CHAPITRE IV
SOMMAIRE
Les assiégeants pointent leurs canons sur la maison de M. d'Alliei. » Un boulet emporte le chevet du lit oii M. de la Force avoit couché la veille. — M. de Castelnaut se retranche à l'aide de barriques dans les cornes de Montmirat. — Ardeur des femmes au travail.— Distribution des quartiers de l'armée royale.^ Mayenne, après s'être emparé des dehors de Ville-Bourbon , ouvre la tranchée et place ses batteries. — Sauvage, ancien lieutenant de Castelnaut, se jette dans Montauban. — Lendresse, gentilhomme béamois, envoyé vers M. de la Force. — Travaux et zèie de Castelnaut aux cornes de Montmirat. — Il y passe six semaines logé dans une cuve. — Adresse d'un arquebusier écossois. '- Les assiégeants démasquent une batterie de dix canons contre Montmirat. — Ils renversent l'enceinte des cornes. — Le feu prend à leurs poudres. — Cet incident sauve la ville. -~ Les assiégés réparent leurs fortiûcations. ~ Singulier effet d'un coup de canon. — Nouvelle batterie à trente pas des cornes. — Brèche à la courtine.— Etforts des habitants et surtout des femmes pour y remédier — Entremetteurs et solliciteurs de la part du Roi. — Négociations avec le Connétable et M. de Rohan. — Entrevue proposée à Villemur avec Sully, Lesdiguières et Rohan. — Secours promis par ce dernier. — Bonne conduite de M. d'Eymet. — Les Montalbanois refusât un traité particulier.— Pratiques de Sauvage avec le Comte de Bonrgfranc et quelques antres. — Ils s'entendent pour livrer la ville au Roi. — Les Royaux préparent une nouvelle batterie. — Castelnaut fait renverser leurs gabions. — Intré[Mdité de du Ronlier, gentilhomme poitevin. — Arrestation de Sauvage. — Bourgfranc vent faire raser la tour du pont. — Le sieur de la Force s'y oppose. — Le Consul Dnpny sonde Castelnaut au sujet de Sauvage, et le prie de le voir. — Castelnaut, indigné, s'y refuse. — Sauvage avoue sa trahison, et meurt sur le gibet^ après s'être repenti.
Voici donc d'un côté» l'année du Roi victorieuse, ^^ enflée du bon succès qu'elle a eu jusqu'ici^ et qui
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se rafraichissoit partout augmentant tous les jours en nombre d'hommes ; et de l'autre côté, Montauban situé au milieu de dÎTenes villes et provinces qui donnoient tonte la facilité qu'ils eussent pu souhaiter pour pouvoir promptement venir à bout de lenrt desseins ; mais Tissue fera voir que Dieu n'abandonne jamais les siens aux efforts des puissances^ et qu'il emplme ceux qu'il lui plait p<mr maintenir sa gloire et conserver son peuple tant à la confusion de ceux qui Taroient abandonné que de ceux qui pourchassoient leur ruine.
Comme il a été dit ei-dessn», nHmsienr de la Force étoit logé diez monsieur d*Âlliez au logis qu'on «voit aooontnmé de dmmer an Roi lorsqu'il venoit visiter Montauban ; c'étoit un lieu élevé au rtipeci des antres maisons de et quartier^là^ SMis dés que tes approches furent faites et pour être plus près det lieux anxqnelait pourroit servir, ainsi que de monsieur de Caslelnaut, il avoit changé de logement^ et s'éioit rai» dan» un jeu de pamne qui appartenoît aussi â monsieur d^Âlliez au quartier de Monlmiral, M je dia ewi pairie que l'artltlerie n'est pas sitôt arrivée que son premier essai &it contre cette maison. Ce qni est encore remarquable, c'cel qiM fi mmktieap de ta Force y fût demeuré, I qu'il se fât trouvé an lit <
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indispositions ne Vj oblîgeoient que trop souvent, t«^ il y eût été tué, car divers coups donnèrent nonseulement dans la chambre mais dans le lit où il conchoit et même sur le chevet. Or il ne faut pas douter qu'on ne tirât en ce lieu-là à dessein et sur les avia qu'on avoit donnés que monsieur de la FOTce y étoit logé.
Tandis que l'escarmouche dura, le plus grand soin de monsieur de Gastelnaut fut de tâcher de se mettre un peu à couvert et 6ter la connoissanoe à ceux qui le viennent attaquer, du mauvais état auquel il étoit, n'y ayant point de difficulté qu'ils eussent pu à l'heure même, s4ls eussent fait ce qu'ils dévoient, obliger le sieur de Gastelnaut à abandonner les cornes qu'il avoit demandé à faire, et qu'ils ne se fussent logés jusque» sur le fossé» Il fait donc porter une grande quantité de barriques^ et avec ioelles ferme l'enceinte des cornes, du côté qui étoit à la vue de» assiégeants. L'étonnement avoit déjà tellanent pris une pwtie du peuple qu'ils ne savoient où courir; mais les femmes n'en usent pas de mène, car avec une diligence qui n'est pas imaginaUe, dles af^rtent une si grande quantité de barriques et durant tout le jour et la nniisuivante, qu'en moins de vingt^quatre heures, il y eut deux barriques Tune mt Taufre rraipUes
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*«"• de terre, mais aussi ce fut tout, n'y ayant nulle sorte de fos^s par le dehors, tellement que ce n'est croyable qu'une si foible défense eût pu se maintenir et se conserver devant une puissance si redoutable, à qui rien ne manquoit, et qui s'ëtoit flattée de ne devoir trouver nulle résistance.
Cependant l'armée du Roi se campa aussi de son côté un peu à l'écart et en quelque façon éloignée de Tartillerie de Montauban, qui d'abord n'avoit aussi personne capable de bien pointer un canon.
De l'autre côté monsieur de Mayenne vint aussi investir Ville-Bourbon sans qu'il s'y passât autrement rien de considérable; et deux jours après, monsieur le Prince de Joinville et monsieur le Maréchal de Saint-Géran vinrent se loger du côté du Moustier, le sieur de Veilles servant partout de guide. Il y eut quelques escarmouches à la faveur des maisons brûlées du faubourg, là il se perdit deux bourgeois considérables.
23ioùu Voilà donc Montauban attaqué de trois côtés, quoique leurs quartiers fussent assez éloignés l'un de l'autre, laissant une bonne partie de la ville sans être investie, ce qui donna moyen souvent à ceux de Montauban de sortir la nuit et d'aller enlever divers logements^ où ils firent beaucoup de butin.
Celui de Montmirat qui étoit appelé le quartier