‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III ... et autres peronages marquants depuis la Saint-Barthélemy jusqu'à la Fronde; pour faire suite à toutes les collections de mémoires sur l'histoire de France; (volume 5)Chapitre 3 sur 101 · DU MARQUIS DE MOOTPOUILLAN · texte numérisé non relu

DU MARQUIS DE MOOTPOUILLAN

diminuer quelque chose de sa grande faveur, voulut chasser ces messieurs et leur fit défendre de ne suivre plus sa Majesté.

Eux^ sans appui et n'ayant recours quelconque qu'à monsieur de Montpouillan, se promettant par son assistance de pouvoir être maintenus, s'adressent à lui; lequel jugea bien qu'en cela il ne se devoit pas servir du crédit qu'il avoit auprès du Roi, et ne voulant pas aussi choque» monsieur de Souvré, crut se pouvoir aider d'un plus facile remède, qui fiit de s'adresser à monsieur de la Force, son père, et de l'obliger à parler à la Reine-Mère et ensuite à monsieur de Souvré; il leur représenta combien le Roi prenoit de plaisir au divertissement de la chasse que ces messieurs lui donnoient, et qu'assurément en les éloigoant d'auprès de lui, il enrecevroit un très-sensible déplaisir et auroit sujet de s'en plaindre; que ces messieurs étoient d'ailleurs sages et bien avisés, et qu'en leur conduite on ne leur pouvoit rien reprocher.

- La Reine goûta ces raisons et témoigna à monsieur de Souvré qu'elle désiroit qu'ils continuassent à demeurer auprès du Roi. Monsieur de Souvré, qui n'ôsoit contredire ni s'opposera ses volontés, ne voidant point aussi découvrir le sujet pour lequel il avoit désiré les éloigner, et n'ayant nulle autre

92 iilMonEt

bonne raison pour pouYoir réussir à son intention,

Ait contraint à souffrir qu'ils demeurassent auprès

du Roi. Voilà l'obligation qu'ils avoient encore à

l'assistance et bonne conduite de monsieur de Mont-

pouillan.

J'ai cru être obligé de m'élendre encore un peu davantage sur le sujet de monsieur de M ontpouillan, puisque c*est en considération de la Maison de la Force que j'ai entrepriaee traité ; et parmi beaucoup de choses qui se sont passées avec ces messieurs de Luynes, étant auprès du Roi, j'en rapporterai ici une assex considérable, et qui semble même néoe»« saire d'être sue pour avoir une plus claire connoia*. sance des choses qui se sont passées ensuite. * Cela est assez connu de la grande faveur en la-^ quelle étoit parvenu le Marquis d'Ancre, non^seu'^ lement auprès de la Reine-Mère, mais de l'autorité et du pouvoir qu'il avoit acquis sur tous messieurs les Ministres d'État ; si bien que plus rien ne se faisoit que par son ordre et approbation; etll s'étoit rendu si puissant en toutes choses, que cela fut capable de donner de l'appréhension au Roi; mais même à ces messieurs de Luynea, de qui la faveur et le crédit avoient de beaucoup augmenté, bien que le Roi avoit toujours son amitié et une confiance particulière à monsieur de Montpouillan»

DU MARQDIS M IfOinPOmLLAlf. 22

Et comme le Marquis d'Ancre * employait et r^ diercholt toutes sortes de moyens^ pour augmœter aou crédit et appuyer sou ambition^ il avoit quelques jours auparavant fait parier à monsieur de Montr pouiUan pour l'obliger à être de ses amis et à dépeindre de lui; car eu qudque occasion d'une quereUe^ il s'étoit offert à la partie de la Maison de la Force , ce qui étoit cause que nul d'eux ne l'aToit jamais visité* Le Marquis d'Ancre fit dcmc offrir à moDSÎear de Montpouillan seize mille litres de pension , son dessein étant de le laisser toujours aiqurés du Roi, pour lui rendre de bcms offices et l'ayertir de tout ce qui s'y passeipit.

Monsieur de Mon^uillan fit réponse qu'il ne poovoit recevoir de bienfaits que de son maître, ni Itre, ni dépendre jamais d'autre que de lui.

Revenant à notre discours, noua dirons que les bruits qui couroient des desseins que pouyoit avoir le Marquis d'Ancre alarmoioit en qisdque façon le Roi et le tenoient en peine ainsi que ces messieurs de Luynes, et bien empècbés de ce qu'ils avoient à

< n est à remarquer <|ae let historieni contemporains ne lui donnent presque jamais le titre de Maréchal ; ConeinI aTail bien reçu le bâton des maint de la Régente, mais il ne s'était pas présenté au Parlement pour prêter sermenti sachant bien qu'il tT«it été arrêté de n'y rec^ Toiraufiiui Offiderdft toCoacoinepouiYopeidant 1a minorité du BoU

mi;

2& MÊIIOIBSS

16IT. faire et de ce qu'ils pourroient devenir, jugeant bien qu'il ne pouToit y avoir de changement en l'État, sans qu'ils s'en ressentissent les premiers, et qu'on aimeroit mieux se défaire d'eux que de les laisser ni auprès du Roi ni hors de là; et qu'ils étoient encore trop peu considérables pour croire que cela pût causer quelque rumeur, puisqu'on s'en prenoit déjà aux Princes qu'on avoit contraints à s'éloigner de la Cour.

Si bien que dans l'inquiétude en laquelle ils étoient, ils proposèrent au Roi qu'il se falloit défaire du Marquis d'Ancre, mais que cela ne se pou^ voit entreprendre pour en venir à bout que par quelque adresse , et avec tout cela , ils appréhendoient beaucoup que l'on ne découvrit leur dessein, qui étoit que le Marquis d'Ancre venant chez le Roi, il falloit que sa Majesté l'obligeât à aller voir son cabinet où il y avoit plusieurs sortes d'armes ^ et surtout de beaux fusils; que monsieur de Mont^ pouillan auroit la commission de l'y conduire,. et qu'y allant seul et étant là, il tàcheroit à s'en défaire, ces messieurs proposant qu'ils y feroient encore trouver quelqu'un pour l'assister.

^ Il devait y en aroir de fort belles, car le Bol ayant nommé Lnynes Connétable» y prit une épée enrichie de diamants eitifflée trenta mille écus, etla lui fit ceindre par le Duc d'Orléam.

DU MAEQUIS DE M0NTP013IUÂN. 25

Le Roi ayant agréé la chose et pris cette résolu^ len. tion^ lui en fit donc le commandement, pour Texécution duquel monsieur de Montpouillan témoigna vouloir faire tout ce que le Roi lui ordonneroit j désiraot dépendre entièrement de ses volontés.

n semble qu'il eût été bien plus raisonnable, ces messieurs étant trois et croyant y avoir le principal intérêt^ que ce fût à Fun d'eux que cet ordre eût été donné. Je dirai qu'ils vouloient bien la chose, mais qu'ils n'avoient pas assez de hardiesse ni de résolution pour l'entrepi^endre. Et vous devez croire que dans la peine et l'étonnement où ils étoient, que souvent ils avoient parlé entre eux de ce qui pouvôit arriver et de ce qu'ils auroient à craindre.

Il arrive donc que le Marquis d'Ancre venant chez le Roi j sa Majesté le convia de si bonne grâce à aller voir son cabinet, qu'il ne s'en put dédire; le Roi donna la charge, selon ce qui avoit été arrêté^ à monsieur de Montpouillan de l'accompagner, mais ils ne furent pas sitôt hors de la présence du Roi et avant d'entrer dans le cabinet , que se repentant ou saisis de quelque appréhension , messieurs de Luynes envoyèrent le sieur de Brantes , l'un des trois frères, pour dire à monsieur de Montpouillan de la part de sa Majesté, de n'exécuter pas ce qui lui avoit été ordonné* Le Marquis d'Ancre , d'un

M iKlfQIRES

i«iT. autre côté, se voyant eeul, tandis qu'U n'allmt toujours que fort accompagné , et en un lieu ëcartéi ^t que ce fut de frayeur ou autrement > il se trouva mal, et eut une foiUesse , et vint presque jusqu'à s'en évanouir; ce qui étoit donner un bien facile moyen à se pouvoir défaire de lui. Ainsi la chose se passa sans que le Marquis eût lieu de rien soupçonner.

Mais après tout, tant s!en faut que k sujet qu'ils avoient d'apprâiender vînt à diminuer, qu'au contraire il augmenta beaucoup dans leur opinion» si Jbien qu'ils en arrivèrent jusques*là de mettre en délibération si le Roi devoit quitter Paris et chercher un asile ou retraite où sa personne put être en aureté, et d'où U eût moyen de pouvoir s'opposer axix desseins que pouvoit avdr le Marquis d'Ancre, Il fut même proposé d'envoyer des chevaux sur le chemin pour en cas de besoin, se pouvoir retirer auprès de messieurs les Princes qui pour lors s'é«* totent réfugiés dans Soissons^ ne trouvant plus de sûreté pour eux à la Cour; et cette alarme s'étoit encore augmentée de ce qu'il y avoit quelques jours que le Marquis d'Ancre n'avoit vu le Roi , et des grands préparatifs qui se faisoient, sous l'ombre de l'absence de messieurs les Princes retirés à Soissons, et encore de ce qu'on disoit que ledit Marquis

DU MARQUIS M milXPOUILLÂM. * S7

devait partir pour s'en «lier on «on Gouvcaniement mv de Itormandie,

Sur quoi le sieur de Moutpcuillan proposa qu'il eeroit beu que quelqu'un allât de la part du Roi vers le Marquis d'Ancre , comme pour s'eoquérir de sa sauté de laquelle le Roi étoit eu peine , ne l'ayant pas \u , il y avoit trois ou quatre jours, et appréhendant qu'il ne se portât mal; qu'après cela oa pourroit mieux juger tant de ce qu'il y avoit à craindre que de la résolution qu'on seroit obligé de prendre*

Cet avis fut goûté i mais quand il fut question de donner cette commission à quelqu'un , c'est à quoiiUsetrouvoienthien empêchés, car ilsn'osoient ni communiquer, ni se fier à personne de peur quQ cela ne découvrit leurs desseins, et nul de messieurs de Luynes ne la vouloit prendre; lorsque monsieur de Montpouillan s'ofire encore d'aller trouver le Marquis d'Ancre de la part du Roi, lequel lui dit i Jfaîj, PauilUm (car il lui faisoit l'honneur de l'ap* peler ainsi), comment irezHVQUê-tàf vu que tom m rave%jama%s vu ni visité chezlui?

— Cela €H vrai 9 Sir$, répondit monsieur de Montpouillan; mais y allant de la pari de votre M^ulét nihi, ni fereonne n'y eauroietu trouver à reéire.

28 liÉllOIfŒS

1617. La chose étant donc ainsi résolue, monsieur le Marquis de Montpouillan s'en va chez le Marquis d'Ancre environ les trois heures du soir; il se trouva pour lors que le Nonce du Pape étoit chez lui, même qu'ils étoient tous deux assis sur un banc. Monsieur de Montpouillan heurte à la porte de la chambre où ils étoient , l'huissier demande qui est-ce? Il répondit : Montpouillan. Mais soit que l'huissier n'eût pas bien entendu ou que n'ayant pas accoutumé d'ouïr ce nom-là^ ou bien qu'il lui eût été défendu de laisser entrer personne, il n'ouvre pas ; ce qui au bout d'un moment obligea monsieur de Montpouillan à heurter un peu plus fort; si bien que monsieur le Marquis d'Ancre luimême l'entendit, et d'un même temps que l'huissier, demanda encore qui est-ce? du même temps le Marquis d'Ancre le demanda aussi à Fhuissier; et monsieur de Montpouillan ayant redit son nom, l'huissier hii fit excuse et le dit aussi au Marquis d'Ancre qui quoique tout surpris , lui commanda d'ouvrir, et ne pouvant trouver cette visite que fort nouvelle et bien étrange.

