CHAPITRE Xn
monsieur de la Force, parce que cela a eu quelques suites.
Monsieur de la Force continue donc son traité et fait si bien que n'y pouvant plus comprendre les affaires générales de tous ceux de la Religion en France, il y comprend avec Sainte-Foi, tout ce qui étoit de la province de la Basse^uyenne que l'Assemblée de la Rochelle avoit soumise à son gouvernement et à sa conduite; notez bien que monsieur de la Ville-aux-Clercs vouloit toujours qu'il trairât aussi pour lui et toute sa Maison, ce que monsieur de la Force déclara toujours ne pas vouloir faire, et qu'il ne seroit jamais dit qu'il eut voulu mêler ses intérêts avec ceux du public; qu'au surplus, après la paix faite, si le Roi le vouloit gratifier de quelque récompense, qu'il n'étoit pas homme à refuser les bienfaits du Roi.
Voilà donc le traité conclu*. Le Roi vient àSainte-
1 n 7 t cette différence entre le traité de M. de la Force et la plupart de ceux qui furent faita à cette époque , que les intérêts gêné* raux des Protestants y sont mieux, défendus que dans tout autre , qu'il 7 est spécifié des garanties pour tous ceux de la Basse-Guyenne qui avaient pris les armes pour la Religion , et qu'enfin l'ensemble de tous les articles est une pacification générale de toute la province. Quoi qu'il en soit, personne n'a été plus calomnié que M. de la Force, qui combattit avec ses enfants jusqu'à l'épuisement de tontes ses ressources , et qui ne fléchit qu'au bout de deux ans d'une lutte incessante et devant toutes les forces du Roi ; tandis que les Ducs de Bouillon et de Sully, de la Trémouille et de Lesdiguières , s'étant
MS lltIlOIBBS DO MARQI]» Dl CA/RKLRAUr.
Foi, et après y avoir été reçu, il donne le bâton de Maréchal de France à monsieur de la Force et deux cent mille ëcus de récompense^ tant pour les charges dont il Tavoit privé , comme de celle de Lieutenant de Roi en la Souveraineté de Béam, de Vice-Roi de Navarre, de la charge de Capitaine des Gardes du corps, et autres chaînes et Grouvernements dont ses eufants étoient pourvus ; le Roi promit encore de continuer le Gouvernement de Bergerac à monsieiu* de Castelnaut, ce qui n'a jamais été exécuté*.
Four les deux cent mille écus, monsieur de la Force n'en voulut pas de brevet, disant à monsieur de SchomBergi Intendant des finances , qu'il estimoit plus sa parole que tous les brevets qu'il lui sauroit donner ; mais il reçut une ordonnance de cent mille écus, sur quoi il arriva que monsieur de la Force y ayant dépêché tout soudûn et s' étant adressé à un de ses amis pour l'assister à lui faire toucher cette somme, voici qu'il arrive un contreordre de monsieur de Schombei^ qu'on n'eût pas
liiMé gagner par la Cour, abandonnèrent leun coreligionnaires. Et cependant les historiens les traitent plus faTorablement que M. de la Force; tandis que le petit-fils du grand Coligni, Chàtillon, rend sans tirer l'épée, Aigues-Mortes au Roi pour le bâton de Marécbal ; et cependant sa conduite n*a pas été jugée avec autant de sévérité, ' Au lieu de cela, il fut donné au Duc d'Épemon.
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à la lui délivrer. Et voilà une preuve comme quoi *•»• il n'y a pas de sûreté en la parole de oes messieurs^ quoique la chose venoit de la seule bonne volonté du Roi, et sans doute avec cela même par le conseil de ces messieurs qui pouvoient tout auprès de lui. Mais cet ami de monsieur de la Force fait si bien qu'il oblige celui qui devoit délivrer cette somme, en lui donnant deux mille écus de profit, à lui délivrer le reste. Pour les autres cent miHe écus, on n'en a presque rien touché, ayant été contraint de prendre en payement des choses qui ne rendoient pas à beaucoup prés le revenu que cet argent eût pu produire; mais comme il se faut gouverner selon les temps, vu la difficulté qu'on avoit d'être payé, il valoit mieux prendre cela que rien.
