‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III ... et autres peronages marquants depuis la Saint-Barthélemy jusqu'à la Fronde; pour faire suite à toutes les collections de mémoires sur l'histoire de France; (volume 5)Chapitre 21 sur 101 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

SOMHAIBE.

JafUfieation de M. de U Force d'avoir quitte le Bëam et Bergerac — n entre dans MonUuban atant qu'on ait pu délibérer si on le reeerroit. — Les Consuls lui rendent yisite et lui assignent un logement. — Monyements populaires suscités contre lui. — On parle de le poignarder et de le jeter dans le Tarn. — Son entrcTue ayec les Pasteurs Béraud et Charnier. — Il dissipe les préYcntiens accréditées parmi les habitants. — Les Marquis de la Force et de MontpouUlan pénètrent dans la Rochelle à trayers Tannée de d'Épemon. — Le Baron d'Eymet arrite à Montauban malgré les obstacles qui s'opposent à son passage. — Les Montalbanois assomment et noyent un Catholique qu'ils prennent pour un espion. — M. de la Force blAme cette cruauté , et sauYe un bourgeois que la populace alloit égorger. — Arrivée du Comte d'OryaL

— Castelnaut ya le chercher à Caussade. — Le Comte de Bourg-* franc yeut s'arroger l'autorité. — M. de la Force déjoue ses pernicieux desseins. — On lui donne le commandement des troupea en campagne. -<• Soumission des yilles de la Basse-Guyenne. — M. de Rambures bAtit une citadelle à Bergerac. — Clairac déterminé à se défendre. — Le roi yient l'assiéger. •» La place se rend au bout de quinze jours par la trahison des chefs. — Cruautés commises par l'armée royale. — Le Duc de Mayenne s'approche de Montauban.

— M. de Castelnaut donne une alerte à ses troupes. » Démarches faites pour gagner M. de la Force. — Le Roi passe l'Ayeyron et met le siège deyant Montauban. — On offre à M. de Castelnaut le quartier de Ville-Bourbon. — Il préfère celui de Montmirat comme le plus foible. — Désertion du sieur de Veilles. — Escarmouches entre les assiégeanu et les assiégés. — Inexpérience de ces derniers. — M. de la Force les dirige. — Le Roi croit ayoir bon marché de la place. — Ses motiCi. ^ Isolement de Montauban, — Défection de la plupart des gentilshommes de la Religion.

Que si nous nous sommes si fort étendus sur les tm.

iS6 MÉMOIKBS DU MARQUIS DB GA8TELRAUT..

tm. causes et particularités qui obligèrent monsieur de la Force à sorlir de Bergerac pour aller ensuite chercher retraite à Montauban, c'est que nous l'avons cru nécessaire parce qu« plusieurs ne savent pas la vérité de ce qui s'est passé, et parce qu'on le lui a voulu reprocher dès ce temps-là, et faire un sujet de blâme de ce qu'il avoit fait. Aussi ai-je cru qu'avant de continuer ce récita je devois justifier le sieur de la Force et faire connoUre son innocence i car sa conscience et son honneur lui étoient plus chert mille fois que la vie, comme il l'a aseez souvent témoigné , et très-assurément jamais il n'eût abandonné ni ceux de Bergerac ni le Béarn» s'ils se fussent montrés tels qu'ils dévoient être, et avee eela i il y a beaucoup d apparence qu'ils se fussent conservés et que la Guyenne et beaucoup d'autres provinces n'eussent pas reçu le désavantage qu'elles ont éprouvé, et par ce moyen auroient évité leur ruine et les pertes qu'elles ont faites. On peut juger en effet que si le sieur de la Force a quitté la Guyenne , comme aussi le Béam , c'est : qu'il y a été forcé par le peu de dispositions qu'il a trouvées aux uns et aux autres de se vouloir conserver, et la foiblesse qu'ils ont témoignée ei) se laissant si facilement aller aux persuasions de ceux qui \m <Mit trahis sous de belles prcnnesses , n'Ayant

d'Autre but que d'avancer leur fortune et rendrie tm. leur couditiou meilleure, et faisant voir le peu de zèle et d'adection qu'ils avoient pour la gloire de Dieu et la conservation de ses ËgUsès) mais Dieu n a pas permis qu'ils aient profité de leur déloyautéf les ayant punis et ceux qui s'étoient trop I&cbe» ment prêtés à leurs séductions.

Voici que néanmoins le troisième jour après être ^^i^^^arrivé à Caussade, monsieur de la Foroe se disposa d'allé à Montauban, sans qu'il en eût rien fait sa* voir. U envoie un valet de chambre du Comta d'Ortal qui étoit connu de ceux de la ville, pour en avertir les Consuls et ceux qui gardoient les portes. Il avoit différé à dessein de leur annoncer sa venue pour ne pas leur donner le tempe de con- Cirer s'ils le dévoient recevoir, apprébendant que s'ik en eussent été avertis plus tôt, que le Comte de Bourgfrancne les dissuadât de le recevoir, telle* ment qu'il fut à leur porte ayant qu'ils pussent avoir rien résolu, se promettant qu'cHi ne lui re« fuseroit pas rentrée, et que s'il étoit mie fois dedana la ville, il sauroit faire en sorte qu'on ne l'en cbai^ seroit point. Ainsi comme il Favoit projetée, la chose arriva, ceux qui gardoient la porte le laissé- TCBt entrer sans difficulté. Biais il ne fut pas sitôt i l'hôtellerie que les Consuls le Tenant voir, la

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itti.* chambre fut toute pleine de gens. Les discours des Consuls ne lui témoignèrent pas qu'ils eussent ni contentement ni déplaisir de sa venue. Le Comte de Bourgfranc vint après , et lors on commença à s'enquérir de lui des nouvelles et du sujet qui l'avoit mené là , et en quel état il avoit laissé lesaŒaiires de la Basse-Guyenne, sur quoi il leur rendit raison de tout, même du sujet qui l'avoit obligé à quitter le Béam , et que sur la bonne opinion qu'il avoit d'eux comme ne devant pas se laisser persuader aux sollicitations et promesses trompeuses de la Cour, qu'il étoit venu à dessein de les* servir et employer sa vie ainsi que celle de ses enfants et de ses amis pour leur conservation.