En même temps que l'huissier ouvroit la porte, il demanda permission au Nonce d'aller recevoir ce cavalier, et abordant monsieur de Montpouillan les bras ouverts » il lui dit en l'embrassant : Est-^il

DJD MAKQUIS DE MOlITPOmLLAlt. 39

bien possible que la faveur prenne la peine de tenir me ua* visiter?

Monsieur de Montpouillan lui dit comme quoi il étoit là de la part du Roi, qui ne l'ayant pas vu, il y avoit quelques jours, appréhendoit qu'il ne se trouvât mal et Favoit envoyé là pour s'informer de sa santé.

Le Marquis d'Ancre l'embrassant encore, n'oublia pas à lui faire mille cinlitës et caresses^ le remerciant de la peine qu'il avoit voulu prendre. Ensuite monsieur de Montpouillan lui demanda s'il n'auroit pas rhonneur de voir le Roi avant son départ pour aller en Normandie, car on tenoit pour résolu que ce seroit le lendemain. Monsieur le Marquis d'Ancre lui répondit que oui, et que ce seroit le matin; et après l'avoir accompagné assez loin, ce qu'il ne faisoit à personne, il se retira.

De retour auprès du Roi , monsieur de Montpouillan lui rapporta ce qui s'étoit passé avec le Marquis d'Ancre, et le bon traitement qu'il en avoit reçu, et aussi les divers bruits qui couroient de la grande puissance et autorité, et des grands préparatifs et desseins qu'il pouvoit avoir, nommément contre messieurs les Princes qu'il vouloit aller assiéger , à quoi tant s'en faut que personne s'y opposât , qu'il sembloit au contraire que tous ne

M Mmntt

Mttdôieiit qu'à lui complaire et obéir) et avec cela

qu'un chacun ne saToit qu^ penser à quoi aboutiroit

tout cela, tout le monde étant dans un étonnement

général.

Ces discours avec ce que d'ailleurs ils en appre^ noient assez, redoubloient bien leur inquiétude et, si j'ose dire, leur appréhension; ikne furent pas peu empêchés de ce qu'ils avoient à faire, et à quoi ils se dévoient résoudre. Enfin parmi toutes les ques« tions ou propositions qui i\irent agitées, ils en yin* rent là qu'ils ne voyoient pas d'autre remède que de se saisir de la personne du Marquis d'Ancre, pour éviter les mouvements qu'ils avoient sujet de craindre, à cause du grand crédit et pouvoir qu'il s'étoit acquis par l'appui et la favetu* de la Reine Régente, l'ayant même, s'il faut ainsi dire, assujettie à toutes ses volontés , comme généralement tous ceux qui avoient part à la conduite de TËtat et au maniement de toutes les afiaires , demi il disposoit comme de ses créatures.

Il fut donc enfin résolu de tâcher à se saisir de sa personne; mais pour en venir là, c'est en quoi ils se trouvoient encore plus empêchés et en peine, -voyant bien la difliculté qu'il y auroit à exécuter ce dessein , et d'en pouvoir trouver une occasion favorable; le Marquis d'Ancre n'allant en aucun

DU MARQUÉ M IMrrponLLÂiv. Il

Iteii sans être fort accompagné ^ et ayant à ses ga^ ^m ges une centaine de gentilshommes qui ne Vabaû'* donnoient jamais, et qu'il tenoit toujours auprès de lui pour sa sûreté.Etavec cela quelle personne même pourroient-ils employer pour s'en pouvoir assurer et prendre confiance, non-seulement qu'elle voulût exécuter leur dessein, mais qu'elle eût assez de résolution pour une telle entreprise qui ne pouvoft être que très-difficile et fort périlleuse? N*étoit-il pas à craindre qu'au lieu de les servir et s'y employer, et d'obéir aux volontés du Roi, on ne découvrit plutôt leur dessein? Et si cela ar ri voit, ils ne voyoient pa6 qu'il pût y avoir de ressource ni de sûreté pour eux. Ainsi, il est facile de croire que daûs toutes ces ccmsidërations, l'esprit du Roi et de tous ces mes» aeors étoit fort agité et bien irrésolu, car ils ne se •communiquoient à personne. Enfin, ils jettent les yeux sur monsieur le Marquis de Vitry qui étoit en charge et avoit l'honneur d'être Capitaine des Gardes du corps j et assurément quand même cette commission ne lui eût pas été due préférablement à tout autre, à cause de sa charge, nul n'étoit plus propre ni plus capable de l'exécuter et y réussir si bien que lui. Cela obligea donc le Roi le soir assez lard, et après que tout le monde se fut retiré, n'étant restés au coucher de sa Majesté que messieurs

83 HtMCOBES

iui. de Luynes et monsieur de Montpouillan y à faire appeler monsieur le Marquis dé Y itry y où étant venu, le Roi lui fit ensuite un petit discours sur les sujets qui Fobligeoient à lui faire commandement de se saisir de la personne du Marquis d'Ancre, lorsque le lendemain matin il yiendroit au Louvre pour le voir.

Le Roi se contenta de lui dire cela, et monsieur le Marquis de Vitry de même de lui répondre qu'il ne manqueroit pas d'obéir à ses commandements, et sans se perdre en plus longs discours, il se retira. Mais comme ce commandement ne pouvoit que l'avoir fort surpris , et lorsqu'en lui-même il eut un peu songé à ce qu'il avoit à faire et à ce qu'il alloit entreprendre, voici que le lendemain de bon Mano. matin , le Roi étant levé ainsi que ces messieurs , qui selon l'apparence, n'avoient pas beaucoup re* posé la nuit, monsieur le Marquis de Vitry revint trouver le Roi, accompagné de monsieur du Hallier, son frère, et du sieur de Ronquerolles fort brave homme et qui étoit sorti bâtard de leur Maison, et se présentant au Roi lui dit : Votre Majesté, Sire, me fit hier au soir un tel commandement, je la sup^ plie trèS'-humblement ne trouver pas mauvais que je la prie de me le vouloir faire encore devant mon frère et Ronquerolles.

DU MAEQUIS I»B MONTPOmLLAR. S3

Après quoi le Roi lui dit : Encore mi, je vous le i«it. cùttOnande^

Lors le Marquis de Yitry reprenant la parole ; dit au Roi : MaiSf Sire^ s'il se défend, que veut sa Majesté que je fasse ?

C'est à quoi le Roi demeura un peu sans faire réponse , ni nul de ces messieurs de Luynes n'osa ouvrir la bouche, n'ayant pas peut-être résolu en-* tre eUXy en ce cas qu'est-ce qu'ik auroient à faire.

Alors monsieur le Marquis de Montpouillan un peu plus hardi, et voyant bien qu'on s'étoit déjà beaucoup engagé , et que les affaires étoient allées trop avant piour en demeurer là, dit assez résolument : Le Roi entend qu'on le tue.

Lors le Marquis de Yitry sans marchander davantage, et sachant bien la créance que le Roi avoit en monsieur de Montpouillan/ dit au Roi : 5tre, me U coinmande%Fvous?

Et le Roi lui dit : Oui, je vous le commande.

Et. lors monsieur le Marquis de Vitry lui dit : Ehl bien donc. Sire, j'exécuterai vos commandements.

Puis s'étant retiré, il fait assembler les Gieurdes

du corps, et de la salle haute où ils étoient, les fait

descendre à la salle basse où les Suisses de la Garde

demeuroient.

Ce changement avec quelque inquiétude et im« IV. 3

têatfU.

patioioe que ténungnoitleMâPqiiii de Vitiy «tteiidant roccasion de mettre à exécution ce qui lui avoit été ordonné I eût assez fait connohre à tout le monde qu^il y avoit quelque dioie de nouveau^ et cela est assez étrange et comme incroyable que personne ne s'en aperçût ou ne s'en formalisât jamais; que cette nouveauté ne fût remarquée et que le bruit même n'en vint jusqu'à la connmssance du Marquis d'Ancre qui pour lors étoit logé tout contre et sur le quai du Louyre , et pouvoit même y venir, en traversant le fossé sur un pont, au département de la Reine Régente.

Et ce qui est encore considérable, c'est que monsieur le Marquis de Vitry demeura bien ainsi Tespace de quatre heures, ayant tous les Gardes du corps auprès de lui; marchant souvent à grands pas» portant la main au chapeau, et se mettant sur la grand'porte qui est vis-à-vis de l'entrée du Louvre; et les Gardes françoises et suisses, étant devant le Louvre, avoient aussi demeuré sous les armes ce même temps-là, comme quand le Roi veut sortir; ce qui ne pouvoit être que remarqué et trouvé extraordinaire vu la longueur du temps qu'ils restèrent en cet état.

Mais si monsieur le Marquis de Vitry soufBroit avec beaucoup d'impatience d'attendre si long-'

m IIAEQUI8 US MORTPOVILUN. 9S

temps, (tepuis qu'on l'avoit assuré que le Marquis ^i. d'Ancre devoit venir au Louvre, le Roi et ces metsieurs n'en étoient pas moins en peine, se £adsant déjà tard, et l'heure s'étant passée qu'ils s'étoient promis et avoient espéré qu'il viendroit : apprenant de tous cotés que toutes choses étoient prêtes et préparées pour son départ, et se voyant comme au désespoir, ils se résolurent de jouer à quitte ou à double; et pour cet effet, il fut proposé de corn-mander à monsieur le Marquis de Vitry, non-seulement de s'acheminer au logis du Marqiyis d'Ancre avec les Gardes du corps, mais de mener aussi les Gardes firançoises et suisses qui étoient encore sous les armes dedans le Louvre, d'aller forcer le logis dudit Marquis d'un côté et s'assurer de sa personne; tandis que monsieur de Montpouillan fut conunandé de l'autre côté, de prendre les Gardes firançoises et suisses qui étoient derrière le Louvre et à la basse-cour des cuisines, et de l'attaquer en même temps de ce côté-là.

Et pour cet effet, le Roi doima audit sieur de Montpouillan un billet écrit et signé de sa main portant commandement à monsieur de Fourilles qui commandoit les Gardes qui étoient en ce quartier-là, de lui obéir et faire ce qu'il lui ordonneroit, et outre cela, le Roi fit encore commandement de

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bouche au fils aine de monsieur de FouriUes d'aller dire à son père de faire la même chose.

Mais comme les uns et les autres étoient en cet état, et se disposoient d'aller exécuter les volontés du Roi, voici le bruit qui commence à courre que le Marquis d'Ancre alloit sortir et s'en venoit au Louvre. Car ceci est à remarquer^ que le Roi étoit d'ordinaire tout seul, n'ayant auprès de lui que les gens de sa Maison; et ceux qui aidoient à son di-vertissement; au contraire c'étoit un abord général de tout le monde chez le Marquis d' Ancre, et encore plus dans cette conjoncture d'affaires où plusieurs alloient à divers desseins, chacun tachant à s'insinuer et à acquérir ses bonnes grâces, attendu qu'en ce temps-là, toutes choses dépendoient de lui.