Pour en revenir à monsieur le Marquis de la Force, avec le peu d'amis qu'il avoit pu réunir, il se conduisit donc à Cadenac, mais ce ne fut pas sans beaucoup de périls et sans diverses rencontres, car une seule journée il fut contraint de combattre jusqu'à dixhuitfois etde s'ouvrir un passage par la force des armes ; il eut son cheval blessé de plusieurs coups, beaucoup de ceux qui étoientavec lui eurent leurs chevaux tués, et quelques-uns de ses gens furent blessés. Enfin le voilà arrivé à Cadenac dont par l'intelligence de ceux qui Tavoient appelé, il se
Uk IIÉII0IBE8 DU MARQUIS Iffi GASTSUIAUT.
toisu rend maître, et y prend monsieur de Sully qui étoît dedans, bien ëtonné de ce qui lui étoit arrivé; il ne fut pas maltraité, mais à cause du besoin tant de monsieur le Marquis de la Force que de ceux qui éloient avec lui , on lobligea de donner trente mille livres , lesquelles monsieur le Marquis de la Force distribua et à ceux qu'il avoit menés et à ceux du lieu qui avoicnt Fait et conduit l'entreprise. Le voilà donc possesseur d'une très-bonne place où nous le laisserons pour dire les choses qui s'oisuivirent.
* Comme le traité de monsieur de la Force se faisoit, et que le Roi s'approchoit de Sainte-Foi, mon-sieur de Théobon avec ce peu de monde qu'il avoit avec lui, fut obligé de s'éloigner pour sa sûreté; et comme on avoit traité avec monsieur de la Force et qu'il n'y avoit plus rien à faire, on ne se soucioit guëres de lui , et toutes les belles promesses que ïnonsieur le Prince lui avoit faites, revenant à rien, il fut, ainsi que j'ai dit, contraint de s'éloigner davantage, ayant toujours néanmoins un garde de monsieur le Prince avec lui ; il se retire donc du côté de Monflanquin où étoit monsieur de Castelnaut qui n'avoit nulle nouvelle de ce qui se passoit du côté de Sainte-Foi , et bien en peine d'en apprendre. Il fut averti néanmoins comme quoi
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monsieur de Théobon éloit venu loger à une lieue 1033. de Monflanqnin sans lui en avoir donné aucun avis : il savoit qu'il éloit hors de Sainte-Foi et même qu'il avoit des gens de monsieur le Prince avec lui, ayant donc sujet de croire qu'il n'étoit venu là qu'à mauvaise intention, comme en eifet il étoit vrai, car son dessein étoit, ne^ faisant semblant de rien, de venir en ami se saisir de Monflanquin , espérant que par ce moyen il en Feroit mieux sa condition, et se voyant bien éloigné de ses espérances. Cela obligea monsieur de Gastelnaut à se tenir un peu sur ses gardes; entre autres choses» il fait commandement aux capitaines de la garnison ( car il avoit fait rebâtir toutes les murailles de la ville qui avoieot été démolies ), à ne laisser entrer pas un des gens de monsieur de Théobon, ni de pied, ni de cheval, sous quelque prétexte que ce fût ; et ayant fait prendre les armes à tout son monde» les portes étant pourvues de tout ce qui pouvoii être nécessaire pour les garder, avec cela, iVavoit encore quatre cents hommes de reste, lesquels il mit en bataille au milieu de la place.
