‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 124 sur 168 · LIVRE I, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VII

qui avoit été annoncée pour le quinze du même îeio. mois.

Cependant le Roi avoit bien encore un autre dessein pour attaquer les Espagnols , et toutes choses a voient été préparées de longue main pour cet effet. Le trafic de tous ces pays de Navarre et de Béarn a toujours été fort libre pour toute l'Espagne , de sorte que cette communication donna moyen au sieur de la Force de découvrir les grands mécontentements qui étoient dans toutes les familles des Morisques â, alors en grand nombre par tout l' Aragon , la Castille et l'Espagne. Il tâche de les faire sonder, il trouve en eux une grande disposition à secouer le joug de la domination espagnole, si on leur veut tenir la main. Il donne avis au Roi de cette affaire; sa Majesté la goûte grandement et lui commande d'y travailler soigneusement et sans y rien épargner. Il supplia sa Majesté de ne le communiquer à personne et de s'as-

1 Ces Morisques étaient les descendants des Mores qui avaient été contraints de se faire baptiser et de quitter la loi, les coutumes et les vêtements de leurs pères, mais qui néanmoins n'étaient chrétiens que d'apparence, et recherchaient avec soin toutes les occasions de secouer le joug du Roi Philippe et de se délivrer de la tyrannie de l'Inquisition. Mdzeray dit qu'ils étaient plus de douze cent mille tètes de l'un et de l'autre sexe, et qu'ils avaient recherché tour à tour la protection du Roi de France, des Provinces-Unies, du Roi d'Angleterre, et même celle du Turc et du Roi de Maroc.

i6w. surer qu'il lui feroit un bon service. En effet, il porte ces négociations l si avant que la partie en fut faite, et la résolution si bien concertée par les principaux des Morisques, auxquels il reconnut un ordre admirable parmi eux pour la direction de leurs affaires et la conduite de ce grand dessein, qu'il ne tenoit plus qu'à venir à l'exécution. Le sieur de la Force avoit envoyé chez eux un fort habile homme, qui y demeura plus de quinze mois, sous prétexte de trafic, lequel avoit examiné tous les moyens qu'ils pouvoient avoir d'exécuter ce qu'ils promettoient. Mais pour faire toutes choses avec plus d'assurance et y voir plus clairement , le sieur de la

1 Ces négociations ont été indiquées par Siri, le P. Daniel, Fontenay-Mareuil , Bassompierre, Sully, mais tous n'ont fait qu'en parler incidemment et d'une manière sommaire ; ce que nous apprend M. de la Force est donc une véritable révélation d'un fait historique très-grave, peu connu, et mal apprécié jusqu'à présent. Les limites dans lesquelles nous devons nous renfermer ne nous permettant pas d'insérer tous les documents de cette longue et volumineuse négociation, nous nous réservons de les publier dans un ouvrage spécial qui présentera le récit de tout ce qui s'est passé à ce sujet entre Henri IV et M. de la Force. Cependant on trouvera (correspondances un grand nombre de lettres relatives à cette affaire, parmi lesquelles nous citerons en première ligne celle du Roi, du G septembre 1602, et le Mémoire des Morisques (sans date), même année. Voir encore, pour la suite de cette négociation, une lettre du Roi, du 27 juillet 1603; deux lettres de M. de la Force, des 22 juillet et d'octobre (sans date du jour) 1604; trois lettres de Villeroy, des "mai, 10 juin et 15 juillet même année, et deux lettres du Roi, des 9 juin et 7 juillet 1603.

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