dévoient pas l'abuser-
Sur quoi ils repartirent n'y avoir jamais songé, qu'ils aimeroient mieux mille fois mourir que d'a- Toir fait une telle lâcheté, et qu'il ne se trouveront point de bourgeois' dans la ville qui exposassent plus librement leur vie pour leur conservation, qu'ils ne le feroient.
Monsieur de la Force en les flattant, leur dît qu'il s'en assuroit, et tâcha à leur persuader qu'il ne falloit qu'avoir une bonne résolution, et qu'avec Taide de Dieu, il les conserverort.
^ Dans le manuscrit déjà cité, il se trouve cette yariante : De Jf. de Pardaillan et de ceux de sa faction, comme de Charon, lieutenant général, de Prioteau, jprocur^ur du Roi, de Gilet et quelques amtres qui étoient hors la ville, etc.
iM MÉMOIRES DU MARQUIS DS GASTBLNAUT.
Cependant monsieur de la Force avoit eommaiidé au sieur de Belsunce, accompagné de sept ou huit hommes bien montés, ayant seulement leurs cuirasses, d'aller battre l'estrade du côté de Puynormand et de Coutras pour apprendre des nouvelles et le tenir averti de la route que le Roi prendroit, et si les troupes s'avançoient du côté de Bergerac» ce que ne croyoit pas monsieur de la Force, car on tenoit pour résolu que le Roi s'en iroit à Bordeaux^ et qu'avant rien entreprendre, il vouloit avoir une connoissance plus certaine de l'état (fes affaires.
Sur cela le sieur de Castelnaut congédia les gens de guerre et retourna au travail des fortifications. Le Marquis de la Force y faisoit aussi travailler avec grand soin et faisant faire un bastion à ses dépens par ceux de la terre de la Force;- monsieur de Castelnaut donnoit aussi son argent aux travailleurs, ne pouvant plus obliger à y venir les paysans du voisinage qui tous a voient quitté*
Mais environ une heure après midi, voici que les mêmes qui avoient été le matin au logis du sieur de la Force, et qui avoient promis de si bien faire, le reviennent trouver pour lui représenter le mauvais état de leurs fortifications, le petit nombre qu'il y avoit de gens de guerre pour se pouvoir défendre.
CHAnriE IL un
luiaUëguaDt que lui-même, Hs lui avoient ouï dire mm. quil faMcAt quatre mille hommes pour défendre cette place; qu'à grand'peiae d'uhs ou d'autres s'en troureroit-il la moitié.
Le Baillif qui tous les jours se voyoit à une sienne stiëlairie avec un gentilhomme du sieur de Pardaillan, et traitoit des moyens de faire en sorte que h Tille se rendit, ajouta qu'il n'y avoit pas de poudres dans la ville, qu'il n'y en avoit pas cinquante quintaux. Sur quoi monsieur de la Force lui dit : Vous m'ipoez toujours assuré qxCil y en avoit deux cents quintaux, et que les bourgeois en avoient bien encore autant. Et de cela il est vrai qu'il n'y en avoit guéres à dire, mais le Baillif repartit que la réputation de la ville lobligeoit à en parler de cette feçon, et ajouta à tout cela qu'il lui sembloit, vu leur mauvais état, qu'il vaudroit mieux qu'ils obéissent et se soumissent à la clémence et miséricorde du Roi, que non pas, y étant contraints, de voir rentière ruine de leurs personnes, de leurs familles et de leurs biens.
Le sieur de la Force ne put souffrir cette harangue, et leur dit encore : // n^est plus temps ; le Roi est à votre porte, si vous ne vous résolvez point à votts défendre, quelle condition espérez^ous avoir? Au reste, quoi qtCon vous promené^ on ne vous le tiendra
IM . MÉMOIRES DU MÂEQUIS DE GASTEIifAET*
pas, et au premier jour vous <mrez ici une garnison et une ciUldelle, et par conséquent Fenlière ruine dt votre ville, au UeH que si vous vous résolvez à vous défendra, j'oserais gager nia vie que le Roi ny viendra pas ; vow savez que si Pons etU tenu, que leJRoi ne fût pas venu en ce pays ; ni même sans les assurances quont données messieurs. de Pardaillan et Charon, que vous ne sou-tiendriez pas un siège, sans doute que le Roi ns se fût pas approché et quon eût recherché des moyens de paix ; le Connétable de Luynes croyant m avoir assez fait que d'avoir' pris Saint-Jean, pour s'installer en sa charge et faire parler de lui. Pour vos fortifications, reposez-vous-en sur moi, il n'y a pas grand' chose à faire , et mime ils ne me sauraient empêcher de les mettre en état. Pour des hommes, nous en avons assez. Des munitions, je m'assure quil s'en trouvera bon nombre et que nous en aurons de reste, outre quil y a toujours moyen d'en faire.
