CHAPITRE TH. tU
siettBj aussi y avoit-il établi sa demeure pour la ^«^ sûreté de sa personne et de son argent ; il témoigna d'abord force mécontentement^ néanmoins on s'assura du lieu en quelque façon, le Comte d'Orval se faisant fort qu'il y conserveroit son autorité; le bonhomme ne demandant que paix et ne voyant pas que les choses y fussent disposées ni du côté de monsieur de la Force, ni de celui de son fils *, et qu'il ne s'en pouvoit promettre autre chose, fut contraint d'en demeurer là, aussi par leur entrevue ils ne gagnèrent rien sur lui, mais on ne laissa pas de mettre dans ses deux places de bonnes forces, tant de gens de pied que de cheval.
Monsieur le Comte d'Orval ayoit fait espérer à monsieur de la Force qu'il àuroit là de l'argent, dont il avoit grand besoin, mais c'est ce que monsieur d'Orval ne put jamais obtenir de son père, et bien servit à monsieur de la Force qu'avant de sortir de Montauban, on lui en eût prêté quelque peu sous le nom de monsieur de Castelnaut,
Pendant le séjour 4c deux ou trois jours qu'on avoit fait à Figeac, monsieur de la Force avoit envoyé vers monsieur de Vassignac, Gouverneur de la Vicomte de Turenne, pour savoir s'il y auroit
> Francoif de Béthane» Comte d'Onral, et gendre de M. de la Force, était le second fils de M. de Sully.
ftSa MÉMOIRES DU MAlQdB M GASTEUIAUT.
un passage libre et assurée Ledit.sieur lui envoya soa neveu pour le lui promettre et pour le conduirei car on avoit mis en question queUe route il devoit prendre pour plus de sûreté, la voie la plus courte étant la plus dangereuse, attendu que kis troupes que commandoit monsieur d'Àngoulémci si elles en étoient averties et qu'elles s'y fussent disposées, y pouvoient apporter beaucoup d'empêchement f n'y ayant pas de doute que le départ de Montauban de monsieur de la Force n'eût fait assez de bruit pour être connu d'eux, D'ailleurs dans le pays même qu'il falloit traverser, il y avoit assez de gens qui lui eussent pu empêcher le passage, en outre on étoit obligé de faire une traite de vingt-quatre heures et sans repaître; cela fit résoudre de passer par la Vicomte de Turenne, sur les assurances que donnoit mon* sieur de Yassignac, quoique par là il y ait trois ou quatre journées de chemin.
On part donc bien bon matin de Figeac (où le Comte d'Orval demeura), par un grand froid, avec grêle et neige et toutes sortes de mauvais temps, pensant se loger à une petite ville de la Yicomté, nommée Saint-Géré; quoique le neveu de monsieur de Yassignac et même le Gouverneur du lieu y fussent, et bien que les logements eussent été déjà faits,
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voici que le peuple se soulève, chasse et neveu et Gouverneur, et ceux qui y étoieut allés pour faire les logijs, et à giands coups de mousquets les met'^ tent dehors.
Qui fut bien étonné? ce fut monsieur de la Forcd quand il arriva, la nuit étant déjà fermée et les ruisseaux tellement enflés du mauvais temps qu'il n'y en avoit presque pas qu'il ne fallût traverser à la nage; néanmoins il fallut se résoudre à passer outre, ne pouvant demeurer là; ils s'acheminent donc pour tâcher à gagner Beaulieu, ville où il y avoit une église de ceux de la Religion, mais encore cette route n'étoit pas sans diificulté pendant la nuit avec une très-forte gelée; il se rencontre même qu'il falloit passer la rivière de Dordogne en ba« teau, et là il y avoit un fort qui commandoit le port et où le juge du lieu commandoit, et ni le ne« veu de monsieur de Yassignac ni le capitaine de Saint-Céré ne s'osent promettre qu'il veuille per>« mettre le passage ; ainsi les voilà de nouveau bien empêchés. Il fut proposé qu'avant que ledit juge pûl avoir connoissance qu'ils fussent là, et de câ qui s'étoit passé à Saint'Géré, le neveu de monsieur de Yassignac l'iroit trouver avec un homme seulement pour ne pas lui donner d'ombrage^ ne doutant pas qu'étant connu de lui, il ne feroit au*^
Zih MÉMOIRES DU MARQUIS DE GÂSTELNAUT.
cune difficulté de lui faire ouvrir et de le'recevoir, et qu'après qu'il Vauroit abordé, lui et son compagnon lui portant tous deux le pistolet à sa tète, lui diroient le sujet de leur venue, et que s'il ne vouloit donner libre passage à monsieur de la Force, qu'ils le tueroient, lui protestant aussi qu'il ne de- ^andoit que de passer et qu'il ne feroit ni mal ni déplaisir à pas un du lieu. Ce qui fut exécuté de la sorte, et ledit juge se voyant ainsi surpris, promit tout ce qu'on désiroit de lui; cependant on s'assura toujours de sa personne jusqu'à ce que tout fût passé. Notez que de toute nécessité il falloit passer par là et en user de cette manière, car s'il s'y fût trouvé de l'empêchement, il ne se voyoit ni ressource ni retraite pour monsieur de la Force et ce qui étoit avec lui, à moins que de passer à la nage et fort dangereusement; mais ce ne fut pas tout, car lors qu'on arriva à Beaulieu où il falloit encore repasser la rivière, quelque assurance que mon- , sieur de Yassignac eût donnée^ voilà qu'absolument, ils refusent le passage, et avoient retiré tous les bateaux de leur côté.
Nous voilà donc encore bien empêchés et plus en peine que jamais, et durant la nuit et depuis prés de vingt-quatre heures qu'on étoit à cheval et sans repaître; mais comme monsieur de Cas tel-