LIVRE I, CHAPITRE VU
Monsieur de Vérac, ayant reçu les ordres du Roi, écrivit à monsieur de la Force qu'il avoit envoyé incontinent avertir monsieur de Parabère, et que dès qu'il seroit en sa maison, il lui remettroit la demoiselle. Cependant monsieur de Parabère trainoit toujours les choses en longueur et ne vouloit point se charger de mademoiselle de Saveille, espérant que ces délais feroient partir messieurs de la Force. Mais ils tinrent bon, et monsieur de la Force écrivit encore au Roi que la résolution qu'il avoit prise et le commandement qu'il avoit fait à monsieur de Parabère lui donneroit le moyen d'apporter quelque prompt changement aux affaires qui le retenoient en Poitou ; mais que sa Majesté verroit, par les difficultés que fait monsieur de Parabère, qu'il est jeté en de nouvelles longueurs ; de quoi il recevoit d'autant plus de déplaisir en ce qu'il manquoit au service de sa Majesté, et qu'aussi il la supplioit de vouloir bien y mettre ordre.
Il écrivit également au sieur de Vérac que, puisque l'intention du Roi étoit que la recherche des prétendants fût permise, comme monsieur de Parabère ne vouloit pas s'en charger, il trouvât donc bon qu'il pût aller chez lui avec son fils. Monsieur de Yérac lui répondit qu'il avoit promis, en se
chargeant de la demoiselle, de ne la laisser voir à personne, et qu'ainsi, puisque la lettre du Roi portoit qu'on ne la verroit que chez madame de Parabère, monsieur de la Force ne trouveroit pas mauvais qu'il tînt sa parole et qu'il ne fit que ce que sa Majesté lui ordonnoit.
Le Roi répondit au sieur de la Force qu'il venoit d'écrire à monsieur et à madame de Saint-Germain, ainsi qu'à monsieur de Parabère, pour leur mander qu'en cas que mademoiselle de Saveille refusât monsieur de l'Aubonyère, son désir étoit qu'ils favorisassent en tout et de préférence à tout autre la recherche du Baron de la Force. Sa Majesté insistoit pour que madame de Parabère se chargeât de la demoiselle, et annonçoit l'arrivée du Maître des Requêtes, qui étoit envoyé pour- connoître de ses intentions.
Le sieur de la Force manda au sieur de Parabère qu'il se rendit à Couhé, pour lui remettre les ordres du Roi; ledit sieur envoya au-devant de lui pour le prier de s'arrêter à Chaunay, ce qu'il ne jugea point à propos de faire ; il demeura deux jours de suite à Couhé , pendant lesquels il y eut beaucoup de contestations; mais enfin il fallut obéir aux ordres réitérés du Roi, et le onze novembre, monsieur de la Force alla du bourg au château