‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 110 sur 168 · LIVRE I, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VI

Etats prirent en grief quelques articles du cahier im. que le Roi avoit accordé à messieurs les Evoques d'Olleron et de Lesear, et nommément pour ce qui regardoit leur exemption de la juridiction ordinaire et le droit de récuser deux juges en chaque Chambre sans expression de cause; puis venant à traiter des présentations aux cures par ceux de la Religion et tout ce qui en dépendoit, il se fit entre eux une grande division, en sorte que les Catholiques se trouvant en moindre nombre, se séparèrent du corps à ce sujet, et désavouant ce qui se faisoit au nom des Etats, présentèrent au sieur de la Force diverses requêtes, le requérant de faire commandement au Syndic de leur délivrer acte de leurs protestations et lui faire défense de signer le cahier comme Syndic des États, mais seulement comme Syndic de la Religion ; ce qui échauffa d'autant plus la poursuite des Etats et aigrit les volontés des uns et des autres. Le sieur de la Force n'éprouva pas peu de difficultés à contenir un chacun au devoir et à couper chemin à tout ce qui pouvoit porter à la division entre eux. Par son appointement a leurs requêtes et par sa réponse à leurs députés, il leur fit connoitre qu'en leurs assemblées ils ne dévoient point traiter des choses qui regardoient à la Religion ni à la police ecclésiastique pour ce

qu'il n'y avoit rien qui apportât plus d'altération à l'union et concorde qui avoient jusqu'alors conservé la tranquillité publique ; mais tous ses efforts furent inutiles, lesEtats vinrent le trouver en corps, s'affermissant en leurs demandes.

Le sieur de la Force, pour empêcher que le mal n'allât plus avant, leur enjoignit de passer outre aux autres affaires; mais ils s'y refusèrent, résolus de ne bouger et même de ne point procéder à la donation d'usage qu'ils n'eussent obtenu ce qu'ils désiroient.

Il rendit compte de leur opiniâtreté au R.oi, qui en fut grandement étonné et lui répondit qu'il étoit très-mécontent de cette façon d'asrir, comme il le feroit entendre à leurs députés en sa présence, lorsqu'ils viendroient lui apporter leurs remontrances, et que pour cet effet il lui ordonnoit de se rendre prés de lui au commencement de septembre.

Le sieur de la Force, voyant que, malgré toute la peine qu'il se donnoit, il n'avançoit rien aux affaires du Béarn, s'en alla tenir ceux de la Basse- Navarre. Après les avoir terminés, il va d'abord à sa maison de la Force, voulant laisser passer la première colère du Roi contre les députés qui étoient venus à la Cour, afin de pouvoir ensuite

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