‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 101 sur 168 · LIVRE I, CHAPITRE \I · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE \I

sembla messieurs du Conseil pour aviser aux moyens 1603, les plus propres de pourvoir à la garde du sieur de Méritein; à quoi il fallut employer des hommes, à cause de l'incommodité et foiblessc des prisons dans tout le pays.

Après cette expédition, le sieur de la Force envoya au Fioi le capitaine la Mot lie pour le prier de lui faire connaître ses volontés. Sa Majesté lui témoigna la satisfaction qu'elle avoit de la prise de Méritein, et ordonna de faire procéder à une information secrète, pour ne point éventer ce qu'on pourroit découvrir par là des intrigues et menées des Espagnols.

Le sieur de Méritein fut condamné à mort l'année suivante; mais ses parents députèrent vers le Roi pour le prier de lui pardonner, et firent agir pour lui le Maréchal d'Ornano, messieurs d'Epernon, de Montbazon !, le Grand2, de Souvré, et maniement messeigneurs le Comte de Soissons et le Duc de Montpensier. Enfin le Ptoi, qui au commencement tenoit ferme à ce que la justice fit son devoir, se laissa aller aux supplications de ses serviteurs, et voulut bien lui pardonner, à la charge

1 Hercule de Rohan, Duc de Montbazon.

2 C'est ainsi que l'on désignait à cette époque le grand Éeuycr de France, Roger de Saint-Lary, Duc de Bellegardc.

qu'il allât servir six ans à ses dépens en Flandre. Ainsi on le tira du château de Pau et on le mena à la Cour pour avoir son abolition.

Dans le même temps que le sieur de la Force venoit de se saisir du sieur de Méritein, il s'éleva quelques brouilleries entre messieurs les Evêques et les ministres en Béarn. Le Synode de ceux de la Religion voulut faire une députation au Roi pour lui porter leurs plaintes; les Evêques, de leur côté, avoient aussi la même intention; ce qui fit que sa Majesté, pour y mettre une fin, donna ordre au sieur de la Force d'empêcher leur voyage, et manda aux principaux des deux Religions de remettre leurs plaintes à son Lieutenant général dans le pays, avec qui elle en communiqueroit lorsqu'il viendroit servir son quartier auprès d'elle; ce qu'il fit vers la fin de l'année.

1604. Au printemps, le sieur de la Force s'en allant

en Guyenne, le Roi le chargea de lui rendre compte de L'état de la province et de remédier aux inconvénients qui pouvoient résulter d'assemblées de Noblesse et de prises d'armes, lesquelles, sous l'ombre de querelles particulières, troubloient le repos public. Sa Majesté lui commanda en même temps d'aller jusqu'à Bordeaux pour accommoder une brouilleric qui s'étoit élevée entre le Duc d'Eper-

Page 1