‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III ... et autres peronages marquants depuis la Saint-Barthélemy jusqu'à la Fronde; pour faire suite à toutes les collections de mémoires sur l'histoire de France; (volume 5)Chapitre 51 sur 101 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

et le besoin qu'on avoit de ne mécontenter pcr- i«». sonne et nommément celui-là qui d'ailleurs donnoit assez de peine, disant à monsieur de Castel-* oaut qu'il n'y en avoit aucun qui ignorât qu'il ne l'eût prise, et que tout l'honneur et la louange de ce combat ne lui fussent entièrement dus. L'obéissance que monsieur de Caslelnaut devoit à monsieur de la Force, et les raisons qu'il lui avoit alléguées» l'obligèrent à en demeurer là, car vous aurez à savoir que monsieur de Théobon avoit toujours le sieur de Montmartel auprès de monsieur d'Elbœuf, mais il lui avoit encore depuis envoyé le frère de la Tour de Geneste, quoiqu'il crût que personne n'en sa voit rien.

Cependant ceux de Tonneins travailloient toujours à réparer les plus grands défauts de leur fortifications et à les couvrir de barriques; de même monsieur d'Elbœuf et de Thémiues n'avoient point perdu de temps à se loger du côté de Tonneins-Dessous^ et à avancer leur travail; déjà même ils avoient mis en batterie quelques pièces de canon qui tiroienten divers lieux pour abattre les défenses.

Monsieur de la Force fait avancer aussi le peu de cavalerie qu'il avoit, et les loge es environs de Tonneins du côté de Clairac, les faisant entrer en garde

le jour, du côté de Tonneins-Dessus qui n'avoît IV. 25

Mf wÈÊÊoaa» du WMum db cAmuuur.

pas été investi et qui se trouToit encore libre. Monsieur de Castelnaut y fut en garde avec toute sa troupe laquelle fut saluée de divers coups de pièces^ sans que pourtant pas un n'y eût été blessé, et ils se placèrent à la faveur de quelques arbres, C9 qui «npècha que le canon ne les pût si facilement endommager; autremait il ne se (présenta personne pour les venir combattre.

Le lendemain, monsieur de Théobon y fut à SOQ tour, et voici qu'un soldat venant du côté de Feurnemi, se présente faisant signe du cbapeau et de son mouchoir; on le laisse approcher, et il roaet une lettre de monsieur le Marquis de PardaiUan qui s'adresse à monsieur son beau-frère, par laquelle il le conjuroit encore de bien servir le Hoi et exécuter ce qu'il avoit promis, et qu'on ne man^ queroit pas aussi à lui donner tout contentement et tenir toutes les promesses qu'on lui avoit faites.

Voilà parler bien ouvertement et bien franchement, mais le malheur fut que le sieur de Tonneins se rencontra être là présent lorsque mcmsieur de Théobon reçut cette lettre; laquelle ne pouvant cacher, il la lui montra et ensuite la porta à monsieur de la Force, faisant de grandes plaintes contre son beau-frère, et disant qu'il n'avoit agi de cette manière que pour lui rendre de mauvais

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offiisest et le rendre stuqpect, pour ae Teiiger ck lui à cause qu'il n'aroit pas voulu quitter ce parti, et il demanda pennisaion de lui envoyer un trompette et offrir le combat contré lui, ce qui lui fut r^ ftwé.

Cependant dès le lend^nain matin, on voit les eunemit se préparer et témmgner avoir envie de faire quelque chose j c'ëtoit le jour des Hameaux: et tandis que monsieur de laForce oyt le pcMie et qu'il se dispose avec la plupart de ceux qui étoient li, A faire la Céne^ monteur de Castelnaut étant aussi venu seul et de son quartier à pied, on rap* porte donc que tant la cavalerie que l'infanterie de l^ennemii tout se met ea bataille^ et qu'on voit mâme marcher après eux des pièces d'artillerie*

Sur cette nouvelle, le sieur de Montpouillan sort dutemi^e pour aller vcur ce que c'est, et mettre lea gens qu'il avoit dans la ville en état, et le sieur de SaintrLéger en £Butt autant, qui faisoit la charge da Maréchal de camp, pour pourvoir aux corps de garde qui étoient hors la villeà un lieu nommé bi Campagne*

L'action finie, mondeur Ad la Force sort aussi pour aller reconnoitre la contenance de l'ennemi^ n'ayant pas cru que messieurs d'EIbœuf et de Thé* mines eusstot eu assez de monde pour pouvoir

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entreprendre de serrer toute la ville, tu mèmement qu'il y avott de très-^bons corps de garde es environs en de grandes maisons desquelles Tassiette étoit excellente et bien fossoyées tout à Tentour, et avec cela les avenues bien barricadées. Il jugea néanmoins qn'il falloit croire que c'étoit leur dessein j et envoie partout, recommandant à un chacun de se mettre en état, et surtout au lieu nomme la Campagne où les gens de cheval de messieurs de Théobon et de Saint-L^er étoient logés.

