‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III ... et autres peronages marquants depuis la Saint-Barthélemy jusqu'à la Fronde; pour faire suite à toutes les collections de mémoires sur l'histoire de France; (volume 5)Chapitre 48 sur 101 · CHAPITRE Vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin

SOMMAIRE

L'arrivée de M. de la Force à Sainte-Foi fait lever aa Duc d'Elbœuf le liège de Gensac. — L'armée royale se retire à Pellegrue. — La Force la suit arec la eaYalerie. — Retraite de MM. de Beynac et de Bourzolles. — M. d'Elbœuf à Bergerac. — Les deux partis s'obsenrenC. —Défection du Marquii de Mirembeau. — Mécontentement de M. de Théobon. — Il s'entend avec le Duc d'Elbœuf. — Il fait évader un traître qui vouloit mettre le feu aui poudres de Sainte-Foi. — Indignation du Vicomte de Castets. — Modération el prudence de la Force. — Tentative de M. de Castelnaut sur Toumon.» Il s'oppose à ce qu'on s'attaque aux maisons des gentUshommes. — 11 se jette dans Monflanquin et s'y fortifie. — M. d'Elbœuf se met en mouvement pour l'attaquer, mais le voit en si bon état qu'il y renonce. — 11 se résout à entreprendre sur le château de la force. — * Représentations de M. de Bourdeille. — Le Duc persiste dans son dessein. — La Motbe-Gascbon se saisit de Montravel. — Siège du château de la Force. — Il est battu par le canon. — * Cruautés des Royaux. — M. de la Force marche au secours de sa maifon. — Il rencontre l'armée du Duc d'ElbœuC rangée en bataille, et défait le régiment de Bourdeille. — Escarmouches des deux armées. — M. de la Force visite son château après en avoir fût lever le siège. — Il s'empare de la ville et du château d'Eymet. — MM. de Castelnaut et de Lusignan, favorisés par une demoiselle de la Religion , surprennent Glairac. — Siège du château de Tonneins-Dessous. — Il est pris par escalade. — Le Comte de la Yauguyon se rend à merci.

Monsieur de la Force ne s'ëtoit pas pourtant tm. conduit à Sainte-Foi sans beaucoup d'incommo-

53S IIÉM0IKE8 DU MABQUIft DE CASTBLRADT.

tm. dites, ayant été attaqué à Q^teloaut, à cauie ,du mauvais temps qu'il avoit souffert, et de coliques et de mal d'estomac, si bien même qu'il en étoit parti en litière ; mais voici des témoignages de ce que peut la réputation d'un chef de guerre et d'un homme comme lui^ c'est que monsieur d'Elbœuf étoit allé assiéger Gensac» où messieurs les Marquis de la Force, de Montpouillan et de lliéobon avoient accouru pour assister leà assiégés et tacher à fatiguer et incommoder les assiégeants tout autant que leurs petites forces leur en pouvoient donner le moyen, ayant toujours été sur leurs ailes; mais dès que M. d'Elbœuf eut connoissance que monsieur de la Force s'acheminoit à Sainte-Foi, bien qu'il n'eût aucunes troupes avec lui, néanmoins il leva le siège.

3 jtfttiflr. Monsieur de la Force ayant joint ces messieurs les Marquis, il voulut voir en quelle contenance il trouveroit les forces de M. d'Elbœuf et s'il y avoit moyen d'entreprendre sur elles; il marcha le reste de cette journée et la nuit par un temps grandement rigoureux, et étant à la vue de Pellegrue*, ils apprirent que le sieur d'Elbœuf avec tout son

1 « Le leDdeinain de l'arrivée du Duc d'Eltouf à PçUegnie , là cavalerie des Réformez Tint se loger à une demf-lieue, et donna de chaudes alarmes* » (Jlffrcurs FrançoiSr tom. YIII, pag. 447.)

