‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III ... et autres peronages marquants depuis la Saint-Barthélemy jusqu'à la Fronde; pour faire suite à toutes les collections de mémoires sur l'histoire de France; (volume 5)Chapitre 47 sur 101 · CHAPITRE Vn. SS · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vn. SS

à un moulin, mais ils ne furent pas sitôt passés qu'ih apprennent par des gens qu'ils prirent, que quelques gentilshommes d'Agenois qui avoient des compagnies de gens de cheval d'environ cent vingt ou cent quarante maîtres, sur le hruit de la venue de monsieur de la Force, avoient délogé bien vite et s'étoient retirés du côté de Biron, de même que quelques compagnies d'infanterie s'étoient jetées dans une église, ne voulant pas être trouvées en campagne, et croyant qu'étant là, elles feroient mieux leur capitulation au cas qu'on les voulût attaquer.

Monsieur de Castelnaut passa devant ladite église avec sa petite troupe laquelle il leur étoit facile de considérer, sans qu'ils osassent tirer ni leur rien demander ; il continue donc son chemin jusqu'à environ demi-lieue de Monflanquin, rencontrant beaucoup d'hommes et de femmes sur le chemin qui témoignoient en leur façon de faire, qu'il y avoit quelque chose qui les inquiétoit.

Au commencement monsieur de Castelnaut crut que ce pouvoit être même sa rencontre, quoiqu'il ne leur demandât rien, ne songeant pas à faire des prisonniers, mais enfin il commença à les interro- |;er sur ce qu'ils avoient, et pourquoi ils paroissoient si étonnés et pleins d'effroi, vu qu'il les

ilk MÛfOIBES DU MAEQUIS lA CA8TEEJ7AUT.

laissoit passer librement ? Us lui dirent que c'est comme ils étoient à Monflanquin, qu'il y étoit entré quatre cents hommes d'infanterie qui venoient de Clairac, et que tout le monde avoit quitté.

Cela donna un peu à songer à monsieur de Castelnaut qui fit faire halte^ choisissant une place au cas qu'il fut ailaqué, où il pourroit le mieux se défendre. Il y avoit là un bourgeois de Monflan* quin qui lui avoit porté les assurances avec le féu sieur d'Espalungue, lequel monsieur de Castelnaut vouloit envoyer à Monflanquin pour apprendre ce qui s'y passoit et lui en rapporter des nouvelles ; mais quoiqu'il fut bien monté, il ne put jamais l'obliger à y aller seul. 11 fallut donc chercher quelque autre , mais tous étoient si mal montés que personne ne se vouloit engager à cela, si bien qu*il fut contraint de donner son cheval à un nommé Lassaut pour accompagner ce bourgeois.

Cependant et en attendant leur retour, voilà l'alarme qui se donne parmi cette petite infanterie, et déjà ils commencent à se débander et vouloir fuir , lorsque monsieur de Castelnaut les arrêta, et désirant savoir ce que c'étoit, ils dirent qu'il descendoit quantité de cavalerie qui venoit àeux.ll voulut lés reconnoître afin de se mieux préparer à les recevoir, et s'étant avancé, tous ceux qui ve-

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noient pour Iqs lui montrer disoient : L$$ voilà ^ ^•sa. les voilà ! Et monsieur de Castelnaut répondoit toujours : Où donc? je ne les vois pas. Enfin il dit : Je vois bien dix ou douze bœufs que des hommes louchent devant eux, mais je ne vois pas autre chose. Et ce fut tout. Lors encore après cela il défendit très-expressément que personne n'eût à quitter spn rang, ou autrement qu'il le tueroit.

Ceux qui étoient allés à Monflanquin, revinrent et rapportèrent que ce que ces paysans ayoient dit étoit Irès-vrai ; qu'ils avoient rericontré deux ou trois de ces messieurs entre autres messieurs de la Mothe, Hédre, Pedelmas et la Tour qui en étoient sortis et se retiroient.

Voyant cela, monsieur de Castelnaut jugea bien qu'il n'y avoit rien autre chose à faire qu'à se retirer. D'ailleurs il étoit déjà nuit, et il avoit bien sujet d'appréhender pour son retour, et que les lieux par où il avoit passé, se seroient rassurés et auroient reconnu le petit nombre de gens qu'il menoit avec lui; mais étant par nécessité contraint de prendre ce parti, il met l'infanterie devant et fait la retraite avec le peu de gens de cheval qu'il avoit, mais il n'eut pas fait grand chemin que cette . mauvaise infanterie ayant aperçu quelque nombre de bétail et de brebis dans une bruyère, ils s'ima-

SS6 IfÊMOIRES DU MARQUIS DÉ CA8TELRAUT.

ginérent encore que c'étoient des gens qui les attendoient^ et commencèrent à vouloir prendre la fuite ; monsieur de Casteinaut accourut soudain, les remit de leur terreur panique et les conduisit enfin jusques dans des villages proches de Cugoac où il les laissa pour repaître^ faisant dessein de s'acheminer le lendemain avec eux à Sainte-Foi. Mais il fut Lien étonné quand croyant partir, il apprit que la nuit tout le monde s'en étoit allé, et la plupart avoient laissé leurs armes ; voilà comment il ne fait pas toujours bon de se fier à toutes sortes de per^nnes.

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