Cependant monsieur de la Force ayant vu la ecmtenance de l'ennemi , va promptement manger un morceau et prend avec lui monsieur de Castelnaut, leqi^ ne p^ pas de temps de mander à ses gens de se retirer à Glâirac^ de lui amener un cheval et de lui apporter ses armes. Il se trouve aussi que la plus grande partie dcBa troupe s'en y étoit allée soit pour y ouïr le prêche, soit pour d'autres nécessités; il se rencontre encore que le bagage de monsieur de la Force étoit logé là auprès, et que la plupart de ses gens en étoient absents. Soudain ils retournent faire la visite des fortifications^ ordonnant ce qui leur sembloit nécessaire pour s'opposer aux desseins des ennemis au cas qu'ils les voulussent attaquer, car presque partout on pou voit monter sur les bastions, et les Keux les mieux réparés,

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il ne falloît qu'y renverser une barrique pour s'en rendis l'entrée facile.

Et monsieur de la Force étant allé sur le bastion où sa maison étoit assise et d'où roripouvoit mieux observer l'ordre et la contenance des ennemis, il arriva que, s'appiiyant du coade sur l'épaule d'un qui avoit été son laquais et qui étoit au sieur de Montpouillan, une mousquetade lui donna sur le milieu du front et le tua tout roide, ce qui causa quelque sorte de déplaisir à monsieur de la Force.

De là il monta à cheval, pour sortir dehors et voir ce qu'il y avoit à faire pour s'opposer aux desseins des ennemis, et ayant monsieur de Castelnaut seul avec lui, vu que, comme je l'ai dit, ce jour-là plusieurs étoient allés à Clairac ou ailleurs, car ses troupes étant toutes composées de volontaires^ il étoit impossible de les assujettir à leur devoir, ni les obliger à faire autre chose que ce qui leur plaisoit, chose qui a toujours été d'un grand préjudice et qui a été cause de plusieurs notables

Arrivé au lieu nommé la Campagne, monsieur de la Force visite les corps de garde et les exhorte à l^u* devoir et à tenir bon, leur représentant qu'on ne les sauroit forcer que très-difficilement, ni les pouvoir empêcher après cela de se retirer* Cepen-

S90 lttbMK)IlE8 hV MAIQTO 19 GAfilEUffAin.

dant les troupes de Teimemi s'avanoent petit à petit avec leurs pièces, y ayant toujours qudque escarmoudie les uns contre les autres.

U se rencontre qu'il y a^mt un oorpis de garde fint ayanoé et à une mousquetade des autres, dans quelques terrasses de maisons ruinées, lequel ser* Yoit à défendre le passage d'un petit ruisseau qu'à étoit malaisé de passer ailleurs. Soit que cela fât mû qu'ils en eussent besoin^ ou par appréliensioni n'y ayant là qu'un sergent pour les oommandôv ils oiYoient demander de la poudre laquelle monsieur de Castelnaut leur fit donner; monsienr de la Force s'étoit mis à l'écart pour conférer avee messieurs de Théobon^ de &dnt-Légier et autres, de ce qu'il y avoit à foire , ayant été sollicite par diverses fois de se retirer à Clairac et de ne pas sa laisser renfermer dans Tonnmns , vu qu'étant en liberté, il lui seroit plus facile d'assister et secou* rir les assiégés, ainsi il se résolut d'aller à Clairac.

