CHAPITRE n
En même temps le Roi s'achemina à Sainte-Foi tm. et Bergerac; et ceux de Nérac se voyant hors d'es- *^* ^ pérance d^étre secourus, et du reste la place assez foible par elle-même ne s'étant maintenue juscpi'à cette heure qae par la valeur de ceux qui étoient dedans, après avoir reçu des nouvelles de monsieur de la Force qui leur donnoit avis de ce qui se pas« soit et de tacher à faire la plus honorable capitulation qu'ils pourroient, s^étoient rendus à mon* tj^iueu sieur de Mayenne sous de fort bonnes conditions; et monsieur de Montpouillan étant venu retrouver ses frères, s'en alla à Gastelnaut avec eux.
Monsieur xie la Force ayant passé toute la nuit et demeuré plus de vingt-quatre heures à cheval, arrive à Caussade, lieu qui appartenoit à monsieur i^iiuiki. de Sully et qu'on avoit commencé à très-bien fortifier, il n'y trouva pas comme il le croyoit^ Te Comte d'Orval, son gendre, qui étoit allé vers Castres avec monsieur de Rohan. Son arriviée fut sue incontinent par tous ces quartiers-là, entre autres à Saint- Antonin^ où étoit un Béarnois nommé Mazéres, ou autrement le Comte de Bourgfranc, que monsieur de Rohan y avoit mis pour Gouverneur pour la bonne opinion qu'il avoit de lui , lequel aussitôt qu'il sut que monsieur de la Force étoit à Caussade^
ne manqua pas d y aller ; et y arrivant environ la mi- IV. M
IdS MÉMOnU DU MAIQI» H CABIZLNAOT.
nuit| le va trou?er au lit malade des grandes douleurs que son érysipèle lui cauaoiii a'enquiert de ce qui a^est paaaé en Guyenne^ et ayant demeuré un Couple d'heures aveC lui, part promptement et sans donner au sieur de la Force le temps de pouvoir s'enquérir de l'état des affaires de ce pays-là, bien qu'il l'en priât et de vouloir s'arrêter un peu; même qu'il le fit suivre par son valet de chambre pour l'en prier encore | c'est ce que ledit Bourgfranc ne voulut pas faire I et prit son chemin droit à Montauban sans en donner connoissance à monsieurde la Force. Et ne faut pas douter qu'il ne s'y en allât en diligence et avec de mauvais desseina; et s'imaginant que monsieur de la Force pourroit s'y ach6miner le lendemain » il le voulut prévenir pour préoccuper les esprits de ceux de Montauban, et faire en sorte qu'ils ne le voulussent point recevoir, leur persuadant, car il étoit un peu charlatan, que comme il avoit perdu le Béarn et la Guyenne, qu'il venoit pour en faire autant de Montauban, s'il pouvoit ; jugeant bien que si monsieur de la Force y étoit reçu, qu'à cause de sa capacité et bonne conduite, que cela nuiroit beaucoup à ses desseins et l'empécheroit de pouvoir si facilement réussir.
Voici que le lendemain matin, ceux de Montau-
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ban envoient deux députés vers le sieur de la Forée )>lutôt pour apprendre de lui Tétat des afibirea de Guyenne que pour lui offrir leur aasistance et re^ traite en leur ville, car ils ne lui en dirent pas un mot, et tout cela par le conseil du Comte de Bourgfranc qui jugeoit bien d'ailleurs que sa présence ef&ceroit son lustre et diminueroit une partie de son autorité, car par sa cajolerie il s'étoit acquis du crédit et du pouvoir parmi eux, et ils lavoient en bonne estime*
Cela toucha grandement au cœur monsienr de la Force et lui donna, si vous le voulez, un plus sensible déplaisir que celui d'avoir été contraint de quitter Bergerac et de se séparer de sa femme et de ses enfants, jugeant bien que tout cela ne procédoit que des mauvais offices que lui avoit rendus le Comte de Bourgfranc et par conséquent de la mauvaise opinion qu'on avoit-conçue de lui.
U rendit raison aux députés, dont l'un s'appeloit
le sieur Dubois et l'autre ,.de tout ce qu'ils
lui demandèrent, et leur dit même son opinion des affaires du temps^ mais ce fut sans leur donner con* noissance aussi qu'il eût dessein d'aller à Montauban. Ceux qui pour lors étoient auprès de lui, lui ouïrent dire en se plaignant de son malheur, que s'il savoU la moindre bicoque du monde qui eût envie
iSft 1IÉII0IBS8 DU MARQUIS DE CASTEUfAM.
de se défendre, qu*il irait se jeter dedans et au méfrù de $a vie, témoigner qu'il étoit hamme de bien et fairi perdre la mauvaise opinion qu'il jugeait quon avait de lui.