‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 105 sur 168 · LIVRE I, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VI

Sur quoi le sieur de Sireuil s'en retourna promptement avec promesse au sieur de la Force de lui apporter dans trois ou quatre jours des assurances par écrit par lesquelles il seroit hors de doute.

Le sieur de la Force écrivit au Roi pour lui donner avis de cette entrevue, et que ces gentilshommes vouloient faire paroitre en leurs discours leurs desseins avoir une grande suite, et que le mal étoit pour aller plus avant qu'on ne le pensoit. Sa Majesté approuva fort sa conduite et lui répondit que si ces gentilshommes se repentoient véritablement et disoient tout ce qu'ils savoient des desseins où l'on avoit voulu les embarquer, qu'elle auroit toujours les bras ouverts pour les recevoir.

Cependant le sieur de Sireuil ne revint point; son voyage auprès de monsieur de la Force avoit amené beaucoup de contestations parmi les principaux de leur cabale; comme ils étoient nombreux, leurs opinions divergeoient, et ce qu'ils avoient résolu le soir étoit renversé le lendemain. Sur ces incertitudes, arrive parmi eux un nommé le sieur de Lugaignac; il leur apporte des nouvelles qui les font tout à coup changer, et relèvent leur courage à bon escient. Il va de maison en maison visiter

tous leurs partisans, les repaissant de grandes pro- I. 12

1605. messes , et que leurs affaires sont en meilleur état qu'ils pouvoientsouhaiter, qu'ils verront bientôt une grande armée en leur faveur. L'on assuroit d'ailleurs le sieur de la Force qu'il couroit partout des billets du sieur de Rignac ' de pareille substance , et le sieur de Sireuil lui écrivit qu'il n'espéroit rien de bien, que la lièvre l'ayant pris, il n'a pu revenir le trouver ; mais le sieur de la Force voyoit bien que c'étoit de déplaisir qu'il le lui faisoit paroître. Ces genlilsbommes étoient tous les jours à cbeval en petites troupes avec armes, toutefois bien empêchés de rien exécuter, car toutes les villes se tenoient fort sur leurs gardes.

Le Roi, instruit de tout ce qui se passoit, et jugeant que le grand relâche que l'on leur donnoit les avoit tellement rassurés , s'achemine à Limoges et fait marcher devant lui le Duc d'Épernon avec le régiment des Gardes. A cette nouvelle, le sieur de la Force par une bonne cavalcade leur court sus, les défait et prend cinq ou six des principaux, ce qui effraya tellement les autres qu'ils n'osèrent plus jamais se rassembler. Sa Majesté arrivant à Limoges, monsieur de la Force alla la trouver, et après qu'on

1 Pierre de Rignac. Il s'était jeté dans Turenne avec le sieur de Bassignac, et tous deux faisaient mine de vouloir y soutenir un siège.

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