Monsieur de Castelnaut jugeant donc Timpor* tance de conserver ce corps de garde, et que per* sonne ne se méttoh en devoir de les assirter, et qu'ensuite ib dànandoient encore qu'on leur eiH vpyàt du monde, n'étant pasen assès grand nombre pour soutenir l'effort des ennemis, il prend quel* qucaMms dea plus volontairea pour les rnener avw

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lui atlxdites terrasses, allant & couvert le loûg du ifi». ruisseau. Voici que comme il s*y acheminoit, les ennemis tirèrent quelques coups de pièces à ces terrasses^ et que le feu se mit eu même temps à une maison du quartier de monsieur de Théobpn. De satoir si ce fut exprès ou sans y penser^ c'est ce qui seroit fort difficile^ tant y a qu'en même temps aussi eeui qtd étolent ausc terrasses^ pour n^avoii^ pas avec eux une personne de commandement (de quoi le Maréchal de camp étoit sans doute blâmable)^ abandonnent ce lieu-là et se retirent en foyant; ks ennemis voyant cela, et qu'on mettoît le feu en ce quartier, croyant par conséquent qu'on abandonnoit tout, prennent courage, et avec de grai)^ cris> s'en viennent droit auic autres corps de garde^ d^où Ceux qui y commandoient ayant vu déloger monsieur de la Force, y mettent aussi le feu et quittent tout, bioi qu'il eût été impossible de ce jour-là aux ennemis de les pouvoir forcer ni de les empêcher après de se retirer dans Tonneins ; et sans doute que, s'ils eussent eu de la résolution et du cotu^, et qtt^îls eussent tenu bon, les ennemis venant à eux en désordre comme ils le faisoient, ils y aurdent reçu une très-grande perte ; peut-être même leur en fût-il encore arrivé pis, et d'ailleurs oda edt empoché h mort de pitweurs per-

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sonnes qui furent tuées ensuite en divers lieux et sur les champs.

MiMisieur de Castelnaut rencontrant sur son chemin ceux qui s'enfuyoient , il n'y eut pas moyen .de les arrêter, encore moins de les faire retourner, (Quoiqu'il leur promit d'aller avec eux; par conséquent il fut contraint au lieu de cela de se retirer avec eux; et oyantle grand bruit que les ennemis faisoient, et croyant retrouver encore les corps de garde qu'il avoit laissés» il vit qu'au premier on avoit mis le feu. Il voulut aller au deuxième, et comme on commençoit à l'y mettre^ il leur cria de ne pas le faire et ordonna à monsieur de la Ramiére de les en empêcher, et qu'il alloit seulement voir en quel état étoient les ennemis, parce qu'il se trouvoit dans un fond, et qu'il reviendroit de suite vers eux. Mais il n'eut pas sitôt monté sur le haut de la plaine qu'il la vit toute couverte de gens qui en criant,'couroient tout autant qu'ils pouvoient l'épée à la main, et il se trouva presque engagé au milieu d'eux, car il étoit fort mal monté, n'ayant qu'un cheval que lui avoU prêté monsieur de la Force ; et s'en retournant, il trouva qu'on avoit encore mis lé feu à ce corps de garde et qu'on l'avoit abandonné. On mï fit encore autant à un moulin à vent qui sans doute eût bien

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enduré le canon^ et assez proche de la ville pour qu'on n^eût pu empêcher ceux qui étoient dedans, de se retirer*

Se voyant donc inutile en ce lieu-là et se trouvant seul à cheval j monsieur d,e Gastelnaut voulut aller voir ce qu'étoit devenu monsieur de la Force^et par bonheur il rencontra un de ses gens qui Im menoit son cheval et lui portoit sa cuirasse^ de quoi il fut bien aise|, et apprit par lui que monsieur de la Force se retiroit à Glairac et que monsieur de Tiréobon faisoit la retraite.

Monsieur de la Force trés^^foible en cavalerie eu égard au grand nombre des ennemis^ et ne s'étant pas opposé à leurs efforts, avoit donc pris sa routé du cèté de Clairacy et monsieur de Théobon se trouvant le seul qui eût de la cavalerie, fut ordonné pour faire la retraite; monsieur de Gastelnaut les ayant joints^, il se mit entre monsieur de Théobon et monsieiu* de la Fojrce, tachant à retenir le plus de gens qu'il pouvoit, l'épouvante étant si grande qu'un chacun cherchoit à se sauver avec le plus de diligence qu'il lui étoit possible, sans avoir égard à leur honneur.

Mais ce soin se rencontra bientôt inutile, quand venant à un carrefour où les chemins se divisoient, l'un conduisant à Clairac, et l'autre qui est le plu»

MA 1IÉII0IBI8 DD MA&QinS DS GASIKLNâOT.