Et il est vrai de dire qu'il y avoit déjà un moulin dressé, et qui travailloit à Cela, eomme aussi des fondeurs qui faisoienl de rartillerié.
Tant y a que le sieur de la Force les battit de tant de raisons, outre que ceux-ci savoient bien que le reste des bourgeois qui se'trouvoient lors au travail, n'étoient pas de même Tolonté qu'eux, qu ils furent encore contrainls de s'en retourmr,
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laissaût quelque espérance de bien faire au sieiir de .«^• la Force.
Est à noter que ce jour-là le sieur de Panissault ne vint pas à Bergerac, et rie laissoit pourtant de faire jouer les plus puissants ressorts, pour faire que les habitants se résolussent à députer vers le Roi et à abandonner monsieur de la Force, ou à -tout le moins à faire en sorte qu'ils se divisassent tellement entre eur, que monsieur de la Force jugeât qu'il n'y avoit point de sûreté pour lui.
Cependant le Baillif de Bergerac avec les autres, fait sa brigue, et fait en sorte qu'il assemble environ iitie quarantaine des principaux, bourgeois et de ceux qui étoient rentrés dans la ville, car bon nombre en étoient sortis, auparavant, soit qu'ils fussent de la cabale de Charon, ou que lappréhension d'un siège les en eût fait sortir. Us reviennent avec ce nombre au logis du sieur de la Force étant déjà nuit, lui disent sans marchander, qu ils étaient résolus de mander au Roi que si leurs porter néloierU pas assez larges pour l\ii faire entrée^ quils romproient dé leurs murailles, et queceèt la volonté générale de tous les principaux habitants, quils le supplient donc de ne le tr&ucer mauvais , et que pour cet effet ih avaient n(mmé des députés pour aller trouver sa Ma-
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jesié ei protester de leur obéissance, et que même à^ ils les avoient fait partir.
De ce changement si surprenant il ne faut pas douter que nK>nsieur de la Force ne se trouvât uo peu étonné, car il n'avoit tenu qu à lui qu'il n'eut fait sa paix fort avantageuse^ lui ayant été offerte à diverses fois; mais il préférait la gloire de Dieu et le bien et conservation de ses églises à sou particulier, et connoissoit assez que ce qu'on lui offixHt, n'éloit ni par affection ni bonne volonté qu'on lui portât, mais qu'on tàchoit à le corrompre par promesse, aGn qu'il ne les empêchât pas de venir à bout de leurs desseins, qui tendoient à la ruine entière de ceux de la Religion.
Et particulièrement encore, il n'y avoit pas huit jours que le sieur de Régagnac, capitaine au régiment de Navarre, et de la Religion, avoit été vers lui pour cela ; il ne faut pas douter aussi que, s'il se fût voiiki amuser aux deux Tonneins et à Clairac (lieux aussi capables pour leur assiette, voire davantage, et en aussi bon et meilleur état pour se pouvrâr défendre que Bei^rac), que ces peu(^ qui sont fort soldats, ne s'y fussent résolus; mais la grande conOanœ qu'il avoit à Bergerac, la presse que tout ee peuple lui avoit donnée d'y retourner, et aussi pour ce que celte place étoit la plus avancée et k
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première sur le chemin du Roi, qu'elle étoit jugée la plus importante de la province, et que de longue main il en avoit été Gouverneur, et les avoil grandement obligés et leur avoit témoigné son affection en plusieurs occasions, tout cela Tavoit fait résoudre à s'employer particulièrement à la défense de ce lieu.