Il ne Eut pas sitôt jour que voilà les gens de
monsieur de Théobon qui se présentent à la porte,
tant cavalerie qu'infanterie, auxquels on refuse
Feutrée; il est trés-vrai que si on leur eût permis
AM MÉMOIRES DU MARQtlS IHS CASTEUUUT.
d'entrer, il n'en fût pas demeuré un deh<Mrs. En- Tiron sur les neuf heures, comme il y avoit plus de cinq heures qu'il étoit jour, monsieur de Tbéobon envoie vers monsieur de Gastelnaut pour le prier de ne vouloir laisser entrer pas un de ses gens dans la ville, de peur de ne plus pouvoir les en retirer ensuite. A quoi monsieur de Gastelnaut répondit qu'il s'avisoit bien tard de lui faire cette prière, car s'il le leur avoit voulu permettre, il n'en seroit pas demeuré un seul dehors; ensuite monsieur de Théobon lui mandoit encore qu'il viendroit diner chez lui, à quoi monsieur de Gastehiaut repartit qu'il seroit le bienvenu. Il y vint donc dtner avec douze ou quinze; et étant à son logis, outre le bon ordre qu'il y avoit aux portes, il vit enqore les quatre cents hommes en bataille sur la place; ainsi il jugea bien que ses desseins avoient été découverts ou qu'il lui auroit été bien difficile de les pouvoir exécuter. Il dit à monsieur de Gastelnaut l'ombrage que ceux de Sainte-Foi avoient eu contre lui, ensuite comme quoi il avoit un des gardes de monsieur le Prince avec lui, qui lui promettoit beaucoup et de faire sa paix avec le Roi, que néanmoins il avoit cru, le Roi s'étant rapproché de Sainte-Foi, que pour sa sûreté il se devmt éloigner, et qu'il s*étoit voulu rapprocha de hii pour
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le supi^lier de vouloir lui donner une retraite où il pût être en quelque sécurité, en attendant de rmr ce que deyiendroient toutes choses, et en lui fidsant connottre que quoiqu'il eût un garde de monsieur le Prince, qu'avec cela il étoit nécessaire qu'il prit garde à lui« Monsieur de Castelnaut lui donna un bon logement auprès de Monflanqùin en un lieu assez fort pour ne pouvoir être forcé en se dé£mdant, et même avec promesse de le secourir ou de le retirer au cas qu'il y fût contraint.
Il demeura deux jours en ce lieu pendant que le traité de paix que monsieur de la Force faisoit, fut parachevé, et monsieur le Prince n'ayant rien fait pour lui, il fut obligé par son ordre de mettre les armes bas et de se retirer, ce qu'il fit, et envoya ps^ndre congé de monsieur de Castelnaut, lequel reçut le même jour ordre de monsieur delà Force, lui donnant connoissance du traité qu'il avoit fait pour toute fa province, et lui mandant d'avoir à recevoir dans Monflanqùin le régiment de Pompadour que le Roi y envoyoit.
Je dirai encore ceci, qoe pendant tpus ces traités d'accommodement, que monsieur de Montferrand envoyant vers monsieur de Castelnaut, l'avertit de tout ce qui se passoit et que la paix étoit infaillible^ hii promettant que dans le cas où il lui vou-
&6S MÊMOIBBS DU MAEQUIS DE CA8TELNAUT.
droit remettre Blooflanquin, il lui donneroit la somme de trente mille livres et lui en bailleroit comptant la plus grande partie. Monsieur de Castelnaut ne voulut jamais y condescendre, croyant qu'il y alloit et de son honneur et de sa conscience ; qu'en outre il ne devoit pas exposer ceux de Monflanquin qui après cela ne pourroient s'attendre qu'à élre maltraités, et sur lesquels on sauroit bien se rembourser de l'argent qu'on auroit donné.
Monsieur de Castelnaut congédie donc sa garnison, y reçoit le régiment de Pompadour et fait leur traité avec ceux de la ville.
Mais voici qui est mémorable, c'est que le propre jour que le Roi entre dans Sainte-Foi, monsieur de la Force y tombe malade et se trouve contraint le lendemain de se retirer à Cugnac , où il mande à monsieur de Castelnaut de se rendre, pour de là se conduire à Castelnaut où étoit madame de la Force.
