‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III ... et autres peronages marquants depuis la Saint-Barthélemy jusqu'à la Fronde; pour faire suite à toutes les collections de mémoires sur l'histoire de France; (volume 5)Chapitre 31 sur 101 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

SOMMAIRE

Cas telnaut tue le Dac de Mayenne d'un coup d'arquebuse. — Le Roi reconnott Fauteur de sa mort à la balltf qu'on lui rapporte. — Alerte dans les tranchées. — Mines des assiégeants à Moi^tmirat. — Ils gagnent la tête des cornes. *- Canon pointé contre la messe des Royaux. — Effets qu'il produit. ^ Des entremetteurs offrent carte blanche à Castelnaut pour lui et pour son père. «^ Sur «<» refbs de la prendre, la carte demeure sur le terrain. — Négociations de M. de Veyrières agréées par le Roi. — Entreyue projetée entre la Force et le Maréchal de Chanlnes. -^ Ge demier h fait fonpUcet par MM. de Brantes et de Bassompierre. — La conférence ne produit aucun résultat. — On cherche à intimider la Force en le me* na^ant de fiire raser son château. — Koble réponse qu'A Mi à cette occasion. — Députation envoyée à Castres yen Rohan. ^ Attaque au bastion de Paillas. — Grandes sorties ordonnées par M. de la Force et le C<Mnte d'Orval. — > Les assiégés eoelonent les canons» mais sont repoussés STee perte. — Ils font une mine au Moustier, et se rencontrent avec les assiégeants. ^ Détresse de ceux de Montauban en ce quartier. — M. de la Force vient à leur secours. -» Autorité qu'il prend sur tous les habitants. — 11 fait jouer la mine avec beaucoup de succès. — Sortie des assiégés , qui s'emparent des trandiées. — VénératioD et reconnolssance des Momalbtnoif pour M. de la Force. — Passe*pons du Roi pour la députation à Castres. — Le sieur d'Esplan veut obliger Castelnaut à quitter l'écharpe blanche. — Lesdiguières fait prier les députés de venir le voir. — Ils arrivent prés de M. de Rohan. ~ On traite de la paix* — Conditions exigées par le Roi. ^ Retour des députés.— Le mot de pardon blesse Torguea des Montalbuiois. — U» repoossant ki offres qui leur sont faites. — Les assiégeants abandonnent le quartier du Moustier. — Entrevue avec le Maréchal da Chaulnea.— Ses \ sana eflei. — BaJUarka de MaasiUac ai dif aitetoait* ^

2(8 MÊIIOIEES DD MAltQnS DE CAjBTEtRAOT.

Lm Royani qtiittenl le quartier de MonUiiirit. — Le peuple de Meataobui m précipite au pillage det tranchéei à la tue des ennemif . — Déieipoir et craintes de Gastdnant. — Le Roi se loge i MoBtbeton, toot près de la yille. — On défend de tirer le canon de ce c6té. — Le château brùlé après le départ de S. M. -~ Le siège rcYé, M. d*Àngoulênie reste pour tenir en bride les Mootalba- ' Dois. — M. de la Force indique les moyens de remédier au débuts de leur place.

«Tayoue que nous avons peut-être [un peu trop tardé à parler de la mort de monsieur de Mayenne qui est malheureuse et bien considérable toute ensemble ; malheureuse, pour être arrivée dans une occasion si peu importante et si éloignée du désir que les grands héros comme lui ont accoutumé de souhaiter; considérable, en ce qu'il s'y perdit assurément un des plus grands hommes de son temps et qui avoit toutes les qualités requises pour parvenir et se faire estimer. Son ambition, son courage et sa capacité le pouvoient faire agréer et porter partout où un homme puisse prétendre; faisant gtind état des gens de mérite, il étoit aussi bon ami, ce qui lui attiroit les bonnes volontés de ceux qui le connoissoient.

Le Duc de Mayenne ayant beaucoup de monde à sa suite S et passant dans une tranchée assez spa-

' U montrait ses tranchées à son cousin-germain le Duc de Guise : lUn'atoil pas de ^ui grand Saisir, dit Bassompierre, que de faire

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cieuse qui étoit aussi fort proche de nos retrandie- î$u. ments et où il y a^oit une canonnfôi(^ dont rouTar>ture étoit assez grande pour pouvoir voir ceux qui y passoient, il arriva qu*un certain chasseur ^ de Moniauban s'étant mis comme au guet^ attendant Toccasion de faire un coup, avoit rempli son mousquet de fort grosses postes, se persuadant que plusieurs d'icelles ne manqueroient pas de passer par l'ouverture de cette canonnière; et pyant le grand bruit que faisoient ceux qui passoient dans la tranchée, il attendit à tirer lorsqu'il lui sembla que la foule étoit la plus grande, et son dessein ne miu[iqua pas à réussir, ôtant la vie à celui qui sans dif« ficulté eût bien donné de la peine et des affaires à ceux qu'il attaquoit, non tant par. le désir de voir leur ruine que pour faire paroitre ce qu'il étoit, les affaires du temps l'obligeant d'en user ainsi.