CMàmu TUL 8S9

monde s*ëtoit très-bien retranché et barricadé, ce mt. qui l'obligea à s'en retourner sans avoir pu rien exécuter, car outre l'ayantage d'être dans un liciu retranché, ses forces étoient en nombre beaucoup |dus grand qm les nôtres*

Cependant monsieur d'Elbœuf est tantôt ici, tantôt là, tâchant à augmenter ses troupes et se tenant (oiqours sur ses gardes; de même monsieur de la Force qui n'a que fort peu de gens, confie tout le monde à l'assister et à prendre les armes; mais voilà qu'au lieu de cela, messieurs de Beynac et de BourzoUeS se retirent avec le peu qu'ils avoient amené, et encore le sieur de BourâoUes arvec ce qu'il put lever de gens de cheval, qui faiaoient grand besoin à monsieur cte la Force, s'en alla trouver le Comte d'Orval à Figeac

Monsiew* de Castelnaut, continuant son chemin, s'étoit rendu à Sainte-Foi sans nul mauvais rencontre.

Finalem^t monsieur d'Elbœuf s'étant retiré à Bergerac, et ses troupes s'augmentant toujours, et les principaux du pays, comme messieurs les Comtes de Lauzun, de Gurson et de Ribérac et autres étant auprès de lui, cependant ils n'entreprirent rien. Monsieur de la Force n'en fait pas davantage; ne se sentant pas assez fort, il s'attend toujours que

ses troupes grossiront, plusieurs particuliers lui ayant promis de faire des g^is; et le Vicomte de Gastets qui aroitétë à Nérac, s*ëtant rendu auprès de lui, il y convia de m6me le Marquis de Par* daiUanS lequel offiroit bien d'y venir, pourvu qu'on lui remit Savignac qui avoit tué son père, ce que mcmsieur de la Force disoit ne pouvoir foire, rayant trouvé là, et qu'il étoît un de ceux qui Tavoient appelé, outre qu'il avoit fait deux ou trois cents hommes d'infanterie, et qu'il étoit un des principaux commandants, ainsi que monsieur de Théobon, son beau-frère. Ce fut donc là le prétexte du siear de Pardaillan, et au lieu de voiir, il se rendit auprès de monsieur d'Elbœuf et du Maréchal de Diémines quand ils forent ensemble.

Cependant monsieur le Marquis de la Force ne voulant pas demeorar oisif, fait dessein avec ceux qu'il avoit à Sainte-Foi, d'aller enlever un quartier de cavalerie de ceux qui étoient logés es environs de Bergerac; mais parce que, après cela, il auroit une longue retraite à faire, et que monsieur d'Elbœuf qui avoit beaucoup de cavalerie auprès de

^ M. de Cutelnâut Tippelle tioii depait la mort de M. de Pardaillan, quoique les historiens contiiraeiit à le défigner par le nom de Marquis de Mirembeau. La demande qu'il fit qu'on lui livrât Savignac, le justiOe de finculpation qui lui a été faite dans le temps d'aroir toléré l'usassinat de son père.

CBAPHIB^IS. S&l

loi, le p<miToit presser, il aycit mandé à mcmsieiir de Montpouillan qui commandoit les troupes es euTiroBS de la rivière de Flsle, et qui ayant changé delogements'étoit fort éloigné, de yenirayecqud.* que infanterie pour favoriser la retraite; mais d'ailleurs le temps fut si rigoureux et si froid qu'il ne se put rendre au lieu qui lui avoit été ordonné, et aussi^ ccoiune on fut près de Bergerac, le jour c<»nmença à paroitre; ce qui les obligea à s'en retourner, aansque ceux de Bei^^c qui lepouvoientlHen avoir appris, ayant même rencontré des soldats de la garnison qui s'étoient retirés à leur approdie, ni sans que personne sortit pour les poursuivre. Avec cela monsieur de Théobon témoignoit tonjours qu'il avoit quelque mal de cœur, quoique du côté de mcMisieur de la Force on ne lui en donn&t nulle sorte desujet ; il étoit poussé à cda par quelques flatteurs, craime je l'ai dit, outre qu'il avoit toujours eu des pratiques tant avec monsieur le Duc de Luxembourg que depuis avec monsieur le Duc d'Elbœuf , étant sollicité de parachever les desseins et intelligences qu'il entretenoit avec eux au moyen d*un nommé Montmartel qui dès son jeune ftge avoit toujours été auprès de lui en qualité de gouverneur.

