LIVRE I, CHAPITRE VIL
au Vice-Roi de la haute Navarre, à Pampelune. «eos.
Les deux Vice-Rois répondirent qu'ils rendroient justice, mais ils n'en firent rien. Il se passa ainsi près d'une année dans divers pourparlers qui ne donnèrent aucune satisfaction. Les Espagnols disoient même avoir trouvé un accord ■ ancien par lequel lesdits pâturages leur appartenoient.
Le sieur de la Force, qui n'avoit pu terminer ces i«o». différends, parce qu'il demeura assez longtemps, soit en Poitou pour le mariage de son fils, soit à la Cour pour y servir son quartier, étant revenu en Béarn au printemps, apprit en arrivant à Pau que ceux d'Anço avoient exigé des cautions pour rendre les prisonniers qu'ils avoient faits en se saisissant du bétail, et disoient que la fourniture qu'on avoit faite pour eux, selon le compte des Espagnols, se montoità treize cents écus.Il écrivit au Vice-Roi d'Aragon qu'il étoit de la justice de faire rembourser cet argent; que, de plus, il croyoit que l'on devoit payer à ceux de la vallée d'Aspe le bétail perdu par
1 Ce titre est du 29 octobre 1400; il en existe dans les archives de la Maison de la Force une fort belle copie authentique délivrée à Pampelune le 30 août 1608. C'est un jugement rendu par commission de Charles III, Roi de Navarre et Comte d'Évreux, à l'occasion d'un procès qui eut lieu entre les habitants de Valderro et ceux de Baigorry, sur leurs droits et jouissance des pâturages de l'Aldudc et sur leurs limites respectives.
1609. la faute de ceux d'Anço , et qu'ensuite chacun devoit tenir la main pour qu'il ne se renouvelât plus à l'avenir de pareilles courses.
Le Vice-Roi fit réponse qu'il ignoroit que la prise eût été faite en Béarn, et qu'en supposant même que cela fut ainsi, il falloit faire assembler les parties intéressées pour décider leurs différends à l'amiable. Le sieur de la Force donna avis de cette réponse au Roi, qui lui manda que dans le cas où le Vice-Roi ne voudroit pas rendre le bétail ni faire justice à ceux d'Aspe, il eût à exécuter des représailles et leur faire sentir qu'ils avoient mal fait de s'attaquer à lui. Monsieur de Rosny écrivit aussi à monsieur de la Force qu'il ne le laisseroit pas manquer d'argent pour soutenir l'autorité du Roi, qui lui commanda de nouveau, et une fois pour toutes, que dès que les Espagnols attenteroient à ses terres, il n'attendit point d'ordres, mais qu'il les en châtiât soudain, usant de représailles.
Le sieur de la Force ne perdit pas de temps ; il fit si bien sa partie, que donnant fort avant dans l'Aragon, il emmena quantité de prisonniers et dix fois plus de bétail que l'on n'en avoit enlevé auparavant à ceux d'Aspe; le tout fut conduit en plein jour et à la vue de ceux d'Anço jusque sur les terres de sa Majesté, sans que jamais personne