Il leur dit donc : Messieurs^ si c'est là voire volontij bien que je le pourrais, je ne vous veux pas con' iraindre ni forcer; bien qu'aussi vous m me deviez pas avoir abusé et trompé comme vous faites, car à, votre considération et très-instante prière, j'ai aban-donné tout le reste et me suis rendu en ce lieu, et vous ai témoigné n'y vouloir épargner ni ma vie, ni mes biens, et y ai employé mes amis qui se sont ici engagés avec moi pour votre conservation et défense ; mais je vois bien que ce sera donc à moi à aviser à ce que f aurai à faire^
Ea ce temps-là monsieur de la Force étoit tout indisposé et particulièrement d'un érysipèle à la jambe qui l'obligeoit le plus souvent à garder le lit. Ces messieurs l'ayant quitté sans qu'ils se voulus^ sent départir de leur résolution, monsieur de la Force monte à cheval pour aller trouver ses enfants qm ëtoient au travail, et conférer avec eux de ce qn'il avoit à faire. D trouva monsieur le Marquis
iêu. de la Force le premier, et après «monsieur de Çastelnaut ; il fut résolu entre eux qu'il assembleroit à son logis toutes les personnes de commandement et autres de considération qui à son occasion s'éloient rendues à Bergerac, et qu'il leur communiqueroit la résolution de ceux de la ville, et prendroit leur avis là-dessus ; il envoya aussi chercher le sieur de Panissault, de qui la maison éloit assez proche de Bergerac; mais lui qui sa voit bien de quoi il étoit question^ refusa d'y venir.
Mais comme monsieur de la Force ne lui avoit pas mandé le sujet pourquoi il l'appeloit, ily ren* voya le sieur de Barraud pour le lui dire, et vu Fimportance de l'affaire^ il le conjuroit encore de, venir; ce que refusa FaniSsauU pour la seconde fois, quoiqu'il n'eût ni empêchement ni excuse pour s'en pouvoir dédire^ et il manda à monsieur de la Force de s'en aller à Tonneins ou à Clairac avec tous lès gens de guerre qu'il avoit, l'assurant qu'avec ce qu'il y mènera, il obligera les habitants à se défendre, mais sans s'offrir de les accompagner.
Cependant la connoissance que monsieur de la Force donna de la résolution qu'avoient prise ceux de Bergerac, surprit et étonna tous ces messieurs qui étoient là assemblés; un chacun d'eux étant plutôt persuadé de voir arriver toute autre chose
que cela, car le coniûiun de la bourgeoisie éloit fort laBi. résolu et tellement bien disposé que si la chose leur, eut été communiquée^ sans doute qu'ils se fussent . émus et eussent fait sédition^ d*où ceux qui étoient venus porter la parole au sieur de la Force de îeurç intentions et résolutions, ne se fussent pas bien trouvés, car outre cela, de longue main le peuple en soupçonnoit qudques-uns et avoit mauvaise opinion d'eux. '
Toutes les raisons et considérations qui se peuvent, furent alléguées sur ce sujet, et il fut jugé que, bien que monsieur de la Force fût assez puis* sant pour contraindre les habitants et les ranger à sa volonté, que néanmoins, étant obligé d'employer des gens de guerre pour se maintenir le maître, que ce seroit beaucoup s'afToiblir, et que toujours aussi on auroif sujet de les sou|)çonner et craindre; et que d'avoir, à se garder du dehors, que ce seroit se vouloir hasarder au delà de la témërî(|é ou de l'inconsi.dération, vu qu'on ne se pouvoit promettre nulle assistance des habitants qui peut-être au plus grand besoin lui feroient faux-bond, que le nom- : bre des gens de guerre aussi sans Tassis tance de ceux de la ville, nétoit ni suffisant ni capable* à soutenir un siège. • "
Ainsi ils conseillent tous au sieur de la Force .de
se retirer. Les uns proposent de gagner la Garonne avec les gens de guerre qui étoient là, et de tacher à faire résoudre ou Claîrac ou ceux de Tonneîns à se défendre ; les autres, de se retirer du côté de Monflanquin et Tournon, et de là, selon qu*on verroit, de gagner Montauban. Mais à cela d'autres opposent ces raisons : que déjà la plupart des villes avoient envoyé leurs députés vers le Roi pour protester de leur obéissance, sous les promesses que le sieur de Fardai llan leur avoit faites, que le Roi ne demanderoit autre chose d*eux et qu'il ne seroit rien innové en leur état et condition ; bien plus que le Roi n'iroit pas dans leurs villes, et que c'est séur lement à monsieur de la Force à qui il en veut : ils ajoutent encore qu'il est même à craindre que ces villes ne le reçoivent pas, et que de s'engager à la campagne avec un petit nombre de gens de guerre, il n'y avoit pas d'apparence de succès ; que le chemin étoit long et qu'il seroit très-difficile ou même impossible de s'y pouvoir conduire.