11 y avoit aussi toujours des solliciteurs et des

su MÉMOIRES DU MARQHS DB CASTELHAirr.

ODtremetteQrs qui tftchoient k gagner et à corrompre tout autant de gens qu'ils pouvoient; il arriva donc qu'un soldat leur promit de (kire brûler les poudres et de mettre le feu aux magasins ^ et s'y étant di^sé, il fut surpris et jeté en prison; mais la nuit après monsieur de Théobon trouva moyen de le fure évader, et le voulant faire sauver par dessus les murailles, une sentinelle le découvrit et l'en voulut empêcher; le sieur de Théobon lui donna un coup d'épée sur la tète de quoi il mourut peu de jours après. Voilà ce qui confirma le soupçon qu*on avoit contre ledit sieur, et particulièrement ceux de la ville en firent grande rumeur, mais la prudence de monsieur de la Force apaisa tout cela.

Ce qui fut cause même qu'il se tint un conseil secret de quelque»-uns, et entre autres le Vicomte de Castets représenta la dangereuse conséquence qu'il y avoit de souffrir des pa'sonnes qui entretendient des intelligences avec ceux du contraire parti , et qui avoient de leura domestiques auprès d'eux, et qui pouvoient causer uu si grand préjudice et même la perte et la ruine de tout le parti, disant de plus à monsieur de la Force qu'il étoit nonseulement responsable devant le monde puisqu'il avoit l'autorité en main, mais même devant Dieu.

CBAFRlS.fBI. VA

Ce n'est pas que monneiir de la Force ne jugeât rin^rtance de Taffidre, mais il touloit éviter tiE>ute sorte d'extrémités, et plusieurs considérations le retenoienty se promettant aussi que par ta [hpu^ dence et bonne conduite, il empéûfaeroit qu'il n'en arrivât le mal et les inconvéniebts qu'on ayoit sujet d'a]^réhender.

Cependant voici que do nouveau monsieur de CSisteloaut ayant en avis que les quatre cents hommes qui étoient entrés dans Monfianquioi s'étoient retirés , cela lui fit reprend son dessein non-sen-^ lement sur Monflanquin, mais même sur Tournon ; ^bîen qu'ily eàt quelque garnison^ et qu'ils avoiait fait un petit réduit, néanmoins il crut qu'il seroit facile de le9 en chasser» puisqu'on pouvoit assez aisément se saisir de la ville. Il envoyé donc vers ces messieurs de Monfl^nquin peur les prier de vouloir continuer à l'assister et se préparer pour ceU) lesquels lui renvoyèrent pour lui dire qu'il y avrât même un homme qui ofiroit avec une sauçasse de faire sauter la principale maison du réduit.

Cette place étmt tréftlxmne et aussi fort impor^ lantepourpouvoir par le moyen d'icelle^ faciliter la eomnanication avec œux de Montauban, n'y » ayant pu de plus proche* Il fut donc proposé et résoia «pie "*^m"y de Castdnant prendroit eet

Hh UtMOOJÊS DU lU&QGB Itt GASTBUUCT.

emploi, cependant il avoit bien encore un autre dessein plus important qui étoit surfiergerac, mais pour lors trésnnalaisé de le pouvoir exécuter, at« tendu que monsieur d'Elboeuf étoit dedans avec quantité de monde et toutes ses troupes es envi^ rons, car autrement s'il n'y eût eu que lagaxiiîson ordinaire, la chose étoit non-seulement possiUe, mais infaillible.

L'affaire donc de Tournon résolue, il fallut se disposer et pourvoir aux moyens de l'exécuter. Des troupes qui étoient es environs de Sainte-Foi , on ne pouvoit pas s'en servir, et il eût été très-difGk^ile de les y conduire sans danger; ainsi donc il falloit s'en procurer d'ailleurs; voici que des capitaines du côté de Clairac, Tonneins et Castelmôron s'offrent de mener deux cents hommes de pied pour cette entreprise, outre ce que ceux de Monflanquin s'engagèrent de fournir. Chacun demande le temps qu'il croit nécessaire pour faire leurs gens.