Cependant le Roi ayant donné ordre du côté de Sainte-Foi, s'achemine vers Clairac où il ne trouva que toute obéissance à cause du traité que monsieur Duduc, Conseiller, a voit fait avec monsieur de Lusignan ; et après avoir aussi pourvu en ces lieux-là, il s'achemine du côté du Languedoc, et comme il avoit traité avec monsieur de la Force,
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tant pour ce qui étoit de la Basse-Guyenne que ^^ pour tout ce qui étoit de sa Maison, quoique pour lors on n'eût pas appris la prise de Gadenac ( car pour Saint-Antonin dont monsieur d'Eymet étoit Gouverneur, cela avoit été exécuté ) ; mais pour Gadenac, le Roi écrivit donc à monsieur de la Force pour l'obliger à le faire remettre entre ses mains par le Marquis de la Force^ puisque lui et tous ses enfants étoient compris dans le traité.
Gette lettre fut portée à monsieur de la Force à Casteinaut où il étoit alors extrêmement mal, et plutôt, s'il faut ainsi dire, dans une frénésie que dans un réveil, n'ayant presque connoissance ni de lui-même ni de ceux qui étoient autour de lui, jusques-là qu'il ne sa voit pas même comment il falloit faire pour boire, et autres choses semblables; néanmoins la lettre du Roi lui ayant été remise par celui qui en avoit charge, monsieur de la Force la lut et y fit réponse avec autant de jugement et de conduite qu'il eût pu faire en sa plus vigoureuse santé, mais ce qu'il y a encore de plus remarquable, c'est qu'il ne s'en est jamais souvenu ni de rien de ce qui s'est passé à ce sujet, non plus que de beaucoup d'autres choses qu'il fit durant cette grande rêverie, comme éiant toujours hors de soi-même, et tenant avec cela des
IM KÊMOIRES DU HlBQinS DB CASTELNA13T.
discours pleins de prudence qui surprenoient tout le monde et qui le faisoient admirer, lorsqu'on ne s'attendoit plus qu'à le voir mourir.
Afonsieur le Marquis de la Force remit donc Gadenac aux gens que le Roi y envoya ; et Toilà tout en gros ce qui se passa dans la province de Basse-Guyenne, car en Languedoc et ailleurs , la guerre ne laissa pas de se continuer.
Nous avons un peu particularisé ce qui regarde monsieur de Théobon, et c'est à cause qu'après le traité de Sainte-Foi, il crut avoir part aux deux cent mille écus qui avoient été promis à monsieur de la Force; et sans le demander, il ne se contenta pas d'en faire ses plaintes à tout le monde, mais quand et quand de se mettre en devoir de s'en ressentir, d'user de menaces qu'il s'en vengeroit, et de faire des desseins contre monsieur de la Force et contre son fils le Marquis, tâchant de les rencontrer à son avantage. Nous ne dirons pas toutes les parties qu'il fit pour ce sujet, ni les s^ppels qui furent faits, parce que de tout cela rien ne réussit à son honneur; son frère même, sans propos ni déni, fut parler à monsieur le Marquis de la Force, parce qu'en ce temps-là monsieur de Théobon tomba malade d'une indisposition qui ne lui permettoit pas de pouvoir témoigna ses ressentiments» mais ce
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ne fut qu'à sa confusion et à Vavantage de mon-» ^^ sieur le Marquis de la Force qui s'étant rendu es lieux dont ils étoient convenus, ne vit Tenir personne ; ainsi de tout ce qui s'est passé sur ce sujet, le blâme leur en est demeuré, le tout ayant toujours tourné à l'avantage et à l'honneur de m(msieur de la Force et de monsieur le Marquis.