Cependant les discours du peuple et des particuliers étoient tout pleins de menaces, ne parlant à ses gens que de poignarder, de jeter dans la rivière et par-dessus les murailles et qu'il ne falloit ^pas se fier à lui , qu'il avoit trahi le Béam et la Guyenne, et qu'on devoit le chasser. Les principaux pourtant ne laissent pas que de lui rendre de l'honneur, et même les Consuls ^ lui assignèrent dans la ville un logis bourgeois sans néanmoins lui

^ ni éuient an nombre de cinq, tayoir : Jeeqnet Dapny, ptremier Consul ; Coroeille Natalis, ayocat; Pierre LaYergae, marcband; ÉUe Geneite, notaire» et Mariet Tiguery, groMier.

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avoir donné nulle connoissance qu'il y fut le bien mt. Tenu, ni l'avoir assuré de leur protection, tellement qu'il ne pouvoit encore savoir ce qu'il devoit se promettre d'eux.

Mais voici ce que monsieur de Casteinaut lui dit: C'est qu'il avoit une particulière connoissance avec monsieur Béraud, Pasteur et natif de Montauban, où il avoît nombre de parents et des principaux, ce qui le rendoit puissant et lui acquéroit beaucoup de crédit; il ajouta que de longue main il y avoit correspondance entre eux, et il pria monsieur de la Force de trouver bon qu'il allât le voir. Le sieur de la Force lui dit qu'il y vouloit aller avec lui, ils s^ rendirent donc ; mais quoique leur entretien fut long et après que monsieur de la Force lui eut rendu compte de toutes choses, le sieur Béraud leur promit bien son assistance, mais non pas avec les témoignages de bonne volonté que monsieur de Gas^ telnaut avoit espérés.

Cette visite fit souvenir le sieur de la Force qu'il y avoit là un autre Pasteur, nommé monsieur Chamier, qui lui avoit de grandes obligations, ayant été jadis contraint de se rendre auprès du Roi Henri le Grand, car par de faux- donnés à entendre, on l'avoit rendu fort criminel auprès de sa Majesté, monsieur de la Force fit si bien^ que quoique mon-

t7(^ MÉlfOIRES DU MARQUIS SB GASTELHAUT.

t«u sieur de Bouiiloi:i s'y fut manqué, qu'il aida à sa jw tiGcatioQ , fit sa paix et le fit remettre en liberté.

A rinitant messieurs de la Force et de Castelnaut s'en vont au logis du sieur Charnier qui n'ayant vu ni l'un ni l'autre auparavant, eut avec eux à peu près le même entretien que celui avec monsieur Béi^ud ; le «ieur de la Force lui dit en outre qu'il voyoit bien que ceux de Montauban le soupçonnoient et avoient mauvaise opinion de lui , ce qui ëtoil le plu» sensible déplaisir qui lui fût jamais ar-* rivé. Monsieur Charnier lavoit fort pressé et lui avoit fait beaucoup dUnterrogations , demeujant fort satisfait des réponses et éclaircissementa qu'il lui avoit donnés, et connoissantdéjà sa réputation, il ne fit point de doute que ce ne fut la vérité même et lui dit tout d'un coup en haussant la voix ; Laiss^z^moi faire j tt ne vous meUes en peine de rim. Puis il raccompagna jusqu'à son logis.

Ainsi monsieur de la Forcé avoit su si bien re» présenter comme quoi t^outes choses s'étoieat passées à son égard et se justifier des faussetés, calomnies et mauvais rapports qu'on avoit faits de lui, que les mieux sensés y les principaux et 1^ plus considérés, ne jugeant pas qu'il y eût d'apparence aux discours qui s'étoiant tenus de lui , disoient qu'il ne yioit pas maltraiter et mécontenter ainsi

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dtt persoBney de la condition et du mérite de monsieur de la Force ^ lequel pou voit leur être utile; et il aycât cet arantage pardessus force autres qu'il attiroit bientôt à soi les bonnes volontés de ceux mêmes qui ne le connoissoient point ; aussi ëtoitil malaisé qu'après Tavoir vu, sa présence ayant qudque chose de majestueux et de véùérable, et qu'après avoir ou! ses raisons, on pût avoir mauvaise opinion de lui et on ne demeurât pas per« auadé de la vérité» tant elle a de puissance I

Par ce moyen et avec les sollicitations et persuasions de monsieur Chamier qui ne firent pas peu d'effet, les Consuls vinrent trouver le sieur de la Force , l'assurant qu'il étoit le bienvenu en leur ville et qu'ils ëtoient fort aises de pouvoir être assistés dans leur besoin de ses bons avis et de son expérience et sage conduite. Oés le lendemain, ils lui firent dianger de logis et le mirent chez monsieiur d' Alliez y où le Roi avoit coutume de loger lorsqu'il alloit à Montauban.

Et en effet, et c'est ce que je m'assure que mes* sieurs de Montauban ne désavoueront pas , c'est principalement aux sages conseils, à Texpérienoe et bonne conduite de monsieur de la Force qu*ils doi« vent leur conservation, a[u^ l'assistance de Dieu, la mite de ce discours fera asses parottrot

173 MÉlIOIftES DU IIAIQCIS DE GA8TBLNAUT.

et que s'ils n'eussent été assistés de 1^ et de ceux qu'il ayoit auprès de lui , manquant de gens de commandement , ils se fussent trouvés bien- en peine, et il eût été malaisé, Toire même impossible , à cause des personnes qu'ils avoient parmi eux, (qu'ils considéroient et* en qui ils avoient créance, mais qui n'étoient là que pour les trahir), si Dieu l'eût permis, que leur perte et leur ruine ne fussent inévitables.