En 'portant au Roi la nouvelle de sa mort , on hii porta quand et quand la poste qui en avoit été la cause» laquelle le Roi ayant vue, il dit incon- -

Urer sur lui ou sur ceui qa'U menoit voir sei traraux, et il s'ëchao- . doit pour faire brûler le» autres. Une mouaquetade, après avoir percé le chapeau de M. de Schomberg, luidonoa dans l'œil et le tua roide mort. 9

' Gastelnaut ne Tonlait pas dire lui-même qu'il tyait tué le Due de Mayenne; mab il trouta moyen de le faire dire au Roi. Du reste » il êYait déjà pris soin, pag. 213, d'avertir qu'il excellait à tirer de l'arquebuse et qu'il s'y exerçait souvent.

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tinent que e'iUnî Ctaîêlnaut qui devoU avoir fait le eouip, ei qu'il cohnoissoit le calibre de son arquebuse. Et œ parce que, quelque temps auparavant , il aYoit eu Thoimeur d'en donner une à sa Majesté de semblable calibre, et que le Roi savoit qu'il n'y en avoit guère de mieux ajustés à tirer que lui.

Si le deuil fut grand d'un côté, il ne faut pas s'étonner qu'on s'en réjouit de l'autre, non qu'on désirât la mort de personne, mais parce qu'on est bien aise qu'il se rencontre des obstades qui reculent en quelque façon les choses qu'on a sujet d'a{^râi€aider; et ces secours et ces accidents imprévus se doivent plus considérer comme des coups du ciel que non pas des hommes.

Cependant toujours il se passe qudqiie galanteries es autres quartiers : un soir qu'on étoit fort en caquet aux cornes de I^Iontmirat dans la tranchée vis-à-vis la tête desdites cornes, car autrefois cda se faisoit à la courtine tirant sur la rivière ^ monsieur de Çastelnaut s'avisa de leur faire passer le temps, et comme ils étoient en discours particulièrement avec le Marquis de Chateauneuf, neveu de monsieur de la Force, et l'un des députés de l'Assemblée générale, qui avoit été envoyé par icellc en la place du Marquis de la Caze à Pons qu'il avoit rendu sans attendre le siège, monsieur

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dô Castelnaut oU^ea dmc un 8<Mat, moyemiaiit tiu. qodkpies ptatoles^ de se charger de cercles à feu eC (de &got8 goudronnés pour les aller porter contre la tranchée, de prendre du feu dans un petit pot et se traîner sui^ le ventre, le lieu n'étant pas fort éloigné, puis soudain qu'il y auroit mis le fen de se retirer de même; cependant il avoit falit mdnter sur le terrain une cinquantaine de mousquetaires et commandé à ceux des cornes de Ville^NouveUe de sortir avec piareil nombre à h campagne du côté de ladite tranchée qui n'en étoit pas aussi fort loin, et qu'en même temps qu'ils verroient que le feu commenceroit à pendre ,^ les uns et les autres se missent à crier tue , tue l Comme cela avoit été pro* jeté, ce iut exécuté avec un tel succès que sans foire de sortie, toutes les tranchées furent aban* données et presque entièrement ruinée^ et brûlées, car il y avoit beaucoup de bois et de gabions*

Au même quartier ensuite, les assiégeants ayant fait une autre mine du coté proche la rivière, ils la firent aussi jouer au commencement de la nuit, et quoiqu'elle fit son effet, faisant une Ouverture assez grande, ils n'essayèrent point de donner, par conséquent peu de gens y furent tués d'un côté ni d'autre, seulement un brave sergent des gardes du Comte d'Orval. Tout le désavantage que nous en

273 MttoniB DU uàMqcm m cAtrtuiàxjt.

reçûmes, c est qu'un jeune enseigne du secours des Géhennes qui éloit entré dans Montaubftn, s'éCant trouvé pour lors tout seul |de commandement en ^garde au demi4)astion, où la première mine avoit joué, sur Talarme et le bruit qui fut fait de tons c6téS| Tabandonna et se retira au retranchement où éloient les hérissons; ceux des assiégeants qui donnèrent de ce côté-4à, voyant qu'ils ne pouvoient passer outre, voulurent se retirer, mais c'est ce que tous ne pur^it faire, car il en demeura plu^ sieurs entres autres un fort bi^i vêtu avec chapeau de castor et plumes. Cependant ils ne se logèrent point de notre côté, mais ils eurent cet avantage de nous avoir aussi fait abandonner la tète des cornes que nous tenions auparavant, et ce par la faute de ce jeune enseigne qui ne sachant pas bien son devoir, s'étoit retiré un peu trop vite, mais avec tout cela, ils n'en furent pas plus maîtres qu'ils n'étoient auparavant et n'osèrent jamais montrer le nez ni avancer leur travail, car cela étoit trop bien flanqué de tous côtés*

Toujours aussi il se passoit diverses particularités, car nous ne perdions pas Foccasion de faire valoir notre artillerie qui ne pouvoit néanmoins tirer que quelques coups à la dérobée parce que dés qu'on avoit pointé des pièces en quelque lieu.

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