Ceux de Monflanquin promettoient d'ailleurs de donner les bateaux et d'assurer le passage de la rivière du Lot. Monsieur de Castelnaut quelques jours après, se rend à Gugnac pour y rasaonbler le peu d'amis qu'il pourra. Les sieurs de Soknigaac et Richomme lui font environ quelque soixante hommes de pied; monsieur de Campagnac et ceux de

Montpazier aToient promis de venir avec quelque nombre de cavalerie^ mais néanmoins tous ces genslà ne purent être prêts au temps qu'ils avoient demandé, si bien qu'il fallut que monsieur de Gastelnaut prit patience encore huit jours.

Le jour, l'heure et le lieu du rendez-vous fités, il se rend à soleil couché sur la rivière du Lot avec environ soixante chevaux et autant de gens de pied, mais il fut bien étonné lorsqu'il ne trouva personne au rendez-vous; il attend jusqu'à minuit sans en voir venir un seul. Cela fit résoudre monsieur de Gastelnaut à se retirer prochede là chez monsieur de Pedelmas qui étoit du nombre de ceux qui avoient promis ; il y demeura encore bien deux heures sans voir personne, enfin le maître delà maison arriva, et ensuite d'autres de ces messieurs.

Leur excuse fut d'abord celle de monsieur d'Âu^ r^ch : qu'il avoit laissé le soin d'assembler des gens et de s'assurer des passages à messieurs de k Tour, de Pedelmas et deBoudou, tandis qu'il avoit été occupé à mieux reconnoitre l'état de ceux de Tournon et se mieux instruire du chemin et du lieu par lequel il devoit conduire l'entreprise. L'excuse des antres ensuite fut que n'ayant osé tenir si longtemps les bateaux à l'endroit où devoit être le passage de peur d'être découverts, ils les'

I&< MÉII0IKE8 mj IIARQira DB CA6IÏLNAUT.

ftToient foit monter plus haut, et que monsieur de la Foujade s'en étoit saisi; qu'ils avoient bien cherché à les raToir, mais qu'on les ayoit conduits à Fumel d'où il aroit été impossible de les rattraper, qu'ainsi tout cela aroit été cause que personne ne s'ëtoit trouTé au rendez-vous.

Après cela ils proposait tous de s'aller saisir de la maison de monsieur de la Foujade où on trou* Teroit beaucoup d'argent, des armes et toutes sortes d'autres commodités, mais c'est à quoi monsieur de Casteinaut ne voulut jamais entendre, disant qu'il ne vouloit pas être le premier à s'attaquer aux maisons de gentilshommes, cela ne ç'étant pas encore pratiqué ni d'un côté ni de l'autre.

Voyant donc leur entreprise manquëe, monsieur de Casteinaut se résolut de s'aller jeter dans Monflanquin, bien que ce fût un lieu ouvert de tous côtés, les fortificaticms qui y avoient été ci-devant fûtes, entièrement ruinées, et les murailles démolies et risées jusques aux fon^ments, y ayant quatone Inrèdies et &% des endroits, de plus de cent cinquante pas; d'ailleurs il n'y avoit jamais eu de fessés, la situation et le rocher ne le pouvant per^ Bftettre»

Et ceci serrira pour faire voir comment de la part du Roi>on ne tenoitrîendceequi avoit été prooûs.

A peu prés vers ce mtoie temps^ et loi^ue les quatre cents hommes de la garnison de Clairac eu* rent abandonné Monflanquin, tout le voisinage avoit envoyé vers monsieur d'Elbœuf pour avoir permission de raser et mettre le feu dans Mon«* flanquin, déjà même le sieur de Cadrech des Arros en ayant reçu la commi^on, alloit s'y acheminer pour cet effe^ et devoit être asinsté de messieurs de Villeneuve^ de Sainte-Livrade^Gasseneuil et Cancon, mais comme il apprit que monsieur de Gastelnaut S'éloit jeté dedans, il jugea bien qu'il ne lut seroit pas facile d'exécuter son dessein, car bien que ledit sieur n'y fût entré qu'avec fort peu de gais, il se persuada néanmoins tout le contraire.

