‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 112 sur 168 · LIVRE I, CHAPIT1U Vi · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPIT1U Vi

Cependant la peste étoit cette année très-violente à Paris, et Fun des gens de monsieur de la Force en ayant été attaqué à Fontainebleau, il demanda au Roi la permission de se retirer huit ou dix jours à la Fcrté, qui étoit une de ses maisons, ce que sa Majesté lui refusa d'abord; mais il lui représenta qu'ayant quelques ennemis, si par malheur il en prenoit mal à leurs Majestés ou à Monsieur le Dauphin, qui lui faisoit l'honneur de lui sauter tous les jours au col, on ne manqueroit point de s'en prendre à lui; de sorle que le Roi lui donna le congé qu'il demandoit.

Le Duc de Rohan, désireux de se signaler par quelque exploit, partit secrètement de la Cour et sans en prévenir sa Majesté, pour s'en aller en Flanche rejoindre l'armée du Prince Maurice. L'Ambassadeur d'Espagne et celui de l'Archiduc se plaignirent au Roi qu'une personne aussi qualifiée se fût réunie à leurs ennemis. Sa Majesté, quoique au fond elle n'en fut point fâchée, témoigna le trouver assez mauvais, et lui écrivit qu'il eût à s'en revenir. Mais monsieur de Rohan, qui attendoit toujours quelque occasion où il put se distinguer et trouver la justification de sa conduite, ne s'empressoit guère d'obéir; de sorte qu'il s'adressa au sieur de la Force pour qu'il représentât

1606. Ses raisons au Pioi, et lui fit agréer ses excuses. Monsieur de la Force, qui étoit fort ami du sieur de Rohan, s'y employa avec beaucoup de zèle, et sut si bien ménager l'esprit de sa Majesté, qu'après l'avoir exilé de sa Cour, seulement pour la forme, lors de son retour en France elle ne laissa pas de le rappeler presque aussitôt auprès de sa personne, et lui fit tout aussi bonne chère qu'auparavant.

Spinola ' ayant pris Rhinberg, et le Prince Maurice ayant été forcé de lever le siège de Groll, les Etats-Généraux de Hollande, fatigués par tant d'efforts, députèrent vers le Roi, suppliant sa Majesté de leur envoyer un secours de gens de guerre, et promettant de fournir l'argent pour en faire la levée et pour leur entretien. Le Pioi étoit d'abord assez disposé à y consentir, et cependant, faisantétat d'v envoyer deux régiments d'infanterie de quinze cents hommes chacun et une compagnie de deux cents chevaux, monsieur de la Force avoit demandé à sa Majesté un de ces régiments pour son fils aine ; mais ce projet rencontra tant de difficultés dans l'exécution, qu'on fut obligé de l'abandonner, avec cela que l'on y opposoit de très-fortes considérations.

1 Ambroise Spinola, Marquis de los Balbaccs, le meilleur Général de Philippe III; il en sera parlé plus tard lorsque, dans la guerre de trente ans, il fut opposé au Maréchal de la Force.

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