Néanmoins monsieur de la Force toujours fort retenu en ses actions, laissa couler le temps et ne s'ingéra point dans leurs aflaires qu'autant qu'ils l'y convioient, et ainsi il commença à leur représenter ce qu'il jugeoit qu'ils dévoient faire pour leur bien et conservation, avec assurance et protestation de sa bonne volonté à les servir, étant résolu d'y employer jusqu'à sa vie.

Il est temps de revenir à monsieur le Marquis de la Force et à messieurs d'Eymet et de Montpouillan, ses frères, non que nous puissions dire toutes les particularités quoique fort considérables qui leur arrivèrent, aussi n'est-ce pas notre des* sein de nous étendre au delà de ce qui regarde la Basse- Guyenne.

Messieurs les Marquis de la Force et de MontpouiUan prennent la résolution avec quelques-uns

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de leurs amis d'aller à la Rochelle, laquelle mon- i«u* sieur d'Espemon tenoit en quel<}ue façon bloquée, leur causant tout le dommage qu'il lui étoit possible, venant souvent avec ses troupes jusqu'à leurs portes. Ces deux messieurs voyant le péril qu'il y avoit à courre pour y entrer, se précautionnèrent si bien que nonobstant les soins particuliers que ' principalement monsieur d'Espemon faisoit prendre, pour empêcher que personne ne put se jeter dedans^ que nonobstant cela ils passèrent entre les corps de garde, s'y conduisirent fort heureusement et y furent très-bien reçus. En plusieurs rencontres ou sorties, ils ne donnèrent pas seulement des preuves de courage, mais aussi de leur capacité pour le fait de la guerre, et y acquirent beaucoup d'estime et de réputation.

Monsieur d'Eymet eut plus de peine à se conduire à Montauban, La première fois qu'il se mit &ï chemin, il fut contraint de rebrousser et s'en retourner à Castelnaut pour avoir fait rencontre de beaucoup de gens de guerre qurs'opposoient à son passage. Quelques jours après il en repartit et prit sa route; ce ne fut pas sans alarmes ni difficultés, sans même quelque espèce de combat et être contraint de traverser plusieurs rivières à de mauvais gués et a la nage, et d'être obligé en faisant bonne

tT4 MÉlIOmBS DU KAIQI» M CASTELNAUT.

mu mine de passer à là merci et au milieu des ennemis^ en feignant d'être des leurs; enfin ils se conduisirent environ une vingtaine à Montauban.

Avant l'arrivée du Comte d'Orval, il se passa deux particularités qu'il n*y aura pas de mal de représenter s la premièrei c'est qu'un qui n'étoit pas de la ville y étant venu, ses discours donnèrent oonnnoissance qu'il n'étoit pas de la Religion j ce fut asses pour le faire soupçonner du peuple et que ce devoit être un espion ou quelqu'un qui va» noit pour les trahir; si bien qu'incontinent ib s'émurent contre lui, et des paroles ils en vinrrat 9lux coups. La populace se jetant sur lui après l'avoir frappé s plusieurs repriiéi même avec l'épéci ils le traînèrent jusque sur le pont et le jelèrent dsns la rivière; puis voyant qu'à la nage il se mettoit en devoir de se sauver, il y en eut qui prirent des bateaux et le suivant, l'assommèrent à coups d'aviron et le firent noyer» cruauté qui n^est pas imagi* nable entre chrétiens; et tout cela fut fait en si peu detemps qail fut impossible à ceux qui avoient de l'autoritë ou qui étoient considérés du peuple, d'y pouvoir apporter du remède. Monsieur de la Force ne se put empêcher de blâmer cette cruauté et de trouver l'action très-mauvaise; il représenta aux principaux du lieu que ces façons de faire étoient

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d'une très-dangereuse conséquence, et qu'il étoit i69i. tout à fait important pour leur bien et conservation de ne souffrir pas de telles émotions; que si cela venoic à continuer qu'enfin il n'y auroit de siireté pour personne; qu'il seroit même à craindre que cda ne les portât à ne vouloir plus rendre d'obéis*^ sance ni à leurs magistrats ni à ceux qui doivent avoir le commandement sur eux.

La deuxième particularité fut aussi que ce peu*pie vint à soupçonner un honnête bourgeois de Montaubauy lequel pour ce sujet a voit été mis en prison ; mais non content de cela, le peuple le vouloit avoir, et s'étant furieusement ému, étoit venu en très-grand nombre pour rompre les portes des prisons bien qu'elles fussent de fer. La clameur et le grand bruit qu'ils faisoient, ëtoient capables de donner de Tétonnement et de la frayeur à ceuif qui n'en savoient pas le sujet; et comme le sieur de la Force se mettoit en devoir de s'enquérir de ce que e'étoity voici le premier Consul, nommé Dupuy \

^ Dupuy, lieutenant particulier âu Sénéchal, et alors premier Consul : sâ conduite pendant le siège lui a acquis quelque célébrité. C'était un homme d'un grand sens , habile et ferme ; Il aida puissamment à. la défense de Montauban, en pourvoyant à tous les be^ •oins des assiégés et eu maintenant dans la place un ordre admirable. En iS22, le Duc de Rohan, prévoyant que Montpellier allait être assiégé , fit entrer Dupuy dans cette yille pour y rendre les mêmes •enkM qaeeeuiqa'ilAvaii rendus àMonuubao.

116 MÉlIOmBS DU MAIQUIS 1» GASTEUIAUT.

avec quelques autres qui entrent dans son logis /et comme il eut appris d'eux la cause de ce tumulte, il leur dit :

Eh ! bien, Me$$ieur$, et pourquoi n'étes-^ous poi là avec vo$ chaperons , tant pour apaiser le peuple que pour le faire retirer ?

Us lui répondirent :

Nos chaperons , Monsieur ^ vraiment nous nous en garderons bien, car si nous avions paru avec iceux et que nous voulussions user d'autorité, ils wms mettr oient en mille pièces.