Il arriva plus tard que monsieur le Prince al^- m^ lant assiéger Fontarabie, monsieur de Théobon se trouva en quelque meilleure disposition qu'il n'avoit accoutumé, et monsieur le Prince ayant voulu avoir monsieur le Marquis de la Force pour Lieutenant Général dans l'armée, ceux qui étoient dans ses troupes, monsieur de Théobon témoignant toujours ses ressentiments, crurent en devoir donner avis à monsieur le Prince, afin que par son autorité, il empêchât le mal qu'ils appréhendoient en pouvoir arriver. U fit donc venir monsieur de Théobon auquel il défendit très-expressément de n'avoir rien à demander à monsieur le Marquis de la Force; quoique monsieur de Théobon eût plutôt témoigné de lui en vouloir qu'à monsieur de la Force, néanmoins pour lors il dit qu il n'avoit rien à demander au Marquis de la Force, et que c'étoit seulement de monsieur de la Force dont il avoit sujet de se plaindre. Monsieur le Prince promit à
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iM. monsieur de Théobon que dés que la commodité s'en rencontreroity il lui feroit donner satisfaction. Les affaires en demeurèrent donc là jusqu'à ce que monsieur le Prince vint à son Gouvernement de Bordeaux, où pour lors messieurs les Ducs de la Rochefoucauld, de Saint-Simon et de la Force se rencontrèrent, et monsieur l'Archevêque de Bordeaux aussi. Lors on fit ressouvenir à monsieur le Prince de la promesse qu'il avoit faite à monsieur de Théobon, lequel^ quoique durant sa jeunesse il eût été nourri dans la maison de monsieur de la Force et avec ses enfants, et comme s'il en eût été du nombre, ne Tavoit 'point revu depuis la paix de Sainte-Foi, et témoignoit toujours son mal de cœur, quoique sans sujet.
Monsieur le Prince pria monsieur le Doc de la Rochefoucauld et monsieur d'Andraud, Conseiller, de se vouloir entremettre de cet accommodement^ et de tâcher à y disposer les parties. Ces messieurs parlent donc à monsieur le Duc de la Force duquel ils eurent toutes les bonnes parole^ qu'ils eussent pu souhaiter; mais avant qu'on n'eût pris jour pour les faire se voir et se réconcilier, voici que monsieur de la Force est averti que monsieur le Prince prétendoit le condamner à faire part à monsieur de Théobon des deux cent mille écus que le
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Roi lui avoit donnés, après le traité; de quoi mon- 4<3o. sieur le Duc de la Force se tenant extrêmement piqué et croyant qu*il y alloit de son honneur, s'en va trouver monsieur le Duc de la Rochefoucauld pour s'en plaindre^ lequel lui dit que la chose étoit véritable, et que monsieur le Prince la jugeoit si raisonnable qu'il ne pensoit pas qu'il s'en pût défendre, sur quoi monsieur de la Force lui repartit : Sur mon honneur, f honore ei respecte fort monsieur le Prince, mais il na point assez de pouvoir sur moi pour m'ohliger à faire une chose si contraire d mon honneur et à ma réputation ^ et de vouloir faire voir à tout le monde quefavois fait un si grand tort à monsieur de Théobon que de lui avoir retenu une chose qui lui eût appartenu ou à Ic^quelle il eût droit ou raison dè^ prétendre ; non, je souffrirois plutôt mille fois la mort avant que cela m'arrivdt !
Il commença aussitôt à déduire ses raisons à monsieur de la Rochefoucauld qui n'y put trouver rien à redire, les jugeant fort bonnes» mais qui lui dit ensuite : Monsieur, vous savez que je ne suis pas le seul et que monsieur d*Andraud a été commis égorlement à cet cu:commodement, je vous supplie de venir le voir avec moij afin que tous les deux ensuite nous allions trouver monsieur le Prince et lui rapporter vos raisons.
blh MÉMOIRES OU MAAQHS DE CA8TELNAUT.
