LIVRE I, CHAPITRE VI
Le voyage inopiné que le sieur de la Force fut igos. obligé d'entreprendre en Guyenne par le commandement de sa Majesté ne lui avoit pas donné le loisir de retirer cette commission des mains de monsieur de Loménie, mais il le pria de la lui faire tenir à la première occasion.
Étant arrivé en Béarn, il apprit que le sieur de Méritein avoit été averti du commandement que sa Majesté lui en avoit fait, et recherchant d'où cet avis pouvoit être venu, ledit sieur de Méritein trouva moyen, par quelqu'un de ses amis, de faire voir au sieur de la Force la copie d'une lettre qu'il disoit avoir été écrite par le sieur Evêque d'Olleron à un prêtre (par laquelle il le chargeoit de donner connoissance au sieur de Méritein de ce commandement et qu'il pourvût à sa sûreté). Non content de cela, le sieur de Méritein fit dire au sieur de la Force que si sa Majesté entroit en aucun doute de lui, il le prioit de le sauver ; qu'il ne manqueroit de l'aller trouver quand il lui plairoit, et de lui porter sa tète pour répondre de ses actions.
Cela, avec ce que la commission ne lui fut point envoyée, donna sujet au sieur de la Force de différer sa prise et d'attendre de nouveaux commandements, lesquels sa Majesté lui ayant adressés et
1603. ordonné de nouveau de se saisir dudit Mérilein, il prit soin de s'en assurer, et, bien qu'il lui en fournît très-peu les moyens à cause qu'il étoit alarmé et que son humeur ne fût d'arrêter guère en un même lieu, ayant choisi le temps à propos, le huitième d'août, le sieur de la Force se rendit à la maison du sieur de Méritcin avant le jour^ et l'avant investie, bientôt après il se mit en sa puissance, sur les remontrances que le sieur de la Force lui fit des ordres qu'il avoit de sa Majesté, et combien il étoit important de témoigner une volontaire obéissance. En même temps il fit faire une recherche exacte et diligente de tout ce qui se trouveroit en la maison, et dresser l'inventaire par Saint-Pic, Secrétaire du Roi, sans toutefois qu'on ait pu reconnoitre aucune chose qui puisse revenir à ce sujet.
Par les chemins et lorsqu'on le menoil au château de Pau, le sieur de Méritein pria et fit prier à diverses fois monsieur de la Force de lui vouloir faire cette faveur qu'il ne fût recherché que du crime de lèse-majesté, duquel il disoit savoir que l'Evèque d'Olleron l'avoit accusé, se promettant que, si ses jeunesses ne lui étoient point mises sus, il se juslilieroit clairement de celte accusation,
Etant arrivé à Pau, monsieur de la Force as-