CHAPITRE I
tenus^ c'est à Dieu seul à qui il faut en donner la law. gloh^; que lors même qu'ils avoient perdu toute espérance et ne voyoient plus nul remède ni ressource à leurs affaires^ touchant leur conservation et l'exercice de leur religion. Dieu de qui toutes les œuvres sont des miracles, leur a redonné la vie et remis dans un état où jusqu'ici ils ont eu quelque liberté d'invoquer son saint nom, mais non avec la reconnoissance qu'ils y étoient obligés pour tant de grâces qu'ils avoient reçues par son moyen.
Nous dirons donc qu'après que le Roi eut été en o«*<*^ Béarn et qu'il y eut soumis toutes choses suivant sa volonté, et contre la parole même que ceux qui avoient l'autorité et la conduite des affaires en avoient donnée, étant persuadé par le Père Arnoux qu'on n'étoit pas obligé de garder la foi aux hérétiques, qui est l'injure qu'ils employoient contre ceux de la Religion ; attendu que d'ailleurs on ne donnoit nulle satisfaction aux plaintes qu'avoit faites l'Assemblée générale de ceux de la Religion étant à Louduu, la ville de la Rochelle, selon l'ordre qu'elle en avoit reçu , reconvoqua ladite Assemblée ^ jugeant qu'il n'étoit plus temps de temporiser, mais qu'il falloit que ceux de la Religion son-
1 L'Assemblée géoérale des ProteslanU, convoquée pour le 26 oc» tobre, ne s'ouvrit que le 25 décembre.
lOe MÉMOIRES DU MARQUIS DE GASTELNAUT.
iwo. geassent à se mettre en état de se pouvoir conserver, vu qu'il étoit tout clair et évident qu*on alloit les attaquer.
Il se rencontra lors de ladite convocation, que le sieur de Castelnaut ëtoit détenu dans le lit d'une indisposition qui le lui fît garder plus de six mois; si bien que ne pouvant se rendre à la Rochelle, il en avertit monsieur de Théobon * qui avoit été désigné au cas que si l'un des deux gentilshommes qui avoient été nommés, dont l'autre étoit monsieur le Marquis deChateauneuf *, se trou voit empêché de s'y rendre, il pût y aller en sa place.
Mais le sieur de Théobon s'y refusa, alléguant que s'il eût été nommé aussi bien que les autres, qu'il y fût allé, mais que comme substitué, ce n'étoîtpas son dessein. Gela obligea le sieur de Castelnaut d'envoyer sa réponse et les mémoires qu'il avoit reçus de la province à ladite Assemblée de la Rochelle par un gentilhomme, de quoi il reçut des remercîments et prières que lorsque sa santé le lui pourroit permettre, de s'y vouloir bien rendre.
1 Son pèrt ayant été lue en Flandre en 1607, il foi éleré daiw la maison de M. de la Force, dont il était parent, et devint le gendre de M. de Pardaillan de Boisse.
3 N. de Pierre -Buffiëre, Marquis de ChAleauneuf, nereu de n. de la Force , sa mère Philiberte de Gontaut, fllle d'Armand de Gonuut Maréchal de France, étant soror de madame de la Force.
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Et comme il fut longtemps malade^ monsieur de Pardaillan et monsieur de Lusignan se voulurent servir de cette occasion : le premier pour y pouvoir envoyer M. de Théobon^ son gendre, ou quelque autre qui fût à sa dévotion; et l'autre pour y aller lui-même.
Et pour cet e£fet ils font assembler à Clairac le Conseil de la province lequel étoit composé pour chaque Colloque d'un genlilhomme, d un pasteur, d'un du tiers^tat et d'un des Gouverneurs des places de sûreté, et pour le rendre plus authen-» tique 9 on y ajoutoit quelquefois deux ou quatre des plus qualifiés gentilshommes de la province.
Il arriva que monsieur de Castelnaut ne pouvant pas encore marcher, il commençoit de se (nromener à cheval ; étant averti de cette convocation, comme étant membre du Conseil de la province, il s'y conduisit avec beaucoup de peine. Us furent bien surpris de le voir; néanmoins ladite proposition ayant été faite de vouloir nommer un député pour envoyer à la Rochelle, il prit la parole et leur re- {O'ésenta : premièrement que ledit Conseil n'avoit pas droit de nommer un député, que cela n'avoit jamais été fait et qu'il n'y avoit que la province en corps qui le pût.