Le voici donc qui s'achemine à pied et entre au Louvre avec une grande afiluence de monde. Monsieur le Marquis de Vitry qui avoit presque toujours demeuré sur la porte de la salle qui regarde vers l'entrée du Louvre, voyant que la grand'foule commençoit d'entrer, s'achemine à grands pas droit à la porte, témoignant beaucoup d'action et ayant son frère et RonqueroUes auprès de lui, et les Gardes du corps à sa suite, sans que, quoique tout le monde le vit venir de la sorte, personne s'en émût, ou fit semblant de trouver rien d'étrange.

ou MARQUIS DE liONTPOUILLAN. 37

Mais soit que son esprit fût préoccupé ou troublé, w*^ou qu'à cause de k grand'foule qui alloit devant^ monsieur le Marquis de Yitry ne s'aperçûtpas qu'il avoit outrepassé le Marquis d' Ancre, sans y prendre garde ; si bien que son frère le retenant, lui dit en l'arrêtant par le bras, comme il Tavoit outrepassé. Lors le Marquis de Vitry en se tournant brusquement prit le Marquis d'Ancre par derrière sur l'épaule, et lui dit : Moniteur, le Rd nCa commandé de me saisir de vous. Lequel n'eut que le temps de répondre : Ami. Car dès^aussitot le sieur du Hallier et RonqueroUes lui donnèrent chacun un coup de pistolet, de quoi ils le portèrent mort par terre, et bientôt après il fut jeté sous le pont du Louvre où il avoit reçu les coups. Cependant de tous ces braves qui avoient de si grandes pensions de lui, et qu'il tenoit auprès de lui pour la garde et sûreté de sa personne, soit qu'ik fussent effrayés de la nouveauté du cas, ou d'apprendre que ce qui se faisoit, étoit par le commandement du Roi, tant ce nom est redoutable, jamais pas un ne s'émut ni ne fit sem-i* blant de mettre la main à Tépée; et comme si ce n'eût rien été, tout ce monde qui étoit venu là avec lui, se dispersa et se retira l'un d'un côté, et l'antre de l'autre.

Cependant si le Roi et tous ces messieurs furent

SB MÉIIOIBBS

I61T. ravis de joie d^aj^rendre une si agréable nouTelle, et que leur dessein aroit si heureusement réussi, la Reine^ère n'en fut pas moins surprise et saisie d*ttn grand étonnement, et réduite en tel état que n^ayant reeours qu*à ses lannes, elle ne songea , ni ne ae mit en devoir de faire quoi que ce soit.

Mais bientôt après le Roi lui envoya déclara qu'il vouloit être le maître , lui commandant de n^avoir à bouger de sa chaml»re et de ne se mâior de ri«Ei.

D^abord, comme c^est la coutume lorsqu'on voit arriver des choses extraordinaires et non attendues^ tout le monde court au Louvre, et ainsi que vous le pouvez croire, monsieur le Marquis de Vilry ne fut pas un des derniers, et il reçut du Roi tous les témoignages qu^on se pourroit imaginer de satis-» faction et de la reccmnoissanoe du grand et fidèle service qu41 lui avoit r«idu; et après beaucoup de caresses et d'assurances de bonne volonté, 9tt Majesté l'honora du b&ton de Maréchal de France avec plusieurs autres bienfaits, et donna à monsieur du HalBw la charge de Capitaine des Gardes du corps qu'avoit son finère. Motasîeur de Montpouillan demanda aussi b pkce de premier Gentilhomme de la chambre qu'avoit le feu Marquis d'An<3re, ce qui lui fut fort agréaMemrat aocordé.

DU MABQmi M MOIITPOmUAN. &9

Mouâ ne nous étmdrant pis nrahe sur toutes ^^ kft cbotet qui se panèrent pour ce qui regarde la conduite de FÉtat et le mauiemeiit des affidresi riiistoire Tappradd assez ; seulement dirons^nous ce qui regarde le particulier de monsieur de Mont* pouillan, qui n'eut pas sitôt obtenu la cbarge dont le Roi Vavoit honoré que voilà le sieur de LujneS qui entre en jalousie et qui désirant l'aycir^ le prie de la lui vouloir oéder^ lui représentant que c'étoit présentement la seule charge qu'il pouvoit espérer aujNrés du Roi^ et n'oubliant rien à lui dire de ce qui pouvoit l'f obliger, avec tant d'assurances de noonnoissancé et dé son amitié^ ti de promessts n^m-seukment de s'employer pour kd, mais aussi pour monsieur de la Force son père, lui fSûsant espérer d'aider à ki &ire obtenir le bâton de Maréchal de Francei qu'enfin monsieur de Montpouil' lan^ poussé par sa seule générasité| et le Roi même lui témoignant qu'il n'en seroit pas marri^ TOUhiS en cda gratifier monsieur de Luynes el y émtm son consentement*

Es comme pour kfS le Roi n'avoit nuUe com^* mimication ni familiarité avec personne qu'areo ce» qnatrea messiem^^ et que mtaae il ne saroit pas cncon de qui il devott prmdre avis et conseil^ tÊÊA tent le Benàe i^étoit aiqNonmuit letiré d'au^

ftO IttBfOIBES

i6iT# prés de lui pour se donner à la Reine-Mère et au Marquis d'Ancre, cela obligeoit toutes sortes de personnes à rechercher ces messieurs et à s'adresser à eux, pour, par leur entremise et faveur, être continués en leurs charges et dignités et pour faire en sorte que le Roi se voulût servir d'eux, et qu'ils fussent mis dans les emplois. Et pour les y engager, vous vous pouvez imaginer qu'on ne manquoit pas aussi à les flatter et à leur donner tous les avis dont ils étoieût capables, non-seulement pour ce qui regardoit leur fortune et établissementet grandeur, mais aussi pour ce qui concemoit la conduite de FÊtatet le maniement des af&ires; chacun tachant par là à leur témoigner leur affection et à se rendre nécessaire.

Tellement que dans peu de temps monsieur de Luynes se trouva être le plus avant en faveur et avoir le plus de pouvoir auprès du Roi, ne se faisant presque plus rien en toutes les affidres que par son entremise, avis et conseil, ne laissant de témoigner toujours tout autant de bonne volonté et de déférence à monsieur de MontpouiUan qu'on se sauroit imaginer.

Mais peut-être quelqu'un trouvera-t-il étrange qu'ici il ne se parle plus que de la grande faveur et du crédit que monsieur de Luynes avoit acquis

DU MAEQUIS DEliÔnPOmiLAll. M

auprès du Roi; et on demandera ce qu'étoient de- lem venues cette grande confiance et amitié que le Aoi aToit toujours témoignées à monsieur de Montpouillan, et comment, lui qui avoit introduit les autres pour l'aider aux divertissements du Roi, et à qm ensuite ils avoient cette obligation qu'il les avoit fait maintenir lorsqu'on les en vbuloit chasser^ n'étant pas assez puissants <l'eax« mêmes et n'ayant autre crédit que le sien, il se voit à présent que ces messieurs lui aient gagné le devant; que comme par le passé les autres avoient eu recours à lui, qu'il semble maintenant qu'il faîHe que monsieur de Montpouillan dépende d'eux?

Nous n'avons que cette raison à allier, qui est que, bien que pour les bonnes volontés* du Roi, c'est sans doute qu'il y tenoit toujours le premier rang; mais sa religion iîit un si puissant obstacle à sa fortuné , et on fit jouer tant de ressorts auprès du Roi contre lui, tachant par ce moyen de le lui rendre odieux, que bien qu'ils ne pussent pas gagner cela sur lui , pour le moins firent-ils en sorte que le Roi ne l'employoit pas et ne se servoit pas de lui dans les affakes générales, lui représen* tant que cela seroit trouvé ti^ès-étrange, même in** supportaUe qu'il se voulût servir d'une pertonne

Ift MJMOfilH

iMv* delà Retigim^ loi étant cfttboUqof ^ p<mr la con* duitedeaonÊtat.

Et le Roi qui natoreUement étoit aiaëà ae lataaer flUdbdr et en quelque façon timide^ et qui jusquea^ avoit toiqoura été soumis et dépendant de la volonté d'autroi ^ ne pouroit s*y opposer quoiqu'il Veut bien désiré, ni résister à toutes ces considérations. Ainsi cela amît causé une grande facilité à monsieor de Luynes de s'antoriaer et de prendre qudque avantage aur monsieur de liontpouillan^

mi El oomme donc tout le grand abord de monde ifadressoit*à messieurs de Luynes» il y en eut aussi qui ne manqûéffcm pas à leur donner de h jalousie de monsieur de Montpouillan, insinuant que la grande a£botion que le Boiaroit pour lui et la confiance qu'il y prenoil, ponrroient en qadque tècoa dumnueretempàdKT Tautorité qm'ib ae pooroient promettre d'être les tout «-puissants auprès de sa Majesté^ et qu'ainsi il fidloit qu'ils tâcfaaasent à l'ékigner d'auprèe de sa psrsonnfly pour ce à qud parvenir f ils se tronrosent bien empèdiée f ne voyant pas par qudk voie, 3s posicnt venir à botttde leurdcsasHi^ ne s'imagîaHuit pas qu'il tôt jamais possiUe de le mettre imI auprès du Roi , car es quelque état que fussent ces messieurs aiqvée de hàf méanamna il pareiasoi* que monsieur de

DU MARQUIS M IRNmoniXAN. Al

Montpônillaii avoit iHen pour le moins autant de part en Tamitië du Roi qu'eux j et si tous Toulez, encore {dusdeocMifiance; monsieur deBfon^Kmillan ayant toij^jours témoigné avoir plus de hardiesse et de résohiti(»i; car aussi bien que messieurs de Luynes, il aroit toujours part en toutes les résolutions et délibérations qui se prenoient; rien ne se faisant sans le lui communiquer et en prendre ses sms, voire encore jusques-là que le Roi en Touloit particulièrement son aj^robation. Maia voici les moyens dont messieurs de Luynes se servirent.

11 vous a été dit ci-dessus les difficultés et emp^ dicments qui se rencontit»ent à foire passer cette main4evéeen Béarn, où les malicieux et envieux ne manquoient pas d'en attribuer le blameàmonsîrar de la Force^ quelque c*ét<Mt eux qui l'empèchoiait.

CTest qu'on commença par le P^ Amoux^ coo^ fesseur de sa Majesté j à faire rei»ésenter et persuader au Roi combien il avoit sujet d'être malcontent de monsieur de la Force» à cause de la négligence qn*il apportoit à faire passer cette main-levée, et du peu d'aSection qu'il témo%noit avoir pour son service et d'obâr à ses commandements^ et que c'étek directemait dioquer son autorité j ce que le Rm ne devoit souffrir j n^oid^ant rien avec oefe pour te taocer^ disnt que les kmgueofB o« difficoM»

6& IIÉIIOIRBS

^^ qu'il y faisoit , étoient non-seulement à son mépris mais en haine de la religion catholique, et qu'on ne sauroit jamais faire une plus grande offense à sa Majesté, ni de laquelle elle eût plus de sujet de se ressentir, et que c'étoit s'attaquer à son pouvoir et à sa religion en même temps ; qu'ainsi en conscience et pour son honneur, le Roi ne devoit ni ne pouvoit le souffiîr plus longtemps.

Et après lui avoir donné ces impressions pour le préparer à ce qu'ils prétendoient par ce moyen d^obtenir de lui, on tacha à le persuader qu'ayant tous ces sujets de se plaindre de monsieur de la Force, qu'il ne devoit plus longtemps retenir mon« sieur de Montpouillan auprès de lui sans se faire tort, et sans qu'on ne l'en blâmât.

Le Roi avoit reçu et écouté paisiblement tous ces discours; mais quand il ouit parler qu'il devoit éloigner monsieur de MontpouiUan d'auprès de sa personne, c'est à quoi on ne le put jamais disposer^ ne voulant point du tout en entendre parler ni y donner son consentement. Et durant un bien long temps on fit jouer divers ressorts sans espérance de pouvoir rien obtepir du Roi sur ce sujet , pour lequel jamais messieurs de Luynes ne lui en voulurent parler, faisant même tenir la chose secrète, et ne désirant pas que le Roi sût qu'ils y trempas-

DU MAIQUIS DB MOHTPOUnXAII. 45

sent^ ni qu'ils en eussent seulement connoissance, m% pour ne se rendre pas suspects.