Partant il fut résolu que monsieur de la Force prendroit le chemin ou la route qu'il jugeroît le plus à propos pour mettre en sûreté sa personne.
Et cependant par une insigne perGdie et trahison, le sieur de Panissault dépèche incontinent mt des siens nommé Boulon pour donner avis au Roi
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de la résolution qu'il croyoit que monsieur de la ««fc Force prendroit selon l'avis qu'il lui en avoit donné, et que si sa Majesté faisoit partir proniptement de la cavalerie, sans doute elle pourroit l'aCtraper en chemin.
Boulou partant à la nuit, avec une grande dilicence, arrive le matin à soleil levé à Coutras, parle au Roi y lequel ordonne tout soudain à monsieur le Maréchal de Saint-Géran de se mettre sur la piste de monsieur de la Force avec toute sa cavalerie, sur la créance qu'on avoit qu'il prendroit son chemin du coté de la Garonne, et le Maréchal se rendit le jour même à Miremont.
Monsieur de la Force avant son départ de Bergerac, n'eut loisir de mettre ordre. à ses affaires qu'environ deux heures qui restoient pour aller au jour, et il monta à cheval encore assez irrésolu de ce qu'il deviendra et du chemin qu'il prendra, et fort en peine de ce qu'il avoit là madame de la Force, sa femme, la Marquise de la Force et celle de Castelnaut, ses belles-riUes, la Comtesse d'Orval, sa fille, enfin presque toute sa famille hormis les sieurs d'Eymet et de Montpouillan, Tun dans Tonneins-dessus, et l'autre dans Nérac assiégé.
Tous partent néanmoins le matin même de Bergmcy et prranent même route du côté de Cugnac^
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WM' maison de monsieur de Castelnaut^ et foi-t peu de gens, exceptiJ leurs domestiques, les suivirent.
Est à noter que dans la ville de Bergerac, plusieui*s paroissent i^ifiniment étonnés, les voyant ainsi sortir et s'en aller, n'ayant nulle connoissance des pratiques du Baillif ; les uns lé$ larmes aux yeux témoignent l'appréhension de leur malheur et de leur ruine; les autres d'un visage assez conlent témoignent d'être bien aises que monsieur de la Force s'en aille.
Mais comme ib furent au sortir du faubourg de la Madeleine environ^ soleil levé,' ils virent que Panissault y arrivoit du côté de la rivière, où il ne fut pas sitôt abordé, qu'il commença à crier : Courage j enfants, vive h Roi ^ vive le Roi! Ce que voyant le sieur de Castelhaut et jiigèant de la trahison par ce discours, il voulut aller à lui, résolu de le tuer ou dé se perdre ; car comme on avoit fait sortir taus les gens de guerrie pour les -congédier, remettant à la volonté de ceux qui étoient à cheval de Suivre monsieur de la Foj^ce, ceux de Bergerac avoient pris les armes et s'étoient mis aux portes; maïs monsieur de la Force empêcha monsieur de Ca^tel- -naut de suivre son dessein, et le fit revenir.
Il faut encore que je die ici que le -sieur, de là Force, quelques jours mêmes avant de sortir de Ber-
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gerac; ne pût jamais obliger personne d'iceux à lui *^ prêter de Tiirgent, quoique le bruit étoit qu'il y avbit cîriq'cent mille livres à prêter, et pour cela il offrit engage sa vaisselle et sa pièrr^rie, si bîeti que lorsqu'il partit, lui et monsieur le Marquis de Ja Force n'avoient que soixante pistoles qu'ils partagèrent entre eux a leur séparation; mais par hasard quelques jcJurs auparavant le sîcur de Gastel- • i^aiit avoit emprunté douzfs eents écus pour faire travailler aux forufications de Bergerac, il lui en resloit quatre cents qui .firent bien besoin à monsieur de la Force^ •
Environ à deux lieues de Bergerac, il fu-t quesr tiou que le sieur de laî Force abandonnât les femmes pojur prendre sa route du côtédeMonflanquin; de dire, combien cette- séparation fut rude et pleine d'affliction, nous le laisserons à l'imagination de ceux qui sesont trourés en pareilles* occasions : • car à ce coup d'une Maison très^splendide et puissante, elle se voit réduite à une très-grande extrémiléy ne sachant qu'est-ce qu'ils deviendront, et §i une fois ils sont séparés^ comme l'occasion et leur malheureux état les y obligent, s'ils dévoient jamais plus espérer de se voir réunis? •
Cette séparation étoit donc pitoyable et douloureuse, et principalement aux femmes qui voient
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s'éloigner leurs maris et leurs enfants; néanmoiiis monsieur de la Force d'une constance admirable, supporte un si rude choc de la fortune, et prend sa route à Monflanquin où il est reçu du Gouverneur et des habitants, non en intention qu'il s'y arrêtât et de le protéger, car ils éloient de ceux qui avoient envoyé vers le Roi^ mais seulement de lui faciliter son passage.