D'abord que monsieur de Gastelnaut fût dans Monlknqnin, son principal soin fut d'aviser aux moyens de s'y pouvoir conserver, ce qui fut trouvé comme impossible ou au moins très-difficile ; mais s'y étant engagé, il se crut obligé de travailla à s'y maintenir. Jh songer à recommencer à réparer les brèches des murailles, c'eut été une besogne de trop longue haleibe pour rentrept^ndre,* de travailler à la terre pour s'y mettre à couvert et y faire quel* que défense, n'étoit guère plus ezpéditif ; si bien que nK>nsieur de Gastelnaut 9e trouvoit dans un grand embarras, ne sachant l'heure où il pourwit

tu MtlIOIlBS OU MAIQW DB GACTUIAirr.

être attaque, et s'imaginant que èffîcilement le 80uffiriroit-on là.

J*ouUk>ii à dire que tant mMisieur de Gampagnac que messieurs deMontpazier qui Tinrent avec lui, n'arrivèrent que le lendemain, quoique peu en nombre^etdegensdecheTalseukmoit, commeaussi ceux qui yenoient du coté de Clairac et de Castdmoron au nombre de qudque c^it vingt honunes.

M<mflanquin est bâti sur un baut, partie sur le rodier ou pour le moins y ayant fort peu de tarre; la montée d'un côté en est assez droite et difficile, avec cela il ne s*y rmic<mtra pas un endroit propre à se retrancher ni maison capable de se pouvoir fortifier, et pour Cadre un réduit où Ton pût se retirer, tellement qu'il se follut résoudre à garder toute la ville, chose d'abord assez malaisée et avec si peu de gens et si mal armés, car il falloit que ceux qui étoient en garde et sortants, laissassent leurs armes à ceux qui entroient en garde â leur {dace.

Enfin pour se mettre en meilleur état, monsieur de Gastelnaut met tout le monde en besogne, il commence à faire lui-même et à faire faire, sur le haut et au bord du pendiant de ta montagne, des demi-lunes de muraille sèche, se trouvant assez de matière sur le lien à cause de la dànolition, et cela

CHAFITRS Tin. SftO

à l'endroit des brèches, avec de bonnes eanonniéres <«»• et se flanquant les unes les autres; après eela, il continua encore de réparer de la même façon les plus dangereuses et importantes brèches, et ce de la hauteur de six où sc^t pieds.

Sur le bruit qui eourut que monsieur de Castelnaut s'étoit saisi de Monflanquin, cela fit résoudre monsieur d'Elbœuf d'aller l'attaquer ayant qu'il eût eu le temps de pouvoir se mettre en état de se défendre, et pour cet efiet, ledit sieur s'achemine à Eymet où il assemble ses forces.

Son dessein et sa venue à Eymet furent bientôt sus à Monflanquin^ ce qui engagea ceux du lieu à redoubler leur travail et à remuer autant de terre qu'ils avoient remué de pierres, jugeant bien qu'on ne se contenteroit pas de faire un effort contre eux, mais qu'on s'y attacheroit jusqu'à ce qu'on les eût emportés ; ainsi ils travaillent avec une telle diligence durant quatre ou cinq jours, réparant du mieux qu'ils pouvoient la démolition des fortifications en terre qui avoient ci-devant été faites au dehors des murailles de la ville, si bien qu'en quelque sorte ils se mirentnm peu à couvert et en état de défense.

Cependant monsieur d'Ëlbœuf envoie à Monflanquin» tant pour reconuottre l'état de la j^oe ipÈe

IM MtlKXDU» DU MARQmS U OASmUAUT.

pout s'œqiiérir du nombre de gens de guerre qu'il y avait» lequel 8'au|^entoit tous les jours un peu.

Et il peut se dire avec yërité qu'après cela mon* Bteur de Gasteinaut et ceux qui étoi^it avec lui, avoient plus'de désir que monsieur d'Elbœuf vint les attaquer que d'appréhension de pouvoir être forcés.