Ils furent donc chez monsieur d*Ândraud ; tandis quMls y étoîent, parlant de cette affiiire et des difficultés que monsieur le Prince y pourroit apporter, comme s'ëtant déjà engagé de parole à monsieur de Théobon, voici que monsieur Duduc, à qui on ne songeoit nullement, arrive chez monsieur d'Andraudy et jugeant qu'ils étoient en quelque conférence, s'en voulut retourner, mais ces messieurs te rappelèrent, lui disant : Non, nan, vous n êtes pas suspect à noire conférence^ et nous serons bien aises d'avoir vos bons avis là^dessus.
Monsieur Duduc ayant appris de quoi il étoit question, leur dit : Hé ! qui sait mieux cela que moi qui ai fait le traité de monsieur de Lusignan et de monsieur de Théobon ?
Et il leur apprit alors tout ce qu'il avoit conclu avec eux du temps qu'il étoit prisonnier à Clairac. Âpres ces éclaircissements et cette connoissance, ces messieurs crurent qu'il y en avoit assez, et se disposèrent à aller trouver monsieur le Prince chez monsieur l'Archevêque de Bordeaux, où il y avoit rendez-vous pour l'accommodement; monsieur de la Force y alla aussi, comme en ayant reçu l'ordre.
Ces messieurs rapportèrent donc à monsieur le Prince les difGcuItës et les raisons de monsieur de la Force pour n'acquiescer pas à ce qae monsieur
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le Prince avoit rintention de fidre, néanmoins il s'obstinoit toujours à vouloir que monsieur de la Force donnât la satisfaction qu'il avoit fait espérer à monsieur de Théobon, et la cause de cela^ c'est que lors du traité de Sainte-Foi monsieur le Prince avoit donné beaucoup d'espérances à monsieur de Théobon, en lui faisant abandonner le parti de ceux de la Religion , et cependant n'a voit rien fait pour lui^ il croyoit donc se dégager de sa parole et satisfaire monsieur de Théobon ; mais finalement ces messieurs lui représentèrent si bien les motifs que monsieur de la Force avoit pour n'y point consentir, qu'il prenoit cela au point de l'honneur et comme choquant absolument sa réputation, enfin qu'il seroit imposssible à monsieur le Prince de l'y obliger, qu'ils parvinrent à lui faire changer sa résolution^ mais encore fallut-il pour cela qu'ils lut rapportassent ce qu'ils avoient appris de monsieur . Duduc sur ce sujet, et même pour le contenter, qu'ils le fissent venir lui reconfirmer tout ce qu'il leur avoit dit.
Cette conférence dura bien deux heures; ensuite monsieur le Prince vint trouver monsieur de la Force pour s'excuser de ce qu'il avoit cru devoir le condamner à faire part à monsieur de Théobon de la récompense que le Roi lui avoit faite, disant qu'il
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avoit cru cela juste et raisonnable, mais qu'après avoir oui les raisons que ces messieurs lui avoient rapportées, et appris ce qui s'étoit passé, il se départoit de ce qu'il avoit eu intention de faire en faveur de monsieur de Théobon, mais qu'il le prioit de ne point trouver mauvais s'il s'employoit auprès du Roi pour tâcher de faire quelque chose pour lui.
Monsieur le Duc de la Force lui répondit que tant s'en falloit qu'il le trouvât mauvais, que s'il pouvoit servir monsieur de Théobon, et dans cette occasion et dans toute autre, il le feroit d'aussi bon cœur que si c'étoit pour un de ses enfants. Après cela, monsieur le Prince fit venir M. de Théobon; et après leur avoir déclaré ses sentiments et fait voir que monsieur de Théobon étoit mal fondé en ses prétentions, il lui promit ensuite de s'employer auprès du Roi pour obtenir qu'il en pût retirer quelque gratification, l'assurant aussi des bonnes volontés que monsieur le Duc de la Force avoit témoigné d'avoir pour lui, puis il leur commanda de s'embrasser, de vivre en bons amis et d'oublier tout le passé ; ce que monsieur le Duc de la Force fit de la meilleure grâce du monde, protestant à monsieur de Théobon qu'il l'avoit toujours chéri et aimé comme un de ses enfants, et qu'il étoit en-