Eh t bien, Messieurs j s'écria le sieur de la Force : moi j'y veux aller t

Vous, Monsieur ! dirent-ils : gardex^vous-en bien, ne le faites pas, il n'y a pas de sûreté parmi ce pétale mutiné; en cet état ils ne respectent ni ne connaissent personne.

C'est tout un, répondit-il; je sais comme il faut ménager un peuple.

Et voulant ensuite ^rtir^ ils s'y opposèrent, lui disant encore comme quoi ils ne l'oseroient suivre; mais nonobstant les empêchements qu'ib y apportèrent et les appréhensions qu'ils lui voulurent donner^ le sieur de la Force ne laissa pas de s'acheminer là où la rumeur étoit, et il y avoit si grande quantité de peuple qu'il étoit presque impossible

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de passer. Monsieur de Gastelnaot allait devant lui, mu et en arrivant proche de l'entrée de la prison , il trouva qu ils éloient bien une douzaine qui avec un très-gros chrevron que tous tenoient, tâchoient d'enfoncer les portes ; les ayant abordés, il eut quelques paroles avec eux pour les détourner de leur dessein ; mais eux obstinés et sans discontinuer leur travail disoient toujours qu'ik le vouloient avoir, et qu'il falloit pendre ce traître.

Sur cela , monsieur de la Force arriva à eux et leur ayant dit avec une hardiesse merveilleuse et capable de donner du respect : Hé! qu^esi-'Cêei, Meê* sieurê ? Soudain lui faisant la même réponse qu'à monsieur de Castelnaut et continuant toujours à battre la porte, ils voulurent repousser le sieur de la Force; mais lui qui ne s'épouvantoit pas pour peu de choses leur dit encore : Mais , Mes$ieur$ , que vauleXf^ws faire ? quel deMmovejs-DOM? Leur réponse fut toujours qu'ils vouloient avoir cet homme. Mais dannex^ws donc patience, leur dit-il, je vous h livrerai ; mais s'il est traître, il n^estpas du tout seul, il faut qu'il ait des complices avec lui, et partant il est important que la trahison soit découverte afin d* empêcher V exécution de leur dessein et les faire punir; tandis que si vous faites mourir ce/ui-ci avant de rien découvrir, il sera impossible après.

178 MÉIIOIEES DU MJMfm m GAfilELNAUT.

Hait nonobstant ce raisonnement, ib perttitoient toujours àwsks leur projet et à le repowser^ ne se montant pas arrêter pour cela«

-^ Çà combien v(mUtM>ouê éêrê? dh eneora monsieur de la Force j êtji f>ùuê U nuttrai tntfêmain$; maU e*0êt^dirê quej$ f>€t$x que t>ùuê wiin ripondiêM afin qu$ nous pui$$ùm$ découvrir la trMson.

C'est une chose merveilleuse combien la pré* sence d'un homme qui parle avec hardiesse et au«toritéy a de puissance, car tout soudain après les discours que leur eut tenus le sieur de la Force, ce peuple si animé et si échauffé s'arrête tout court; et tandis qu'il leur répétoit à diverses fois : lÀchoi^ êisHXHtous une vingtaine et je vous le meUrai entre mains : finalement les uns après les autres commencent à se retirer et quittèrent ainsi monsieur de la Force qui peu après s'en retourna à son logis. Ce qui est encore remarquable, c'est que le lendemain ou deux jours après, ce bourgeois fut mis en liberté, s'étant trouvé innocent de ce qu'on le soupçonnoit,et sans la résolution avec laquelle le sieur de laForCe yprocéda, c'estsansdoutequ'ilétoit perdu.* De là à quelques jours, le Comte d'Orval arriva à Caussade, revenant d'accompagner monsieur de Rohan, et passant proche de Sept- Fonds avec quel* que nombre de cavalerie, ceux de ces quartiers-là

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86 toubirœt oj^poeer i son passage. Il y eut un •»• combat aitre eux dont ravantage demeura au Comte d'Orval; quelques-uns ayant été tués et les autres ecmtraints à se retirer, ils lui laissèrent le passage Kbre. Comme il étoit preque seul à Caussade^ il ^Toya demander escorte à ceux deMontauban. Ce que monsieur de Casteinaut ayant appris, il s'y en alla avec environ soixante chevaux, la plupart ëcant de ceux qui avoient accompagné monsieur de U Force ou qui s'étoient rendus à Montauban à son occasion. Avec cela le Comte d'Orval se conduisit sans nul mauvais rencontré.

Bientôt après le Comte de Bourgfranc^ ( à qui monsieur de Roban avoit donné la cbarge de Mare* cbal de camp pendant l'absrace du Comte d'Orval qui étoit reconnu pour Gouverneur dans Montau* ban) , avoit tâcbé de s'y établir et par la cajolerie dont il étoit assez capable et en savoit bien user, s'y étoit accrédité, jusques*là qu'il voulut disputer le Commandement au Comte d'Orval, mais il étoit avec cela insupportable à cause de son excessive vanité, et tachoit en toute occasion de le choquer, se sentant en quelque façon appuyé et favorisé par ceux de Montauban. Et ne faut pas douter que, (sans la grande prudence de monsieur de la Force qui savoit bien eoomie quoi il falloit ménager les esprits des peu«

180 MÊIIOIISS DU MAKQUIS DB GA8TEUIACT.

pies, et sans sa capacité à se savoir bien démêler de tels rencontres qui ne buttoient qu'à une sédition et causer de là division)^ ledit sieur de Bourgfranc n'eût fait de grands efforts tant pour chasser lé Comte d'Orval de Montauban que principalement monsieur de la Force, s'imaginant bien que s'il en en chassoit une fois l'un, l'autre n'y demeureroit guéres; car il avoit déjà gagné une partie da peuple qui en avoit bonne opinion, et ses flatteries ordinaires lui avoient acquis une grande créance parmi eux ; mais Dieu ne permit pas qu'il pût venir à bout de ses pernicieux desseins.