Mais enfin, comme on leur avoit mis cela dans leur esprit, et qu'ils ne pouroient parvenir au but qu'ils prétendoient que par ce moyen, ils se servie rent de tous ceux dont ils se purent aviser pour y arriver, et font parler au Roi par tous ceux de son Conseil ', pour lui représenter encore combien il avoit sujet d'être malcontent de monsieur de la Force; qu'enfin il falloit que se servant de son autorité, il employât toutes sortes de moyens pour^jSSi faire obéir, sans plus temporiser; et lui proposèrent avec cela qu'un des plus doux, des plus prompts et puissants moyens étoit d'envoyer monsieur de Montpouillan vers monsieur de la Force, pour l'obliger à exécuter ce qu'on désiroit de lui, ce qui sans doute l'y engageroit, considérant bien que s'il en étoit autrement, que ce seroit ruiner la fortune de son fils et causer la perte de sa Maison ; que sachant que monsieur de Montpouillan avoit l'honneur d'être si bien auprès du Roi, cela même étoit cause en partie des difficultés qu'il faisoit, estimant toujours que quoi qu'il pût arriver , que par

> On Toit, par une lettre de M. de la Ville-aux-Glercsydepais Comte de Brienne, que ce furent principalement M. de BuUion et le Chancelier de SiUery quiiecondèrentlei projeu de Luynei contre Montpouillan.

46 MlKOIllES

tM». k faveur ^ le crédit de soa fils^ il trouverpit bien le moyen d'apaiser le Roi et de faire sa paix.

Mais bien qu'on n'oubliât rien à représenter au Roi pour l'obligera consentir à ce qu'ils désiroient, il fut toujours impossible d'obtenir de lui qu'il y voulût donner son agrément^ ni qu'on le pût obliger à faire ce commandement à monsieur de Montpouillan d'aller trouver son père, et cette conspiration demeura un assez long temps sans produire nul effet.

'*^4ftt Cependant, quoique le Roi témoignât une grande résolution^ néanmoins jusques-là il ne s'étoit pas montré si absolu en ses volontés, que bien souvent on n'exigeât de lui beaucoup de choses contraires à ses intentions; si bien qu'on s'avisa de tenter ce dernier moyen, qui fut que le Roi étant dans sa galerie des Tuileries et se promenant avec monsieur le Chancdier *, celui-ci Tentreprit avec monsieur de Luynes , lui représentant toutes les choses susdites contre monsieur de la Force, pour l'obliger par là à éloigner monsieur de Montpouillan et à lui en faire le commandement; mais quoi qu'ils pussent dire durant un long espace de temps, il leur fut impossible de jamais y faire consentir le

*■ Sillery ; Il eul le courage de louer en plein Parlement le eboix que le Roi aTal( fait de Luynei pour ConnéUble«

DU UAUQxm M «onponuLÂN. M

Roi j laqnel nétnmoioB se trcmTant extrêmement preeië, et ne i'aidant pat assez de son autorité pour s'en défendre, et ne se servant que de sa seule to** lonté sans d'autres raisons, pour leur résister, et les antres ne se relàchaait en rien de la presse qu'ils lui donnoient, le Roi lassé de ces importunités et ému à cause de la tendresse qu'il avoit pour monsieur de Montpouillany se mit à pleurer. .-

Eux reconnoissant sa foiblesse et croyant l'avoir déjà fléchi et être venus à bout de ce qu'ils pré* lendoient, monsieur de Luynes lui dit : Bh biêm. Sire , $i t>oîre Majtêti ne eatil pat faire ce eonumandé* mmU à mofmeur de MmUfouillan, moniteur le Chm^ eelier h lui fera de f>otre pari.

Et d'un même temps , sans lui donner le loisir d'y priser davantage , ils appdlent monsieur de MontpouiUan y auquel en présence du Roi qui ne fit jamais que pleurer, mais à chaudes larmes, et memsieur de Luynes faisant aussi de même pour mieux jouer son personnage, monsieur le Chancelier fit encore un long discours à monsieur de Mont^ pouillan sar le sujet du mécontentement que monsieur de la Force dounoit au Roi» en ne fiEÙsant pas exécuter ses volontés, et que sa Majesté vouloit qu'il Tall&t trouver pour l'y obliger ; ot comme étant le dernier moyen duquel le Roi se vouloit servir avant

AS MflKNRBS

Mif. d'y employer la force , ajoutant que s'il n'obébsoit pr<»nptement y cela causeroit sa ruine , et celle de toute saJVfaison.

Vous pouvez juger combien ce discours, auquel il ne s'étoit nullement attendu / surprit monsieur de Montpouillan, lequel savoit trop bien vivre dans le monde pour ne juger pas que c'étoit une partie qu'on lui avoit dressée, et qu'avec tout cela il ne pouvoit s'opposer ni résister aux volontés du Roi. U se contaita de représenter combien il s'estimoit malheureux de voir qu'il falloit qu'il s'éloignât d'aupés du Roi, et tâcha d'excuser monsieur son père; qu'avec cela il falloit qu'il fût privé de l'honneur qu'il recevoit de pouvoir rendre ses services à sa Majesté.

Le Roi n'eut jamais la force de pouvoir dire un mot durant tout ce discours, au contraire il s'abandonnoit si fort à son déplaisir et à l'aEQiction qu'il témoignoit éprouver de celte séparation, que sans l'avoir vu , il seroit impossible de se le persuader; et monsieur le Chancelier en continuant de parler, dit à monsieur de Montpouillan.de s'aller donc préparer, car le Roi rouloit qu'il partit à l'heure même, ce qui obligea monsieur de Montpouillan à se retirer.

La chose étant divulguée et sue de tout le monde, comme monsieur de Montpouillan étoit d'une hu-

DU UARQmS DE MOIVIPOUILLÂN. A9

meur fort obligeante » et prenoit plaisir de s'em- i^is. ployer pour ses amis, plusieurs ressentirent cette disgrâce avec beaucoup de douleur ; ils jugèrent bien ayec lui d'où pouvoit en procéder la cause y et cela étoit assez connu de tous, que le Roi avoit été forcé à y donner son consentement, vu le sensibk regret et déplaisir qu'il témoignoit d'en avoir, ff

Ap^ cela^ monsieur de Montpouillan ne demeura pas longtemps à reconnoitre, et le désavan^ tage que lui pouvoit causer son absence d'auprès du Roi, et le moyen que cela donneroit à ses envieux de traverser sa fortune et de mieux établir la leur, et que dans son désastre, ce qui lui pouvoit arriver de pis, c'est qu'on l'obUgeoit d'aller trouver monsieur de la Force , et de n'avoir à bouger d'auprès de lui jusqu'à ce qu'il eût fait exécuter les volontés du Roi. Il se résolut donc de demander la permission d'aller trouver sa Majesté pour prendre congé d'elle et recevoir ses commandements, et quand et quand pour supplier le Roi d'agréer et de trouver bon, puisqu'il avoit tant desujet d'être malcontent de monsieur de la Force , qu'il ne fût pas contraint d'aller demeurer auprès d'une personne qui lui étoit si désagréable^ et qu'il lui plût de lui permettred'aller servir l'Empereur dans ses armées,

sa MÉMOBBSS

m$. puisque le Roi en avoit dcorné la pemuMoa & beiu^ coup d'autres personnes de qualité.

Monsieur de Montpouilkn eut ce bonheur encore d'avoir la permission d'aller parler au Roi, et ce fut dans le lieu même où il lui avoit été fait comr^ mandement de se retirer , et le Roi votilut y être seul avec monsieur de Luynes. Après que monsieur de Montpouillan lui eut représenté son mortel dé' plaisir, et lui eut demandé la permission (^'aller porter les armes en Allemagne, le Roi le lui accorda d'abord, non sans témoigner combien il lui étoit insupportable de souf&ir qu'il s'éloignât d'auprès de sa personne , et qu'on avoit plutôt arraché cela de lui que non pas qu'il y eût donné son consentement; et par mille embrisissades et non sans répandre beaucoup de larmes, lui témoignoit assez la douleur qu'il en ress^itoit et le chagrin que cela lui causoit. Monsieur de Luynes n'en disoit et n'en faisoit pas moins , cherchant toutes les rs^isons et excuses imaginables pour le persuader à monsieur de Montpouillan , et vous eussiez dit que tous trois par leurs gémissements, tachoient à témoigner quel étoit le plus sensiblement touché. Monsieur de Luynes lui renouvelant à tout moment la protestation de son amitié , et qu'il lui étoit si fort obligé, qu'il seroit l'homme le plus ingrat du

ou MARQUIS 01 MMTPOUIUAN. f |

monde s'il en était autrement* Tant y a que Fi9^ !m ne se pouvait igouter aux belles promeases que 1« Koilui faisoit, l'assurant qu'il ne l'ouUi^t jamiÛSi et qu'il auroit toujours pour lui une affection très* entière.

Tout cet entretien ne fut pas une petite oonso* btion pour monsieur de Montpouillan^ puisque •on malheur le contraignoit de partir et à s'éloi-fçaet} croyant d'avoir obtenu ce qu'il désiroit, il va se préparer pour son voyage d'Allemagne > lequel étant su de plusieurs de ses amis, chacun à l'envi tàchoit à lui témoigner le déplaisir qu'il ressentoit de son éloignement, et combien il s'estimeroit heureux de lui pouvoir rendre service. Force même hii proposant et demandant d'aller avec lui ; entre autres, monsieur le Président Chevalier S ayant loué et approuvé son dessein , lui offrit dix mille écus pour son voyage, comme les lui voulant don** ner^ et ne se contenta pas même de cela, car il lui ouvrit ses coffres et lui dit que s'il n'en avoit pas assez, qu'il prit tout ce qu'il lui plairoit^ l'assurant que c'étoit de bien bon cœur qu'il lui oflfroit le tout| et qu'il ne l'en pouvoit refuser sans le désobliger

1 NleolaiGheralier Al treçu premier Président à la Cour desildei ^PttialtaOinaiSlO.

52 MtlIOIRES

leii. extrêmement, jugeant bien que peut-être dans un si prompt départ, il ne pourroit pas avoir toutes les choses qui lui seroient nécessaires.

Après tout cela , ces messieurs de Luynes jugèrent bien qu'il étoit important d'empêcher que monsieur de Montpouillan ne vit plus le Roi. Mais ils crurent en même temps , ou leurs amis le leur firent rèconnoitre , que la permission que le Roi avoit donnée à monsieur de Montpouillan d'aller en Allemagne, ne feroit pas son effet touchant son éloignement, comme ils se Tétoient promis; ils travaillèrent donc tant et si bien auprès du Roi et avec l'assistance de leurs amis^ qu'ils lui persuadèrent et firent comprendre que ce qu'on avoit proposé d'éloigner de sa personne monsieur de Montpouillan n'avoit d'autre but et dessein qu'afin qu'il allât trouver son père pour l'obUger à faire ce que le Roi lui ordonnoit ; que si au lieu de cela le Roi consentoit qu'il s'en allât en Allemagne, que monsieur de la Force au lieu d'obéir se roidiroit peut-être davantage. Mais que sans doute étant sollicité par monsieur de Montpouillan , poussé à cela par l'envie qu'il avoit de pouvoir revenir à la Cour, cela ne pourroit que faire beaucoup d'effet , et que monsieur de la Force reconnoitroit combien il étoit important pour lui et pour toute sa famille

DT7 BIARQmS DE MONTPOVIIXAN. 5S

de ne pas irriter le Roi davantage et d'éviter Ten- ku. tiëre ruine de sa Maison.

Ainsi le Roi fut si fort tourmenté et on le tourna inuci. de tant de côtés, monsieur de M ontpouillan n'ayant plus la liberté de plaider sa cause, qu'on alla dire à ce dernier de la part de sa Majesté qu'elle n'approuvoit plus ce voy aged'AUemagne dont il luiavoit demandé la permission, et qu'elle vouloit absolument qu^il allât trouver monsieur de la Force pour n'avoir à bouger d'auprès de lui qu'il n'eût satisfait aux ordres qui lui avoient été donnés de sa part.

