LIVRE 1, CHAPITRE VI
voyage à la Cour et s'allant promener vers le pont îeoe. Notre-Dame sur les six heures du soir, rencontra en tète le sieur de la Fin, plus accompagné que lui; mais, malgré cela, se souvenant des maux que ce malheureux avoit causés à sa Maison, il le chargea et le porta par terre de deux coups de pistolet, et un carrosse lui passa sur le corps. Tous ceux qui étoient avec le sieur de la Fin, lo croyant mort, s'écartèrent, et le sieur de Biron se retira sans être poursuivi, et ayant pris la poste, il se rendit à Verteuil, chez madame la Comtesse de Roussy *, sa sœur, d'où il fit savoir à madame la Maréchale sa mère ce qui venoit de se passer. Madame de Biron dépêcha soudain au sieur de la Force, son gendre, pour lui demander son avis et son assistance. Il lui conseilla de s'adresser à monsieur de Rosny, dont monsieur de Biron avoit épousé la nièce, pour
ignorait que le Baron de Biron en fût l'auteur, et l'histoire n'avait enregistré cet acte de vengeance fraternelle que comme un de ces guet-apens si ordinaires à cette époque, tandis que l'agression fut en plein jour et à forces à peu près égales. Le sieur de la Fin, depuis la mort de Biron, se faisait toujours accompagner d'un certain nombre d'hommes armés que le Roi l'avait autorisé à garder auprès de lui pour sa sûreté. Voir la lettre de la Maréchale de Biron à la Force et sa réponse, ainsi que les lettres qu'il écrivit à cette occasion à madame de Biron, sa belle-sœur, et à monsieur de Sully. (Correspondances, mai 1606.)
1 Claude de Gontaut, fille du premier Maréchal de Biron, alors veuve de Charles de la Rochefoucauld, Comte de Rouey, mort en 1605.
1606. qUe par son moyen il put recourir à la clémence et miséricorde du Roi; ce qu'il fit si heureusement, que, malgré les démarches des parents du sieur de la Fin, qui d'ailleurs n'étoit point mort de ses blessures, et quoique le Procureur du Roi eut fait une information, lu Chancelier fit suspendre les poursuites, et les choses en demeurèrent là ; puis le Roi accorda plus tard à monsieur de la Force la grâce de monsieur de Biron, à la condition qu'il n'entreprendroit plus dorénavant contre ce misérable la Fin.
Le sieur de la Force étant arrivé en Béarn, tous ceux dont l'année précédente il avoit eu sujet de se plaindre s'empressèrent de venir le visiter; car ils avoient été vivement réprimandés par sa Majesté ; mais lui, qui ne montroit de fermeté que contre ceux qui vouloient attenter à l'autorité de sa charge, les reçut avec tant de douceur, qu'ils lui promirent de lui être inviolablement attachés. C'est ainsi qu'il réussit à ramener ces esprits orgueilleux ; ce qui causa beaucoup de contentement à sa Majesté.
Cependant le sieur de la Force ayant assemblé les Étals, se trouva fort en peine de pourvoir aux différends que les affections de la Religion et les intérêts particuliers y avoient fait naître. Tous les