‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III ... et autres peronages marquants depuis la Saint-Barthélemy jusqu'à la Fronde; pour faire suite à toutes les collections de mémoires sur l'histoire de France; (volume 5)Chapitre 45 sur 101 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

naut avoit toujours mené les coureurs depuis qu'on étoit parti de Montauban, et conférant avec ceux qui étoient auprès de lui de ce qu'il y avoit à faire, voici qu'un d'entre eux s'offre d'aller à la nage, nonobstant le froid rigoureux, et que si les bateaux n' étoient pas gardés, qu'il s'assure qu'il en amènera quelqu'un. Ne voyant pas de meilleur ni de plus prompt moyen pour sortir de la peine dans laquelle on étoit, monsieur de Castelnaut accepte son offre et l'encourage. Il s'en acquitta si bien qu'il ne manqua pas de descendre un fort grand bateau, lequel ensuite on conduisit auprès d'un moulin, à quelques mille pas de la ville, où sans faire de bruit, ils passent une vingtaine et se saisissent du moulin ; monsieur de Castelnaut ayant déjà passé, monsieur de la Force et tout le reste de ce qui étoit avec lui continua de passer, mais comme il n'y avoit plus que dix ou douze chevaux sur l'autre rive, soudain on aperçoit durant l'obscurité de la nuit et dans une grande prairie qui bordôit la rivière, une quantité de bluettes de mèches qui Tenoient droit au passage, ce qui obligea monsieur de Castelnaut, quoiqu'il n'y en eût point, à crier fort haut : Mousquetaires y repassez de delà t ce que ceux qui venoient ayant ouï et ne pouvant avoir connoissance de la vérité, s'arrêtèrent et ne

s'avanceront pas davantage, ain&i ce qui restoît eut le temps de passer*

Cependant voilà l'alarme bien forte dans Beaulieu quand ils apprennent comme quoi on avait passe la rivière. Et parce qu'on étoit obligé en quelque façon de passer dans la ville ou le long des murailles à cause des montagnes et de Tineommodit^ des chemins, on leur envoya le neveu de monsieur de Yassignac pour leur demander civilement et en payant de pouvoir y repaître ; mais c'est ce qu'ils refusèrent absolument, ce qui obligea de ren* voyer* derechef chez eux et leur déclarer que ce qu'on n'avoit pas voulu accorder de bon gré, on le leur feroit faire par force, et qu^au reste il n'y auront nulle sorte de mauvais traitements qu'on ne leur fit éprouver; que meshuy ils étment les maîtres de la campagne, et qu'ainsi on n'avoit plus besoin de leur consentement ni assistance, qu'ils avisassent donc s'ils aimoient mieux donner libre passage, oii qu'on mit le feu partout.

Cela les fit un peu songer à eux, et ils virent bien qu'ils n'étoient pas en état de pouvoir empêcher le mal dont on les menaçoit, ainsi ils accordèrent bien le passage, mais que ce seroit aux cooditions qu'on ne s'arrèteroit pas dans leur ville et qu'on passeroit outre : à quoi aussi mpn-

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sieur de la Force consentit. On passa donc, mais <^« ce ne fut que pour aller à enriron une mousqùetade de là, ou on trouva quelques maisons assez bonnes^ il y avoit de quoi faire repaître les chevaux, et du pain et du vin pour les personnes. Il n'étoit pas encore soleil levé, monsieur de la Force se mît sur un lit tandis qu'on faisoit repaître, et une partie de ses gens se mirent en sentinelles sar les avenues pour n'être point surpris; on n'y fit pas plus de séjour qu'une heure et demie afin de ne pas donner temps ailleurs d'apprendre notre passage, le pays montueux étant si favorable pour cela qu'il eût été facile de l'empêcher, et d'ailleurs presque tout le chemin et du haut des montagnes, il y avoit toujours des gens qui nous saluoient à coups de mousquets; même auparavant passant près d'un château, il en sortit une viogtaine d'hommes qui à la faveur des murailles et des haies nous suivoient à coups de mousquet^ et quoiqu'on leur opposât quelques coups de carabine, cela ne pouvoir les obliger à se retirer, et bien qu'on les menaçât de mettre le feu partout, ib ne s'arrétoîent point pour cela. Ainsi on fut contraint de mettre le feu à une maison , ce que voyant et appréhendant qu'on en fît ainsi du reste, ils se retirèrent. Nous continuâmes donc notre chemin et allâmes