Et voici le sujet de leur différend : Il est à savoir que le bruit du siège de Clairac étant venu à Montauban, la résolution y fut prise de voir le nombre de bourgeois qui seroient propres à porter les armes, lesquels on enrôlèroit, les mettant par compagnie et y établissant des capitaines et autres officiers pour les commander, à la nomination desquels le Comte de Bourgfranc eut bonne part, étant de benne intelligence avec le premier Consul nommé Dupuy. Il est à noter que c'étoit avant le retour de monsieur le Comte d'Orval; et pour mieux les accoutumer à obéir à leurs chefs, on les faisoit entrer en garde par compagnie. De là le Comte de Bourgfranc prit occasion, disant que^ comme Maréchal

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de camp^ il deyoit commander les gens de guerre et ordonner de ce qu'il y avoit à faire. Monsieur le Comte d'Orval de son coté, disoit qu'il étoit Gouverneur de la place^ et que tous ceux qui ëtoient dedans dévoient le reconnottre et lui obéir.

Cette contestation quoique irraisonnable^ ne laissa pas que de faire du bruit, ce qui obligea les Consuls avec les autres habitants qui avoient été choisis et nommés par le Conseil de la ville^ à s'assembler pour terminer ce différend; ils supplièrent monsieur de la Force de s'y vouloir trouver. D'après les raisons qu'il y déduisit^ il fut jugé que le Comte d'Orval devoit avoir le principal commandement et ordon« ner tout ce qu'il y auroit à faire dans la ville, mais que lorsque les gens de guerre sortirôient à la cam« pagne^ que ce seroit le Comte de Bourgfranc, comme Maréchal de camp, qui les commanderoit; ce qui fut arrêté plutôt pour éviter le désordre que pour contenter le Comte de Bourgfranc, ne se voyant pas grande apparence d'ailleurs qu'on pût tenir des gens à la campagne.

Il est temps que nous disions quelque chose de ce qui se passa en la Basse-Guyenne. D'abord monueur de la Force n'ayant pas pris sa route du côté de Clairac et de Tonneins, comme le sieur de Pa« nissault s'étoit persuadé» la diligence que fit moiH

IIS MÉlfOIRES DU MàlQiai W GÂJBTELHAOT*

aieur k Marédud d6 Saint-Gëran pour le joindre, lai fut inutile. Ensuite le Roi sur la parole que lui aToit donnée monsiear de Pardaillan, laissa Sainte* Foi entre les mains du sieur de Théobon, soa goidre, et vint à Berigerac, où étante toutes les villes de la Basse-Guyenne se soumirent à son obéissanceet volonté, portées à cela par la persuasion de leurs Gouvemeursqui presque tous aroient fait leurs conditions et vendu leurs Gouvernements sous de belles promesses d'en avoir de grandes récompenses* Mais poiur ce qui est de Ber^gerac, après que le Roi y eut fait quelque séjour ^, il y laissa monsieur de Rambures avec son régiment, qui soudain après le départ de sa Majesté, commeiiça à leur propo^ ser de faire un réduit qui selon la grandeur qu'il fut dessiné et le travail et les fortifications qu'il y fit faire, pouvoit éùre appelé une grande ciiadelle* De là les babitants commencèrent à s'étonner, et se fussent volontiers plaints qu'on ne leur fanoît pas la parole qu'on leur avoii donnée; que tant s'en falloit qu'ils cassent pensé qu'on leur voulut iaire une citadelle, qu'ils n'avoient pas même cru qu'on leur laissât de garnison; aussi leur disoilHMi que ce n'étoit qu'en attendant que leurs fortificih»

^ Le^oi irrivi à Bergerac le 13 juillet 1021, et il en repartit le 17

<mnzum lit

tiona fuwéot démoUei, quoiqu'on leur a¥bit dit espérer auMi qu'on n'y touoberoit pat. Cqieiidant il avoit été résolu de ruiuer toutes oeliea des places de Guyenne, et pour cet effet furent envoyé» des Commissaires partout, qui abattirent noflhseule-» ment ce qui étoit des bastions ou autres fo^Ufi^ cations hors les murailles de$ villes, rançonnant même pour la conservation des maisons qui étoimt dessus ou pour autres divers sujets, tant oeiix du lieu que ceux du voisinage, sous ombre de veniir contribuer auxdites démolitions; ils désarmoieot aussi les habitants et leur prenoient toutes les mu* nitions de guerre qu'ils pouvoient avoir.

Alors tous commencèrent à raconnoitre leur faute, mais le mal étoit sans remède. Ceu« de Clairac qui, comme tous les autres, avoient envoyé leurs députés vers le Roi, apprenant la façon doQt on avoit traité œux de Bergerac, et qu'au lieu qn'on leur avoit promis que le Roi n'iroit pas dans leur ville et qu'il n'y metiroit point de garnison et qu'il les laisserait dans Fétat où ils étoient, voyant que le Roi se disposoit à venir, ayant plus de résolution que ceux de Bergerac et ne pouvant souffrir ni se soumettre à un si rude traitement, se r^^ lurent à se défendre* Et ne faut pas douter que si ce peuple «ût été hiw conduit et que s'il o'eût pas

18ft MillOIRBS DU MAaQHS M GASIELNIOT.

MU. été trahi par les capitaines étrangers ( qu'ils avoient établis chez eux, les croyant fort expérimentés au fait de la guerre, lesquels étoient entre autres Auripechi Richomme , Sauvage et Boudou qu'cm tient qui avoient été corrompus et gagnés avant de se jeter dedans ), qu'ils n'eussent bien donné des affaires au Roi| leur terrain étant fort bon et leurs fortifications presque parfaites, et ils avoient le nombre d'hommes qui leur pouYoient être nécessaires pour leur défense, et les gens de ces quar^ tiers-là étant bons travailleurs et estimés de longue main pour les meilleurs soldats de Guyenne.

