‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III ... et autres peronages marquants depuis la Saint-Barthélemy jusqu'à la Fronde; pour faire suite à toutes les collections de mémoires sur l'histoire de France; (volume 5)Chapitre 22 sur 101 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

dessus, on fait les approches des trois lieux sus- *•**• nommés ^

Du côté de Montmirat on ne faisoit que commencer seulement à travailler aux cornes qu'on avoit dessein d'y faire, lesquelles même n'étoient pas encore parachevées de tracer lorsque les gens du Roi commencèrent à paroitre, et que plusieurs sortirent de Montauban pour s'escarmoucher avec eux et les empêcher d'avancer. Ce fut environ sur les deux heures après midi que commença l'attaque, et elle dura jusqu'à la nuit : il y eut plusieurs de blessés et de tués tant d'un côté que d'autre y et d'entre ceux de Montauban le capitaine Lentillac reçut un coup de mousquet à la jambe dont il ne guérit de tout le siège.

Il est encore à remarquer qu'il y avoit fort peu ou point du tont de personnes de Montauban qui eussent d'expérience ou qui eussent jamais eu de commandement ou vu de guerre ; aussi étoit-il plus difficile de les assujettir à leur devoir et de les contraindre à faire les choses nécessaires pour leur conservation et défense ; car outre que c'est un peuple qui présume beaucoup de soi et qui ne souffire pas volontiers d'être Aomiué, avec cela il se flattoit

< Montmirat, le Momtier «t Ville-BomboD.

IM MÉMOIBES DU XA&QtlS M GASTELNAUT.

aisément de pouvoir venir à bout de tout ce qu'il désiroit ou vouloit. Ainsi dans le commencement du si^, ils donnant bien de la peine à ceux qui leur ordonnoient les choses nécessaires à leur conservation y parce qu'ils n'en comprenoient pas rimportance> ce qui les obligeoit souvent à mé«> priser le commandement ou à ne Texécuter pas; mais dans la suite jugeant facilement de la nécessité et reconnoissant qu'on ne leur ordonnoit rien qui ne leur fût utile pour empêcher que ceux qui les attaquoient ne vinssent si facilement à bout de leurs desseins, ils ne résistèrent plus ; mais je dirai davantage c'est qu'ils firent une telle créance en monsieur de la Force et jugèrent que tous les oon* seils et tous les ordres qu'il donnoit, étoinit si à propos, si utiles et conduits avec tant d'expérience et de prudence qu'après avoir dit : H faut fmr$ um tMe chose, iLn'y avoit plus de conseil à proidre, mais à se mettre en devoir de l'exécuter, ce qui se vérifiera clairement par la suite de ce qui se passa dans ce siège.

Montauban n'est pas sit6t attaqué qu'on le ermt perdu, et généralement tout le monde est dans cette créance qu'il ne fera pas grande résistance, et qu'au pis aller il ne sauroit subsister quinze jours. Plusieurs raîscms pouvoient fortifier oatte

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pensée, d'abord le pea de résistance que le Roi ^^ avoit troQtée aux villes qn'il avoit attaquées; ensuite les intelligences qu'il aroit avec un de tmt qui aroient un des premiers eommandements, et Fespérance de continuer ces pratiques qui lui avoient si bien réussi aux autres occasions ; enfin parce qu'il n'y avoit nulle place au voisinage de Montâuban qui pût favoriser les assiégés en quoi que ce soit, et qu'au contraire il s'en croûvoft plusieurs dont Tannée du Roi pouvoit non-seulement recevoir de rassistance, mais qui prodigalîsoient tout ce qu'ils avoient par un désir eicessif de voir bientôt la mine de ce lieu-là, croyant aussi qu'après cela, rien ne résisteroit plus et qu'ainsi oit verroit prochainement une proscription générale contre ceux de la Religion; mais celui qui dispose de toutes choses en avoit ordonné autrement.

Presque toutes les personnes de condition et autres de la Religion en France, ayant déjà fléchi, et plusieurs s' étant même rendus auprès du Roi, témoignoient dans ce rencontre non-seulement le peu de soin qu'ils avoient de leur réputation et de leur honneur, mais ce qui étoit bien pis, le peu de zèle qu'ils avoient pour leur religion, et que leur conservation leur étoit bien plus chère que la gloire de Dieu et celle de ses Églises. Au lieu de prendre le

août.

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^m. sac et la cendre, et témoigner leur repentance, de demander pardon à Dieu de leur infirmité, et le requérir avec larmes et supplications d'avoir pitié de son pauvre peuple, il sembloit qu'ils vinssent pour être les spectateurs de la ruine de leurs frères et se réjouir de leur malheur.

Ainsi on peut dire que les avantages qu'on a remportés sur ceux de la Religion l'ont été plutôt par les pratiques et menées desquelles on s'est servi, et par la lâcheté et perfidie de ceux de ce parti, les uns poussés par l'ambition de s'agrandir, les autres de s'enrichir , que par la force des armes ; mais Dieu se sert de ces moyens quand il nous veut punir.

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