Ce fut là un renouvellement de douleurs et bien sensiUes pour monsieur de Montpouillan , qui ne voyant pas de remède à son déplaisir ne s'en put consoler ; et de plus on ne le laissa jamais en repos, le sollicitant sans cesse jusqu'à ce qu'il fût parti litunt. pour le Béam.

Où étant arrivé, vous pouvez bien vous imagi* ner que monsieur de la Force le voyant n'en put être que bien surpris et quand et quand fort ému, et en peine du sujet qui l'y pouvoit avoir amené. L'ayant appris, il n'en reçut pas un moindre déplaisir^ et ne fut pas moins sensiblement touché que monsieur de Montpouillan, de voir qu'à son occasion on s'étoit servi de ce prétexte pour l'éloigner d'auprès du Roi, et que tout cela ne procédoit que

M «IMOIIBI

HM. de là jalousie et de Tenyie qu'on avoit contre lui^ à cause de la grande affection que le Roi lui por-toit et de la confianoe qu'il prenoit en lui , et par ce moyen d'être lea seuls à posséder les bonnes (pioes du Roi) H pour n'y avoir ni obstacle^ ni ocMnpagnon qui pût ou contrecarrer leur fortune^ ou retarder leur établissement) cela fut à monsieur de la Force une douleur qui n'est pas conoeyable^ et de oe qu'on Taccusoit et qu'on s'en prenoit à lui et aux sieos d'une chose dont ils n'étoient nuUe>* ment coupables, et que monsieur de MontpouiUan fut le sujet qu'on prenoit pour l'aocuaer et se plaindre de lui, et que lui«*mème servit de prétexte i sa disgrâce en le foisant éloigner d'auprès du Roi. Je dirai encore que cela le touchoit doublement, vu que de tous les hommes du monde, jamais personne n'avoit porté plus de respect que lui aux ordres du Roi) ni voulu rendre une plus soumise cAétsstfice, ion affection ayant été sans pareille pour la pro^ spérité et conservation de la personne de sa Mcyesté, et le bien de son État, ayant et pour l'un et pour l'autre toujours contribué de tout ce qui étoit de •on petit pouvoir; et si parfois il a semblé qu'il en «it usé autremwt, c'est qu'on l'y a forcé et con* traint> ayant toujours témoigné) quand l'ooeattoa s'en est offerte) quelle étoit sa volonté.

DU MARQCB SB MOIITPOCSXAN. 55

En ttb mcmsiewr de la Force n'âveît qu'à se im»« plaindre de sa mauvaise fortune, et de voir aussi qu'on s'aidoit du prétexte de la R^igion pour le rendre odieux lui et les simê; et bien qu'il jugeât que oe seroit un malheur qui les accompagneroit loiifjours, ta&t s'en faut que cela pût le refroidir pour le zélé qu'il avoit à la gloire de Dieu , que tous les honneurs et toutes les grandeurs du monde qui loi ont assiaz soui^nt été offertes , ne l'ont ja« nuds pu ébraider ni le ùire éloigner de son devoir; aussi ne l'a-t-îl jamais abandonné mais s'est toujours fortifié dans sa religion qui le conservant contre les tenttttians du monde, lui avoit donné trop de connoîssance de la vérité / et son salut lui étoittrop dier^ pour préférer les biens et avantaçed cpi^îL pouvoit eq>érer dans le mmide, pour abandonner ceux qui lui étoient réservés dans le dd> se coQSokoft eu ce que Dieu ne promet pas à aes éhifi une £âioîté Imtiére, mais au contraire qu'ils doivent èlre fat haine du monde, et sujets a peraécution. £t comme il avoit toujours eu son re^ cours rt son attente en Dieu , il se remettoit de nouveau du tout entre ses mains pour attendre de im son assistance; se soumettant absolument à ce qui aeroit de ses vdontés, il prenoit donc patience avec maurisiu de MraUpouillan qui aussi bien

56 MfiMUlEB

leii. que lui, ne pouvoit que mener une vie îati triste et pleine de chagrins et d'ennuis.

im. Voilà le piteux état où ib furent réduits un assez long temps, jusqu'à ce qu'enfin le Roi ayant soumis le Béam à sa volonté, et fait exécuter cette main* levée, monsieur de la Force fit paroitre son innocence et le désir qu'il avoit toujours eu que le Roi pût être obéi; si bien que monsieur de Mont^ pouillan crut qu'il y pouvoit avoir jour pour lui pour aller à la Cour, et que l'obstacle duquel on s'étoit servi afin de l'en éloigner, étoit levé. Ne prenant conseil que de lui-même, il part secrètement d'auprès de son père, et fait en poste une si grande diligence que cela n'est pas imaginaUe, tant il a d'impatience qu'il ne soit auprès du Roi ; et fut encore assez heiureux pour qu'en arrivant à Paris, il apprit que le Roi étoit allé aux Tuileries, lieu qu'il jugea être fort à propos et trèsHxnnmode à le pouvoir aborder; où s^étant acheminé, il apprit aussi qu'il étoit sur son retour, et Sstisant diligence pour le joindre avant qu'il ne fût rentré dans sa chambre, il monte par un d^;ré quiest environ vers le milieu de la grand'galerie. Il n'y fut pas sitôt entré qu'il est aperçu de quelques-uns^ qui de joie de le revoir, ou surpris de son arrivée, se mettent à dire assez haut : FotTà moniteur de Man^fwiUan I Et

DU MAIQrnS DB lIOlnTOmLLAII. 57

oomme cette voix passa de bouche en bouche , elle mmalla jusqu'aux oreilles du Roi qui siu'pris comme les autres, se tourna incontinent, et vouloit rehroussar son chemin vers momieur de MontpOuillan, lorsque monsieur de Luynes, non moins étonné que les autres, l'arrêta lui représentant qu'il n'étoit pas bienséant qu'il allât ainsi vers lui; ce qui obligea sa Majesté de s'arrêter dans une croisée.

Et cependant monsieur de Cadenet s'avance vers monsieur de Montpouillan, et après beaucoup de caresses et démonstrations d'amitié, le retint en lui disant qu'ovonl qu'il eût Vhanneur d'aller faire la révéreiMe au Roij il fallait savoir iil t aurait paur agréable.

Monsieur de Montpouillan qui n'étoit pas bien informé comme toutes choses se gouvernoient, et qui n'avoit que trop appris et reconnu le pouvoir absolu que ces messieurs avoient pris sur l'esprit du Roi 9 n'osa y contredire et s'arrêta , quoiqu'il eût bien vu comme quoi le Roi s'étoit tourné vers lui, et qu'il pût bien juger que s'il n'en eût été dé» tourné, que sans doute il fût venu l'aborder. Ainsi donc il ne demeura pas sans espérance qu'il pourroit être le bien reçu.

Voilà donc monsieur de Cadenet qui s'en re-

58 MÉVOIIEI

tourne vem le Roi , lequel à la persuasion et à la «ollicitation de ces messieurs» fut oUigé de continuer Son chemin et de se retirer à sa chambre , cependant que le sieur de Gadget ya retrouver monsieur de MontpouiUan pour lui dire que le Aoi remetioit à lé voir au lendemain matin à son lever.

£t cda fut fait sans doute pour préparer Tesprit de sa Majesté à ce qu'ils jugeroient à propos ^ et pour aviser à la façon qu'ib en devroient user^ et aussi pour avoir le temps de consulter entre eux pt avec leurs amis <fe ce qu'il y auroit à faire ; cette venue si inopinée et si peu attendue ^ avec la 4émons4ratK)n de joie que le Roi avoit témoignée^ leur donnant de grandes inquiétudes^ et les mettant lûen fort en peine du parti qu'ils avoient à prendre, voyant que nonobstant le long temps que monsieur 4e MontpouiUan étoit demeuré absent , qu'il nt paroissoit pas que pour cela, le Roi eût rien di* minuéde l'affection qu'il lui avoit toujours portée^ et qu'ainsi le remède qu'ib avoient cru apporta* à leur a{^)réhensiQn, se trouvoit inutile, et eux plus jempéchés que jamais h se maintenir dans leur fa^ veur et de ne souffrir personne qui les y pût contrecarrer. Us jugèrent donc bien qu'il ëtoît très-im<^ porfamt à leurs intérêts que ortte fanuliarîtë ne se

DU MARQDB m JMXrrPOUILLàN. W

tMbik points qm pour cet effet, il fàlloit trtYaitler à ce que monsieur de Montpouillan ne put avoir accès ordinaire auprès du Rm et que si d'abord oa ne trouvoit les moyens de rempécher, qu'infailU** blement il se remettroit aussi avant qu'il avoit jamais été aux bonnes grâces du Roi, et que tant plus la chose iroit en avant, tant plus elle se rendrait difficile ou impossible.

Monsieur de Montpouillan se trouvant comme mgagë de s'adresser à eux pour avoir la permission de voir le Roi, se promet que, cela étant une fois frit^ qu'il ménageroit si bien Tesprit du Roi, qu'il pouvoit s'assurer de se remettre bien auprès da hii. U se rend dcmc à k chambre à l'heure du lever de sa Majesté, suivant ce qu'il lui avoit été dit, et fiMt demander à parler à ces messieurs qui étoient dors dans le cabinet du Roi, lequel s'iiabilloît« Bien qu'on leur eût fait savoir que monâeur de MoiitpouiUan éloit là, ils le firent attendre un ssseï long temps sans venir parler à lui , et vous devez croire que ce ne fut pas sans qu'il en ressentit beaucoup d'impattrace, ne pouvant juger autk^ chose, si te n'est que ces messieurs lui étoient contraires, et qu'ils s'opposoîent à son rétablissement auprès du Roi, y apportant tons les empêchements dsnt ib étoient oqMdiles.

H MÊMOWSS

Enfin l'un d'eux le vint trouver et le remettant à une autre fois, ce qui lui causa beaucoup de douleur, lui dit que pour cette heure le Roi n'avoit pas commodité de le voir, lui en faisant des excuses et ajoutant que le Roi en vouloit plutôt communia* quer à son Conseil.

Ce fut un bien rude et bien insupportable coup de fouet à monsieiu* de Montpouillan, et capable de l'accabler ) car il vit bien combien ce procédé Téloîgnoit de ses espérances et de ce qu'il s'étoit promis de pouvoir rentrer dans les bonnes grâces du Roi. Il y avoit de quoi mettre au désespoir une personne qui eût eu moins de cœur et de résolution que lui, mais il jugea bien qu'il étoit forcé à prendre patience. Il ne sait s'il se doit plaindre et leur donner à connoitre qu'il ne se peut persuader que cela vienne du Roi, ou que ce soit eux qui se servant de leur faveur pour lui nuire et le reculer d'auprès de la personne du Roi , lui prêtent toutes ces charités, comme en effet il n'en faut pas douter, car personne plus n'abordoit le Roi , ni n'avoit la liberté de parler particulièrement à lui; ainsi sa Majesté ne savoit rien de ce qui se passoit, et n'osoit pas même s'enquérir de monsieur de Montpouillan , de peur de leur donner de la jalousie. Car le Roi avoit fort bien reconnu que son retour ne

DU MARQOS DE MONIPODILLAlf. «t

leur aroit pas été agréable et que cela leur donnent beaucoup d'inquiétude. Tout cela fut donc cause que monsieur de Montpouillan ne put pas sitôt voir le Roi.

Mais se pourroit-^il trouver un exemple d'une pareille ingratitude qu'il faille que ceux que monsieur de Montpouillan avoit introduits, protégés et maintenus auprès du Roi, que ce soit à présent ceux-là qui l'en éloignent et l'en chassent!