Spacieux^ du côté dUnet, non-senlement la plupart de ceux qu'il empéchoit de passer devant, afin de donner le temps à monsieur de la Force de se retirer, mais aussi tout ce qui faisait la retraife avec monsieur de Théobon, prirent le grand ch^nin du c6té (TUnet ; ce qui fit que monsieur de lliëobon {é trouvant seul , et n'étant demeuré avec lui- que le Baron de Boisse, fils de monsieur de Castelnaut, qui d*un coup de pistolet avoit tué un des ennemis, lesquels les chai^;eant incessamment,, et çux seuls né les pouvant soutenir, eurent recours à FâssistanCe de monsieur de Castelnaut, le priant de tourner^ tout le nnmde Tarant abandonné; ce qull fit iù^ continent, exhortant le peu qui étoit demeuré avec lui i en faire de mène, mais il fut trés-mal cbâ, car personne ne le suivit, et il se rencontra qu'eux: deux seuls ayant tourné, tète aux ennemis, et monsieur de Théobon voyant qu'un dlceux étoit plus avancé que les autres, poussa sùn dieval siu* lui, et le prenant par le ffanc, le choqua et le portât par terre ; mais ce cavalier en croisant sur le coi de son cheval^ lui tira un coup de pistolet qui lui perça la main et le bras de la bride. Monsieur de Castelnaut ayant poussé plus avant et tiré siu* un d'eux son pistolet, vit œ se retonmaut le cheval de monsieur deT^éoboD lenes à tenreàcause dit choc qu^

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a voit donné à l'autre; en même temps ledit sieur lui cria qu'il ëtoit blessé^ et le cheval a'étant relevé, . monsieur de Castelnaut faisant ferme et se mettant entre mcxisienr de Théobon et les ennemis^ lui dit de se retirer» ce qu'il fit. Lors monsieur de Castelnaut se voyaut un peu trop pressé des ennemis, sans être assisté de personne que du Baron de Boissc; et remarquant que toujours quelqu'un des nôtres ou des jdus mal tnontés, ou de ceux qui étoient à pied, hommes et femmes, ne pouvant fîiir assez vite, étoient toujours tués et attrapés, (notez ;encore que ces chemins sont bordés de grands fossés quHl est malaisé de passer) monsieur de Castelnaut ayant cm reconnoltre aussi que le nombre des poursuivants ne s'élevoit pas à plus de trente ou quarante, sort du chemin/ fait sautera son dieval un large fossé et court jusqu'i monsieur de la Force qui ne se retiroit pas fort vite quoi* qu'il fût assez seul; il lui dit qu'il n'y a pas pins de trente enn^oois qui les poursuivoient» et qui ce* pendant tuent force gens sur la queue, pa:i9onne ne voulant tourner tète pour s'y exposer.

Dés aussitôt monsieur de la TiXKe, en un endroit où le <îhemin étoit assez large, commanda à ceux qui se trouvoient encore aveé lui, de £adre hahe et de toioiier visage; et m^ifiîeup de Castelnaut d'tfi

SM II£M0IIB8 mi MAEQOi^ DE CàJmSUUXÏT.

iftt» même temps ayant repris avec le sieur Lendresse, n'ayant tous deox qbe l'épée à la main, le chemin par lequel il étoit venU| y trouva Miremont de Cas*telnau de Chalosse qui étoh sur le qui vive et à dessein selon l'apparence de pousser jusqu'à monsieur de U Force, car le déplaisir qu'il avoit reçu de la journée de Granges l'avoit porté à dire ce jour-là, sachant que monsieur de la Force se reli« roit» au qu'il se perdroit m qu'il le fueroiî.

Cependant monsieur de Gastelnaut ressautant d^s le chemin et lui ayanf gagtié la croupe, quoiqu'il fût très-bien armé, rencontre par hasard le défaut de sa cuirasse et lui met son épée dans le corps, laquelle s'engagea en td lieu que pour la retirer, il fut contraint d'y mettre les deux mains, encore fut-elle toute faussée, et en la tirant il porte par terre Miremont qui ne dit autre chose sinon : Ah 1 je suit mort !

En même temps trois autres cavaliers s'étoient ' aussi avancés et faisoient tous leurs efforts pour joindre monsieur de la Force , et sans doute l'un d'iceux fut tué de sa main, et tous trois si près de lui qu'il faut croire qu'il eut bonne part à leur mort; un autre voulant sauter la fosse (parce que tous ceux qui s'étoient trop avancés, avoient été investis par les gens de monsieur de la ï^orce quoi-

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