Deuxièmement , que dés qu'il seroit en état de
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mu s'y pouvoir conduire , qu*il étoit résolu de s'y en aller.
Troisièmement, il leur fit voir la lettre que ladite Assemblée lui avoit fait Thonneur de lui écrire pour le prier de s'y vouloir rendre,
Si bien que ces messieurs se voyant par ce moyen frustrés de leurs espérances , furent contraints de s'en arrêter là.
Il arriva encore que comme les choses s'échauffoient^ monsieur de Castelnaut s'éloit retiré à Bergerac dont il étoit Gouverneur, et qu'avec ceux du lieu, ils prirent résolution et suivant les ordres qui leur avoient été envoyés de la Rochelle , de travailler à leurs fortifications; et comme ils avoient commencé de le faire, monsieur de Castelnaut voulut partir pour la Rochelle, mais ceux de Bergerac le prièrent de retarder son départ jusqu'à ce qu'ils y eussent envoyé pour demander de trouver bon qu'il pût demeurer là encore quelque temps , comme leur étant très-nécessaire et pour leur conservation et pour faire avancer le travail de leurs fortifications; à quoi messieurs de l'Assemblée répondirent fort civilement, et leur accordèrent trois mois , conjurant monsieur de Castelnaut de s'y vouloir rendre après ce temps-là.
Etant survenu quelque changement au Gouver-
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nement de Saint- Jean et monsieur de Largray qui t«u. en étoit lieutenant, ayant quitté cette charge , le bruit et les préparatifs de la guerre augmentent toujours, si bien que cela donna sujet et occasion à messieurs de l'Assemblée d'écrire encore par toutes les provinces afin que chacun se préparât et se tint sur ses gardes ; et particulièrement de leur vouloir donner leurs avis sur les occurrences présentes, et quand et quand de nommer ceux qu'ils estimoient être les plus propres et capables pour commander dans les provinces,ainsi que pour toutes les autres charges et emplois d'icelles, afin qu'ils leur en envoyassent les Provisions et Commissions; ce qui obligea la province de la Basse-Guyenne de convoquer une Assemblée à Sainte^Foi à laquelle tous les gentilshommes de ce pays étoient exhortés de s'y vouloir trouver avec les Pasteurs et Anciens de toutes les églises et communautés. L'Assemblée fut très-belle, quoiqu'on usât un peu d'artifice, monsieur de Pardaillan pour y faire arriver le plus grand nombre de ses amis qu'il y pourroit, et empêcher qu'il y en eût plus des autres.
Monsieur de Duras , le bonhomme , s'y trouva aussi qui y présida et aussi monsieur le Marquis de la Force ; le premier , il y avoit bon nombre d'années qu'il n'y étoit venu, et l'autre, iln'y avoit jamais été.
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HM. Il est à savoir également que monsieur de Pardaillan plein d'ambition et d'envie , avoit encore sollicité secrètement l'Assemblée de la Rochelle pour foire en sorte qu'il pût y être envoyé un autre député en la place de monsieur de Casteluaut , alléguant diverses raisons pour le leur persuader et les y faire condescendre, ce qui lui fut accordé, quoique conditionnellement.
Ladite Assemblée de Sainte-Foi commençant à procéder^ monsieur de Castelnaut fut averti qu'on y vouloit porter la proposition de nommer un autre député en sa place, et qu'on en avoit eu la permission de la Rochelle, il pria celui qui l'en avoit averti que lorsque cela se proposeroit dans le Colloque où il étoit, qu*il demandât qu'il y fut appelé, la chose étant raisonnable puisqu'il y étoit intéressé. Ce qui fut fait; et le sieur de Castelnaut étant venu, lorqu'on lui eut montré l'article de la Rochelle : Messieurs^ leur dit-il : il se voit bien que cet article a été extorqué par des gens qui ont dessein d'être envoyés.
Après cela, il leur montra les lettres qu'il avoit reçues de l'Assemblée qui avoit accordé à ceux de Bergerac qu'il y pouvoit demeurer quelque temps ; et puis celles qu'elle lui écrivoit, et leur dit que c'étoit la cause pourquoi il n*y étoit pas allé, et que