Cependant ces messieurs qui sans doute s'étoient rendus les tout^puissants auprès du Roi, travailloient à faire en sorte de pouvoir faire éloigner monsieur de Montpouillan et à aliéner les bonnes volontés que sa Majesté avoit pour lui, cherchant de nouveaux prétextes pour venir à bout de leurs desseins, jugeant bien qu'ils en avoient besoin. Us ne manquèrent pas donc à se servir du grand bruit qui étoit épandu partout qu'on vouloit faire la guerre à ceux de la Religion; (lesqueb aussi de leur côté se préparoient à se mettre en état de se défendre ; ) et que ceux mêmes de la Rochelle , suivant ce qui avoit été arrêtée à Loudun en leur Assemblée générale, avoient reconvoqué ladite As< semblée d'après le pouvoir qu'elle-même leur en avoit donné avant de se séparer ; quoique ce fût

dans en aToir eu la permitôioa ou conaentaw^t du Roi^ comme cela s'étoit toujours pratiqué»

Ce fut à messieurs de Luynes un moyeu sufiisaut pour obliger le Roi à n'accueillir pas monsieur de Montpouillan arec toutea les démonstrations de bonne volonté qu'il eût bien désirées , lui repré^ sentant encore que monsieur de la Force ne pou- Toit élre que fort piqué de ce qui s'étoit passé en Bëam> et comme en ayant sujet, tu que les paroles que l'on avoit données , n'avoient pas été obsertées^ et que lorsqu'on en voulut consulter avec le P&re.Amoux, il dit qu'on nVtotl pas obligé de gar* der la foi aux héréHques ;. $t que comme moniteur de la Forée éloii un de$ prineipamo d'entre ceux de la Religion, qu*il ne falloit pa$ dêuéer quil n'eût été un dee première à les pereuader et à les iolliciter à faire ce qu'ils faiioient ; et ainsi qw cela sonneroit tris-^mal de voir que le Roi caressât ainsi monsieur de Mont^ pouillan et quil le voulût remettre auprès de lui.

Et comme tout le monde ne tâchoit qu'à complaire à ces messieurs et à acquérir leurs bonnes grâceSi puisqu'on ne pouvoit plus obtenir celles du Roi que par leur moyen, ces mêmes discours furent tenus au Roi par diverses personnes et même des principaux de son Conseil, qui l'obligèrent contre son inclination et contre sa volonté^ à ne

DU MABQUl» Bt «MTPOUILLAl?. fV

recetmr que fort flroidemént monsieiir dé Mont^ mmi pouiUan, et ensuite à ne lui permettre de le Toir que fort rarement, car il fut contraint et obligé d'en demander la permission.

Voilà donc- ta fortune et ce qu'il prtondoit ou> avoit espéré de son rétablisseinoit bien reculé et lui bien affligé , ne se pouvant consoler de se voir réduit en un si déplorable état.

Et pour continuer à parler de lui sans s'attacher toi. aux affaires générales, nous dirons encore qu*il fut contraint de quitter la Cour, et de se retirer^ à eause que tant d'un càté que d'autre, toutes diosas se préparoirat à la guerre. Il s'en revint donc en Guyenne, où la guerre s'étant commencée d'allu'^ mer, et monsieur de Mayenne, Gouverneur de la province, étant allé à Nérac pour L'assiéger, monsieur de Montpouillan s'alla jeter ctedans, monsieur le Vicomte de Gastets y étoit déjà et y commandoit, ti l'un et l'autre y firent des merveilles pour la défendre; mais le Roi ayant pris Sainte Jean et étant fenu en Guyenne, laquelle, s'il faut ainsi dire, avoit été abandonnée de tout le monde ; les prin* cipales villes de la Religion s'étant aussi soumises à la volonté du Roi, et monsieur de la Force ayant été même contraint de se retirer de Bergerac, ceux de Nérac se voyant sans ressources et sans espé«

tt MOfOIUS

raBces de secours^ fir^it leur ca{Mtulatk>n , et remirent la place entre les mains de monsieur de Mayenne.

De là le sieur de Montpouillan s'en alla à la Rochelle trouver monsieur le Marquis de la Force, son frère, qui avoit été aussi obligé de s'y retirer. Monsieur d'Épemon étoit devant cette ville» faisant tous les jours des courses jusques aux portes et ravageant tous les environs autant qu'il lui étoit possible. Et de même ceux de la Rochelle sortant à toutes occasions, ils en venoient souvent aux mains; messieurs les Marquis de la Force et de Montpouillan en plusieurs rencontres, y firent assez paroitre et leur générosité et leur capacité, y ayant acquis grande estime et grande réputation.

Lorsque, durant le si^e de Montauban, quelques-uns de ceux de la Religion, dans le Périgord, sollicités à cela par des personnes qui dans ce r^icontre, témoignerait assez ce qu'elles étoient, et le zèle qu'elles avoient pour la gloire de Dieu et la conservation de son Église, et quelle étoit leur conduite et leur résolution, méprisant le grand péril auquel elles s'exposoient, s'adressent à ceux de la Religion, en leur faisant connoitre et la faute qu'ib avoient faite, et le préjudice qu'ils avoient causé à tout le parti , en s'étant si lâche-

DU MABQITIS HB MONTPOUHXAN. 65

TMXkt soumis; puis leur représentant encore qu'on ku. ne tenoit rien de ce qu'on leur avoit promis^ et le désavantage que tous ils en avoient reçu , ils les engagent à vouloir tachera se remettre et à prendre les armes, leur montrant que l'occasion leur étoit très^fayorable.

Monsieur de Théobon voyant les dispositions de quelques-uns qui avoient goûté cette proposition, fut aussi l'un des premiers ; et comme Sainte-Foi s'étoit jetée entre les mains de monsieur de Pardaillan qui s'étoit mis du parti du Roi, n'ayant pu avoir les emplois et commandements qu'il avoit déârés parmi ceux de la Religion^ voulant être préféré à d'autres qui le méritoient mieux que lui; et sous l'espérance aussi qu'on lui avoit donnée de le faire Maréchal de France , 'ledit sieur de Pardaillan avoit laissé le commandement de cette ville à monsieur de Théobon, son gendre. Celui-ci trouvant les habitants aussi disposés de leur côté à reprendre les armes, cela l'y convia d'autant plus et l'y fit résoudre. Eux jugeant bien que tout ce qu'ils pouvoient espérer de mieux étoit que le Roi venant à bout de ses desseins, c'est d'être mangés les derniers.

Ces messieurs donc ayant levé le masque, et

fait quelques entreprises qui ne leur réussirent

im. pciint j et toul nû Yoûtant pat être Boni robëUMnee dé monsieur de Thëobon^ il fut pt^posé d^eiitby^ diercher à la Rochelle inëssieui*B les Marquis de la Force et de Mdtitpouillan, et toi supplier de irouloir retlir en Ouyenne pour les cdounftuder ; ee qui ftit approuvé et bien reçu de tous, et mèttie agréé par monsieur de ThéoboU) qui en eflTet ne se setttoit pas capable de se bien acquitter de la conduite et du commandement d'un afTaire dételle importance* Ces messieurs qui étoient aussi Avertis d'ailleurt de ce qui se passoit en Guyenne^ ayant reçu là prière qui leur étoit faite^ se disposent pour leur départ, en donnent connoissance à messieurs de l'Assemblée ou Synode national de oetik de la Religion et à messieurs de la Rocheltoi qui bien qu'ils eussent quelque regret de les voir s'éloigner ^ et être privés de leur assistance, ntonmolns ils jugèrent la chose de si grande importance, et si utile et si nécessaire pour tout le parti de là Rdlgion qu'ilè virent bien qu'ils ne pouvoient moins faire que de les laisser aller , quoiqu'ils eussent bien désiré de les pouvoir retenir.

Nonobstant le péril qu'il y avoit à risquer pour pouvoir passer en Guyenne, et que les troupes de monsieur d'Épernon étoient toutes es environs de la Rochelle, ces messieurs prirent si bien leur temps

DU MARQUn 0t MOlfTPOmLLÂlf. tf

Ht M gOUvertlèrënt àT€C taât dS {^udeiite ^*il3 t«i. iYÎtii^i heureusement tous les corps de garde et les mauvais j^neontres qu^ils aroiètii bieu lUjet d'appréhender ; nulle cdbsidératioii poui^ lel daii* gers qu'ils aroiént à courre) n'étant ca^mblè de Iti arrêter^ puisqu'il s'agissoit de la gloire de Dieil et de pouTdir servir et être utiles à la oonsertatiotl de sbn Eglise ; car outre qu'ils exposoient leui^s pei^ sonnes^ ils avoient encore à craitidre étant priS) que iselane causât quelque désavantage à monsieur de k Force et à leur frères ^ qUi étoient tous dans Montataban assiégé par le Roi. Mais Dieu les assista et voulût qu'ils Se tH)nduisissent hetirëuM^Bdenl jusqu'à Saiilte^Foi<

Mais comme il est tnakisé que lel affîiires dtt monde se fhssënt sans enyie^ ou sans quelque traverse) Toici que tpielques flatteurs persuadent à monsieut* de Théobon qu'il s'étoit fait tin graild tort de consentir qu'on eût envoyé chei^her tlion<^ sieur le Marquis de la Forbe et boU frère» car aH^ trementy et notnmément aVatit la ville de Saint»* Foi à son eommandedieuty qui étoit la seule qui se fût encore déclarée^ il eût été le chef de ceux de la Religion en ce quartier-là , ce qu'il ne pouvoit pas espérer^ monsieur le Marquis de Id Foreè étant Une fois dans le pays.

86 MfiMOIBES

Monsieur de Théobon qui a de l'ambition , et qui ne s'en tient pas à peu, nonobstant la difiërence qu'il pouvoit bien juger être entre lui et mondit sieur le Marquis, voulut tâcher à se maintenir dans l'autorité du commandement et le lui disputer. Mais il ne se trouva personne qui le voulût appuyer ni favoriser dans son dessein, non pas même ceux de Sainte-Foi. Mais monsieur le Marquis de la Force qui jugea bien que, s'il y avoit de la division et mésintelligence entre eux, cela ne pourroit que causer de grands désordres et empécheroit le progrès qu'ils se pouvoient promettre en faveur de ceux de la Religion, et que plutôt cela pourroit causer leur ruine, offre de ne se mêler pas du commandement et de demeurer plutôt comme personne particulière, pourvu que monsieur de Théobon en fasse de même et qu'on laisse le commandement général de toutes les troupes à monsieur de Montpouillan. Ce qui fut trouvé bon et exécuté ainsi. Monsieur de Montpouillan s'en acquitta si dignement et au gré et à la louange de tout le monde, sans qu'il se passât pourtant rien de fort considérable, aussi ne nous étendrons-nous pas davantage sur ces particularités.

Quelques jours après le Roi leva le siège de Montauban, et tant monsieur le Marquis de la

ou MARQUIS DE MONTPOUILLÂN. 69

Force que généralement tous ceux qui avoient pris i««i. les armes pour le parti de ceux de la Religion » résolurent d'envoyer vers monsieur de la Force pour le supplier de vouloir venir en Guyenne pour les assister et commander.

Ledit sieur de la Force en ayant reçu la nouvelle, 86 dispose à partir de Montauban, d'où il amena quantité de volontaires, outre ceux qu'il y avoit menés et qui s'étoient* jetés dedans la ville durant le si^e y la plupart étant aussi de la province de Guyenne. Et nonobstant que monsieur le Duc d'Angouléme fut à Moissac et es environs avec toutes les troupes que le Roi lui avoit laissées à commander, il se conduisit à Sainte-Foi, quoique ce ne fût pas sans beaucoup de difficultés et sans éviter beaucoup de périls sur son chemin, n'ayant nulle retraite que Figeacy et ayant à traverser un grand territoire, et toujoiu^ en pays ennemi où il eût été très-facile de l'empêcher de passer, sans l'adresse et bonne conduite qu'il y apporta.

