LIVRE I, CHAPITRE VI
ner le pays, qui est fort pauvre, et ne subsiste que im. de la vente de ses denrées aux Espagnols ; mais dans le temps des plus grandes difficultés, le Roi d'Espagne révoqua cette taxe exorbitante, et le trafic reprit son cours1 avec le Béarn.
Le sieur de la Force, après avoir parachevé toutes ces affaires, partit pour aller servir son quartier auprès de sa Majesté. S'étant arrêté quelques jours à la Force, et visitant les bâtiments qu'il y faisoit construire, il apprit que sur les ordres qu'il avoit donnés, Piédefort venoit d'être arrêté en Béarn. Il s'en va trouver le Roi et envoie ordre au sieur de Casaux de lui faire son procès, et d'adresser ensuite les informations à la Cour, d'après lesquelles sa Majesté manda de le faire conduire à Bordeaux, et de là à Paris, pour en tirer des aveux qui importoient à son service.
Au commencement de l'année, le sieur de la 1605, Force retourna en Béarn; à peine y fut-il arrivé, qu'ayant apporté avec lui l'Édit du rétablissement de la messe en quelques endroits, comme à Orthès, Nay et ailleurs, il se rendit au Parlement pour le faire vérifier; sur quoi il fut-ordonné qu'il seroit
1 Le commerce fut interdit avec l'Espagne au mois de février, et rétabli par le traité conclu à Paris avec le Connétable de Castille, le 12 octobre, que Philippe III ratifia au mois de novembre.
il h MÉMOIRES DU DUC DE LA FORCE.
1605. Communique au Procureur du Pioi pour y donner ses conclusions. Sur le bruit de son arrivée, la Noblesse et les ministres se rendirent chez lui et lui firent de grandes prières pour que l'on ne passât point outre à la vérification de l'Édit, que l'on n'eût député au Pioi pour savoir sa volonté, sur ce que l'Éditétoit contraire au for; mais enfin, après bien des difficultés, il fut enregistré, et le Ptoi promit que c'étoitla seule grâce qu'il accorderoit dorénavant aux Evèques, et ces derniers ne furent pas contents de ce que celte promesse de sa Majesté avoitété mise dans l'enregistrement de l'Édit. Ainsi, les États étant assemblés, sa Majesté leur manda de lui faire une députation où chacun dispuleroit son droit en plein Conseil, tant les Catholiques que ceux de la Religion. Il arriva encore que quelque temps avant que le sieur de la Force fut de retour, messieurs de la Chambre des Comptes interdirent le sieur Dufour, Procureur patrimonial; ils furent cités à leur tour devant le Conseil du Lieutenant de Pioi , où n'ayant pas voulu venir, le sieur de la Force se transporta à la Cour des Comptes, et rétablit de son autorité le sieur Dufour dans l'exercice de sa charge, et ensuite il en écrivit à la Cour. Cepcndantlc sieur Roques', Auditeur desComples,
i Voir ^correspondances) les lettres du Roi du 13 juin 160&.