‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III ... et autres peronages marquants depuis la Saint-Barthélemy jusqu'à la Fronde; pour faire suite à toutes les collections de mémoires sur l'histoire de France; (volume 5)Chapitre 8 sur 101 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

Or VOUS demanderiez volontiers s'il étoit au *•**• pouvoir de monsieur de la Force et de ceux du pays , de s'opposer à monsieur d'Épernon? Sur quoi vous avez à savoir que tout le pays de Béam étoit séparé en divers quartiers qu'ils appellent Persans, et qu'en chacun d'iceux, il y avoit des capitaines y des lieutenants et autres officiers, qu'encore chacun d'iceux avoit son département et savoit chacun le nombre d'hommes qu'il renfermoit. Ainsi leur étoit-il aussi facile et en aussi peu de temps de pouvoir lever mille hommes que cent; parce que , selon le nombre qui leur étoit commandé , chaque officier ou sergent savoit combien il en devoit prendre de chaque lieu, car toutes les années on faisoit la revue dans tous les Persans et ils étoient tous bien armés; ainsi donc comme il y avoit sept Persans et que le Béarn étoit fort peuplé, il leur étoit facile de faire tel nombre de gens qu'il leur eût plu, et qui eussent été bien suffisants pour résistera monsieur d'Épernon; il y avoit aussi beaucoup de Noblesse pour monter à cheval.

Mais [comme il y avoit déjà beaucoup de gens gagnés par les cabales de ces messieurs qui portoient envie à mdhsieur de la Force et espéroient d'être mis en sa place, et même il y en avoit d'autres^ conune il sera plus expressément déclaré ci-

102 MÉMOIRES DD MAEQHS DE GASTELNAUT.

aprèS| qui avoient été corrompus^ entre autres le Comte de Bourgfranc ' en qui monsieur de la Force s'étoit confié comme étant homme de service. Ces messieurs marchandèrent donc à prendre les résolutions de ce qu'ils avoient à faire, et quelque soi-* licitation que monsieur de la Force y pût apporter, il n'en put avoir autre chose, si bien que voyant monsieur d'Épernon déjà à six ou sept lieues de Pau, où il demeuroit, il leur déclara que n'y ayant pas de sûreté, qu'il étoit forcé de se retirer, puisqu'il n'avoit pu les obliger ni à obéir, ni à se dé* fendre.

Le sieur de la Force apprend encore que monsieur d'Épernon s'étoit avancé avec toute sa cavalerie, de sorte que tout ce qu'il put faire, ce fut avec quelques-uns de ceux de sa Maison, de monter à cheval et de partir; que s'il eût tant soit peu tardé, sans doute qu'il n'en eût plus eu le moyen.

11 part donc pour s'en venir en Guyenne, et encore eut-il ce mauvais rencontre, qu'ayant beaucoup plu, les eaux s'étoient tellement grossies que les moindres ruisseaux étoient débordés, tellement qu'il se trouva engagé là où il ne pouvoit aller ni

1 Le capitaine Mazorcs, béarnais; il s'était distingué dans les guerres des PaysUas; étant passé au service du Duc de Savoie» ce Prince lui avait douué ic comté de Bourgfranc en Piémont.

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avant ni arriére, quoique son maitre d'hôlel et son m2i« cuisinier y eussent déjà passé; et dana le lieu où il fut obligé de demeurer tout le reste du jour et le lendemain, il se trouva même qu'il n'y avoit pas de pain, si bien qu'il y reçut beaucoup d'incommodités, ce qui ne fit que lui augmenter son chagrin et le déplaisir que lui causoit le mauvais état des affaires présentes et de sa condition particulière, et de toute sa Maison»

U est à savoir aussi que quelque temps aupara*vant ' il s'étoit tenu à Loudun un Synode national ou une Assemblée générale pour ceux de la Reli-* ^on, et qu'après avoir donné leurs plaintes au Roi sur les infractions de TÊdit de Nantes et sur les mauvais traitements qu'ils recevoient, après avoir fait leurs demandes et nommé le Député général pour résider à la Cour^ qui étoit le sieur de Favas^ il arriva que, comme c'est l'ordinaire, ils furent commandés de se séparer et de se retirer, et qu'en* suite on répondroit à leurs cahiers.

Et comme k bruit étoit grand généralement partout qu'<m avoit dessein de faire la guerre contre ceux de la Rdiigion^ et qu'avec cela on n'avoit pas grand égard aux jdaintes qu'il faisoient de la frac«-

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10& MÉMOmES DU MABQUIS DE CASTELNAUT.

mu tion de TÉdit de Mantes et des mauvais traitements qu'ils recevoient 'partout, cela fit résoudre cette Assemblée avant de se séparer, qu'en cas de besoin, elle donnoit pouvoir à ceux de la Rocbelle d'y convoquer ladite Assemblé générale; et tous ceux qui étoient lors à Loudun, promirent de se rendre à la Rochelle au premier mandement qu'ils en auroient, et en écrivirent à toutes les provinces pour y donner leur consentement et pour nommer d'autres députés, tant en la place de monsieur de Favas que de quelques-uns de ceux du tiers-état que Ton soupçonnoit d'avoir été corrompus.

Et comme c'est la coutume aussi qu'au retour des députés, on assembloit les Synodes dans les provinces, à qui ils donnoient connoissance de ce qui* s'étoit passé dans leur délégation, par ce même moyen on élut aussi en Guyenne à la place de monsieur de Favas le sieur de Gastelnaut, et deux du tiers^^tat en la place de ceux qui avoient été soupçonnés.

iffiw. Ici il seroit encore nécessaire de reprendre les choses d'un peu plus haut, afin de donner mieux à entendre comment elles se sont passées et de représenter les divisions, mésintelligences et désavantages que ceux de la Religion ont reçus, et que si en quelque façon, ils se sont conservés et main-

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