Mais pour ne s'étendre qu'à ce qui regarde un. monsieur de Montpouillan, et laissant à part beaucoup de choses considérables qui se passèrent dans la province de Guyenne avant le siège de Tonneinsdessus, il arriva que monsieur de la Force s'étant acheminé en ces quartiers-là y prit Tonneins-des-

ia lOiioiiis

soui AVM le fihàteâu, qui étoit m qui i«ul irésiita; qu'aprii cela, inooiieup de MûntpQiii)laQ le mit dani Tennaini^dessua à desseifi de le ooiiiepvep eûnome un lieu tréa^^impaptant, quoique iea forii*fications qui avoient été trèi^bûimes, eu euœnt été eutièremept ragéea et démûUes ) et que taudis que monsieur de la Fqiw »*éU)it éloigné delà pour d'autreB desaeina , moMieur d'Elbceuf et ensuite monaieur le Maréchal de Tbémines vinrent pour Tasaiéger et croyoient môme l'emporter d'emblée, mmiaieuF de MontpouillAn n'aywt pas eu enonre le temps, d'ayoir pien pu réparer» ni de se mettre à oiuvert, ni même de se pourvoir de vivres; car uonnseulement ils étoientà découvert depuis la tâte jusques aux pieds» mais m(m^ il étoit trésrfaeile de monter par le terrain et de venir aux mains iivec eux, si bien qu'ils s'étoient persuadés qu'ils n'y trauverolent pas de résistance.

Ils vinrent donc les attaquer et en Iwn ordre et en grand nombre, et dans la créance d» les empor*ter. Mais ils se trouvèrent bien déçus et bien éloignés de leur espérance; «r quoique monaieur de Montpouillan n'y fût qu'avec un fort petit nombre de gens et qui en apparence ne dévoient pas être capables de résister à un si grand effort et ^ une si grande multitude» et qui donnoit avec tant de ré^

DD MABQmS W MQHTPOmLLAN. U

solBtippi ik ftjrwt néapmoîPi reçHi ay^e tant de «. YÎgvi^ur i^t r^pouwé* aveo tant de ponnige que, bien que cette attaque dura presque teut le jow et que lea aillants fussent i^ diverias fqi« rafraiebû^ et de nouiFeUes troupepi oommandëe» de donner, et en pl\is)eur« endroits à la foia, ee ne fat que pour augmenter h gleire dei loutenant» qni, par les prçq^ea qu'il» en rendirent i firent asie» parottre ^ Jeur courage et leur résolution j et eontraigni* reot eefl^f qui les attaquoient à wi retirer honteuscimept et avec grand'perte, ayant laissé un grand nQ|n)u*e de worta «uf le terraiuj parmi lesquels il y ayoit ];»eauopnp d'ofBcieri et de Noblesse*

Cela doi^na le t^npa à monsieur de Monipouil*** l«n durant plusieurs jours de se couvrir de quel*» quea bawqwe», et autant qu'il lui fut possible, de réparer son terrains pfûur w^peeher ^e l'aecèa n'en fui si h^^le^x tandif que les autres trayaiUoient à ouvrir des tranebée* et à laire leurs apFo^^v

Mais voyons apr^ cela néanmoins en quel mau-» Tais état il fut réduit, car après cette attaque, il ne se trouva pas seulement sans poudre,» mais aussi aana vivresjt ^^ ^ lieu^là avoit été comme aban^ 4onn^;i et sans qu'il se renomtra que monsieur 4e Gaateln^ut fai«pit piorter un couple de quintaux 49PQv4r« ew %e« 9\\il^ p«wr ^'en wm'wi mtà

73 IIËIIOIRÉS

i«a* besoin, monsieur de Monipouiflan n'en avoit pas, s'il faut ainsi parler, pour une heure de résistance s'ils eussent été attaqués. Ces deux quintaux leur furent envoyés^ et monsieur de Lusignan ne voulut point fournir de celle qui étoit dans Glairac, sous ombre de la vouloir garder en cas qu'il fût assiégé. Monsieur de Gastelnaut se vit encore contraint d'en aller chercher à Monflanquin neuf ou dix quintaux qu'il y avoit^ car on ne savoit d'où en pouvoir prendre ailleurs; on les porta également à Tonneins. Que si monsieur de Lusignan avoit refusé de la poudre, il fit la même chose pour les vivres; quoique pour du bled, il n'y avoit que peu de jours qu'il en avoit été pris dans un château de la campagne une assez bonne quantité, et que de soi Glairac n'en étoit pas dépourvu. Tout le monde a su la raison qui avoit obligé monsieur de Lusignan d'en user ainsi; c'est qu'il avoit déjà fait son traité avec le Roi par le moyen de monsieur Duduc, Conseiller au Parlement deBordeaùx, qui étoit pri^ sonnier à Glairac.

Si bien que voilà monsieur de Montpouillan réduit à l'extrémité avec tous ceux qui étoient dans Tonneins. Vous pouvez penser si monsieur de la Force qui étoit revenu à Glairac, fit tous ses efforts pour les assister ; et ce n'étoit pas tout encore, car

DU MARQUIS M IKWTPOrnXÂM. 7S

il falloit mettre le bled en farine, et pour cet effet il ^^^ fallut un peu de temps. Au commencement, monsieur d'Elbœufn'avoit attaqué Tonneins que d'un côté, mais après il Payoit investi entièrement, ce qui lui ayoit été aisé, parce que monsieur de la Force n'avoit pas là d'autre infanterie et seulement fort peu de cavalerie, ainsi il ne se trouva pas en état de le pouvoir empêcher, eux marchant avec le canon, cavalerie et infanterie, et il avoit été contraint de se retirer à Glairac, jusqu'où il avoit été même poursuivi , s'étant trouvé encore assez seul en ce lieurlà.

Tellement que le moyen lui étoit encore ôté de ne rien plus pouvoir faire conduire à Tonneins par terre. U fait donc préparer un grand bateau, et quoique messieurs d'Elbœuf et de Thémines eussent fait faire des palissades dans la rivière du Lot, vis-à-vis d'Aiguillon» et qu'ils eussent encorç diverses galliotes armées sur la rivière de Garonne pour s'opposer à ce qui pourroit descendre par eau, néanmoins il trouva des gens assez résolus pour en entreprendre la conduite. Monsieur de la Force prit donc un grand bateau avec lequel celui qui le conduisoit, qui étoit un homme hardi, assura de passer en dépit de la palissade, et qu'il renver'seroit tout ce qu'il rencontreroit; que pour les

74 ijiiiWiifl

gilliâi^, il ne lep^ «ppr^eqdoit pM #t qtt^ fk\ filkl veooient à 8>oorocbçî« à lui, qu'il l«i eutraiueroit. Sut çeit^ cpnfi«nWj ou wil 4ape qudquea aoldata d^ps le l)£|teau pour )e diriger, c«r Q)Anquaut de vivre» À Tftnueips, ils n'avpient pas heeoiu d'tipwmeit Tout k l'eptpur du bateau, on plaça dw M08 de fpriue tppt droit pour roeUre à pûuvert ceui( qui étoieut dedan^i» et de mauière à pouvoir tirer paç l'entra d^u^j le reste du haieau <m le remplit de faripes, de chairs, de fèves et eboaea 8ml)lal4«s, wême de quelqueiî drogues, wlou qu'oft en avoit pu recouvrer pour panser les hlesa^P , car surtç^ut ils *voiept encore liespip d^ cela; mm ce n'çtoit p^s encore là toute la diflReultéi o'eat que c^niq^ la rivière de Qaronne est extrèmen^e^t ra-: pide, poçaffi^ent vis-à-vis de Tpppeipa, et qu'il est imposaiWe d'y pouvoir aborder et y î^rrl^ter les tatpaui^, ç?œ pe le pouvant ni 2\u-d«suP, ni 8U-dea-^ souSiîittçpduque les» epnepiis oceupoi^t eça Ueui^'là^ cç ft'^toit pas un des moindres pb^îtaclçs; vf^ QU^ fit savoir à ceuif de Toiffi^ni par uu l^çmvppe a 1^ pa^ge^^ le sewu^^s qp'w l^UT envoyoit afin qu'ils fussent prêtft à \^ recevoir piqu'iU tinssent l]^pn nombre de gens sur le l)ord de l'eaUj^ qUO^i\'il n'y ait que très-peu d'e^paice et Iç ter^

r|ip y étant fort iv^^nt» »ft« qn% pn»e«t vi4t«

DD MABQOn H) MmrrPODILLAN. 71

1» bateau, «t qu'tn pasMBi en \ew jfl(t«rQil dM «•» Qâraca»

Ca qui Imu* rtfuacit heureusement, quâiqua ^ne fût pas sans grande difficulté et sans courra begun Mup de périls i mm eomme eela u'étolt ipn» auffiMOt à les nourrir que pour fort peu de tempa» on s'tria» ^eere d'un autre moyen i e'e^t que toutea lea 9uit4, tandi« qu'il l^isoit obseur, et quand il nV »^<»H pai <ie lune, p?r le moyen d'wn petit bft-r teau que l'on ebsrgeoit k un qwrt de lieue de Tonneinsi on leur portoit toujours quelque peu de Tinvi; nais pela ne fut pgg longtemps tenu «eoret, et par Mn<Mquent on y apport» d? l'eppèch^ ment,

Punnt ee si^e plu#ieurs pergpnne§ de eeu« qui ëloie«t dana Tonneins» y furent tu^i même d^ gem de «wviee, et eapaldei$> et qu'on yvoit sujet de bi«n rf^retter; il yen eut aus«i beaucoup de bleasés, et entre peus^à monsieur le Marquiti d» Ifontpouillan qui reçut un eoup de mousquet à 1a t^ie, et n'y ayant pas là de chirurgien qui fût experl ni habile à le panser, et m^me les droguea n^ee«aiii<^ y manquant, on lui fit une grande inrp eision en eroiv sur la tôte qui ensuite fut plutôt came de «a mort que «a blessure laquelle n'^toii m dtfgerwie, §i elle eût été bien pan«^; et aree

76 MÉIIOIBES

cela le manque de vivres y contribua beaucoup, étant finalement réduits à fort peu de fèves, et tous moyens étant ôtés de leur pouvoir fournir d'autres vivres.

Ce qui fit résoudre monsieur de la Force à les secourir et^ comme on dit, à tacher par un dernier efibrt à les sauver ou se perdre avec eux; il ramassa donc d'un côté et d'autre toutes les troupes qu'il put, et fit venir monsieur le Marquis de la Force, qui étoit demeuré à Sainte-Foi tant pour la conservation de ce lieu-là que pour celle de tout le voisinage, qui eussent pu s'étonner s'ils n'eussent eu quelque personne d'autorité auprès d'eux.