M innei. Le Roi donc, sachant leur résolution, s'en vint loger à Tonneins-dessus y fait faire les approches où ceux de Clairac vinrent le recevoir tous en chemise et sans autres armes, à prés d'une demi-lieue de la ville, où entre autres l'ainé Lentillac se fit

sijiiiki. remarquer ; ils tuèrent un grand nombre de gens parmi lesquels étoit le sieur de Termes qui fut grandement regretté, le tout à la faveur des vignes, et se battirent tant que le jour dura.

Les approches faites, on se loge, et fait-on trois batteries sur les montagnes voisines qui ont quelque commandement sur la ville. Le siège ne dura qu'environ quinze jours sans qu'il se pût dire que la batterie, quoiqu'elle eût été fort continuée, eût

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en rien endommagé leurs fortifications^ le terrain ^^n. étant si bon qu'il ne paroissoit presque pas qu'on y eût tiré, le travail de leurs tranchées n'étoit pas aussi fort avancé^ tant les assiégés faisoient bien leur devoir pour toutes choses et se défendoient généreusement.

Mais ceux de Clairac qui reconnoissoient Peyrebrune de Saint-Orse en qualité de Gouverneur, lequel s'étoit tellement laissé gagné au bon vin de ce lieu-lA qu'il ne se désenivroit jamais, et Sauvage ' faisant la charge de Sergent-major, avec les autres trsdtres savent si bien jouer leur personnage qu'ils obligèrent ce pauvre peuple à se remettre à i «on. la discrétion du Roi qui par leur entremise, s'en étant rendu maître, en fit pendre plusieurs,*entre autres. Lafai^ue, Procureur en la Chambre de l'Édit de Nérac, et son fils qui étoit ministre, gentil personnage, et tous deux fort gens de bien. Les soldats commirent mille insolences, ils en firent noyer plusieurs , les autres furent massacrés, plusieurs femmes et filles violées, sans que les chefs y apportassent l'ordre qu'ils dévoient, et sans en faire nul châtiment ni justice, contrevenant en tout cela à leur capitulation et à la foi

A Le eapitaioe Sautage; il anit été li^ntenant de la compagnie de Ganeliianl.

1S6 BIÉMOIRES DU IIAEQDSI BB CASTELNAUT.

qu'ils aroient donnée de garder la vie et l'honnenr aux hommes et aux femmes , et même de l^ir conserver leurs biens.

Delà le Roi sans s'arrêter prit sa route du coté de Montauban, jugeant bien que la diligence éloit le plus puissant moyen pour pouvoir mieux venir à bout de ses intentions, ôtant, en ce faisant, à ses ennemis étonnés le temps de se pouvoir recim* Doitre et de se mettre en état de se défendre.

Voiià donc la province de France où Ton crofoit ceux de la Religion les plus puissants, bieotét rë^ duite dans 1 obéissance du Roi. En mettant à part la première cause qui est la volonté de Dieu, nous dirons que la trahison et Tenvie d'abord en a été le principal moyen, et ensuite la lâcheté de presque tous les Gouverneurs qui ont préféré à leur bon** neur et liberté un gain déshonnète, outre la brèche quib ont faite à leur conscience, contrevenant à leurs promesses, à la foi et au serment quils avoient faits lors de la réception de leurs charge^^ et à miUe protestations qu'ils avoient renouvelées même depuis, de dépendre tant des résolutions gé^* néralas qi^e provinciales qui avoient ét^ prises sur ce sujet.

Cependant voici qu'après la capitulation de Nérac, que monsieur le Duc de Mayenne s*avance

CMAmU JQ. 181

avec son armée composée de quatre 'à cinq- mille homoies^ vient aux environs de Montauban et passe la rivière du Tarn au<-des$us de Courberieu \ où il 7 avoit un petit fort à la peinte d'une mon-* lagne assez inaccessiUe; ce que ceux de Montau* ban ayant appris, ils sortent au nombre de trois cents hommes de pied et quelques quatre-vingts chevaux ; le Comte d'Orval conduisant la cavalerie et le Comte de Boui^franc l'in^nterie : ils se ren* dent proche de Courberieu où il y a fort peu d'espace, entre la rivière de Tarn et la montagne^ Les coureurs du Duc de Mayenne ayant commencé à paroitre, quelques-uns de ceux de Montauban se débandent et les vont atUquer, entre autres le sieur Pechels qui fut tué, et d'Ariat ^ pris prisonnier, et cela pour s'être trop avancés et sans considérer qu'ils s'engageoient mal à propos. On (ait aussi avancer quelques enfants perdus de Tinfanierie qui commencent Tescarmouche; mais messieurs de Yignoles et de Faudoas s'avancent avec environ trois cents cbevanx et qudiques bataillons de gens de pied. Le$ enfants perdus jugeant qu'ils n'étoient pas capables de résister à un si grand nombre^ st

1 Corbarieu, village ^mé à danx hmm et àmiê 4e ManUikiiL s Cab4«H «ichiumi da Gkiu» «I j mMimt 1# IffldfnMJii àe sei bltmini

188 IIÉUOIBES DU MARQUIS DE CASTELMAUT.

retirent dans la montagne à la faveur des vignes et du fort, donnant ainsi le loisir au reste de se retirer avec un peu de diligence dans Montauban. Le fort de Courberieu ' fut abandonné la nuit et saisi incontinent par monsieur de Mayenne qui de là alla assiéger le Béjas ^, méchante bicoque, n'ayant que des murailles en terre sans autre défense et quelques paysans pour les garder, lesquels, vu leur mauvais état, se défendirent fort bien et lui tuèrent beaucoup de monde, jusqu'à cent trente ou cent quarante hommes. Ils s'étoient même persuadés que si on pouvoit jeter une trentaine d'hommes dedans pour les secourir, qu'ils se conserveroient, ce qu'on ne leur voulut pas refuser , vu leur courage et leur résolution, et on ordonna quelques-uns du côté de Negrepelisse d'essayer de se jeter dedans ; le sieur de Gastelnaut fut commandé avec quelque cavalerie et les gardes du Comte d'Orval, d'aller favoriser l'entrée de ce secours en donnant l'alarme de son côté. U pouvoit avoir en tout quelque cent chevaux ; il s'achemine donc la nuit, donne ses coureurs à commander à Lentillac, capitaine des gardes de monsieur de la

< G'éUit un ancien fort bâti ptr les Angitif . ^ Ancien nom d'Albiai» petite tille lor TAYe/ron (Tirn-et-Gi* ronne).

