‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 107 sur 168 · LIVRE I, CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE YI

d'avance, et sembla reconnoitre qu'il n'attendoit »«». qu'une cinquantaine d'écus ; offrant néanmoins que s'il est trouvé bon qu'il demeure dans la place à l'heure de l'exécution , et lorsqu'il y aura quelques six-vingts hommes dedans, d'aller étrangler le capitaine en son logis, ce qu'il peut facilement, comme il fera connoitre si cette affaire s'avance. Quant à sa récompense, il demandoit pour soi et ses compagnons cent mille écus, ce qu'il estimoit peu en comparaison de la place et des munitions qui étoient dedans, avec ce qu'il faisoit état de passer le reste de sa vie en France, et par ce moyen faire une fortune meilleure que celle qu'il avoit, qui étoit misérable à cause que l'on payoit fort mal la garnison. Pour gage de sa foi, il offroit faire mener en Béarn un sien fils et un frère, ne pouvant donner son père comme il l'avoit promis à monsieur de Matignon , à cause que son père étoit mort depuis ce temps-là ; et en outre , si on le trouvoit bon , le jour de l'exécution il proposoit de se rendre avec ceux qui iroient au lieu où il seroit avisé, et de prendre, pour donner, le rang que l'on voudroit. Il ne demandoit que la foi de quelque personne signalée pour avoir les cent mille écus après l'exécution.

Cette entreprise, que le Roi avoit fort à cœur, et qui sembloit promettre un si heureux succès ,

1605. ne put être exécutée, parce que le secret n'en fut point gardé à cause du grand nombre de personnes qui en avoient connoissance, et que les Espagnols, en ayant eu le vent, prirent leurs mesures à bon escient. Cependant ils ne cessoient eux-mêmes de former des desseins sur les places de nos frontières, et le Maréchal d'Ornano découvrit vers ce tempslà un projet qu'ils avoient dressé sur Bayonne. De son coté, le sieur de la Force fil saisir un de leurs émissaires, nommé Bustamente, auquel on fit le procès. Le sieur de Mëritein , auquel sa Majesté avoit fait remise de sa peine, au lieu de se ranger à la raison , s'empara , à la tète de dix ou douze soldats, de la maison d'Apathe, sise aux limites de la haute Navarre, et forteresse inexpugnable sans canons, ce qui donna beaucoup d'appréhension dans le pays.

Le Conseil de Béarn se voyant hors d'état d'apporter les remèdes nécessaires à ces désordres, et le mal avant été si avant, que les moyens desquels il pouvoit se servir se trouvoient foibles et sans utilité au service du Roi et au bien du public, eut recours au sieur de la Force , et lui faisant connoitre tout ce qui s'étoit passé par les procédures qui lui furent envoyées, le supplia de vouloir bien y mettre la main et en parler à sa Majesté; ce qu'il fit,

Page 1