LIVRE I, CHAPITRE VI
non et le Maréchal d'Ornano. C'étoit quelque dis- im. pute de préséance à l'occasion des fêtes que l'on préparoit pour le carnaval, mais que la mort de la Duchesse de Bar empêcha.
Le sieur de la Force se rend donc en diligence à Bordeaux, et sait, si hien tourner ces deux esprits, qu'il vient heureusement à hout de les réconcilier l, quoique ce fussent deux personnages d'une grande vanité. Il réunit aussi messieurs de Montespan et d'Ornano, qui ne s'étoient point encore revus depuis qu'il les avoit accordés.
Ces affaires terminées, il retourne en Béarn pour y tenir les Etats. Pendant ce temps-là, la Cour n'étoit pas sans affaires, car un secrétaire de monsieur de Yilleroy, nommé l'Hoste2, donnoit avis aux Espagnols de ce qui se passoit en France, en sorte qu'ils étoient plus tôt instruits de nos desseins que monsieur de Barrault3, notre Ambassadeur à Ma-
1 Correspondances, lettres de M. de Fresnes, 26 mars e< 27 mai 1604.
2 Nicolas l'Hoste, natif d'Orléans, fils de Pierre l'Hoste, domestique de M. de Villeroy ( correspondances, juillet 26 160-ï).
3 Éméric Joubert, Comte de Barrault, remplaça Rochepot en 1601 à l'ambassade d'Espagne ; c'était une créature de Villeroy. Le père Daniel raconte qu'étant à Madrid et voyant représenter la bataille de Pavie, il s'élança sur le théâtre et perça de son épée l'acteur qui jouait François Ier et qui demandait la vie à un capitaine espagnol. Le père Daniel ajoute encore que ce fait, qui s'était passé en présence du Roi d'Espagne, ne donna lieu à aucun différend entre les deux
1604. drid, qui découvrit enfin la trahison par le moyen du sieur Raffiz, ancien Ligueur, qui s'étoit retiré en Espagne. L'Hostc, ayant été averti, se sauva; mais, poursuivi par le grand Prévôt, il se noya au passage d'une rivière ', de quoi l'on fut bien marri à la Cour; car si on eût pu l'arrêter en vie, c'est sans doute qu'on auroit découvert ceux qui avoient part aux menées de l'Espagne tant en Béarn qu'en France. On trouva pourtant qu'un certain curé2 du diocèse d'Olleron avoit quelques communications avec les Espagnols ; sur quoi le sieur de la Force le fit arrêter et conduire par bonne et sure garde à la Cour. Le Roi découvrit enfin que les Comtes d'Auvergne et d'Entragues, et môme madame la Marquise de Verneuil, avoient résolu de sedéfairedela Reine et de messeigneurs ses enfants. La Marquise se flattoit ensuite de mettre le fils qu'elle avoit eu du Roi sur le trône; ce qui obligea sa Majesté à faire arrêter ces trois personnes. Elle fit enfermer les deux Comtes a la Bastille et garder la
nations. Ce qu'il y a de certain, c'est que les dépêches de Barrault qui existent à la Bibliothèque du Roi ne font aucune mention de cette anecdote.
1 Daus la Marne, près de la Ferlé, n'ayant pu atteindre le bac de I .in . — < » 1 1 corps fut rapporté à Paris, et tiré à quatre chcvau\ le 19> mai 1604.
2 On voit dans une lettre de Loménie à M. de la Force que ce curé était celui d'Ossen.
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Marquise dans l'une de ses terres ; puis renvoya ensuite au Parlement la counoissauce de cette affaire. Les Etats de Béarn et de Navarre ne se passèrent point sans difficultés, d'autant plus que le Syndic s'étant opposé au Conseil à l'enregistrement de l'Edit que sa Majesté avoit fait cette année contre les duels, les Etats prirent fait et cause pour le Syndic, et prétendirent que cet Edit était contraire au for du pays, en ce qu'il condamnoit l'appelant et l'appelé. Le sieur de la Force écrivit là-dessus plusieurs lettres à la Cour; enfin le Roi lui commande d'achever les Etats et de suspendre l'entérinement de l'Edit delà défense des duels jusqu'à ce qu'ils en eussent communiqué ensemble.
Dès le commencement de l'année , monsieur de la Force avoit eu avis de plusieurs côtés, et notamment par monsieur de Razillac, qu'un certain Piédefort * ménageoit des intrigues avec l'Espagne; le Maréchal d'Ornano lui-même avoit fait tout ce qu'il étoit en son pouvoir pour faire saisir en Guyenne ce méchant garnement, natif de cette province, et que l'on assuroit conspirer contre la personne de sa Majesté et contre son Etat; ma1S il avoit su jusqu'alors se démêler des pièges qu'on lui avoit tendus. Le sieur de la Force lui envoya
i Correspondances, 12 mars 1601.
un homme pour traiter avec lui et tâcher de l'amorcer, en lui donnant l'assurance que le Pioi lui pardonneroit le passé s'il vouloit lui donner fidèle connoissance de tout ce qu'il savoit importer à son service. Le capitaine Piédefort fit dire plusieurs fois à monsieur de la Force qu'il alloit le venir trouver sur cette assurance; mais l'effet ne suivit pas ses promesses, et il fallut avoir recours à d'autres moyens. Le sieur de la Force réussit dans le même temps à se saisir d'un autre scélérat, nommé Benjamin de Gourgue, Portugais de naissance; mais, retiré en Béarn par crainte de l'Inquisition, il ne laissoit pas d'y entretenir commerce avec l'Espagne; mais comme son crime ne méritoit que les galères et que cette punition n'est point en usage dans le Béarn, on le fit conduire à Toulouse, où le Parlement le condamna à cette peine.
Outre l'Edit des duels, il y en eut encore cette année un autre qui causa quelque trouble dans le pays ; c'est que le R.oi d'Espagne ayant mis une taxe de trente pour cent sur les marchandises qui venoient de France, le Tioi, par son Edit, défendit de transporter nulle marchandise en Espagne. Quand il fallut le faire enregistrer, le Syndic en demanda communication, sur laquelle il s'opposa à la vérification, attendu que c'étoit vouloir rui-