S3S MÉMOIRES DU MABQUIS DE GASTEtNAOT.

i«t, coucher à THopital, bourgade de la Vicomte, qui est très-bonne, et le lendemain on se conduisit à Carlux où monsieur de BourzoUes se trouva sur le chemin avec quelques-uns de ses amis, et de là le lendemain à Castelnaut où monsieurje Marquis de la Force étoit. On y arriva à soleil couché, et monsieur de Castelnaut qui avoit envie de revoir sa famille, jugea qu'il ne pouvoit mieux prendre son temps, parce que si leur arrivée dans le pays eût été sue, tout y eût été en alarme, et il lui auroit été assez difficile de pouvoir se conduire chez lui sans escorte, Ainsi donc il part à Theure même et ne prend qu'un homme à cheval avec lui et un autre pour lui servir de guide jusqu'au delà de Belvéz, se promettant après cela, nonobstant Tobscurité de la nuit» de se conduire, comme il fit, évitant de passer dans MontFerrand et autres lieux habités, pour plus de sûreté et n'être pas découvert.

11 arrive à Cugnac à deux ou trois heures après minuit, et ne se voulant pas donner à connoitre, il eut quelque difficulté à se faire ouvrir la porte. Qui fut bien surpris et étonné? — Ce fut les dames du lieu, et encore plus saisiesd'appréhension, craignant qu'il ne pût être en sûreté, et que dès que l'on auroit appris son arrivée que monsieur d'Elbœuf qui étoit à Bergerac avec toutes ses troupes es envi-

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ronSy ne manqueroit pas de venir à Cugnac pour ^^^ Tassiéger, tu que la maison ëtoit d'une foible défense^ et à toutes forces elles vouloient obliger monsieur de Castelnaut à s'en retourner sans y faire de séjour, à quoi il ne voulut pas consentir; et en effet tant il y a peu d'affection et de fidélité parmi les peuples, et à cause que ceux de la Religion étoient haïs de tous les Catholiques romains, et ils ayoient tellement cru et désiré leur perte, qu'il ne manqua pas de se trouver des messagers qui dés le lende* main matin eurent donné connoisance à Bergerac, comme quoi monsieur de Castelnaut étoit arrivé à Cugnac et tout seul; mais tant s'en faut qu'il eût sujet de rien appréhender que le seul bruit de monrsieur de la Force à Castelnaut avoit tellement alarmé monsieur d'Elbœuf et tout le pays (tant la réputa*tion d'un homme fait d'effet! ) que bien qu'il y fût seul, on croyoit qu'il avoit une armée avec lui ; à la vérité ils dévoient tous croire qu'il n'y étoit pas venu sans dessein et sans bien s'assurer des moyens qu'il avoit de pouvoir entreprendre quelque chose. Ainsi ils songeoient plutôt à-ôler les moyens qu'on ne pût leur faire du mal qu^à entreprendre sur les autres, et ils n'avoient encore rien fait ni contre ceux de Sainte-Foi ni ailleurs, bien qu'ils eussent de bonnes troupes à la campagne.

Au bout de huit jours , monsieur de la Force ayant assemblé quelque petit nombre de gens j se résout de partir et d'aller à Sainte-Foi. Pour cet effet, il yint passer à Cugnac; il étoit arrivé aussi qu'un capitaine nommé Monlong s'étoit saisi de Moncucq où il n'y aroit qu'une méchante masure, mais l'assiette assez bonne, et il s'y étoit placé de façon qu'il y eût eu de la peine àTôter de là; ce" lieu éloit justement entre Bergerac et Sainte-Foi, tellement qu'à la faveur de cette petite garnison, monsieur de la Force s'imagina que cela favoriseroit son passage, duquel il leur avoit donné avis, comme aussi à ceux de Sainte-Foi afin qu'ils se tinssent prêts et envoyassent des gens sur les avenues de Bergerac pour découvrir s'il en sortiroit des gens de guerre afin de s'opposer à sa marche, ce qui leur eût été facile.

U part donc de bon matin de Cugnac, ayant six grandes lieues de chemin à faire, sans compter les détours nécessaires pour éviter les mauvais rencontres, et il se conduisit fort heureusement sans avoir reçu la moindre alarme du monde. Ceux de Bergerac nes'étant mis en nul devoir de lui empêcher le chemin, car comme j'ai déjà dit, il étoit assez seul, la plupart de ceux qui Tavoient accompagné en venant de Montanban pour son escorte,

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