Aussi ceux qu'il avoit envoyés pour reconnottre, lui rapportent et le nombre d'hommes qu'il y avoit dedans» et qu'ils témoignoient avoir bonne envie de se défendre et ne rien craindre, enfin que monsieur de Caslelnaut avoit mis cette place en tel état qu'avec la courageuse résolution qu'ils montroient, ils lui donneroient bien de la peine. Avec cela on rejM^ésenta encore à monsieur d'Elbœuf qu'il rencontreroit tant de difficultés pour venir à bout 4^ oette entreprise, qu'il en seroit pour y recevoir de la honte et de la perte. Il lui fut aussi proposé d'aller attaquer le château de Boisse \ ce qui fit que monsieur xle Gastelnaut y envoya des gens pour le défendre, se promettant qu'avant de se rendre, ils feroient bien tirei* le canon.

Mais durant toutes ces résolutions, monsieur de

1 M. de Gastelnaut posiëdait la terre de Boitte da cbef de m ftane : foa SU atné porta le nom de Marquis de Boitte.

caunnoi tsl IjM

i\ambureg| Gouverneur de Bergerac, sollicite mon- i«"l sieur d'£lbœuf,etle presse fort d'aller assiéger lecbâ«teaudelaForce, quin'est quàunelieuedeladite ville et sur le bord delaplainçi maison qui n'a été bâtie que pour le plaisir^ et où quelques pauvres gens s'é« toient retirés pour être bors du bruit de la guerre. Ainsi sur les difficultés qu'on lui représentoit de pouvoir facilement venir à bout de Monflanquin^ monsieur d'Elbœuf fut très-;aisQ d'avoir cette excuse pour cbanger de dessein, et s'en retourna à Bergerac, où la proposition étant faite d'aller attaquer le cbàteau de la Force, plusieurs Seigneurs qui étoient là auprès de lui, s'y opposent ; entre autres monsieur de Bourdeille * qui désiroit d'éviter la ruine de cette maison, ne la jugeant pas capable d'attendre le canoq, voire même comme ^yant été de tout temps ami de monsieur de la Force, demanda qu'il lui fût permis d'envoyer vers lui ; sur quoi monsieur de Rambures demanda que la maison lui fût remise entre mains ; à quoi le sieur de la Force répondit qu'il ne savoit pourquoi on en vouloit à sa maison, puisque d'icelle il ne s'étoit jamais fait la guerre, et consentoit à ce que monsieur de Bourdeille y mit un de ses amis

1 U était Sénéchal et Gouyerneur du Périgord.

us MlKOIilB DC MâtQip DB GASnUIAUT.

dedans pour être témoin des actions de. ceux qui y demeuroient; mais monsieur de Rambures persiste à vouloir que le château lui fût remis. Monsieur de Chiunln*et y est envoyé, et quoique monsieur de la Force offHt de le remettre entre les mains de monsieur de Bourdeille, on ne se contenta pas de cela, et après plusieurs allées et venues,' monsieur de Ghambret rapporte qu'on étoit résolu de Taller attaquer, et monsieur de la Force lui repart qu'il ne se soucie pas de la perte de sa maison, mais qu'il rassure qu'il la secourra et qu'il contraindra ceux qui l'attaqueront à se retirer honteusement.

Tandis que monsieur de Montpouillan étoit entre les deux rivières de Dordogne et de l'ble pour y faire vivre les troupes et lever quelques contributions, s'il eût pu, il commanda à la Mothe Gaschon qui étoit de son régiment, de se saisir de Motitravel * et de s'y fortifier, ce qu'il fit, la place en étoit assez bonne et trës-favorable pour Sainte-Foi, et un lieu propre à pouvoir faire la guerre.

Voilà que monsieur d'Elbœuf avec toutes ses forces et messieurs de Rambures, de Bourdeille, les Comtes de Laùzun, de Gurson et de Ribérac et

1 Lt Mothe-MoBirâYel, petit boarg situé près de It Dordogne, •min StiBto-Foi et CbàtOion.

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