Là encore il fallut faire une nouvelle séparation^ le sieur d^ la Force renvoie son jeune fils de Castelmoron retrouver sa mère pour être encore trop foible à pouvoir supporter la fatigue de la guerre. Il se soumit avec un très-grand déplaisir à Tobéissance et volonté de son père^ lequel aussi jugea à propos que le Marquis de la Force avec la plupart des gens de cheval qu'il avoit avec lui, s'en retournât à Clair ac où il avoit été reçu des habitants pour Gouverneur, pour voir s'ils seroient en volonté de se défendre, comme aussi ceux de Tonneins où le Baron d'Eymet étoit.
Le sieur de la Force avec les Marquis de Castelnaut et de Tonneins, ses autres enfants, et son petit-fils le Baron de Boisse, prit une heure avant jour le chemin de Tournon, où après avoir diné de bon matin chez le sieur de Vivans, Gouverneur, il monta à cheval pouvant être en tout, hors ses do-
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meetiques, une vingtaine d'hommes de défense à cheval^ une partie même étant de ses gardes ; et ayant choisi de bons guides, il prit la route de Caussade, étant impossible de pouvoir passer ailleurs; et fallut que caché dans des bois, il attendit la nuit pour favoriser son passage qui lui eût été très-difficile autrement. Encore avec cela se conduisit-il avec beaucoup de peine et parmi mille alarmes et quantité de mousquetades de divers lieux où la nécessité le contraignoit de passer. De même il lui falloit traverser un ruisseau non guéable sur un pont bien barricadé, où les voisins du lieu faisoient garde ordinairement t que s'il se fût trouvé qu'ils y euss^it été cette nuit-là, il auroit été exposé à un grand danger et bien empêché de pouvoir passer ailleurs, mais le guide très-expert et sachant bien les chemins, faisant arrêter monsieur de la Force, prit une autre route avec lui, et tous deux à pied pour ne point faire de bruit et pour n'être pas découverts, furent reconnoître le pont et n'y trouvèrent personne»
Le Marquis de la Force fut à Clairac, Içur offrant d'employer sa vie et celle de ses amis pour leur conservation ; bien que quelque partie des habitants fût en volonté de se défendre, néanmoins, il n'en put avoir d'autre résolution sinon qu'ils vouloiait
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atteodre quelle réponse leur rapporteroient les députés qu* ils avoient envoyés vers le Roi. Sur quoi il leur déclara que dans eette incertitude^ il ne pouvoit demeurer avec eux, vu que venant a àe soumettre en l'obéissance, il n'y avoit plus de sûreté pour lui, ni moyen de pouvoirse retirer ailleurs, ils le prièrent en tout cas de leur laisser quelqu'un pour les commander bHIs en avoient besoin ; il leur laissa Peyrebrunè de Saint-Orse^ homme capable de servir s'il ne se fût laissé gagner au bon vin de Clairac, comme il fit* par la suite.
Delà, le Marquis de la Force futà Tonneins-dessus où étoit son frère.d'Eymet. H troHva tous ceux de ce lieu qui sont particulièrement ses sujets, fort disposés à ce qu*il eût voulu, mais sans ceux de Tonneins-dessous il n'y avoit pas. d'apparence de s'engager en ce lieu-là; il fit bien tout ce qu'il put pour engager ceux deTonneins-dessous à sç défendre, mais de longue main le Gouverneur * n'en valoit rien, et avoit encore été sollicité et corrompu par mçnsietir de Pardaillan, lellement qu'il fut impossible de les y disposer ^ et par ainsi le Marquis de la Force et monsieur d'Eymet se résolurent à prendre leur route vers Castelnaut.
1 iacques de Bruet, sieur de la Garde, dont il a élé parlé dans les Méinoirei.de la Force.