Mais parce qu'il est nécessaire ici de représenter, pour la fin de ce récit, comment les choses se sont passées, sans pourtant m'étendre sur toutes les particularités remarquables, mais seulement aux principales, vous saurez donc que monsieur de la Force se dispose, comme j'ai dit, à faire un effort; et il pouvoit avoir ramassé environ de cinq à six cents chevaux et un peu moins de gens de pied, mais tous assez mal armés. Il dispose donc cela en deux bandes et choisit quarante hommes de cheval et gens même du lieu de Tonneins ou des environs, tous bien connoissant les lieux et les avenues, lesquels sont choisis

DU MARQUIS DE M(»ITPOUILLAlf. 77

comme pour avaot-coureurS) avec ordre et com- tm. mandement de ne point combattre, s'ils s'en pouvoient empêcher^ et de ne s'arrêter en pas un lieu, mais d'aller droit au logis de monsieur d'Elbœuf et du Maréchal de Thémines pour tacher à se saisir d'eux. Le reste des gens dont on faisoit deux lignes, la droite commandée par monsieur le Marquis de la Force ayant une troupe de cavalerie, suivie de deux cents hommes de pied, et les gens de cheval commandés par monsieur de Lusignan, ' d'environ cent ou six vingts maîtres, pour les soutenir; à Fautre ligne^ monsieur de BourzoUes et quelques autres en même ordre et en pareil nom-^ bre. Monsieur de la Force se réserva quelque quarantaine de gens de cheval pour courir là où il seroit besoin, et monsieur le Marquis de Gastelnaut fut ordonné pour la troupe de respire avec sa compagnie de cavalerie d'environ cent cinquante maîtres.

Or les choses n'avoient pas été résolues ainsi d'abord ; mais monsieur de Lusignan qui causa tout le désordre et empêcha que ce dessein ne réussit, s'étant piqué d'honneur, Tavoit fait changer j ayant été destiné pour la troupe de réserve, il fallut pour le contenter, le mettre du nombre de ceux qui dévoient donner.

fl

Il faut €ilcore prendre la diose de plua loin pour faire roir le sujet et les raisods pourqlioi les ehoaea ne réussirent pftti

Il vous a été dit éonime quoi môMieur Duduei' GoDseillery étoit prieonilieri et que pUr son eîltre^ mise monsieur de Lusignaii avoit fait son tràitéi Monsieur Duduc ayant âp{»*is par monsieur de Lu^' signan le dessein qu'on avoit de faire Un efibrt^ el qu'il ne poutoit moins faire^ s'il ne se touloit ei^« tièrement perdre de réputation et se dé^ndrer^ que d'âtre de la partie^ lui demanda ee que dé-* viendroit aldl^s la parole qu'il lui avoit donnée^ et représehta qu'ainsi il ne pourroit plus être garant de ce qu'il lui Àvoit j»*omife de la part du ïiôï; sui* c[uoi monsieur de Lusigilan fit entendt^e à Inonsieur Duduc qu'il sei^viroit mieux le Roi dans cette oc^ casion que s'il n'y alloit pMt

Voici donc en gros cotnme les diôses arrivé-» rent : c'est que ce peu de troupes s'étant trouvées^ avant jour fallli| au rendet-vôusi d'où ils dévoient prendre leuts ordres et marcher selon ce qui dvoit été arrêté) que bien qu'ils n'eussent à faire qu'une fort petite lieue> à la vérité par Un themin assez diflicilë, monrieur de Lusigùan caUsâ tant de longueurs dans la marche, monsieur de la Fot*ce ne pouvant pas être partout pour les faire avaliceri

DU MARQlM H llOlfTPOTnLLÂN. W

^« li poitttë du JdtiP cômttiétiçft k {Mmlt^ ton«- mis. qu'ils abordèrent h catiip dei ëtlriemid^ ffiftis ei heureusemetit pour eux qu'ils ti^druleut pàd été déoouTiiris.

Or Toiêi Un bomm»m$etî)eht dô ffialheui* e â'wt que eeB quarante eheyauit qui ëtoiéut eommâudë^ potii' aller droit au logiâ de monëieur d'ElbtôUf et du Marëehal de Thëmiués^ troutëreut une dom-^ pagnie de catftlerié qui ayant été tdutë la nuit en garde, se retiroit dans quelques Uiaidon^ où ëtoit leur quartier* ees geus^ au lieu d'obëlt k ee qui leutfttoitëtëôitidnnë^ lesdhargentet ensuite bV muèént au pillage et à pfendfë lëUtd dhërttUk) tëlilement qu'on fut privé de l'effet qu'on S'en éloit promis» Monsieur le Marquis de Itt Fores né Iftissë pas de donner, monte avec sa troupe jusques HUk bastions de Tonneins^dëssoUs^ là bù ëtdiëUt logés messieurs d'ElbteUf et de ThëmineS^ ffiats de Uë fut point sans y être oblige de combattre^ et en ëflfet il eut quelques^uné de eeujt qui ëtoienl auprès de lui| même des gens de dondition de tués et de blës>> ses; et pour suivre cô discours, les gehâ à pied s'àvâneent flussi^ mais ffiousleur de Lusignan qui devoit soutenir et les uns et les autres^ et donner dprès) flU lieu de cëld, flt un dârâdol et toUë^facë, et ceux de l'âilé gauche ne donnèrent pOiUt dû

80 llfii(HKB8

tout, s'excusant sur des fossés qu'ils avoient reucontrés qui les en avoient empêchés.

Monsieur de la Force voyant ce désordre et monsieur le Marquis de la Force engagé bien avant, envoya commander à monsieur de Gastelnaut de Faller secourir et tacher de le retirer. Celui-ci s'avançant pour cet eflPei, fut encore traversé par monsieur de Lusignan avec sa troupe qui sépara celle de monsieur de Gastelnaut en deux, tellement qu'il ne resta suivi environ que d'une vingtaine, et conune il fut bien avant, il apprit que monsieur.le Marquis de la Force se retiroit mais assez seul, ce qui l'obligea à s'arrêter et faire ferme au lieu où il se trouva, sur la créance qu'on pourroit encore se rallier, pour tenter un nouvel effort; cependant tous les ennemis s'étoient mis en armes et en bataille tant cavalerie qu'infanterie, lorsque monsieur de Lusignan commença à crier fort haut : SiMte qui posque t et quand et quand commença à se retirer et s'en aller bien vite dh côté de Glairac ; et cette parole ayant été ouïe presque de tous et surtout des gens de pied, y jeta un tel effroi et fit un tel effet que d'abord tout se débanda et se mit en déroute, chacun tachant à se sauver. Si ce fut un mortel déplaisir à monsieur de la Force et à ses enfants, vous vous le pouvez imaginer.

DU MAKQUIS » MONTPOmiXAli. 81

J'ai à TOUS dire aussi qu'on avoit donné avb à ceux de Tonneins^ par un homme qui s'y étoit condmt à la nage, de l'effort qu'on devoit faire cette nuit-là. Les assiégés dans cette attente s'étoient tenus toute lamoit sous les armes, et le jour levé, ne voyant venir personne et que tout demeuroit calme, ils s'étoient retirés et avoient mis les armes bas; mais lorsqu'après cela, ils ouïrent le bruit, ils les reprirent bientôt et firent une sortie des plus furieuses, et qui fit grand effet mais trop tard , parce que le désordre s'étoit déjà mis parmi les troupes de monsieur de la Force, et que monsieur de Lusignan avec ses gens étoit déjà bien loin. Que si on se fût encore trouvé en état de redonner ou que d'abord qu'on avoit attaqué , ceux de dedans fussent sortis, c'est sans doute qu'ils eussent entièrement défait tout ce qui étoit avec monsieur d*Elbœuf et le Maréchal de Thémines, car l'épouvante fat si grande parmi tous leurs gens qu'il s'en perdit ou noya environ de trois à quatre cents hommes, tâchant à passer la Garonne à la nage pour se sauver ; de ceux de monsieiu* de la Force, il s'en perdit aussi beaucoup , mais ce ne fut que de l'infanterie et de ceux qui les commandoient, qui s'étant retirés dans une forêt proche de là et fort

épaisse, pensant de s'y cacher et être là à sau- IV. 6

tm, reUj farent pourtoivis par la ctraWie qui en tua un grand nombre.

Après cela monaieur de McmtpouiUan qui aroit M souTcnt pressé d'entendre à une caj^tulation » ge voyant hors d'errance de secours et réduit tout à fait à rextrémilé, n'ayant plus nulle sorte de yi- ▼reSy ni de quoi pouvoir subsistar^ et lui fort mal de sa blessure, fut contraint d'y consentir ; mais ce ne fut qu'après avoir fait une très-généreuse ré* sistance et y avoir acquis tout l'honneur et la réputation qu'on se sauroit jamais imaginer; et tant s'en faut que les ennemis eussent jamais pris aucun avantage sur lui, que même ils étoient hors d'es-pérance de pouvoir venir à bout de leur entreprise, les assiégés s'étant mis en état de leur donner des affaires pour un bien long temps. La capitulation se fit le lendemain, qui fût fort honorable et avan-

5 mat tageuse, car monsieur de Montpouillan sortit avec tous ceux qui étoient avec lui, ayant même la promesse que la ville seroit conservée, ce qui ensuite fiit très-mal observé.

Monsieur le Marquis de Montpouillan étant donc conduit à Glairac, et les incisions qu'on lui avoit faites à la tète s'étant bien fort envenimées et lui ayant donné la fièvre, et son corps s'étant beaucoup atténué « tant à cause de don grand mal que de la

DU MAlOnB DB MCUnrOUILLAll. 81

mauTâise nourriture dont il avoit été contraint d'u* idss 8er, qudques jours après il mourut. Monsieur de

la Force et tout ce qui étoit avec lui aToient été contraints de se retira et de l'abandoimeri à cause que le Rm s'avançoit et étoit déjà hien proche de Sainte-Foi ; la résolution que monsieur de la Force témoigna de s'y vouloir bien défiondre, quoique d^à plusieurs reussentabandonné, entre autres mon« sieur de Théobon^ fut cause néanmoins qu'ensuite la paix s'y fit et honorable et aTantageuse, non^saikment pour ceux de Sainte*Foi» mais pour tous ceux de la Religion de la province de Guyenne*

Si monsieur de MontpouiUan fut généralemoit regretté de tout le monde, je dirai non«-seulement de ceux de son parti, mais même de ceux du parti contraire, vous le pouvez bien croire, puisque la Roi même, nonobstant qu'il eût porté les armes contre lui, (ut fort sensiblement touché de sa mort et en témoigna beaucoup de regret; que si Dieu l'eût voulu conserver, il y a apparence qu*il fût rentré plus avant aux bonnes grâces du Roi qu'il n'avoit jamais été, et cela par deux raisons : l'une, parce que monsieur de Luynes étant mort, et ses frères n'ayant plus de crédit ni de laveur auprès du Roi, ne lui pouvoient plus apporter d'empéche- ♦ ment, et que pour lors encore^personne n'avoit pris

Si MtMOIIES DU MAIQUIS » MOtmOVWLàS.

du pouvoir sur Fesprit du Rm; Fautre, parce que la réputation et Testime que monsieur de Mont* pouiUan s'étoit acquises par sa bonne conduite et sa valeur, Tavoient rendu encore fort recommanda* ble aoprés du Roi, lequel nonobstant la disgrâce de monsieur de Montpouillan et le mauvais traitement qu'il avoit été contraint de souffrir qu*on lui fit , n*avoit jamais pourtant pu rien diminuer de Taffection et bonne volonté qu'il avoit toujours eues et conservées pour lui. Et véritablement^ il se peut dire qu'il y avoit peu de personnes en France de son mérite, qui sussent mieux vivre, ni qui fussent plus dirigeants, et qui sussent mieux faire leur cour, ayant ces qualités trés-excdlentes de Tesprit et du courage et du jugement; et dans la grande fa« veur qu'il avoit eue il ne s'étoit jamais méconnu , et s'étcHt toujours tenu dans une modération qui causoit, que tant s'en faut qu'on lui en portât envie, conmie c'est la coutume, qu'au contraire il n'y avoit personne qui le connût^ qui n'eût de la bonne volonté pour lui, qui ne l'avoit pu voir éloigner de la Cour sans beaucoup de r^pret, et qui n'eût encore bien souhaité de le revoir dans les mêmes fisiveur et avantages qu'il avoit autrefois possédés.

BU

MARQUIS DE CASTELNAUT,

FILS va ■«itnmi. duc m u vokcb.

NoncaE

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