‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 118 sur 168 · LIVRE I, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VII

monsieur de Vérac, lorsquelle y fut menée, lui 1608. a voit dit qu'elle avoit déclaré à sa mère qu'elle étoit résolue de ne jamais épouser monsieur de l'Aubonyère, et qu'ainsi madame de Saint-Germain, reconnoissant que sa fille avoit quelque inclination pour l'autre parti, s'y étoit disposée et vouloit traiter avec lui; mais que la crainte qu'on ne la recherchât des longues jouissances qu'elle avoit eues des biens de sa fille, étoit ce qui la retenoit. Sur quoi le sieur de la Force avoit donné sa parole que si le mariage de son fils se faisoit, il en apïroit de façon que madame de Saint-Germain seroit contente; mais que depuis cette première lettre monsieur de Parabère l'étoit venu trouver et lui avoit dit que sur l'ordre qu'il avoit reçu de sa Majesté d'empêcher que l'on ne passât outre au mariage, il avoit résolu avec monsieur et madame de Saint-Germain que personne ne se présenteroit que le Pioi n'en eût donné la permission; qu'ils souhaitoient même que leur fils se présentât le premier, et que cependant il n'y alloit point; qu'avant les ordres du Roi, il s'étoit trouvé au bourg de Couhé, tandis que la demoiselle étoit dans le château; qu'il n'avoit pas songé à la voir, et que, étant dans le pays, et seulement à trois lieues d'elle, on ne l'y envoyoit pas. Le sieur de la Force ajoutoit que par

toutes ces raisons il n'avoit osé quitter, de peur qu'en son absence on ne lui jouât quelque tour, et qu'il lui seroit honteux d'abandonner la partie, les choses étant aussi avancées; que loin de s'opposer à ce que le sieur de l'Aubonyère vît la demoiselle, il pressoit au contraire pour qu'on le lui menât, afin que le Baron de la Force eût ensuite la même liberté. Il finissoit en suppliant sa Majesté de suspendre l'envoi du Maître des Requêtes et de prescrire un terme après lequel les poursuivants pussent se présenter.

Le Roi répondit au sieur de la Force qu'il ordonnoit que la demoiselle de Savcilîe fût ôtée d'entre les mains du sieur de Vérac et remise pour deux mois entre celles de madame de Parabère; qu'en même temps il envoyoit le sieur Viguier, en qualité de commissaire, pour s'informer des parents de ladite demoiselle et d'elle-même de ses volontés. Sa Majesté accordoit au sieur de la Force de prolonger son séjour en Poitou, à la condition de rester auprès d'elle ensuite autant de temps qu'il auroit manqué à son quartier.

Le Roi lui a voit envoyé en même temps deux lettres pour les faire tenir, l'une à monsieur de Parabère, et l'autre à monsieur de Vérac, par lesquelles sa Majesté les informoit de ses intentions.

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