GHAPimE IIL 18»

Force, et s'arrête sur une éminence proche d'un ^^^ petit bois où il avoit fait venir une douzaine de tambours pour favoriser sa retraite au cas qu'il fût poussé et qu'il en eût besoin, sur la créance que les ennemis leur oyant battre la caisse s'imagineroient qu'il y avoit là une embuscade d'infanterie, ce qui les obligeroit à s'arrêter et à ne pas passer outre.

Et comme de l'endroit où il étoit, le sieur de Castelnaut voyoit une grande quantité de feux de corps de garde, il envoie le capitaine Lentillac pour reconnoitre : lequel s'étant avancé ne manque pas de rencontrer un petit nombre de gens de che« val qui étoient en garde ou qui battoient l'estrade. Sur le qui vivey il se retire sans que les autres, qui le suivoient toujours, l'enfonçassent, jusqu'à ce qu'il fut proche du lieu où il avoit laissé le sieur de Castelnaut, lors il tourna à eux criant: Tue, tue ; il en blessa et tua quelques*uns et en prit un prisonnier. Monsieur de Castelnaut oyant les coups, s'avance avec sa cavalerie, et ayant rencontré ledit Lentillac , celui - ci lui crie : P&ussez , Maneieury fwssez ! Ce que fit monsieur de Castelnaut, et il se trouva fort près de là au milieu de presque toute la cavalerie de monsieur le Duc de Mayenne qui étoit à cheval^ et quantité de feux allumés tout au-

190 MtMOZfiBS DU «AIQCD M GASIELIIAOT.

MH« tour^ si bien qu'on n^aperceroit qu'escadrons de tous côtes.

La cavalerie de monsieur de Castelnaut se Toyant ainsi engagée^ tourne bride et se met à fuir, de sorte que monsieur de Castelnaut se trouve seul avec dix ou douze; comme il n*ëtoit là que pour donner l'alarme et non pour combattre et en trop petit nombre pour pouvoir y faire un long séjour, il se retire au pas, envoie a[»^ les fuyards pour les £iire revenir, ce qui (ut impossible, quoique mon* sieur d'Eymet, son frère, y allât pour les arrêter et un de messieurs de Montauban des plus apparents , croyant qu'éunt connu d'eux que cela les obligeroît à s'arrêter, mais ils n'y gagnèrent rien; tant il est malaisé quand l'épouvante nous a une fois saisis, de nous rassurer. £t cela est admirable que de tous les escadrons, jamais pas un ne s'émut pour aller après monsieur de Castelnaut, quoique ce leur fut assez facile à cause de la lueur des feux, d'avoir pu remarqiier ce petit nombre d'hommes; il faut croire que ce qui les en empêcha, ce fut sans doute qu'en même temps que le sieur de Castelnaut étoit parti pour s'avancer après les premiers coups de pistolet tirés , les tambours qui avoient été laissés au long du petit bois se mirent tous à battre leurs caisses, de sorte que les ennemis croyant qu'il

OÊànm hl IM

poiÎToH y avoir là une embuscade^ ne bougèrent, «mi» Cependant le Bejas qui aToit été battu de coups de oanon et rois en état de ne pouvoir plus résister , a'étoit rendu à discrétion le jour avant. 11 iîit brûlé^ les Consuls pendus avec une vingtaine d^autres, et lors toutes les villes voisines» hormis Saint-Antonin ^ se mettent sous lobéissanoe de monsieur le Due de Mayenne.

U se passa encore une petite particularité : c'est que monsieur de Mayenne ayant repassé le Tarn du côté de MoiasaC) les sieurs de Caste! naut et d*Ey«^ met montent encore à cheval avec quelques-uns pour reconnoitre et ses troupes et sa route^ et pour tacher de faire quelque chose, si roccasion s'en offroit. Ils parvinrent jusqu a une éminence d'où ils virent marcher toutes les troupes dans une petite plaine; ils ne jugèrent pas à propos d'aller plus avant à cause de leur petit nombre, mais s'apercevant que deux cavaliers se séparoienc du gros des troupes, ils poussent à eux, et les prennent priscm* niersi c'étoit deux gentilshommes du voisinage lesquels ils conduisirent à Montauban , de quoi le peuple fut fort satisfait.

Cependant voilà que les nouvelles arrivent de tous côtés que Clairac s'est rendu , ce qui surprit et étonna un peu eeui^ de Montaubabi s'étant ima-

19t MÛlOnES DU MARQUIS M GASTSLHAUT.

ginés que ce lieu4à donneroit bien de Foccupalion à l'armée du Roi pendant deux ou trois mois, la yiUe étant assez fortifiée et ayant suffisamment toutes les choses nécessaires à se pouvoir bien défendre. Cela les fit juger que meshuy c'étoit à eux à se préparer les moyens de résister; et les cruautés qu'ils apprirent qui avoient été exercées à Glairac, et comme quoi la foi qui leur avoit été donnée par la capitulation avoit été mal observée, tout cela fortifia davantage messieurs de Montauban en la résolution qu'ils avoient prise ^ et les encouragea à se bien défendre et à tout risquer plutôt que de se soumettre à ceux qui ne tenoient rien de ce qu'ils promettoient.

