CHAPITRE XL A&i
que tout étoit en désordre parmi les ennemis, que ^•"* plusieurs avoient déjà pris la fuite, croyant qu'ils étoient tous perdus, n'y ayant aucun d'eux qui ne songeât plutôt à faire retraite qu'à combattre.
Mais voyant que personne ne se mettoit en devoir de les attaquer, cela leur donna le loisir de se reconnoître et de se rassurer, car étant déjà grand jour et presque tous sous les armes et sortis à la campagne tant les gens de pied que de cheval, ainsi Je courage et la résolution leur revinrent, se voyant en ordre et en bon état, et au contraire les nôtres se sentant foibles et en petit nombre, commencèrent à branler au manche; et sur cela il se répandit un bruit qui vient de monsieur de Lusignan et de ceux de Glairac, disant que monsieur de la Force commandoit qu'un chacun eût à se re^ tirer; et incontinent monsieur de Lusignan se met à crier : Sauve qui posque (sauve qui peut !) et à se retirer avec sa troupe ; ce qui fuf cause que soudain il commence à faire chaud pour quelques-uns, entre autres pour les gens de pied commandés par monsieur d'Auripech , lui et monsieur de Castelnaut étant les plus avancés, l'un avec l'infanterie, l'autre avec le peu de cavalerie qu'il avoit, et souvent les ennemis qui étoient d'ailleurs assez proche^ ne laissoient pas pour cela de leur détacher
A43 MÛIOIBES DD MAAQCIS m GASTEUNAITr.
une trentaine de mousquetaires qui blessoient et tuoient toujours quelque^uns des nôtres^ car étant fort avancés au respect des autres, ils n'osoient en faire autant, se réservant, et de peur que tout le reste ne vînt fondre sur eux. Monsieur de Castel-naut leur crioit incessamment de ne tirer pas, ce* pendant il tenoit toujours bon en attendant que les troupes se ralliassent et qu'ellesredonnassent, espérant aussi que ceux du dedans pourroient foire une sortie, d'ailleurs il ne savoit rien de tous ces désordres qui se passoient fort en arriére ; mais voici que peu à peu Finfanterîe commence à se retirer, et voici qu'un des cavaliers qui étoit avec lui, vieux soldat, lui cria plusieurs fois de se retiter, et voyant qu^il n'en tenoit compte, lui dit : Hé ! Monsieur, ioume>vous, et vota verrei que vous êtes tout seul et que tout le monde vous abandonne. Ce qu'ayant fait, monsieur de Castelnaut vit qu'il lui disoit vrai, et qu'un chacun tâchoit à se sauver et en grand désordre; comme il voulut se retirer aussi, il aperçut un peu loin monsieur le Marquis de la Force qui prenoit le chemin de Marmande, et craignant qu'il ne se méprit, il courut après lui pour le ramener, lui criant où est-ce qu'il alloit? lequel lui répondit : Ne voyez-vous point qu*on ne peut pas passer par^^là à cause des fossés ,
GHAPITBE XI- ftAS
je m'en vais pour tâcher à remettre qtielque ordre dans ^^tbu nos troupes ! et après cela il ajouta encore : Mon frère, passez par4à et voyez si vous pouvez apprendre des nouvelles de monsieur de la Force^ moi, je vais passer par ici.
Il est facile de croire que les soldats n^eurent pas sitôt entendu crier sauve qui peut , qu'un chacun se sauva sans se le faire dire à deux fois; et comme dans des troupes volontaires et non payées la désobéissance régne toujours^ les soldats par leur prompte retraite, ôtent le moyen à leurs chefs de pouvoir mettre ordre à leur sûreté^ apportant une telle et si grande confusion qu'elle cause leur entière perte. Parmi les gens de cheval, le désordre ne fut guères moindre, car avec ce que force gens à l'exemple de Lusignan , s'étoient retirés, il y eut beaucoup de chevaux qui tombèrent dans les fossés, étant contraints pour se sauver, de les traverser, ainsi les maîtres en étoient tués ou pris prisonniers.
Messieurs les Marquis de la Force et de Castelnaut en cherchant monsieur de la Force, tàchoient de retenir et de rallier tout ce qu'ils pourroient, et le rencontrèrent enfin qui en faisoit autant de son côté pour pouvoir s'opposer à l'ennemi ; il voyoit avec grande douleur et déplaisir notre honteuse et
hih MtlIQItBS DU MABQDIS OB GASTEUUOT.
••»• désordonnée retraite, et que par la faute de ceux qui n'avoient pas fait ce qu ils dévoient, il n'avoit pas eu le succès de son entreprise tel qu'il se le pouvoit promettre, et qui très-assurément étoit infaillible et lui eût réussi très-avantageusement. 11 reconnoissoit aussi que meshuy il étoit impossible de pouvoir mettre ordre et d'apporter du remède dans la confusion où généralement tout se rencontroit, voyant presque tout ce qui restoit de son infanterie, ou pour le moins de celle qui avoit été la plus avancée et qui avoit demeuré la dernière à se retirer, entièrement abandonnée à la merci des ennemis, les autres ayant déjà gagné le bois de la Gautarenque.
U ordonne à monsieur de Castelnaut de faire la retraite , lequel se trouve bien empèdië , et demeure un assez long temps parmi une aussi grande épouvante et un tel désordre , sans pouvoir^ presque trouver une douzaine de personnes qui voulussent retourner avec lui; plusieurs bien montés et bien armés, refusent même de se trouver dans une occasion si honorable ; enfin avec le peu de gens qu'il put réunir, il ne laissa pas de reculer du côté des ennemis, tant pour s'opposer à ceux qui poursuivoient les fuyards que pour donner moyen à ceux-ci de se pouvoir retirer et sauver*