‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 126 sur 168 · LIVRE I, CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VIL

qu'elle pourroit être pour un Prince du sang, la- i<ho. quelle est encore en sa Maison ; et plusieurs savent que la veille du parricide coup de Ravaillac, sa Majesté lui avoit déclaré qu'avant son départ elle vouloit lui faire prêter le serment de Maréchal de France ' . Ce funeste accident , malheureux non-seulement pour lui, mais plus encore à toute la France, a apporté à son particulier les grands changements que nous avons vus depuis.

Ce même jour donc, qui étoit le quatorzième de mai , le Roi après son dîner alla dans la chambre de la Reine, suivi seulement du sieur de la Force, y demeura quelque temps, et en étant sorti, retourna avec lui dans son cabinet, où il écrivit une lettre; puis, comme s'il eût pressenti son malheur, il dit, se portant la main sur le front : Mon Dieu ! j'ai quelque chose là dedans qui me trouble fort ! Il revint dans la chambre de la Reine, et lui dit : Je ne sais ce que j'ai , mais je ne puis sortir d'ici. La Reine fit tout ce qu'elle put pour le retenir ; mais il ne voulut pas rester et monta dans son carrosse sur les trois heures et demie, mit à la droite le Duc

1 « Le 17 mai, M. de la Force devoit être fait Maréchal de France pour le rendre plus autorisé dans l'armée qu'il alloit commander en Espagne, et M. de la Curée, Capitaine des Gardes au lieu de M. de la Force. » {Mémoires de Fontenay-Mareuil, tome Ier, page 46.)

i6io. d'Épernon; à la portière du même côté, le Maréchal de Lavardin etRoquelaure ; au devant, Liancourt, son premier écuyer, et Mirebeau l; et à la portière de droite, du côté du Roi, le Duc de Montbazon et le sieur de la Force2. Ensuite il prit le chemin de l'Arsenal , et étant dans la rue de la Ferronnerie , le carrosse se trouva arrêté par l'embarras que causoient plusieurs charrettes; le Roi avoit pour lors la main droite autour du col du Duc dÉpernon, et la gauche sur l'épaule du Duc de Montbazon. Un nommé Ravaillac, voyant que les valets qui avoient coutume d'entourer le carrosse ne s'y trouvoient pas pour lors, les uns ayant passé sur le cimetière des Innocents, les autres s'élant avancés pour faire ranger les charrettes, ce scélérat ' monta sur une des roues du carrosse et donna deux coups de couteau dans le ventre du Roi, qui au

1 Jacques Chabot, sieur de Mirebeau , Lieutenant général au Gouvernement de Bourgogne. Plusieurs ont écrit Mirabeau, et cette méprise peut tromper les lecteurs de nos jours peu familiarisés avec l'étude des généalogies; nous leur dirons pour leur édification que les Chabot, gentilshommes d'ancien lignage, ne peuvent être confondus avec les Riquetti de Mirabeau, alors récemment anoblis par le Consulat de Marseille.

2 M. de la Force ne se trouvait pas alors dans le carrosse en qualité de Capitaine des Gardes, car il n'était plus en quartier; il avait été remplacé par 31. de Vitry, que le Roi avait envoyé ailleurs, ainsi qu'il le justifia; car autrement il aurait dû répondre de la vie du Roi, et il ne pouvait le quitter que par son ordre.

Page 1