LIVRE , CHAPITRE VII
osât les en empêcher. Il fit ensuite distribuer le bé- im. tail par compte aux communautés, afin que rien ne s'égarât, et leur donna ordre d'écrire à -leurs voisins des montagnes d'Aragon que, n'ayant pu obtenir réparation de l'injure qu'ils avoient reçue , quelques prières et sollicitations qu'ils y eussent employées depuis un an, qu'enfin ils s'étoientrésolus d'user de représailles, puisque la voie de douceur n'avoit pu réussir. Ensuite il eut soin de pourvoir à la frontière, de crainte que les Espagnols ne pussent prendre leur revanche.
Cette nouvelle fut fort agréable au Roi, et cette expédition utile pour tous ses sujets , car de molestés qu'ils étoient continuellement par l'insolence de leurs voisins, elle leur fit changer de rôle, et ils obtinrent telle composition ' qu'ils voulurent , laquelle fut très-bien observée durant toute la vie du feu Roi.
Le Duc deClèves et de Juliers étant venus à mourir sans enfants, les Princes d'Allemagne, qui pré-
1 L'accord se fit par les Procureurs et Syndics des vallées d'Aspe et d'Anço, et fut conclu le 14 septembre 1609. Il fut confirmé le 22 du même mois par le sieur de la Force, Lieutenant du Roi en Béarn, et Vice-Roi de la Basse-Navarre, d'une part, et de l'autre par Don Thomas de Borja, Archevêque de Sarragosse, Capitaine général et Vice-Roi d'Aragon. Nous possédons l'instrument original des lettres de ratification espagnoles.
1609. tendoient à son héritage, demandèrent du secours au Roi contre l'Empereur Rodolphe, qui avoit autorisé l'Archiduc Léopold à se saisir des trois duchés pour en disposer selon sa volonté; le Roi fit répondre qu'il leur prêteroit son assistance. Vers ce même temps, monsieur le Prince1, s'éloignant soudain de la Cour, emmena madame sa femme à Bruxelles, où les Archiducs les reçurent tous deux avec beaucoup de caresses et force témoignages de bonne volonté.
16io. Le Roi, piqué de ce procédé, qu'il regardoit comme une attaque à son autorité et qui le blessoit profondément, se résolut de faire la guerre à l'Espagnol; ce que d'ailleurs il se proposoit depuis un assez long temps. Pour cet effet, il assembla deux armées, dont l'une, avec le secours de monsieur de Savoie, devoit entrer en Italie ; l'autre se réunissoit à Châlons, où toutes ses troupes avoient rendez-vous au commencement de mai, et sa Majesté, faisoit état d'en aller prendre elle-même le commandement aussitôt après l'entrée de la Reine2,
1 Le Prince de Condé, premier Prince du sang, était appelé communément Monsieur le Prince.
2 Elle avait été couronnée à Saint-Denis le 13 de mai ; Fontenay- Mareuil dit que son entrée était préparée pour le 16 du même mois, et que le Roi devait partir le 19 pour aller à l'armée.