^^ 11 est nécessaire de représenter que durant le siège de Clairac, messieurs de Montauban ne laissèrent pas d'être grandement sollicités^ tant par monsieur d'Esdiguièresque par monsieur de Sully avec tant de belles promesses et d'assurances de la part du Roi qu'ils n'en eussent pu souhaiter davantage. Monsieur de la Force ne le fut pas moins de son côté. Monsieur de Regagnac,qui l'étoit venu trouver à Bergerac ne manqua pas de revenir encore à Montauban 9 mais Texemple que les uns et les autres avoient devant leurs yeux^ et particulièrement le sieur de la Force auqud on n'avoit

GHAPITHE m. 193

rien tenu de toutes les choses qui lui avoient été "«« promises en Béarn , leur fit bien juger qu'il n'y avoit nulle apparence qu'après qu'il se seroient soumis, qu'on leur tint rien de tout ce qu'on leur avoit promis ; ainsi ils rejetèrent absolument toutes les propositions qu'on leur faisoit y comme ne pouvant prendre nulle sorte d'assurance ni de confiance en icelles.

Et quand ils apprennent que le Roi s'en venoit à eux avec son armée, en diligence et sans perdre de temps, ils se préparent de leur côté à se mettre en état de le bien recevoir. Une des meilleures choses qu'ils font, c'est de voir les lieux qui seroient jugés les plus à propos pour placer leur artillerie et y faire les plates-formes nécessaires. Cette commission fut donnée à monsieur de Gas* telnaut qui d'abord ne pouvant juger là où elle seroit la plus utile, plaça les canons en divers endroits, en attendant qu'on eût plus de connoissance des lieux qu'on voudroit attaquer. Et quoique dans Montauban il y eût une assez bonne quantité de poudres, néanmoins il n'avoit pas laissé d'avoir des gens pour y travailler incessamment, ce qui fut bien nécessaire et servit fort utilement comme il se verra ci-après. Ils ne perdirent pas non plus de

temps à travailler à leurs dehors, monsieur de Rohan IV. 13

19ft MtlIOIHES DU MAHQtlS DE CASmJIAOT.

««*• leur ayant représenté qu'il étoît néceisaire pow leur défense qu'ils fissent deux cornes, Tune devant la porte de Villeneuve et l'autre du côté de Montmirat, la première étoit déjà fort avancée^ mais à l'autre, on p'y avoit encore rien fait. iT aeftu Voici quc les nouvelles arrivent que le Roi est à Picquecos, qu'une partie de son armée passe l'Aveyron, etFautre le Tarn conduite par monsieur le Duc de Mayenne; il fut donc alors question de mettre un ordre pour commander les quartiers et ordonner les troupes qui dévoient les défendre.

La prudence avec laquelle monsieur de la Force avoil accoutumé d*agir en toutes ses actions, avec les témoignages qu'il avoit rendus de sa capacité et expérience dans toutes les occasions qui s'étoient offertes depuis qu'il étoit là , ne lui avoient pag acquis peu d'estime et de crédit parmi toute cette communauté, tellement qu'ils commençoient à déférer beaucoup à ses avis et à se gouverner par iceux^ quoique non sans grand déplaisir et jalousie du Comte de Bourgfranc, vu que ce ne lui étoit pas un petit obstacle à tous ses mauvais desseins. Il fut donc proposé à quelles personnes on donne» roit le commandement des quartiers, et on voulut faire cet honneur à monsieur de Gastelnaut de le préférer et lui donner le choix; et ne faut pas douter

CBAPXTRB m. 198

que ce ne fût à la considératioa de moDsieur de la Force. Le sieur de Castelnaut ayant donc été ap<pelé, leur dit que désirant de se trouver en toutes les occasions où. il pourroit leur rendre servicei qu'il ne Touloit s'engager à aucun lieu déterminé pour être plus libre d'aller à tous ceux où il seroit attaqué.

Mais quoiqu'il s'en voulût fort excuser, il lui fut impossible de s'en défendre, principalement monsieur de la Force lui témoignant qu'il le désiroité Ainsi on lui propose d'avoir le commandement de yille*Bourbon qui étoit le lieu le plus considérable et le mieux en état de se pouvoir défendre, nom-* mément vu le nombre d'hommes qu'il y avoit, et gens de plus grande fatigue que les autres ; mais c'est ce que monsieur de Castelnaut ne voulut pas accepter, et se voyant contraint à prendre de l'emploi, il dit donc que si on lui donnoit le choix» qu'il youloit prendre le lieu qu'on estimoit le plus foible qui étoit du côté de Montmirat ; il eut donc le commandement de ce quartier-là et de Ville-Nouvelle. Ou donna à monsieur de Reniés celui du Moustier, et le Comte de Bourgfranc prit Ville- Bourbon pour en laisser le commandement ordi-» naire à un Béamois nommé du Viguan, brave soldat, qui s'acquitta bien de son devoir, noMSeu-

196 MÉMOIRBS OU MARQUIS DE GASTEUIAUT.

*•*• lement en cette occasion mais en plusieurs autres qui s'offrirent après, et y servit très-bien messieurs de Montauban j les autres quartiers qu'on jugea moins importants et qui ne furent pas aussi attaqués, furent donnés à d'autres personnes.

Le régiment du Comte d'Orval qui étoit fort bon, fut mis aussi dans Montauban et dispersé en divers quartiers, comme toutes les autres compagnies de la ville. Le Lieutenant Colonel dudit régi* ment, nommé Veilles, et du voisinage de la ville, étoit un homme qui avoit toujours fait fort l'échauffé et témoigné de désirer grandement la guerre ; néanmoins il avoit quelque jalousie et mécontentement de n'avoir été employé à quelque chose de plus, et en vouloit particulièrement non-seulement contre le Comte de Bourgfranc lequel il ne pouvoit supporter, mais aussi contre un autre gentilhomme, nommé Dade, qui avoit porté les armes en Hollande, et auquel on avoit donné la charge de Sergent de bataille, si bien qu'on fut fort étonné lorsqu'on trouva à dire ledit sieur de Veilles et qu'on eut appris qu'il étoit allé trouver le Roi, auquel il ne manqua pas de rapporter entièrement Tétat de Montauban et les lieux qu'on croyoit être les plus foibles et où il rencontreroit le moins de résistance, de sorte que prenant leurs mesures là

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